Archives de la catégorie ‘MicroCassandre’.

D’un poète à un autre, sur la Grèce

Mercredi 15 février 2012

Je vous livre ici les mots envoyés par notre ami Serge Pey, poète en action dont vous pouvez lire l’entretien passionnant dans le dernier Cassandre/Horschamp. Écrit au lendemain du vote du plan d’austérité (de mise à mort, devrait-on dire ) du Parlement Grec et de la manifestation à Athènes.

Notes écrites par quelques philosophes grecs

pour Mikis Theodorakis

Chef d’orchestre, 

gazé à bout portant

 par un policier anti émeute

hier soir devant l’Acropole

 

 

Mikis Théodorakis avait toujours pensé 

qu’il était né dans une 

ville qui inventa la démocratie 

quand Solon annula les dettes des pauvres 

envers les riches

il y a longtemps


Mikis Théodorakis avait toujours pensé 

que l‘espérance était le songe 

d’un homme éveillé 


qu’il fallait tendre la main a ses amis 

sans fermer les doigts 


que cet enfant qui buvait 

dans le creux de sa main 

nous apprenait que nous conservions 

encore du superflu


que sans l’espérance on ne trouve pas 

l’inespéré qui est introuvable et inaccessible


Aujourd’hui Mikis Théodorakis pense 

qu’il se souviendra

 de cette citation d’Aristote

Dieu est trop parfait pour pouvoir

penser à autre chose qu’à lui-même

comme un marché financier


Mikis Théodorakis pense 

qu’il dirige maintenant

 un nuage de grenades lacrymogènes

devant un orchestre 

de musiciens-policiers à Athènes

et que  

Le plus bel arrangement 

est semblable à un tas d’ordures 

rassemblées au hasard


Mikis Théodorakis pense

qu’il a été gazé à bout portant 

le 13 février par un policier anti émeute 


que c’était hier soir


que de loin il voyait l’Acropole

et qu’on avait mis un masque à oxygène 

à la musique pour respirer sur son lit d’Hôpital


Serge PEY
serge.pey@gmail.com
http://www.sergepey.com/

Pourquoi une revue ?

Lundi 6 février 2012
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Cassandre/Horschamp
vous convie
le Lundi 6 février 2012 à 19h30
au MOTIf
à Pourquoi une revue ?

Naissance de Horschamp télévision !

Dimanche 5 février 2012
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http://tele.horschamp.org/

Depuis novembre 1995, l’équipe passionnée de Cassandre/Horschamp explore avec une revue de plus en plus belle et qui est devenue peu à peu la référence en la matière, tous les territoires méconnus de l’action culturelle et artistique en France et dans le monde.
En plus de la revue papier et des informations que nous diffusons sur internet, c’est une véritable boîte à outils que nous construisons depuis aujourd’hui quinze ans et nous l’enrichissons au fur et à mesure de tous les outils disponibles.

Vous pouvez retrouver nos travaux sur un site : www.horschamp.org, un blog : MicroCassandre, plusieurs pages facebook dont celle de la revue, et nous organisons et participons à de nombreuses rencontres sur les relations art/culture/société.
Nous sommes maintenant en mesure de vous faire profiter également de documents filmés qui permettent de (re)voir et de (ré)entendre des paroles très importantes pour le combat culturel qu’avec d’autres nous menons.

