Archives de la catégorie ‘Sur le ring’.

Occupation artistique – Tous au Lavoir !

Lundi 24 février 2014
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Trois mois de sursis, trois mois d’occupation artistique au LMP! Jusqu’au 15 mai, « Il nous faut plusieurs spectacles par jour, » lance Hervé Breuil.

Le Lavoir Moderne Parisien pourrait bel et bien devenir le lieu de toutes les expérimentations – le Laboratoire Moderne Parisien. C’est une bonne nouvelle aussi pour le Festival au féminin, organisé par la compagnie Graines de Soleil, qui peut donc avoir lieu comme prévu, du 1er au 8 mars. La programmation est en ligne sur www.festivalaufeminin.com.

Au-delà, tout est possible, tout peut arriver. Pour ce grand essorage artistique à venir, toutes propositions peuvent être adressées à herve@rueleon.net.

Entretemps, la pétition

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Il_faut_sauver_le_lavoir_moderne_parisien/?pv=95

a dépassé les 34.000 signatures.

Citons une fois de plus Emile Zola à propos de ce lieu:

L’eau de javel coûte deux sous le litre. /…/ On emploie encore du bicarbonate – de la potasse pour couler. Le chlore est défendu.

Qui veut blanchir ce quartier et à quel prix?

Que fait la ministre, que fait la mairie? La Goutte d’or mérite-t-elle un théâtre qui travaille en osmose avec le quartier? Si le LMP n’héberge plus le centre d’entraînement des Femen, il est certain que les intégristes catholiques  qui veulent reconduire le pays vers l’obscurantisme, le nationalisme et le racisme seraient trop contents de voir disparaître cette salle emblématique!
T.H.

Lavoir OUVERT Parisien

Samedi 15 février 2014

Quelqu’un n’aurait-il pas encore signé la pétition pour empêcher la fermeture du Lavoir Moderne Parisien? Malgré le répit de quelques jours offert à l’association Procéart, rien n’est gagné!

L’unique certitude: La journée du 14 février, avec sa manifestation de solidarité organisée au LMP, n’a pas été la dernière. Les soutiens politiques et artistiques reçus apportent une leur d’espoir. Du PC aux EE-LV, des Pirates aux divers droites, Femen et associations de quartier. Lettre de soutien de NKM, même, déclenchant quelques rires dans la salle. Pas de quoi faire oublier l’absence béante du PS (de proximité). Cependant, le LMP doit sa survie provisoire à une lettre de soutien du ministère de la culture, obtenue in extremis par la présidente d’honneur de Procréart, la comédienne Dido Lykoudis, et rapportée au tribunal quelques minutes avant que le couperet ne tombe.

 

Le LMP, le 14 février 2014, au 35 rue Léon

 

Tous au LMP ! Mais le sursis est bien bref. Durée maximale: jusqu’à fin février. La première chose à faire est donc de profiter de cet espace-temps arraché à la machine à gentryfier, pour affirmer ensemble, artistes, habitants du quartier et public intergénérationnel, la volonté de préserver ce poumon artistique. Conformément à la vocation de « laboratoire artistique » du LMP, le plateau est ouvert aux compagnies de théâtre ou de danse, aux poètes, aux musiciens et aux inclassables. La programmation sera coordonnée par Hervé Breuil, le fondateur du LMP (herve@rueleon.net).

 

La pétition sur Avaaz, le 15 février

 

Et puis après? Une lettre de soutien, c’est « sympa ». Des moyens pour travailler, c’est mieux. A commencer par les murs. C’est Aurélie Filipetti qui détient la clé de l’affaire. Fera-t-elle annuler la vente de l’immeuble à cet obscur promoteur luxembourgeois? Et par ailleurs, pourquoi un Luxembourgeois s’intéresserait-il au quartier de la Goutte d’Or? A-t-il de luxembourgeois plus que l’adresse de son siège? Qui a aujourd’hui, et à quelle échelle politique, quel projet d’urbanisme pour la Goutte d’Or? Selon la fameuse ordonnance de 1945, la vente de cette salle de spectacles peut être annulée.

 

Hervé Breuil devant le LMP, le 14 février 2014

 

A qui est la ville? La municipalité fera-t-elle valoir, rétroactivement, son droit de préemption? Et ensuite, quel projet artistique? Le LMP pourrait continuer à exister comme espace de rencontre et d’expérimentation, et donc défendre la mixité sociale. Ou bien il pourrait être transformé en fer de lance de la gentryfication. A priori, seule une vraie continuité dans sa direction pourrait assurer la crédibilité de son projet culturel universel, en lien étroit avec le quartier. Une direction artistique parachutée ne serait qu’un cynique pied de nez à tous ceux qui se battent aujourd’hui pour que le lieu continue à exister. Un engagement politique pour le LMP, c’est aussi donner une réponse à la question de savoir si une ville ou un quartier appartient à ses habitants ou aux investisseurs. Peut-on poser, en pleine campagne électorale pour les municipales, une question aussi fondamentale, alors qu’il faut que le ministère rappelle à la municipalité, pourtant affiliée au même parti, l’importance des établissements cuturels de quartier?

Thomas Hahn

Le festival 30 30 veut-il changer les arts ?

Mardi 4 février 2014
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En ’68, les jeunes disaient qu’il ne fallait faire confiance à personne de plus de trente ans. Bien vu! Les « trente glorieuses » allaient bientôt s’effondrer sous leurs pieds. Jean-Luc Terrade fait partie de cette génération qui voulait vaincre l’impérialisme par l’amour et la culture. Metteur en scène et co-fondateur du TNT-Manufacture de Chaussures à Bordeaux, il a créé il y a onze ans le festival 30 30 – Les rencontres de la Forme Courte pour oxygéner la vie culturelle à Bordeaux et autour. Petit état des lieux à l’occasion de l’édition 2014 (27 janvier – 8 février).

 

Qu’est-ce qui guide vos recherches ?

