Archives de la catégorie ‘Société’.

Gallimard contre Hemingway : il n’y a plus de magie

Samedi 18 février 2012

 

Hier, le web bruissait du conflit opposant François Bon, et son passionnant site publie.net, à Gallimard. Nous avons demandé à l’ami Laurent Grisel, écrivain et poète lui-même et  animateur entre autre de remue.net, de faire le point sur cette affaire qui tend à montrer que le droit d’auteur,  qui initialement, fut inventé pour faire valoir l’intérêt de l’auteur face à l’éditeur, est totalement dévoyé et « protège » désormais l’éditeur… contre les lecteurs.

 

 

Hier, vendredi 17 février 2012, à 13h14, un bref message de François Bon sur twitter :

 

Le motif : Gallimard détient les droits négociés avec la famille Hemingway, ceux-ci courent jusqu’en 2032, cette maison d’édition reste assise sur la traduction de Jean Dutourd.

La manière : spécialement malpolie et méprisante ; il faut lire sur la page de François Bon dédiée à cette histoire le message envoyé par un cadre de l’auguste maison aux distributeurs qui leur demande de retirer le fichier numérique de leur plate-forme. Le fait qu’il s’agit d’une nouvelle traduction réalisée par François Bon n’est même pas mentionné, on pourrait croire qu’il s’agit d’une numérisation pirate…

Réactions en chaîne, dizaines de messages d’indignation, de dénonciation, recherches sur les questions de droit, etc. Tapez François Bon + Hemingway + Gallimard sur un moteur de recherche,vous aurez une idée de la vague. L’équivalent d’une émeute mais dont tous les cris seraient articulés, dont tous les coups porteraient. Une masse si brusque et forte que la presse de bon ton qui ignore continument et consciencieusement les merveilles publiées semaine après semaine par publie.net se réveille et relate l’affaire.

Solidarité et révolte qui vont bien au-delà du fait initial.

Il y a eu pour commencer une réaction de défense car c’est publie.net qui est attaqué. Des textes de classiques, des textes contemporains, vifs, neufs, inventifs, c’est là que se fait la nouvelle littérature, des prix bas, une bonne ergonomie de lecture sur écran, liseuses, même les petits terminaux, un contrat d’édition qui distribue les recettes nettes à moitié entre auteur et éditeur… Et une complète autonomie  : la fierté de dire le monde sans tutelle, sans commandement, sans gloriole, sans mensonges commerciaux.

L’alternative est là : c’est tout ce que nous pouvons souhaiter, et que nous devons aider à se développer, à devenir la plus simple norme.

Que le droit existant permette à Gallimard de se comporter en goujat n’a en rien calmé la colère. On le sait bien que ce droit existe et est tel. Mais justement. Ce qui est en cause c’est la durée des droits d’auteur au-delà de toute raison,une économie de rente , un abus d’héritage, finalement tous les mécanismes juridiques qui favorisent l’accumulation et la transmission de l’accumulation, donc son agrandissement infini de génération en génération, produisant des aristocraties et des aristocrates plus que nous ne pouvons en supporter. Laurent Margantin (écrivain, génial traducteur de Kafka, entre autres) propose un objectif : démolir Gallimard.

Cette maison d’édition a l’air bien étonnée. C’est le propre des puissants d’ignorer le discrédit dont ils font l’objet. Car c’est une des leçons de la furie déclenchée, de sa profondeur, de son étendue : il n’y a plus de magie, plus d’aura. Car ce sont eux qui se sont abîmés dans les trucs et astuces, dans la publication de textes médiocres lancés en fanfare. Du dedans on le sait : il n’y a de trimestres où de bons éditeurs, de ceux qui restaient, s’en vont et fondent de nouvelles maisons d’édition. Du dehors on le sait : tous ces livres qu’on laisse tomber à peine parcourus, toutes ces fabrications.

On ne croit plus à ce monde et il s’effondre sous nos yeux. Ils ont eux-mêmes manœuvré la pioche et la pelle et creusé le trou dans lequel ils basculent. Ce sont eux qui se sont alignés sur Walt Disney pour des droits d’auteur à 70 ans après la mort de l’auteur. Dès lors, quelle différence ?

Il arrive à cette maison d’édition et à toutes celles qui sont au même régime ce qui arrive en ce moment aux grands journaux qu’on consulte seulement pour connaître le dernier état de la propagande, aux télévisions de masse qui maigrissent inexorablement de mois en mois, aux éditorialistes qui pontifient dans le vide, aux économistes dont l’abjection et la violence des injonctions ne peut plus être cachée, aux agronomes qui n’ont plus aucun miracle à proposer…

Que faire ?