La religion est une opinion moins que les autres

Mercredi 14 décembre 2011
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Puisqu’on nous oblige à en parler, parlons-en. L’emprise de plusieurs religions sur le débat public augmente subrepticement au fil des années. Le bénitier est plein à ras bord. L’article de Cavanna dans « Le Monde » fait débat. Tant mieux. Débattons. Mais de quoi ?
La différence entre les croyants et les athées réside dans le simple fait que les athées ne cherchent pas à imposer leur athéisme aux autres. Ils ne sont pas organisés pour ça, et, pour tout dire, ils s’en foutent. Pourtant, il semble bien que le moment soit venu de défendre le droit d’être athée.
Reprenons au début.
L’univers comprendrait cent milliards de galaxies, chacune d’entre elles avec ses cent mil-liards d’étoiles (à quelques-unes près, ne chipotons pas…). La Terre, dans tout cela, est une chiure de mouche à l’extrémité d’une galaxie mineure, et, à sa surface, s’agitent de rares et improbables moisissures, dont nous autres humains formons une infime minorité, cet ensemble se trouvant à la merci du premier frisson cosmique venu.
Tout cela aurait été créé par un Dieu tout puissant dans l’unique dessein de faire émerger à la vie certaines des dites moisissures, (nous-mêmes, mes frères humains, vous l’aurez compris). Cet univers incommensurable serait à notre service exclusif, et aurait été créé pour nous assurer la vie éternelle après une vie terrestre de merde, si nous supportons le cœur léger la dite vie de merde et si nous adorons le dit Dieu tout puissant.
Soit.
J’ai toutefois quelque difficulté à croire que le créateur de cet univers surveillerait d’un regard sourcilleux ce qu’il y a dans mon assiette, s’intéresserait à ce que les femmes aient les cheveux couverts d’un foulard, ou bien prenne le temps de damner pour l’éternité ceux qui baisent dans une position ou avec un partenaire non autorisés. Cela me paraît bien présomptueux…
En définitive, qu’une telle (in)créature éprouve le curieux besoin d’être « adorée » par d’insignifiantes formes de vie qui rampent fébrilement sur un gravillon périphérique est un peu délicat à concevoir.
Le problème est que tout cela n’est guère discutable, puisque appuyé sur des textes « sacrés », des « révélations divines» qui, par leur nature même, ne sont pas ouvertes à la discussion, puisque c’est Dieu qui a parlé.
Autre problème : les dits textes « sacrés » sont légion. Ils ont beaucoup varié au fil des siècles, ils s’opposent entre eux, chacun promettant les foudres de l’enfer dans l’autre monde et, contradictoirement, la lapidation dans celui-ci, à ceux qui n’y croiraient pas ou qui croiraient autrement. Contradictoirement, puisque, si Dieu se charge de la punition, ça doit être autre chose que la pauvre punition humaine et contingente….
On est toujours l’hérétique, l’incroyant, bref, le damné de quelqu’un.
Que peut bien signifier, dans ces conditions, la demande de « respect » violemment énoncée par des organisations religieuses qui promettent, au mieux les flammes de l’enfer, au pire un lynchage crapuleux, à ceux qui n’y croient pas ? Où est leur « respect » ?
La question est donc posée de savoir si le fait qu’en république, chacun ait le droit de croire à ce qu’il veut et de rendre un culte aux diverses divinités de son choix et à leurs avatars, cela implique que la religion doit être, en tant que telle, un élément de la vie publique, du débat politique ? Par voie de conséquence, on est fondé à se demander si la vie publique doit s’organiser autour des prescriptions des différentes religions ?
Le débat politique s’articule d’abord autour de faits concrets, mesurable en termes de principes et d’objectifs énonçables concrètement.
En résumé, le but de l’organisation sociale humaine serait d’assurer à chacun la meilleure vie possible, et donc d’assurer une répartition la moins inéquitable possible des richesses produi-tes, l’accès de chacun à un certain nombre de bienfaits collectivement produits, dans la sécurité qu’elle est capable d’assumer.
Ces débats se déroulent autour de faits concrets, et doivent déterminer l’organisation sociale. Ils en sont la raison d’être.
Introduire dans ce débat public des notions totalement subjectives, fantasmées, aussi vagues que des « commandements divins », des révélations, des visions, des récits mythologiques, des fabulations délirantes, bref, toutes sortes d’élucubrations mystiques, est bien ici totalement hors de propos.
Une religion est une croyance pour laquelle notre vie réelle n’est qu’un long examen de passage vers une vie future, qui récompensera ou punira éternellement notre comportement actuel. Si chacun, encore une fois, est absolument libre de croire cela pour ce qui le concerne, on voit bien que cette problématique est totalement étrangère au débat politique qui ne concerne et ne peut concerner que le seul monde réel où nous vivons aujourd’hui.
Une croyance religieuse n’est pas une opinion, puisqu’elle n’est pas sujette à débat, qu’elle est une abdication partielle mais volontaire de la raison, une soumission plus ou moins assumée aux prescriptions d’un clergé, et surtout un classement implacable du genre humain entre croyants et incroyants, ou pire, croyant mal.