Je veux proposer des choses différentes dans une région assez conservatrice, montrer qu’il y a aussi autre chose. Donc, je ne vais pas forcément prendre des artistes déjà connus, mais ceux qui sont au démarrage de leurs propres aventures, et auxquelles j’adhère. Ce sont mes coups de cœur, c’est instinctif. Cette année il y a un focus sur les installations et les arts visuels, en lien avec la danse. L’année prochaine nous aurons un focus sur le cirque et une carte blanche sur le thème du couteau.

Voilà onze ans que vous proposez ce festival consacré à des formes courtes. Et vous voulez l’inscrire dans la durée! Ca fonctionne comment ?

En créant des réseaux. Je travaille avec les partenaires de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB), le FRAC et depuis trois ans avec le Centre de développement chorégraphique Le Cuvier, situé à Artigues. Son directeur Stephan Lauret a repéré la couleur de Trente Trente et m’a proposé cette année les spectacles d’Emmanuel Eggermont et de Kevin Jean.

L’installation visuelle de Herman Kolgen, une œuvre chorégraphique et musicale en même temps, mixée en direct par l’artiste, a été proposée dans la Piscine Judaïque, le public dans l’eau du bassin. Vous aimez rompre avec les habitudes ?

Je comprends qu’on peut y voir une certaine rupture. Je suis metteur en scène de théâtre, même si en tant que programmateur je m’intéresse beaucoup à la danse. Et je suis souvent très insatisfait en étant assis dans une salle face à une pièce de théâtre conventionnelle. Même si de grands comédiens, comme ceux d’Ostermeier, ont une telle force que le spectacle surgit au présent.

« IN / JECT » de Herman Kolgen

Mais justement, chez Ostermeier, dans « Un ennemi du peuple », il y a rupture avec la convention, du fait qu’il lance un débat politique avec le public !

La participation du public est actuellement un grand champ d’expérimentation. Alors, quand Emmanuel Eggermont propose aux spectateurs de venir danser avec les interprètes, c’est quelque chose qui peut être gênant pour les spectateurs concernés, moi-même le premier.

Dans votre discours d’ouverture du festival Trente Trente 2014, vous avec évoqué les artistes en rupture, tels les dadaïstes. La rupture est-elle possible aujourd’hui ?

Depuis vingt, voire trente an, nous assistons à une lente agonie du théâtre conventionnel en salle, avec l’éclosion des arts de la rue, du cirque, des friches industrielles. Contrairement aux arts plastiques, le spectacle vivant a besoin du contact direct avec le public, sur rendez-vous. Ca limite et module les possibilités de rupture. Ou bien on accepte de jouer pour personne. Et pourquoi pas ? D’une part il faut créer une rencontre, d’autre part il se peut que certains ne la supportent pas.

Les choses nouvelles se fabriquent-elles plus facilement dans les arts visuels que sur scène ?

C’est vrai que les metteurs en scène et les performeurs ont pris le dessus sur les auteur et qu’en arts visuels ou électroniques, il se fait des choses qui m’embarquent, qui me font rêver. C’est ce que je cherche chez les artistes que j’invite. Ont-ils pour autant plus de choses à dire sur le fond, en tant qu’auteurs? Je n’en suis pas sûr.

Les dadaïstes, Kurt Schwitters ou Daniil Harms ont tous travaillé sur la désintégration de la forme, comme prise de position. Voyez-vous aujourd’hui des artistes comparables ?

Aujourd’hui il y a tellement de formes différentes, alors s’opposer à laquelle? Toutes les formes semblent aujourd’hui être possibles. On a l’impression de pouvoir parler de tout. Mais la censure est là, à un autre endroit, de façon décalée, moins définie qu’avant. C’est pernicieux. Comment attaquer l’ordre établi actuel? Que peut-on encore faire éclater? On nous cadenasse de manière invisible. On le sent à peine. Quand un politicien dit des choses épouvantables, pourquoi les gens ne descendent pas dans la rue?

De plus en plus de chorégraphes et de metteurs en scène travaillent sur la disparition de l’image, comme récemment Pascal Rambert, Gisèle Vienne, Alain Platel et tant d’autres. Il s’agit d’éroder les codes du spectacle de l’intérieur, pas dans une opposition frontale.

En tant que metteur en scène, moi aussi, j’aime ce qui est très sombre, très peu éclairé, pour essayer de révéler autre chose. Les comédiens ne doivent pas amener leurs propres habits sociaux sur le plateau, ils doivent se nettoyer de tout ça et faire révéler autre chose. Et ça se fait plus facilement dans l’obscurité que dans la lumière.

Peut-on être dans l’institution et dans la révolte en même temps ?

C’est bien sûr très difficile et donc rare. Certains y arrivent, comme Claude Régy, qui a toujours refusé de diriger un théâtre et s’est situé dans la rupture, sauf quand il a commencé à travailler avec des vedettes comme Isabelle Huppert pour 4.48 Psychose de Sarah Kane. Et les gens sont venus voir la Huppert et sont sortis effrayés. Ils ne connaissaient pas Régy.

Prenons l’exemple de Jérôme Bel, quand il a créé « Véronique Doisneau » à l’Opéra de Paris. En s’attaquant de manière précise aux codes d’une institution, il avait redonné un sens à son travail. Mais généralement, des artistes qui travaillent dans la rupture ne seront pas très visibles, initialement. Ils évoluent plutôt en cachette.

En effet. Et pourtant, beaucoup de jeunes artistes en marge et en rupture se révèlent en arrivant rapidement à entrer dans l’institution, grâce à toutes les possibilités qui se sont développées ces dernières quinze années. Mais ils travaillent aujourd’hui plutôt sur la solitude de l’humain que sur la révolte. Ces formes-là sont rarement porteuses d’une vraie révolte. Aussi, mon festival propose plus de créations au sujet de la disparition et du néant, dans une sorte de déliquescence. Ce que j’aime par exemple dans « Vorspiel » d’Emmanuel Eggermont, c’est qu’il part sur le vide, le rien, il se cache… Et pourtant il y a des chorégraphies magnifiques. N’est pas plutôt dans l’intimité d’une lecture d’une œuvre de poésie par exemple, que l’humain peut s’ouvrir et changer, et qu’une œuvre peut changer le cours du monde?