Dans l’immédiat, si ce n’est déjà fait, s’abonner à publie.net et lire et lire car ce ne sont pas les titres qui manquent, le catalogue est bellissime.

Ensuite, poursuivre les réflexions sur le droit d’auteur et aboutir à une formulation qui brise la création de positions dominantes et leur transmission.

Continuer de se moquer des puissants, écrire, écrire à plusieurs, lire, lire à voix haute, échanger avec les peintres, les musiciens, enquêter dans le présent comme dans le passé, reprendre et refaire les batailles pour l’égalité, témoigner, produire des récits du monde, changer de points de vue et les multiplier dans la fiction, écrire des épopées dont aucun individu n’occupe le centre, faire entendre les voix impersonnelles du commun, mettre au devant les existences effacées par le spectacle, continuer.

 

Laurent Grisel

Un hymne à la paix (16 fois)

Journal de la crise de 2006, 23007, 2008, d’avant et d’après

Avec L. L. de Mars :Les Misères et les malheurs de la guerre d’après Jacques callot, noble lorrain

NDLR: Un article de Laurent Grisel sur publie.net est paru dans Cassandre/Horschamp n° 83.

D’un poète à un autre, sur la Grèce

Mercredi 15 février 2012

Je vous livre ici les mots envoyés par notre ami Serge Pey, poète en action dont vous pouvez lire l’entretien passionnant dans le dernier Cassandre/Horschamp. Écrit au lendemain du vote du plan d’austérité (de mise à mort, devrait-on dire ) du Parlement Grec et de la manifestation à Athènes.

Notes écrites par quelques philosophes grecs

pour Mikis Theodorakis

Chef d’orchestre, 

gazé à bout portant

 par un policier anti émeute

hier soir devant l’Acropole

 

 

Mikis Théodorakis avait toujours pensé 

qu’il était né dans une 

ville qui inventa la démocratie 

quand Solon annula les dettes des pauvres 

envers les riches

il y a longtemps


Mikis Théodorakis avait toujours pensé 

que l‘espérance était le songe 

d’un homme éveillé 


qu’il fallait tendre la main a ses amis 

sans fermer les doigts 


que cet enfant qui buvait 

dans le creux de sa main 

nous apprenait que nous conservions 

encore du superflu


que sans l’espérance on ne trouve pas 

l’inespéré qui est introuvable et inaccessible


Aujourd’hui Mikis Théodorakis pense 

qu’il se souviendra

 de cette citation d’Aristote

Dieu est trop parfait pour pouvoir

penser à autre chose qu’à lui-même

comme un marché financier


Mikis Théodorakis pense 

qu’il dirige maintenant

 un nuage de grenades lacrymogènes

devant un orchestre 

de musiciens-policiers à Athènes

et que  

Le plus bel arrangement 

est semblable à un tas d’ordures 

rassemblées au hasard


Mikis Théodorakis pense

qu’il a été gazé à bout portant 

le 13 février par un policier anti émeute 


que c’était hier soir


que de loin il voyait l’Acropole

et qu’on avait mis un masque à oxygène 

à la musique pour respirer sur son lit d’Hôpital


Serge PEY
serge.pey@gmail.com
http://www.sergepey.com/

Pourquoi une revue ?

Lundi 6 février 2012
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Cassandre/Horschamp
vous convie
le Lundi 6 février 2012 à 19h30
au MOTIf
à Pourquoi une revue ?

Naissance de Horschamp télévision !

Dimanche 5 février 2012
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http://tele.horschamp.org/

Depuis novembre 1995, l’équipe passionnée de Cassandre/Horschamp explore avec une revue de plus en plus belle et qui est devenue peu à peu la référence en la matière, tous les territoires méconnus de l’action culturelle et artistique en France et dans le monde.
En plus de la revue papier et des informations que nous diffusons sur internet, c’est une véritable boîte à outils que nous construisons depuis aujourd’hui quinze ans et nous l’enrichissons au fur et à mesure de tous les outils disponibles.

Vous pouvez retrouver nos travaux sur un site : www.horschamp.org, un blog : MicroCassandre, plusieurs pages facebook dont celle de la revue, et nous organisons et participons à de nombreuses rencontres sur les relations art/culture/société.
Nous sommes maintenant en mesure de vous faire profiter également de documents filmés qui permettent de (re)voir et de (ré)entendre des paroles très importantes pour le combat culturel qu’avec d’autres nous menons.