Dans l’histoire, à chaque fois qu’une religion a pu s’allier au pouvoir politique, ou qu’un pou-voir politique a eu besoin d’une religion pour établir son autorité, cette alliance a permis à la fois un régime autoritaire et une croyance obligatoire. Mais peut-on s’obliger à croire ?
Bien sûr et heureusement, il existe aujourd’hui un grand nombre de croyants modérés, probablement une large majorité d’entre eux, au moins en France, qui considèrent que cela ne regarde qu’eux, qui sont de sincères démocrates, qui ne cherchent pas à imposer leurs convictions ou leurs pratiques à l’espace public, et à qui il serait profondément injuste de faire porter l’histoire sanglante des hiérarchies religieuses du passé ou du présent. On aimerait juste les entendre un peu plus en ce moment…
En république, tout est discutable à tout instant. Contrairement à ce que pensent des op-presseurs intéressés, il n’y a pas de « sacré » en république. C’est juste un outil pour faire taire les opposants. Les opinions politiques que j’ai adoptées après réflexion et débat tout au long de ma vie sont quotidiennement moquées et insultées dans la presse, mais aussi parfois débattues, avec des arguments posés, auxquels je peux éventuellement répondre. Tout cela est bien la moin-dre des choses et il n’y a pas de quoi s’offusquer.
Sous quel prétexte de « sacré », les croyances, qui par surcroît ne sont fondées sur rien de concret et ne concernent pas le monde réel, devraient-elles être exemptes de critiques ou de moqueries ?
Le « sacré » peut et doit être interrogé, à proportion du degré auquel il veut s’introduire dans le débat public.
Qu’on se souvienne, lors de l’incendie du cinéma Saint-Michel qui projetait « la dernière tentation du Christ », par des skinheads en jupon , intégristes catholiques, que la compassion de Mgr Lustiger pour les victimes s’exprimait en ces termes délicats : « Quand on touche au sacré, on déchaîne le diable (sic !) », autrement dit en bon français, « bien fait pour leurs gueules ! ».
Il ne suffit pas qu’un individu déclare telle ou telle « croyance » sacrée, pour que nul ne puisse plus porter sur celle-ci un regard ou une plume critique, sinon, cela signifie la mort pro-grammée de tout débat public, la fin de la société humaine.
Le retour du délit de blasphème établi par les tribunaux français, la polémique imbécile lancée par des croyants autour de quelques dessins de presse, le dérapage consternant d’institutions qui assimilent ainsi bêtement race et religion, sont des signes extraordinairement inquiétants de régression intellectuelle et d’abêtissement social et politique.
Les manifestations contre des pièces de théâtre par des zozos intégristes qui ne les ont pas vues montre bien à quel point ils ne parlent pas du monde réel, pourtant le seul qui vaille. Ils font de leurs fantasmes une compétence, aurait peut-être dit Barthes (Barthèsse pour les mal-comprenants qui nous gouvernent).
Imaginons qu’une « révélation » m’impose une religion qui prescrive de fumer des petits cigares toscans bien puants au cinéma, par exemple. Cela me donnerait-il le droit de demander aux pouvoirs publics de financer des salles adéquates pour pratiquer ma croyance ?
Il existe une religion, les « Témoins de Jéhovah », qui interdit les transfusions sanguines. Les médecins confrontés à une urgence vitale, à ma connaissance, transfusent d’abord et discu-tent ensuite. Va-t-on le leur reprocher ?
Un certain Vladimir Illich disait il y a 90 ans : « Qui veut le pope paye le pope », ça semble normal, la religion n’est pas un service public.
Le dernier avatar de l’invasion religieuse dans l’espace public est le « laïcisme ». Ceux qui pensent que les religions n’ont rien à faire dans l’espace ou le débat public, ni ne doivent recevoir l’argent public, sont des « laïcards ». Ainsi tamponnés d’un vocable au sens vague, mais forcément infamant, les républicains seraient réduits au silence.
Pour ces envahisseurs  et pour leurs amis qui nous dirigent, le prêtre vaut mieux que l’instituteur, nos « racines chrétiennes » valent mieux que la culture, le savoir et l’ouverture au monde, et, on le voit, les croyances les plus rigolotes, mieux que les délibérations démocratiques.
Ce serait, ce sont, quelques-uns des nombreux exemples de l’émergence du nouveau moyen-âge que nous vivons aujourd’hui, où le « Marché » est devenu le dernier Dieu inventé, les banquiers ses apôtres, et la Commission Européenne son synode. Et, là encore, nous sommes instamment enjoints de croire, de ne pas rire quand on nous dit qu’on va réguler le marché (mais peut-on réguler Dieu ?), de confesser nos fautes et de consommer à crédit.
Ainsi, mes frères humains, je vous le dis, en matière de religion, comme de finance, d’Europe, et de politique en général, je suis et me revendique laïc, laïciste, laïcard … et pas prêt à croire tout ce que des vautours, ou des corbeaux, intéressés, voudraient me faire avaler.