Le monde est passé par la révolution numérique et l’apparition de l’interactivité virtuelle, ce qui fait que le spectacle traditionnel a du mal à s’inscrire dans la réalité vécue. Si demain la Comédie Française fermait, qui le remarquerait?

Pas nous, peut-être. Tout de même, il reste un certain public d’abonnés qui le remarquerait. J’ai l’impression que malgré tout quatre-vingt pourcent du public continue à aimer ça. Ici à Bordeaux, c’est le théâtre de boulevard qui fait salle comble! Il faut d’abord que le public se déshabitue des formes traditionnelles. Les spectateurs aussi doivent enlever leurs habits sociaux face à une proposition artistique. Sinon, ils vont s’ennuyer, ou bien ils partent. Ils devraient lancer des tomates, comme à l’époque. Au moins, il y aurait un vrai débat. Aujourd’hui le spectateur est passif. Il ne sait plus et a peur de se tromper. Même aux enfants, les professeurs inculquent qu’il faut regarder sans réagir. Je trouve ça dangereux. Avant de remplir les salles, ne faut-il pas d’abord les vider pour voir combien il y a dans la salle qui ont vraiment faim de quelque chose?

Et dans votre festival Trente Trente, y a-t-il donc des propositions qui vident les salles, en touchant l’endroit où un spectacle peut déranger profondément?

Pas vraiment non plus. Même pas il y a quatre ans, avec Ivo Dimchev qui se prend son sang et le vend au public à la fin.

Propos recueillis par Thomas Hahn

www.trentetrente.com

VIVE LE THÉÂTRE ! QU’ILS CRÈVENT LES ARTISTES !

Jeudi 19 décembre 2013

NDLR : petit exercice de polémique appliquée

Notre collaborateur Bruno Boussagol, metteur en scène engagé dans la défense d’une pratique théâtrale citoyenne ouverte à tous fait vibrer de ses agacements, souvent justifiés, les Chroniques du théâtre ordinaire de notre revue. Bien que la rédaction s’accorde à émettre d’assez sérieuses réserves sur le fonctionnement actuel de l’institution théâtrale publique, et que nous portions affection et estime à notre ami, rédacteur et guerrier, nous ne jugeons pas que tous ceux auxquels il s’attaque dans ce texte soient absolument comparables, et qu’un Rodrigo Garcia ou un Pippo Delbono soient à mettre sur le même plan qu’un directeur de scène nationale formé par HEC, par exemple. Autrement dit, nous sommes quelques-uns à penser que Bruno se trompe ici un peu de cibles. Et si nous publions ce texte dans notre blog, c’est dans le but d’ouvrir le débat !

Bruno Boussagol avait précédemment rédigé (pour le n°95 de notre revue) un Manifeste réaffirmant les convictions éthiques qui animent son travail. La lecture de ce préambule, repris ci-après, permettra sans doute de mieux situer sa pensée.

La parole à Bruno :

L’acte théâtral opère originellement un déplacement : au moins une personne quitte sa place dans le cercle des spectateurs et se place au c(h)œur. Essentiellement, elle dit et fait quelque chose qui s’adresse au public. Puis elle retourne dans le cercle initial. L’histoire du théâtre n’est qu’une déclinaison de cette «geste» fondatrice dont le public est la matrice. Art populaire par excellence, le théâtre requiert de l’acteur plus un engagement éthique qu’un savoir-faire. Il n’y a rien à apprendre au théâtre. On fait du théâtre. (Ou on n’en fait pas.)

Comment faire du théâtre aujourd’hui, avec qui et pour qui ? Telles sont les trois questions auxquelles ne devrait pas se soustraire celle ou celui qui fait acte de présence sur scène. Comment ? Faire du théâtre à partir d’un enjeu crucial assumé dans un espace/temps de jeu par au moins un acteur (un actant serait le terme le plus juste). Avec qui ? Faire du théâtre avec des personnes «engagées» et concernées par l’enjeu en question. Être «amateur» ou «professionnel», «en formation» ou «borderline» n’a aucune importance. Pour qui ? Faire du théâtre pour une population, donc pour des gens dont on aura plus juste idée en les considérant dans leurs actes quotidiens qu’en les concevant selon leur niveau d’études ou leurs catégories socio-professionnelles.

 

AD VITAM AETERNAM ?

Je viens de retrouver deux coupures de presse publiées cet été. Assez saignantes les coupures !

Dans un entretien au Monde (1) datant du 19 juillet 2013 sous le titre : «Il faut en finir avec les rentes de situation» Patrice Chéreau donnait son avis éclairé sur le renouvellement des directeurs des Centres dramatiques nationaux, en particulier celui de Nice. L’autre coupure était un Rebond de Libération signé Guy Benisty et Jean-Matthieu Fourt (2) datant du 9 août sous le titre : «Pour un théâtre populaire de création» qui dénonçait l’entre-soi bourgeois d’un théâtre qui triomphe «dans des lieux où nos prédécesseurs avaient rêvé le théâtre populaire» (3).
Il est suffisamment rare que des artistes de théâtre s’expriment dans la «presse  grand public» pour revenir sur leurs propos.

Une des vertus de ces deux textes réside dans la critique radicale qu’ils établissent l’un et l’autre de l’institution théâtrale, bien que leur diagnostic concerne deux mondes, deux engagements, deux éthiques, deux œuvres on ne peut plus clivées.
Je ne peux que vous inviter à les lire intégralement.
Mais je partirai de deux extraits pour cheminer.

Chéreau dans Le Monde : «Compte tenu du passé de Daniel Benoin, il ne voudra jamais partir. Il était déjà resté plus de 20 ans à la Comédie de St Étienne»(4). Bénisty et Fourt dans Libération: « Ce sera l’aventure majeure du Ministère de la Culture, de Malraux à Lang. La maîtrise de la diffusion qui vise le point névralgique de l’organisation du «discours» théâtral ne se limitera pas aux bâtiments et finira par embrasser toute la chaine de production».