La religion est une opinion moins que les autres

Mercredi 14 décembre 2011
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Puisqu’on nous oblige à en parler, parlons-en. L’emprise de plusieurs religions sur le débat public augmente subrepticement au fil des années. Le bénitier est plein à ras bord. L’article de Cavanna dans « Le Monde » fait débat. Tant mieux. Débattons. Mais de quoi ?
La différence entre les croyants et les athées réside dans le simple fait que les athées ne cherchent pas à imposer leur athéisme aux autres. Ils ne sont pas organisés pour ça, et, pour tout dire, ils s’en foutent. Pourtant, il semble bien que le moment soit venu de défendre le droit d’être athée.
Reprenons au début.
L’univers comprendrait cent milliards de galaxies, chacune d’entre elles avec ses cent mil-liards d’étoiles (à quelques-unes près, ne chipotons pas…). La Terre, dans tout cela, est une chiure de mouche à l’extrémité d’une galaxie mineure, et, à sa surface, s’agitent de rares et improbables moisissures, dont nous autres humains formons une infime minorité, cet ensemble se trouvant à la merci du premier frisson cosmique venu.
Tout cela aurait été créé par un Dieu tout puissant dans l’unique dessein de faire émerger à la vie certaines des dites moisissures, (nous-mêmes, mes frères humains, vous l’aurez compris). Cet univers incommensurable serait à notre service exclusif, et aurait été créé pour nous assurer la vie éternelle après une vie terrestre de merde, si nous supportons le cœur léger la dite vie de merde et si nous adorons le dit Dieu tout puissant.
Soit.
J’ai toutefois quelque difficulté à croire que le créateur de cet univers surveillerait d’un regard sourcilleux ce qu’il y a dans mon assiette, s’intéresserait à ce que les femmes aient les cheveux couverts d’un foulard, ou bien prenne le temps de damner pour l’éternité ceux qui baisent dans une position ou avec un partenaire non autorisés. Cela me paraît bien présomptueux…
En définitive, qu’une telle (in)créature éprouve le curieux besoin d’être « adorée » par d’insignifiantes formes de vie qui rampent fébrilement sur un gravillon périphérique est un peu délicat à concevoir.
Le problème est que tout cela n’est guère discutable, puisque appuyé sur des textes « sacrés », des « révélations divines» qui, par leur nature même, ne sont pas ouvertes à la discussion, puisque c’est Dieu qui a parlé.
Autre problème : les dits textes « sacrés » sont légion. Ils ont beaucoup varié au fil des siècles, ils s’opposent entre eux, chacun promettant les foudres de l’enfer dans l’autre monde et, contradictoirement, la lapidation dans celui-ci, à ceux qui n’y croiraient pas ou qui croiraient autrement. Contradictoirement, puisque, si Dieu se charge de la punition, ça doit être autre chose que la pauvre punition humaine et contingente….
On est toujours l’hérétique, l’incroyant, bref, le damné de quelqu’un.
Que peut bien signifier, dans ces conditions, la demande de « respect » violemment énoncée par des organisations religieuses qui promettent, au mieux les flammes de l’enfer, au pire un lynchage crapuleux, à ceux qui n’y croient pas ? Où est leur « respect » ?
La question est donc posée de savoir si le fait qu’en république, chacun ait le droit de croire à ce qu’il veut et de rendre un culte aux diverses divinités de son choix et à leurs avatars, cela implique que la religion doit être, en tant que telle, un élément de la vie publique, du débat politique ? Par voie de conséquence, on est fondé à se demander si la vie publique doit s’organiser autour des prescriptions des différentes religions ?
Le débat politique s’articule d’abord autour de faits concrets, mesurable en termes de principes et d’objectifs énonçables concrètement.
En résumé, le but de l’organisation sociale humaine serait d’assurer à chacun la meilleure vie possible, et donc d’assurer une répartition la moins inéquitable possible des richesses produi-tes, l’accès de chacun à un certain nombre de bienfaits collectivement produits, dans la sécurité qu’elle est capable d’assumer.
Ces débats se déroulent autour de faits concrets, et doivent déterminer l’organisation sociale. Ils en sont la raison d’être.
Introduire dans ce débat public des notions totalement subjectives, fantasmées, aussi vagues que des « commandements divins », des révélations, des visions, des récits mythologiques, des fabulations délirantes, bref, toutes sortes d’élucubrations mystiques, est bien ici totalement hors de propos.
Une religion est une croyance pour laquelle notre vie réelle n’est qu’un long examen de passage vers une vie future, qui récompensera ou punira éternellement notre comportement actuel. Si chacun, encore une fois, est absolument libre de croire cela pour ce qui le concerne, on voit bien que cette problématique est totalement étrangère au débat politique qui ne concerne et ne peut concerner que le seul monde réel où nous vivons aujourd’hui.
Une croyance religieuse n’est pas une opinion, puisqu’elle n’est pas sujette à débat, qu’elle est une abdication partielle mais volontaire de la raison, une soumission plus ou moins assumée aux prescriptions d’un clergé, et surtout un classement implacable du genre humain entre croyants et incroyants, ou pire, croyant mal.