Michel Thion

P.S. Pour ceux qui trouveraient que j’exagère en parlant de nouveau moyen-âge, qu’ils lisent « vivre et penser comme des porcs » de Gilles Châtelet ou bien « punir les pauvres » de Loïc Wacquant, pour ne citer que ces deux ouvrages essentiels. Pour ce qui est du voile, je ne peux que conseiller « Bas les voiles » de Chahdortt Djavann, chronique d’une porteuse forcée du voile. Ça fait réfléchir. Enfin, pour finir sur une note optimiste, pour ce qui est du « vivre ensemble », voyez sans attendre le superbe film de Nadine Labaki : « Et maintenant, on va où ? ». Il y a de l’espoir là-dedans, même pour les croyants…
Deux liens pour poursuivre : http://www.youtube.com/watch?v=MeSSwKffj9o et http://brouillonsdeculture.wordpress.com/2011/08/07/a-tous-les-homophobes-citant-la-bible/

MAGIE NOIRE : PRESENCE CHARNELLE, SPIRITUELLE, SUBLIMEE

Vendredi 2 décembre 2011
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Le théâtre de l’Épée de bois accueille actuellement la création Magie noire, une œuvre collective imaginée par des jeunes artistes brésiliens des favelas et orchestrée par Laurent Poncelet, directeur de la compagnie du théâtre-action Ophélia.

« C’est par le corps que nous sommes temps et lieu »

ZUMTHOR Paul : Introduction à la poésie orale.

Être enfin visibles ! Voici la préoccupation principale des jeunes artistes brésiliens des favelas. Exclus, relégués à la périphérie de la ville de Recife, personne ne s’aventure au-delà de cette limite, personne n’y risque, ne serait-ce qu’un coup d’œil. L’ignorance est totale, comme s’ils n’étaient pas une réalité du Brésil, comme si ce pays se limitait aux riches cariocas qui peuplent les plages de Copacabana et d’Ipanema, tortillant leurs corps refaits sur des airs de Bossa-nova.
Bénéficiant d’une collaboration artistique entre l’ONG Brésilienne Pé no chao et la Cie Ophélia, forts d’un savoir faire artistique et de l’écoute humaine dont ils ont bénéficié