«Sur le terrain» comme on dit, on ne peut que constater et subir ce décalage entre le discours d’État, sorte de métalangage repris par les «petits et grands maîtres» regroupés en Syndeac (Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles), relayé par une critique journalistique fort peu bourdeusienne, ingurgité par un public complaisant et ravi «d’en être», étayé par quelques grands professeurs de l’Université délayant leur brouet à des cohortes d’étudiants en ingénierie culturelle prêts à ravaler tout enthousiasme critique (où sont les Anne Ubersfeld, Bernard Dort, Emile Copfermann, Jean Jourdheuil ?) pour remporter après des années de «short list» le poste institutionnel tant convoité.

Il n’est que de se retrouver à défendre un dossier à la DRAC ou au Conseil Régional, répondre à un «appel d’offre» ou participer à un quelconque colloque professionnel pour mesurer le décalage dans le marché réel entre le discours qui règle nos professions et le dispositif idéologique qui justifie la répartition fondamentalement inégalitaire du financement public du théâtre en France.

Là comme ailleurs il n’y a plus de rempart au libéralisme.

L’État et les collectivités ne sont plus garants de l’accès pour tous à la culture. Pire ! Par les institutions théâtrales qu’ils contrôlent financièrement de la production à la diffusion, ils garantissent désormais l’accès réservé à une catégorie limitée, instruite de ses critères, de plus en plus européenne. 
Les produits artistiques qu’elles financent sont mondialisés, cofinancés au niveau européen, sous ou sur titrés (le récit et la langue sont secondaires y compris celle des sous-titres), d’une esthétique kitch contemporaine autant que possible chère, répondant aux charmes d’une certaine sophistication choisie par quelques esthètes, gros financiers de l’industrie du luxe et de la téléphonie. Mais surtout ce qu’ils garantissent désormais ouvertement c’est l’inaccessibilité de l’art au plus grand nombre.

Les metteurs en scène diffusés sont de plus en plus européens voire mondiaux et opèrent sur l’ensemble du continent. Qu’importe ce que proposeront les Garcia, Castellucci, Pippo delbono, Ostermeier, Wilson, Wajdi Mouawad…
Leurs productions comme leurs diffusions sont garanties en amont des répétitions par des agences, des communicants, des publicitaires, des recruteurs publics et privés qui vendent sur catalogue. Montrer sans dire, c’est le sens même de l’imposture.

ITE MISSA EST

Et nous voilà au cœur de la question: si le théâtre c’est dire, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Nous sommes des centaines de milliers à «faire le job» au quotidien, dans les quartiers, les écoles, les salles «socio-culturelles», les communes, les prisons, les hôpitaux, les rues…

Les financements ne sont jamais à la hauteur des ambitions.

Au nom de quoi  acceptons nous cette disparité?

Ce n’est pas la première fois que j’en arrive à ce constat.
Mais cette fois-ci, nous avons un gouvernement «de gauche» qui pourrait se rappeler qu’il fut un temps maintenant lointain durant lequel la Ministre de la culture de gauche Catherine Trautmann imposa un «cahier des charges» aux CDN et Scènes Nationales et donna de la visibilité et un début de financement décent à des «expériences» d’accès à tous de la culture.
Nous ne sûmes pas l’épauler à la mesure des chamboulements qu’elle imposait au lobby du «théâtre pour tous». Elle ne tint pas longtemps et fut remplacée par une «apparatchik culturelle» et tout rentra dans l’ordre jacklanguien.

Les Ministres de la culture de gauche comme de droite se succèdent et l’entre-soi n’est pas remis en cause. Seules les «nominations» font «affaires» et rythment la ronde.

Madame la Ministre, nous attendons de vous une vraie politique culturelle de gauche.

Bonne année.

Bruno Boussagol

_____________________

(1) Patrice Chéreau – http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/07/18/patrice-chereau-il-faut-en-finir-avec-les-rentes-de-situation_3449263_3246.html

(2) Guy Benisty : auteur, metteur en scène et directeur artistique du Groupe d’intervention théâtrale et cinématographique (GITECH) installé à Pantin ; Jean-Matthieu Fourt : metteur en scène du Café culturel de St Denis et cofondateur de la compagnie Octavio.

(3) http://www.microcassandre.org/2013/08/pour-un-theatre-populaire-de-creation/

(4) Daniel Benoin dirige la comédie de Saint Etienne de 1978 à 2002, puis prend la direction du Théâtre national de Nice, où il est reconduit, au delà du terme légal, pour un quatrième mandat qu’il peine à laisser finir.

 

 

Candidature spontanée à la direction d’un théâtre

Mardi 9 juillet 2013

Manel Pons Romero

Paris, le 27 juin 2013

Objet : direction Théâtre Nanterre–Amandiers

Madame, Monsieur,

Le haut niveau du Théâtre Nanterre–Amandiers est indiscutable. Mais la hauteur me semble quelque chose de futile.

La culture française du XXIème siècle ne peut plus correspondre à la vision étroite de Malraux. Les logiques de démocratie, rencontre, échange et partage introduites par internet, sont à mon sens des principes qui peuvent guider une conception nouvelle de la culture. La hauteur ne me semble pas être une valeur et je n’arrive pas à comprendre sa place dans une politique culturelle publique.

Le modèle de réussite et d’excellence qui imprègne la vision institutionnelle de la culture est un véritable échec. Plus on insiste sur l’importance de l’excellence et plus on freine le développement culturel et social. La démocratisation culturelle ne fait qu’échouer pour une raison très simple, elle est basée sur un principe de marketing erroné qui consiste à essayer de faire venir les gens au théâtre. Mais le théâtre c’est l’aventure humaine du partage. Le partage se construit dans les deux sens, dans une logique plus proche de la démocratie culturelle que de la démocratisation culturelle.

Je souhaite vivement pouvoir diriger l’ouverture d’une nouvelle brèche d’air frais dans l’éventail de l’offre culturelle publique français. La ville de Nanterre me semble être un bon terrain pour donner naissance à un CDN version 2.0. Le Théâtre Nanterre–Amandiers peut être un lieu où le théâtre parle à la ville mais aussi un lieu où la ville parle au théâtre. Ce dialogue donnerait une réelle singularité à ce CDN et ferait sens dans un territoire, rayonnant plus loin de par cet ancrage. Diriger un CDN qui serait le même quelque soit sa situation ne m’intéresse pas.