Dans l’histoire, à chaque fois qu’une religion a pu s’allier au pouvoir politique, ou qu’un pou-voir politique a eu besoin d’une religion pour établir son autorité, cette alliance a permis à la fois un régime autoritaire et une croyance obligatoire. Mais peut-on s’obliger à croire ?
Bien sûr et heureusement, il existe aujourd’hui un grand nombre de croyants modérés, probablement une large majorité d’entre eux, au moins en France, qui considèrent que cela ne regarde qu’eux, qui sont de sincères démocrates, qui ne cherchent pas à imposer leurs convictions ou leurs pratiques à l’espace public, et à qui il serait profondément injuste de faire porter l’histoire sanglante des hiérarchies religieuses du passé ou du présent. On aimerait juste les entendre un peu plus en ce moment…
En république, tout est discutable à tout instant. Contrairement à ce que pensent des op-presseurs intéressés, il n’y a pas de « sacré » en république. C’est juste un outil pour faire taire les opposants. Les opinions politiques que j’ai adoptées après réflexion et débat tout au long de ma vie sont quotidiennement moquées et insultées dans la presse, mais aussi parfois débattues, avec des arguments posés, auxquels je peux éventuellement répondre. Tout cela est bien la moin-dre des choses et il n’y a pas de quoi s’offusquer.
Sous quel prétexte de « sacré », les croyances, qui par surcroît ne sont fondées sur rien de concret et ne concernent pas le monde réel, devraient-elles être exemptes de critiques ou de moqueries ?
Le « sacré » peut et doit être interrogé, à proportion du degré auquel il veut s’introduire dans le débat public.
Qu’on se souvienne, lors de l’incendie du cinéma Saint-Michel qui projetait « la dernière tentation du Christ », par des skinheads en jupon , intégristes catholiques, que la compassion de Mgr Lustiger pour les victimes s’exprimait en ces termes délicats : « Quand on touche au sacré, on déchaîne le diable (sic !) », autrement dit en bon français, « bien fait pour leurs gueules ! ».
Il ne suffit pas qu’un individu déclare telle ou telle « croyance » sacrée, pour que nul ne puisse plus porter sur celle-ci un regard ou une plume critique, sinon, cela signifie la mort pro-grammée de tout débat public, la fin de la société humaine.
Le retour du délit de blasphème établi par les tribunaux français, la polémique imbécile lancée par des croyants autour de quelques dessins de presse, le dérapage consternant d’institutions qui assimilent ainsi bêtement race et religion, sont des signes extraordinairement inquiétants de régression intellectuelle et d’abêtissement social et politique.
Les manifestations contre des pièces de théâtre par des zozos intégristes qui ne les ont pas vues montre bien à quel point ils ne parlent pas du monde réel, pourtant le seul qui vaille. Ils font de leurs fantasmes une compétence, aurait peut-être dit Barthes (Barthèsse pour les mal-comprenants qui nous gouvernent).
Imaginons qu’une « révélation » m’impose une religion qui prescrive de fumer des petits cigares toscans bien puants au cinéma, par exemple. Cela me donnerait-il le droit de demander aux pouvoirs publics de financer des salles adéquates pour pratiquer ma croyance ?
Il existe une religion, les « Témoins de Jéhovah », qui interdit les transfusions sanguines. Les médecins confrontés à une urgence vitale, à ma connaissance, transfusent d’abord et discu-tent ensuite. Va-t-on le leur reprocher ?
Un certain Vladimir Illich disait il y a 90 ans : « Qui veut le pope paye le pope », ça semble normal, la religion n’est pas un service public.
Le dernier avatar de l’invasion religieuse dans l’espace public est le « laïcisme ». Ceux qui pensent que les religions n’ont rien à faire dans l’espace ou le débat public, ni ne doivent recevoir l’argent public, sont des « laïcards ». Ainsi tamponnés d’un vocable au sens vague, mais forcément infamant, les républicains seraient réduits au silence.
Pour ces envahisseurs  et pour leurs amis qui nous dirigent, le prêtre vaut mieux que l’instituteur, nos « racines chrétiennes » valent mieux que la culture, le savoir et l’ouverture au monde, et, on le voit, les croyances les plus rigolotes, mieux que les délibérations démocratiques.
Ce serait, ce sont, quelques-uns des nombreux exemples de l’émergence du nouveau moyen-âge que nous vivons aujourd’hui, où le « Marché » est devenu le dernier Dieu inventé, les banquiers ses apôtres, et la Commission Européenne son synode. Et, là encore, nous sommes instamment enjoints de croire, de ne pas rire quand on nous dit qu’on va réguler le marché (mais peut-on réguler Dieu ?), de confesser nos fautes et de consommer à crédit.
Ainsi, mes frères humains, je vous le dis, en matière de religion, comme de finance, d’Europe, et de politique en général, je suis et me revendique laïc, laïciste, laïcard … et pas prêt à croire tout ce que des vautours, ou des corbeaux, intéressés, voudraient me faire avaler.