Laurence Fragnol

, les jeunes artistes auxquels nous faisons face sont déterminés. Et la rencontre a lieu… Dans les couloirs du théâtre, dans les travées de la salle, les artistes viennent au contact, une main passée dans les cheveux, un enlacement bref, un petit tour de danse, tout cela dans des éclats de voix : interpellations et rires. Si nous pensions que la barrière serait maintenue entre la scène et la salle, et bien c’est une erreur. Nous ne venons pas voir un spectacle, nous venons faire l’expérience d’une histoire, d’une culture, de la vie des favelas. Une vie où la mort est par trop présente, elle rôde sans cesse, toujours dissimulée derrière une baraque, surgissant de tous côtés elle prend plusieurs visages, la drogue, l’homicide, la faim. La favela, c’est aussi des moments de partage, de discussions, de rêves, de tendresse parfois. Des moments…interrompus sans cesse par les règlements de compte, l’irruption des gangs, les descentes de police, les visites des dealers. La survie aussi, interrompt la contemplation, lorsqu’il s’agit de pister les voitures aux feux rouges pour quémander ou laver les vitres, se précipiter pour ramasser les ordures en espérant recycler des objets, récupérer ce qui peut encore servir. Toute cette réalité nous est déballée crûment, avec leurs mots, leur langage, mais attention ! Nous ne sommes pas dans un docu-fiction. Tout ce récit nous est narré à travers diverses expressions artistiques qui sont les leurs. Sur scène, les éléments culturels issus de la tradition africaine affirment l’identité noire. Transdisciplinaire, cette histoire est contée par les corps des danseurs, des musiciens des acteurs. Le corps, le mouvement, le souffle sont au cœur de la poïétique. Entre capoeira et danse afro-brésilienne, les danseurs revendiquent une esthétique qui leur est propre, une expression exigeante à laquelle ils ont façonnés leur corps. Leurs présences s’imposent par la voix, le rythme du corps, le rythme des instruments. À partir des rythmes du Maracatu et du candomblé, une nouvelle manière d’être au monde nous est donnée. L’énergie des Orixas, entre possession et pouvoir, exhale une transe et une puissance qui nous sont inconnues et desquelles nous avons certainement quelque chose à retenir. Ouverts sur les autres cultures, prêts à s’approprier, en faisant passer par leurs filtres, des formes d’art venues d’ailleurs, ces artistes parviennent à métisser la hip-hop, lui redonnant un souffle nouveau, réinvestissant cette danse de son potentiel contestataire.
À la fin de cette performance, un temps de discussion est prévu entre les artistes et le public pour échanger ses impressions, poser des questions. Tous savent qu’ils ont dorénavant franchis des étapes, que ceux sont des artistes qui souhaitent désormais vivre de leur art mais également le divulguer dans les favelas, mais aussi à travers le monde. Sans abandonner des revendications politiques, ils plaident pour une égalité qui n’est pas encore venue, le Parti des travailleurs ne s’est pas encore décidé à investir dans l’éducation et la santé. Ils veulent obtenir un autre regard que celui de la télévision qui ne reflète pas la complexité de leur vie, les réduits à quelques caractéristiques sensationnelles, les stigmatisent. Désormais il faudra compter avec eux, ils habitent l’espace, prennent la parole.

Rosa Ferreira

Ce soir et demain samedi 3 décembre à 21h, et du 7 au 10 décembre, même heure. Les dimanches 4 et 11 décembre à 16h, Théâtre de l’Épée de bois, La Cartoucherie, Route du champ de manœuvre.

La TVA sur les livres : Pas de ça chez moi !

Mercredi 9 novembre 2011

Une pétition pour les livres ?