En tant qu’Espagnol vivant en France depuis huit ans, je suis un fervent admirateur de la place que les français accordent à la culture. Cependant, je suis navré de constater que la vision élitiste de la culture a tendance à ralentir son développement dans ce pays.

J’ai vécu la victoire de François Hollande place de la Bastille et cela a été un des moments les plus émouvant de ma vie. Je n’accorde aucune importance aux symboles nationaux, mais voir une foule multiculturelle chanter la Marseillaise en tenant des drapeaux du monde entier est un souvenir qui me fait frissonner. J’ai du mal à imaginer que cela soit possible ailleurs qu’en France. C’est une des raisons pour lesquelles j’aimerais rester dans ce pays et participer à sa vie culturelle. Je regrette que cette richesse française ne soit pas assez visible dans les lieux culturels. Je suis convaincu qu’en faisant vivre cette diversité, le développement culturel et social de ce pays connaîtrait une croissance exponentielle.

Directeur du Théâtre Nanterre–Amandiers, j’ouvrirai toutes les portes et les fenêtres de cet établissement pour faire entrer le théâtre en dialogue avec la ville et vice-versa. La hauteur ne sera pas mon unité de mesure. Tout pourra se confondre dans un bordel maîtrisé, fertile et joyeux. En tant que metteur en scène, je ferai une seule création par an avec laquelle je voudrais faire parler la ville entière, dans un genre transdisciplinaire éclectique, amateur, professionnel, culturel, scientifique, vivant et patrimonial, qui investirait l’espace public. J’accorderai mon attention au travail en réseau et à l’éclatement des actions dans la ville, proche de la vie du quotidien, afin de favoriser l’innovation et le décloisonnement.

J’associerai la population à ce projet pour partager ensemble cette aventure et qu’ils en soient les acteurs principaux. Je suis très attaché à la phrase de Robert Filliou qui dit « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». C’est l’humain qui doit être au centre et pas l’art. La réalité est heureusement beaucoup plus diverse que l’on veut croire. Pourquoi la culture doit-elle se réduire à une vision étroite d’une élite qui vit encore à l’époque de Malraux ?

J’ai à vous offrir :
ma passion de l’humain, des divers territoires et des diverses cultures
une expérience professionnelle internationale de 12 ans dans le secteur culturel (directeur artistique, programmateur, comédien, metteur en scène…)
une capacité d’analyse et de créativité liée à une compréhension des enjeux politiques, sociaux, économiques et culturels (licence en sciences politiques)
une large formation dans le domaine de l’art dans l’espace public en France (Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue (Marseille), Master 2 professionnel Projets culturels dans l’espace public (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
une forte appétence pour le travail en équipe et une solide expérience en coordination de projets

En collaboration avec la Ville de Barcelone et la Région catalane, j’ai contribué à développer de nombreux projets. L’un d’entre eux a reçu en 2008 le prix de l’ONU du meilleur projet de participation citoyenne dans le monde.
Vous trouverez ci-joint mon CV, qui vous permettra d’évaluer mes domaines de compétences.
Dans l’attente de vous rencontrer pour vous exposer plus longuement mes motivations, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Cordialement,

Manel Pons Romero

P.S. Je compte, bien entendu, développer l’ensemble de mes propositions dans le cadre du décret n°72-904 du 2 octobre 1972 relatif aux contrats de décentralisation dramatique
 et de l’arrêté du 23 février 1995 fixant le contrat-type de décentralisation dramatique. Je suis au fait du statut juridique et économique des CDN (SARL sans DSP).

L’impossible Procès et la parole de Fukushima

Mercredi 29 mai 2013
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Vendeurs ingénieux et politiciens patelins tiennent beaucoup, vraiment, à l’équipement de chaque foyer en écran(s). La cellule familiale, porte close, communie ainsi dans la fascination. C’est très commode, un peuple de phalènes. C’est pourquoi on continue d’aller au théâtre. De se rassembler pour échanger. La force irréductible du spectacle vivant tient à ce que, en un lieu occupé, une parole humaine nous est soudain adressée.

Les lieux de représentation programment un certain type de réponse à ce qui s’exprime sur scène ; il est attendu que chacun s’en retourne, l’imaginaire plus peuplé, l’espace intime ouvert. Les bars des théâtres sont des lieux où les sédiments du spectacle retombent lentement (il me semble que c’est la nuit qu’ils se posent). On y dit des sottises, pour être avec les autres : que tel acteur était…, et cette scénographie, vraiment… On y parle d’autre chose, parce que ce qui a été effleuré ou atteint en nous est en cours, qu’on aurait grand tort d’y toucher.

Il peut arriver que le spectacle ménage, dans sa conception même, un espace où, dans l’extrême vulnérabilité partagée, on a loisir d’échanger. L’impossible Procès est de ceux-ci. De la façon la plus simple, sans effets, après les saluts, les acteurs se retirent. Celui qui portait déjà un costume de ville revient, et propose aux spectateurs qui le souhaitent de venir parler d’eux. Oui, parce que L’impossible Procès est la fiction judiciaire d’un possible qui hors d’Europe s’est déjà réalisé. Nous sommes en 2018, et la Cour juge François de Preyssac, Très Haut Commissaire à l’énergie atomique pour « risque causé à autrui » et « homicide involontaire par imprudence » : trois ans auparavant, un avion de ligne s’est écrasé en Gironde sur la centrale nucléaire de Blaye.