Michel Thion

P.S. Pour ceux qui trouveraient que j’exagère en parlant de nouveau moyen-âge, qu’ils lisent « vivre et penser comme des porcs » de Gilles Châtelet ou bien « punir les pauvres » de Loïc Wacquant, pour ne citer que ces deux ouvrages essentiels. Pour ce qui est du voile, je ne peux que conseiller « Bas les voiles » de Chahdortt Djavann, chronique d’une porteuse forcée du voile. Ça fait réfléchir. Enfin, pour finir sur une note optimiste, pour ce qui est du « vivre ensemble », voyez sans attendre le superbe film de Nadine Labaki : « Et maintenant, on va où ? ». Il y a de l’espoir là-dedans, même pour les croyants…
Deux liens pour poursuivre : http://www.youtube.com/watch?v=MeSSwKffj9o et http://brouillonsdeculture.wordpress.com/2011/08/07/a-tous-les-homophobes-citant-la-bible/

Soyons nombreux contre les demeurés de l’ordre moral!

Mercredi 7 décembre 2011
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MicroCassandre s’associe bien volontiers à cet appel au moment où 50  députés UMP  soutiennent les chrétins de Civitas et veulent nous ramener à l’époque où leurs prédécesseurs, aussi intelligents et ouverts qu’eux, prétendaient censurer  La Religieuse de Rivette, dont Malraux avait courageusement levé l’interdiction!
Défendons nos libertés
contre l’ordre moral 
Depuis deux mois le courant catholique intégriste fédéré par l’Institut Civitas mène campagne contre des pièces de théâtre qu’il juge « blasphématoires ».
Epaulé par des groupes violents, racistes, antisémites et hostiles aux musulman-e-s comme le GUD, le Renouveau français ou l’Action française, il s’efforce de perturber la représentation de ces pièces par tous les moyens (intrusion dans le Théâtre de la Ville et agressions de spectateurs, prières de rue, utilisation de moyens de sonorisation puissants comme à Toulouse…).
Après s’être attaqué à Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, il s’en prend à Golgotha pic-nic de Rodrigo Garcia. Il ne compte pas s’en tenir là puisqu’un des porte-parole de Civitas a annoncé fin octobre qu’il contesterait toutes les œuvres qu’il juge « blasphématoires ».
Ces catholiques intégristes veulent une France et une Europe « chrétienne et qui le reste » comme ils l’ont déjà déclaré, c’est-à-dire une société raciste débarrassée de ses migrant-e-s et où la religion occuperait une place centrale.
L’extrême droite constitue une menace à la liberté de création et d’expression. A chaque fois qu’elle a dirigé une ville ou un état, elle s’est employée à interdire des spectacles et à retirer des bibliothèques des ouvrages contraires à son idéologie, voire à les brûler.
Dans le cas présent, nous savons bien que ces mouvements veulent avant tout occuper la rue pour propager leur idéologie de haine et d’intolérance, en utilisant au besoin la violence afin d’intimider celles et ceux qui pensent autrement. C’est ce qu’ils ont fait en 1989 en incendiant le cinéma qui diffusait La Dernière tentation du christ de Martin Scorcese à Saint Michel.
 