Je viens de recevoir en plusieurs exemplaires l’appel à signer une pétition contre l’augmentation de 5,5% à 7% de la TVA sur les livres.
A première vue, d’accord, je signe. Tout ce qui augmente le prix des livres en rend l’accès plus difficile. On comprend bien pourquoi nos gouvernants ne veulent pas de citoyens lisant, réfléchissant :
« Le Grand Turc s’est bien avisé de cela, que les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens et l’entendement de se reconnaître et d’haïr la tyrannie ; j’entends qu’il n’en a en ses terres, guère de gens savants, ni qu’il en demande. (Étienne de La Boétie) »
Nous sommes bien, de ce point de vue, gouvernés par un petit Grand Turc.
Mais enfin, avant de signer, j’ai lu le texte de la pétition et là, léger malaise.
« Le gouvernement français vient de passer la TVA du livre de 5,5 % à 7… au même titre que celui des vendeurs de pizzas ou de hamburgers. »
Outre la belle faute de français, le solécisme resplendissant, qu’on s’étonne de trouver sous la plume de défenseurs des livres, il y a un implicite bien méprisant dans cette phrase bancale.
Le lyrisme dégoulinant de la suite du texte conforte cette impression. On l’imagine écrit par le Déroulède d’une nation littéraire fantasmée. Un Déroulède qui aurait fumé son Grévisse…
« Les livres, c’est la gomme abstractive de toutes les inégalités. C’est l’identique voyage offert aux riches ou aux pauvres, invalides ou non, jeunes ou âgés, depuis un fauteuil roulant ou de salon, un lit conjugal encore tiède ou d’hôpital glacé, depuis le banc d’un square ou d’un refuge, ou d’une cellule. »
Si la pensée est aussi approximative que le français, l’avalanche de métaphores outrées est bien un signe. Un signe de domination, un signe de puissance. « Ce n’est pas donné à tout le monde d’écrire comme moi. Et si vous signez la pétition, vous appartiendrez à la même caste supérieure qui m’a engendré. »
Il y a bien mépris ici. Mépris du bas peuple qui, rendez-vous compte, mange des pizzas ou des hamburgers ! Et si le libraire est un instant comparé au boucher ou au boulanger ; c’est pour asséner qu’en plus, « Il sait aussi combien ce qu’il propose se doit de contribuer au bonheur et à l’éveil des sens individuels, et in fine, à la société toute entière. ».
Évidemment, la pizza fait piètre figure face à ce destin christique attribué aux livres…
Conclusion et transition vers la deuxième partie de l‘escalade : « Dans électeur, après tout, n’y a-t-il point « lecteur » ? Oui, en effet, certes, et dans transatlantique, n’y a-t-il point « antique » ?…
On pourrait gloser longtemps sur ce texte affligeant, mais il reste un point. La TVA est l’impôt injuste par excellence, qui frappe les pauvres bien plus que les riches, et toute augmentation de son taux appauvrit les pauvres et ne touche pas aux riches.
Que ce soit sur les livres ou sur autre chose, il faut supprimer la TVA et la remplacer par un impôt juste, proportionnel aux revenus, et véritablement redistributif.
Réclamer une exception pour le livre, en abandonnant la pizza à son triste sort, c’est se tromper de cible, c’est préserver notre belle corporation d’écriveurs de livres, nous qui sommes tellement les meilleurs bienfaiteurs de l’humanité, c’est dire au peuple qui achète des hamburgers, le malheureux, qu’il mérite bien son triste sort et qu’on peut bien lui coller une TVA monstrueuse du moment qu’on ne touche pas au sacro-saint livre, Alléluia au plus haut des plafonds de bibliothèque.
LE livre n’existe pas. Il y a des livres concrets, bons, mauvais, utiles, délétères, dans la vie réelle. Cette pétition est une autocélébration délirante, corporatiste et boursouflée, dont les grandes envolées ne masquent pas la consternante pauvreté politique.
Je ne la signerai donc pas.