Preyssac, c’est Moloch persuadé d’être Prométhée. Il formule ce qui ne se dit pas, la conviction sous-jacente des corps d’élite, que s’ils sont au pouvoir, c’est par soumission à une certaine idée de la grandeur, dont le peuple, le sale peuple (voyez Bardamu), ne sait rien et ne peut rien savoir. Grandeur, puissance…

Après le spectacle, Yûki Takahata et Toshiko Tsuji, membres de Sortir du Nucléaire Paris viennent donc prendre la parole sur scène. Yûki cite le scientifique Hiroaki Koide, qui a consacré de longues analyses au rapport de son pays avec le nucléaire. C’est selon lui une source d’énergie qui par essence prévoit le sacrifice des plus faibles.

Lors des travaux de rénovation de la centrale de la baie Daya, en Chine, les ouvriers, ordinairement exposés à une irradiation mensuelle de 175 millisieverts, se sont trouvés irradiés à hauteur de 335 millisieverts. « Sans conséquences pour leur santé », ont rappelé les autorités chinoises. La Commission Internationale de Protection Radiologique conseille de pas s’exposer à une dose de radiations supérieure à 1 millisievert par an. C’est de corps sans défense que se nourrit Moloch.

C’est plutôt futé, d’avoir spécifiquement situé l’accident nucléaire en Gironde. Imagine-t-on les vignobles de Bordeaux rendus incultivables pour cent générations ?
Et Yûki Takahata explique : «  Il faut une lecture plus féministe de Fukushima… Au Japon, la société est beaucoup plus traditionnelle qu’en France : ce sont les femmes qui s’occupent de nettoyer. Pour les dirigeants, les hommes, la question des déchets est une irréalité  ».
Gestion de mâles alpha, qui piétinent la chair citoyenne. Écoeurant.

Aucun des témoins, réel ou fictif, ne crie sa colère. Jean-Pierre Minne, agriculteur de la région de Blaye, vient parler à la barre, appelé par la Cour. C’est un homme âgé, humble, et très las. Il n’exige même plus réparation, il dit sa ferme, dont il a été chassé, les démarches administratives à conduire pour être indemnisé. Jean-Pierre a des nausées. Sa femme, un cancer de la thyroïde. Il parle doucement. L’hésitation sur son identité m’a semblé le moment le plus juste du spectacle.

Nous habitons politiquement le monde : ce qu’on achète, à qui, ce qu’on pense et ce qu’on en dit, ce qu’on donne, sont autant de façon de s’inscrire dans un certain type de rapports sociaux, de faire société. Il y a théâtre politique, opérant, quand ce qui nous a été apporté par le spectacle impacte et modifie notre façon d’agir : c’est ce qu’on appelle la culture. 15000 habitants, de tous les districts du Japon, ont déposé plainte auprès du tribunal de Fukushima, et de Tokyo, nominalement, contre 33 responsables de TEPCO (l’EDF japonais) et des membres du gouvernement. Au pénal, pas au civil. Nominalement.

S’il arrivait que cela aboutisse, et que soit questionné enfin le funeste oxymore weberien que l’on va ânonnant dans les Très Hautes Écoles de la République. «… Monopole de la violence légitime  ». L’impunité n’est pas, ne saurait être, en aucune façon, un mode de légitimation.

Il faut voir les spectacles qui entretiennent l’éveil – et la colère. C’est bon pour l’esprit.
La pièce tourne pendant l’été : le 14 juin à Clermont-Ferrand, le 13 juillet à Dunkerque, le 31 août au festival de Bure.
Du 15 au 21 juillet, elle se donne au grand théâtre de Montfavet. Des navettes partent d’Avignon. Il vaut mieux ne pas les manquer.

Informations sur :
www.brut-de-beton.net

Coline Merlo

L’art comme principe actif
(Pour Cassandre/horschamp)

Mardi 15 janvier 2013

Il existe dans le monde francophone une publication qui, depuis bientôt dix-huit ans, traite exclusivement des relations entre ce que l’on nomme le geste artistique et la réalité politique des sociétés contemporaines. Elle le fait autant en termes de pensée que d’action, en s’efforçant de montrer l’importance et la valeur de pratiques peu spectaculaires mais essentielles, qui souvent s’inventent ou prennent place dans des lieux de relégation.

Cette revue combative et exploratrice répond au nom de Cassandre/Horschamp.

Francis Jeanson, Arthur Miller, Giorgio Strehler, Jean Duvignaud, Hubert Gignoux, Pierre Bourdieu, Édouard Glissant, Danielle Mitterrand, Philippe Avron, Jean Oury, Elias Khoury, Alain Rey, Armand Gatti, Tony Gatlif, Rodrigo Garcia, Aminata Traoré, Edward Bond, Maguy Marin, Patrick Chamoiseau, Yves Clot, René Scherer, Florence Dupont, Albert Jacquard, Régis Debray, Robin Orlyn, Jean Jourdheuil, La Ribot, Peter Schumann, Ariane Mnouchkine, Henri Bauchau, Jack Ralite, Fernando Arrabal, Jean-Paul Wenzel, Josette Baïz, Jo Ann Endicott, Christian Boltanski, Jean-Paul Wenzel, Emmanuelle Laborit, Fadhel Jaïbi, Benjamin Stora, Robert Abirached, Paul Jorion, Annie Lebrun, Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, Pierre Rabhi, Paul Ariès, Olivier Perrier, Serge Pey, Monique et Michel Pinçon-Charlot, Breyten Breytenbach, Raoul Vaneigem, Peter Brook et de nombreux autres, largement reconnus ou moins visibles mais extrêmement actifs, s’y sont exprimés depuis 1995.