Face à cette offensive violente et coordonnée :
-          Nous récusons l’usage de la notion de « blasphème », terme d’un autre âge qui vise à interdire de fait toute critique rationnelle de la religion et à en faire un délit afin d’obtenir la soumission des populations à un ordre autoritaire et obscurantiste ;
-          Nous dénonçons une stratégie d’un groupe de pression affilié à l’extrême droite qui vise à faire reculer les libertés et les droits dans tous les domaines (contraception, IVG, liberté sexuelle, programmes scolaires, culture…) contre les jeunes, les femmes et les travailleurs-ses ;
-          Nous rejetons également avec la plus grande fermeté un discours identitaire et pseudo-laïque stigmatisant les migrant-e-s, dénigrant les artistes et les enseignant-e-s, mais aussi visant à affaiblir la séparation des églises avec l’état et donc une laïcité émancipatrice à laquelle nous sommes attaché-e-s. Cela relève d’une stratégie de diversion et de division des travailleuses et travailleurs afin de pouvoir les écraser par des politiques d’austérité et de destruction de leurs droits. Le pouvoir actuel, la droite et l’extrême droite se partagent largement cette responsabilité. En laissant l’extrême droite perturber plusieurs spectacles, voire même en lui apportant une protection policière, le pouvoir contribue à bafouer la liberté de création artistique.
Face à ces menaces et à une volonté de s’approprier l’espace public, nous appelons les jeunes, les femmes, les travailleurs-ses, les artistes et créateurs-trices et plus largement la population parisienne à se mobiliser fortement pour faire échec au danger que représente l’extrême droite en participant
à la manifestation
Dimanche 11 décembre
15 h00, place Saint Michel
Premiers signataires : Action antifasciste Paris banlieue, Les Alternatifs, Alternative libertaire, Fédération anarchiste, Nouveau parti anticapitaliste, SUD Culture, SUD Etudiant, Parti de gauche, CNT Culture spectacle Région parisienne, Solidaires Paris, Parti communiste français Paris, FSU 75, Gauche unitaire, SUD Spectacle, Collectif national droit des femmes, Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, Coordination nationale du christianisme social

MAGIE NOIRE : PRESENCE CHARNELLE, SPIRITUELLE, SUBLIMEE

Vendredi 2 décembre 2011
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Le théâtre de l’Épée de bois accueille actuellement la création Magie noire, une œuvre collective imaginée par des jeunes artistes brésiliens des favelas et orchestrée par Laurent Poncelet, directeur de la compagnie du théâtre-action Ophélia.

« C’est par le corps que nous sommes temps et lieu »

ZUMTHOR Paul : Introduction à la poésie orale.

Être enfin visibles ! Voici la préoccupation principale des jeunes artistes brésiliens des favelas. Exclus, relégués à la périphérie de la ville de Recife, personne ne s’aventure au-delà de cette limite, personne n’y risque, ne serait-ce qu’un coup d’œil. L’ignorance est totale, comme s’ils n’étaient pas une réalité du Brésil, comme si ce pays se limitait aux riches cariocas qui peuplent les plages de Copacabana et d’Ipanema, tortillant leurs corps refaits sur des airs de Bossa-nova.
Bénéficiant d’une collaboration artistique entre l’ONG Brésilienne Pé no chao et la Cie Ophélia, forts d’un savoir faire artistique et de l’écoute humaine dont ils ont bénéficié