On ne peut évidemment pas les citer tous ici, mais, plus récemment, un certain nombre d’autres acteurs ou militants culturels, artistes et chercheurs marquants de notre époque  – en philosophie, histoire, économie, psychanalyse, sociologie ou anthropologie -, parmi lesquels nos premiers membres d’honneur (indiqués en bas de ce texte), y ont trouvé un porte-voix en direction des fervents défenseurs d’un art relié à la collectivité humaine.
Depuis quelques années, son lectorat s’est ouvert à ceux, de plus en plus nombreux, qui considèrent que pour l’essentiel de ce qui constitue nos existences, la valeur symbolique (au sens fort de ce mot) doit l’emporter sur les cotations marchandes et autres évaluations quantitatives. C’est le combat auquel nous nous attachons.
Ce combat de civilisation rappelle celui que menèrent en leur temps les pionniers de l’écologie qui eurent tant de mal à être entendus et ne le furent qu’à la «faveur» d’un certain nombre de catastrophes et de menaces sur notre environnement naturel – et au prix d’une opiniâtreté sans faille. Mais les catastrophes et les menaces qui planent actuellement sur nos sociétés touchent directement l’être humain. C’est ce dont il a toujours été question dans cette revue : la défense de ces outils symboliques qui servent à créer des langages pour la construction de l’humain, que le système néolibéral cherche par tous les moyens à affaiblir ou à détruire. Il n’y a pas aujourd’hui dans le monde francophone d’autre publication exclusivement consacrée à ce sujet que nous considérons comme brûlant dans la période très inquiétante que nous traversons. Ce n’est peut-être pas exactement le moment qu’elle disparaisse.

Mais le paradoxe de l’époque n’est plus à démontrer : plus la marchandisation générale s’accélère dans nos sociétés, plus les outils culturels qui permettent de lutter contre ce phénomène deviennent indispensables et plus on assiste à l’amenuisement de leurs possibilités d’existence. 

Pour ce qui concerne les publications de ce type, qui n’ont aucune vocation mercantile, les problèmes de visibilité et de diffusion sont évidemment cruciaux. Comment faire pour être visible lorsqu’on se refuse à la tyrannie du vedettariat et, surtout, lorsqu’on ne dispose pas des moyens de passer par les gros diffuseurs centralisés qui exigent des quantités démesurées d’exemplaires imprimés, ruineuses pour des structures non-commerciales ?

C’est le problème majeur que nous rencontrons.


Et, comme d’autres, nous n’avons pas trouvé la réponse, parce qu’aujourd’hui cette réponse n’existe pas.



Notre situation financière ne nous permettant pas de continuer sans soutiens accrus, le moment est donc venu de poser publiquement la question. Avant de nous résoudre à saborder cette frêle et précieuse embarcation construite en novembre 1995, il nous reste à essayer de savoir s’il existe dans ce pays – et peut-être ailleurs dans le monde – suffisamment de volontés actives de soutenir un travail de valorisation des actions artistiques peu visibles, en lien avec les préoccupations des peuples. En un mot, un espace de défense du symbolique face aux écrasantes armées du chiffre en marche dans le monde, qui nous menacent à moyen terme d’une déshumanisation de l’humain. 

Alors il faut nous adresser à vous.

C’est ce que nous faisons aujourd’hui avec la création de l’Association des amis de Cassandre/Horschamp. Le président d’honneur depuis sa création est Stéphane Hessel, qui vient de nous quitter. Et vous trouverez à la suite de ce texte les noms des premiers membres d’honneur. Si vous pensez que la cause en vaut la peine, adhérez, à votre mesure, selon vos moyens et votre motivation. Les membres de cette association seront régulièrement convoqués pour donner leur avis sur les thèmes et orientations de la revue et participer à nos futures Agoras des Hors-champs de l’art.
Si une volonté suffisamment forte de nous permettre de continuer ces activités de publications et de rencontres se manifeste, nous poursuivrons avec joie ce chemin et ce combat.

Merci à vous.

La soirée du 2 avril 2013 à la Maison des métallos

Visitez la page du 2 avril




Association des amis de Cassandre/Horschamp


(Adch [at] horschamp.org)



Président d’honneur Stéphane Hessel †

Président Nicolas Frize (compositeur, musicien, auteur)


 


Premiers membres d’honneur à ce jour



Roland Gori, Professeur de psychopathologie clinique, initiateur de l’Appel des appels, psychanalyste, auteur, philosophe.
Marie-José Mondzain, Directrice de recherche au CNRS, philosophe, directrice de recherche à l’EHESS.

Robin Renucci, Comédien, directeur des Tréteaux de France et de l’Aria.

Bernard Stiegler, Directeur de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), fondateur de  Ars Industrialis (Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit), philosophe.
Patrick Bouchain, Architecte, inventeur, pionnier du réaménagement de lieux industriels en espaces culturels.
Thierry Pariente, Directeur de l’ENSATT à Lyon.
Armand Gatti, Poète, dramaturge, cinéaste, écrivain.
Olivier Neveux, Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre – Université Lyon 2.
Emmanuel Wallon, Professeur de sociologie politique – Université Paris X – Nanterre.
Isabelle Royer, Présidente de la Maison de la culture du Havre.
Charles Silvestre, Auteur, journaliste, secrétaire général des Amis de l’Humanité.
Annie Collovald, Professeur de sociologie à l’Université de Nantes, directrice du CENS.
Jean-Claude Amara, Chanteur, musicien, co-fondateur de Droit au Logement et de Droits Devant !!!
Julien Blaine, Poète, éditeur, fondateur entre autres de la revue internationale Doc(k)s, des rencontres internationales de poésie de Tarascon, du Centre international de Poésie de Marseille.
Sylvie Crossman, Co-fondatrice et directrice de Indigène éditions.
Mohamed Rouabhi, Acteur, metteur en scène, auteur (Cie les Acharnés).
Bernard Lubat, Musicien, amusicien, parleur, inventeur d’Uzeste musical.
Christian Jehanin, Comédien, metteur en scène, fondateur et directeur de l’EDT 91.
Laurent Grisel, Poète, écrivain, chercheur.
Laurent Schuh, comédien, metteur en scène (Les Arts et Mouvants, cie à l’endroit des mondes allant vers).
Renaud Lescuyer, Europe et Cie (Rencontres théâtrales Lyon, Rhône-Alpes)
Denis Tricot, Plasticien en mouvement
Jean-François Labouverie, Écrivain, co-fondateur de l’International Visual Theater.
Le groupe 129h, Slam.
Fabrice Lévy-Hadida, Compagnie Les mille et une vies (Lille).
Mimi Barthélémy, conteuse.
Paul Biot, Théâtre action (Bruxelles-Grenoble).
Marc Lacreuse, Collectif Éducation populaire et transformation sociale.
Delia et Alexandre Romanès, Cirque tzigane Romanès.
Alain Hayot, Délégué national à la culture du Pcf.
Jack Ralite, Ancien maire d’Aubervilliers, ancien ministre, créateur et animateur des États généraux de la culture.
Jean-Damien Barbin, comédien.
William Petit, Danseur, chorégraphe (Compagnie Rialto fabrik/nomade).
Emmanuel Éthis, Président de l’Université d’Avignon.
Serge Pey, Poète, chercheur.