Laurence Fragnol

, les jeunes artistes auxquels nous faisons face sont déterminés. Et la rencontre a lieu… Dans les couloirs du théâtre, dans les travées de la salle, les artistes viennent au contact, une main passée dans les cheveux, un enlacement bref, un petit tour de danse, tout cela dans des éclats de voix : interpellations et rires. Si nous pensions que la barrière serait maintenue entre la scène et la salle, et bien c’est une erreur. Nous ne venons pas voir un spectacle, nous venons faire l’expérience d’une histoire, d’une culture, de la vie des favelas. Une vie où la mort est par trop présente, elle rôde sans cesse, toujours dissimulée derrière une baraque, surgissant de tous côtés elle prend plusieurs visages, la drogue, l’homicide, la faim. La favela, c’est aussi des moments de partage, de discussions, de rêves, de tendresse parfois. Des moments…interrompus sans cesse par les règlements de compte, l’irruption des gangs, les descentes de police, les visites des dealers. La survie aussi, interrompt la contemplation, lorsqu’il s’agit de pister les voitures aux feux rouges pour quémander ou laver les vitres, se précipiter pour ramasser les ordures en espérant recycler des objets, récupérer ce qui peut encore servir. Toute cette réalité nous est déballée crûment, avec leurs mots, leur langage, mais attention ! Nous ne sommes pas dans un docu-fiction. Tout ce récit nous est narré à travers diverses expressions artistiques qui sont les leurs. Sur scène, les éléments culturels issus de la tradition africaine affirment l’identité noire. Transdisciplinaire, cette histoire est contée par les corps des danseurs, des musiciens des acteurs. Le corps, le mouvement, le souffle sont au cœur de la poïétique. Entre capoeira et danse afro-brésilienne, les danseurs revendiquent une esthétique qui leur est propre, une expression exigeante à laquelle ils ont façonnés leur corps. Leurs présences s’imposent par la voix, le rythme du corps, le rythme des instruments. À partir des rythmes du Maracatu et du candomblé, une nouvelle manière d’être au monde nous est donnée. L’énergie des Orixas, entre possession et pouvoir, exhale une transe et une puissance qui nous sont inconnues et desquelles nous avons certainement quelque chose à retenir. Ouverts sur les autres cultures, prêts à s’approprier, en faisant passer par leurs filtres, des formes d’art venues d’ailleurs, ces artistes parviennent à métisser la hip-hop, lui redonnant un souffle nouveau, réinvestissant cette danse de son potentiel contestataire.
À la fin de cette performance, un temps de discussion est prévu entre les artistes et le public pour échanger ses impressions, poser des questions. Tous savent qu’ils ont dorénavant franchis des étapes, que ceux sont des artistes qui souhaitent désormais vivre de leur art mais également le divulguer dans les favelas, mais aussi à travers le monde. Sans abandonner des revendications politiques, ils plaident pour une égalité qui n’est pas encore venue, le Parti des travailleurs ne s’est pas encore décidé à investir dans l’éducation et la santé. Ils veulent obtenir un autre regard que celui de la télévision qui ne reflète pas la complexité de leur vie, les réduits à quelques caractéristiques sensationnelles, les stigmatisent. Désormais il faudra compter avec eux, ils habitent l’espace, prennent la parole.

Rosa Ferreira

Ce soir et demain samedi 3 décembre à 21h, et du 7 au 10 décembre, même heure. Les dimanches 4 et 11 décembre à 16h, Théâtre de l’Épée de bois, La Cartoucherie, Route du champ de manœuvre.

[Vidéo] The End, l’erreur d’être en avance à un rendez-vous que l’on ne peut pas rater…

Lundi 14 novembre 2011
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 The End, texte de Leila Toubel mis en scène par Ezzedine Gannoun, du théâtre El Hamra de Tunis, a inauguré le passionnant programme de la plateforme Al Wassl , aperçu du théâtre et de sa parole politique en Méditerranée, au Théâtre Jean-Vilar de Vitry sur-Seine.

 

The End, de et avec Leila Toubel (assise à droite)

Si un jour vous croisez la mort et que celle-ci vous donne rendez-vous dans une heure, ne verriez-vous pas tout d’un coup l’importance d’une multitude de choses à régler, de votre tenue jusqu’à l’annulation de toutes ces autres rencontres que vous ne pourrez plus que manquer ?

Voilà la situation dans laquelle se retrouve Nejma. Sans autres états d’âmes que ceux qui ont pavè sa vie jusqu’alors, cette femme mûre, pas encore vieille, mondaine, et pourtant si seule, fille, mais surtout pas mère, décide de mettre en scène elle-même sa sortie de scène. Avec une lucidité placide, elle accepte de clore toutes les conversations qui la relient encore à ceux qui l’entourent, qu’ils soient vivants ou morts. Sobriété du décor, finesse des lumières, grâce des mouvements, The End propose au spectateur un théâtre arabe résolument moderne, temporel et fantas(ti)que à la fois. À chaque personnage son animal totem que la gestuelle révèle, dans une mise en scène associant l’élégance des corps à l’absurde de l’être.

Le texte de Leila Toubel, ciselé, pointu, tranchant, porte l’estocade sur les points vitaux d’un monde standardisé, là où ça fait mal de se dire que la véritable vie nous a déjà été arrachée : médias de masse au misérabilisme aliénant (le voici votre populisme réel!), rêve de gloire avant la moindre victoire (que le hip-hop repose en paix…), religiosité sans fond, comme le trou d’une tombe où s’empilent à l’infini les corps de nos aïeux (c’est bien ça la tradition, n’est-ce pas?), aveuglement des enfants hérité de parents qui nous voulaient pas voir, démocratie fantoche qui remplace le choix par le désir, la politique par le spectacle…

Dans ce conte aux faux airs de théâtre de marionnettes, le destin ne peut être là où on l’attend. C’est à cela qu’on le reconnaît. Il est une tendance aujourd’hui à mettre en concurrence tous les artistes arabes pour en élire le plus prophétique. La démarche est biaisée. Si l’art parle de nous « ici et maintenant », il n’a que prouvé sa valeur lorsque le lendemain il a encore raison.

On ne peut que féliciter l’équipe du théâtre El Hamra pour son travail militant, exigeant et sincère depuis plus de vingt ans. Mais avant tout, on s’incline devant une pièce surprenante, humble et exigeante, profondément rebelle. A croire que les Printemps naissent au théâtre…

Et maintenant, que faire?

Le Printemps, il en fut question, justement dans le débat qui suivit ce spectacle et qui voyait des artistes et intellectuels s’interroger sur la place de l’art et de la culture dans les révolutions arabes. Et c’est une belle leçon de réflexion et d’humilité à nos éditocrates qu’ont donné Ezzedine Gannoun, Leila Toubel et les autres participants face à l’hystérie, l’inculture et l’arrogance qui ont caractérisé les commentaires politiques et médiatiques français avec la victoire – relative – du parti Ennadah.

Au cours de la révolution, Leila Toubel et Ezzedine Gannoun se sont refusé à la pose de l’artiste compagnon de route : « c’est en tant que citoyenne que je manifestais, pas en tant que comédienne », commente Leila. «  et nous n’avons pas besoin de Juppé et de ceux qui ont soutenu la dictature pour nous dire que les barbus sont dangereux, nous le savons, merci ! » Et de démonter la mythologie qui veut, notamment, que la Tunisie de Ben Ali ait protégé le statut de la femme…

Le défi désormais pour les artistes se situe moins dans le rapport au gouvernement provisoire et au parti majoritaire – trop malin pour attaquer les libertés de front, constatent-ils en substance– que précisément dans leur place de citoyen et leur rapport au peuple. Depuis que la chape de plomb a sauté, l’incompréhension, voir l’attaque, peut venir de mon voisin », constate Ezzedine Gannoun. Ces voisins qu’ils côtoient au quotidien dans le quartier populaire de Tunis où se niche El Hamra, où ils ont parfois donné asile à des marchands ambulants. Ils ont du faire à l’incompréhension de ceux qui les voyaient reprendre leur métier après le 14 janvier : « ce n’est pas le moment !» comme si le fardeau des assemblées citoyennes et de la préparation de « l’après » devait reposer sur les seules épaules des artistes. « Interdirait-on à un boulanger de faire son travail » ? ironise Ezzedine, dont les paroles entrent en résonance troublantes avec celles si belles du Théâtre ambulant Chopalovitch(1)…

À cette injonction, leur réponse fut un sit-in de plusieurs jours au Théâtre el Hamra.

Désormais, à la question «Que faire ?», leur réponse est simple : ce qu’ils ont toujours fait, en tant qu’artistes et citoyens. Ils ne cèderont ni au surf facile sur la vague de l’opportunisme antigouvernemental, ni ne lâcheront un pouce d’une liberté qu’ils n’ont jamais abdiquée, et dont The End est un exemple magnifique. Et continueront à tendre à la société tunisienne, avec finesse et courage, un miroir où l’intime et le politique se reflètent, étroitement imbriqués.

 

Hédi Maaroufi et Valérie de Saint-Do

 

Le festival Al Wassl, Plateforme Arts en Méditerrannée se poursuit au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.

http://www.theatrejeanvilar.com/la-saison/detail/theme/theatre/fiche/al-wassl/

 

1. Le Théâtre ambulant Chopalovitch, superbe pièce de Lioubomir Simovitch e Théâtre ambulant Chopalovitch est l’histoire d’une troupe de théâtre qui, dans une ville sous l’occupation de l’Allemagne Nazie en 1941, débarque pour jouer Les Brigands de Schiller. Mais les habitants d’Oujitsé (en Serbie) sont dépassés par une réalité qui les maintient dans un état de terreur.

 

 

RETROUVEZ DES EXTRAITS CHOISIS DE LA SOIREE EN VIDEO :
(Réalisation Samuel Wahl)