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La caricature, c’est la liberté !

Lundi 3 décembre 2012
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A la Maison des Métallos, « Cartooning for Peace » fédère les caricaturistes de toutes les rives de la Méditerranée.

Par Thomas Hahn

Le « Printemps arabe » est loin d’avoir créé des paradis sur terre. Mais il a ouvert les portes à quelques nouveautés dans les pays arabes. Une d’entre elles est la caricature politique libre. Son émergence réverbère sur l’ensemble du Maghreb. L’exposition « Cartooning for Peace » sous l’égide de Plantu témoigne de la vivacité et de l’esprit partagé entre les caricaturistes tout autour du bassin méditerranéen. « Nous formons une communauté. Chaque fois que l’un d’entre nous est agressé, les confrères de tous les pays se solidarisent avec lui en publiant des dessins en son honneur, » dit Plantu. « Quand Ali Ferzat, le Syrien qui d’abord dessinait en faveur de Bacher Al Assad, puisque aucune autre presse n’existait, s’est solidarisé avec la rébellion et a commencé à dessiner contre Assad, des hommes cagoulés et armés lui ont fracassé les deux mains. Il vit aujourd’hui à l’étranger. Mais il a recommencé à dessiner. La caricature se passe d’abord dans la tête, » souligne-t-il.


Venus pour l’ouverture de leur exposition commune à la Maison des Métallos, Dilem (Algérie), Nadia Khiari (la créatrice de Willis from Tunis), Elchicotriste (Espagne), Kichka (Israël) et Plantu ont débattu de leur métier et de ce qui les meut.
Bien sûr, les révoltes dans le monde arabe sont au cœur des dessins exposés par « Cartooning for Peace » qui témoigne des bouleversements survenus et de la confrontation des activistes laïques avec les « barbus ». Prenez ce salafiste, une batte de baseball à la main, qui s’apprête à quitter la maison et dit à sa femme: « Je vais voir une expo! » (dessin de René Pétillon). S’il est vrai que la liberté d’expression des artistes tunisiens est dans le collimateur des intégristes, le conflit a désormais le mérite d’être visible, comme le souligne Khiari: « Sous Ben Ali le dessin politique n’existait pas. Point. » Aussi, le rôle de la caricature dans la presse arabe est doublement important. D’abord comme symbole de liberté, ensuite parce que les journaux publient en arabe classique et leur lecture est donc réservée à une minorité.


Willis from Tunis, ce chat au regard malin car prétendument naïf, va plus loin encore. L’alter ego de Nadia Khiari, professeure de beaux-arts, explore le quotidien de sa ville. Ses commentaires dessinés apparaissent sur Facebook et souvent il s’exprime directement dans la rue, sur murs et palissades, sans passer par les pages d’un journal. En Israël et en Espagne, le pouvoir politico-religieux dans les sociétés arabes est tout autant épinglé, vu qu’il remet en cause la liberté d’expression à l’échelle mondiale.


Aussi, il n’y a pas d’affrontements entre dessinateurs Israéliens et Maghrébins autour de la religion. Pas question de heurter les sensibilités. La caricature, au sens noble, est faite pour éclairer et détendre, pas pour chauffer les esprits. C’est une question d’indépendance. Le dessin de propagande est un dessin instrumentalisé, alors que le vrai caricaturiste est un franc-tireur qui se bat en premier lieu pour la liberté de circulation des idées. Quand il s’attaque au pouvoir, il le déstabilise en rendant évident des contextes politiques complexes. La classe dirigeante est démasquée, à un endroit où elle ne s’y attendait pas. Chez le lecteur cette révélation déclenche un rire libérateur qui donne à David l’énergie et le courage de poursuivre sa lutte contre Goliath. L’ennemi ne paraît plus invulnérable. Ce processus peut se passer d’insultes.


Les caricaturistes sont avant tout de fins analystes de la situation politique et des rapports de pouvoir, l’esprit vif et tranchant, toujours à l’affût. Les idées fusent de façon instantanée. « Nous travaillons dans un esprit de synthèse, et il y a une grande part d’inconscient, » confirment-ils. Mais le lien direct entre le dessin et l’actualité veut que la caricature soit un art plutôt éphémère. Dessiner pour un site internet ou dans la rue ne fait que renforcer cette qualité. Quand un jour (inch’allah!) les attaques intégristes contre les œuvres d’artistes à Tunis ou ailleurs ne seront plus qu’un lointain souvenir, (comment) pourra-t-on alors comprendre la batte de baseball dans la main du salafiste? Est-ce vraiment pertinent de faire tourner une exposition de caricatures politiques? Oui, ça l’est, puisque malgré le rapport organique à l’actualité, les caricaturistes s’attaquent aussi à des questions de fond et produisent parfois des chefs-d’œuvre intemporels.
« Des dessins pour la paix », voilà tout de même un drôle d’intitulé, vu qu’on ne dessine ni pour ni contre la guerre ou la paix, mais pour libérer les esprits. Contre la guerre, on manifeste. Pour la paix, le citoyen prie, chante ou écrit des poèmes, c’est selon. Parfois il est même obligé de se battre. De fait, le titre de l’exposition renvoie à l’année 2006 quand Plantu et Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations (si mal) unies ont lancé une initiative pour fédérer les caricaturistes du monde entier et créer un symbole d’unité planétaire. Pas mal vu, vu que l’ONU a tendance à s’autocaricaturer sans contribuer à la paix. Ca vaut bien un déluge de dessins, et même une expo.

Cartooning for Peace
jusqu’au 16 décembre
Maison des Métallos. 94, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
www.maisondesmetallos.fr