Michel Thion
On peut consulter le texte de cette pétition à l’adresse :

http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2011N16249


Note de la rédaction de MicroCassandre : Au-delà du débat lancé par Michel Thion, nous tenons à affirmer que la défense des librairies et des diffuseurs indépendants est évidemment pour nous un enjeu crucial. Signalons aussi qu’il y a au moins une autre pétition sur le même sujet ! Voici son lien…

Sur les pas de John Cage

Jeudi 3 novembre 2011
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Puisque les oreilles n’ont pas de paupières…
Arrêtons de subir chaque jour les sons et les bruits de manière passive. En effet, il est facile de ne pas voir, plus difficile de ne pas entendre, à moins d’avoir bien solidement fixé sur nos oreilles un casque qui diffuse notre musique et nous isole, pour un instant, de celle de l’autre, des grondements de la ville, des tumultes de la vie. Ouvrons-nous au phénomène sonore, faisons ensemble, une expérimentation des propriétés du son, de sa fabrication, de ses possibles… Voici le genre d’expérience auquel se voue la Compagnie Inouïe depuis 1999, en proposant des productions scéniques tournées vers les oreilles du public. Un spectacle musical où les auditeurs méritent enfin cette appellation, puisqu’ils ne peuvent qu’adopter une écoute active étant donné que l’intention même de la manifestation est de saisir la genèse des sons, voire de les produire soi-même. En effet, bien des fois les actants (aussi appelés spectateurs) apportent une indispensable contribution. Qu’est ce qu’une telle initiative, nous, dit ? Et bien que l’ensemble des ondes qui chatouillent nos esgourdes, a le droit au chapitre. On abandonne la distinction entre soit disant sons musicaux (propres, polis, connus, bien de chez nous) et bruits (hirsutes, effrontés, inconnus, étrangers), le compositeur devient organisateur de sons, c’est ainsi que le souhaitait John Cage, auquel justement la dernière création de la Compagnie rend hommage : John Cage au creux de l’oreille.
Ne pas séparer l’art de la vie, est ce que voulait ce compositeur, redonner de l’importance aux bruits du quotidien, du corps, jusqu’aux battements de son propre cœur qui se sont imposés à lui, tandis qu’il recherchait le silence dans un caisson insonorisé. Une affirmation de la vie, c’est bien ainsi qu’il pensait le musical « pas une tentative de produire de l’ordre à partir du chaos. »
Deux soirées à l’auditorium Antonin Artaud à Ivry permettront une immersion dans l’inouï : on écoutera le piano préparé, l’eau dans tous ses états, les voix transfigurées…
De tout cela, nous retiendrons que tous les sons sont égaux, il n’est donc aucunement besoin d’une hiérarchie, de sons chefs et de sons sous-chefs, pour organiser le musical. Également que la musique est à portée de mains quelles qu’elles soient, façonnées par dix ans de conservatoire ou novices. Enfin, qu’il est possible d’imaginer et de créer des timbres, des résonances qui nous parlent et nous correspondent.

Rosa Ferreira

Thierry Balasse, Cie inouïe zoom – John Cage au creux de l’oreille : 3 novembre à 20h30 – 4 octobre à 18h30. Auditorium Antonin Artaud 152 avenue Danielle Casanova 94200 Ivry-sur-Seine.

Gracias a la vida companero

Vendredi 28 octobre 2011
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Une musique à point nommé pour faire entendre nos voix lors des longues soirées festives et combatives à venir.
L’automne est là, les jours se réduisent comme peau de chagrin. Dans le lecteur, je glisse un CD, une ambiance rouge d’octobre m’entoure, s’installe un air de 1871, Paris, Moscou? Je reconnais des bribes de l’internationale, ce n’est pas seulement l’ancien hymne russe mais aussi le chant qui accompagne bien souvent les soulèvements populaires. Petit coup d’œil jeté, à la dérobée, sur la pochette : « Adelante! » écrit en diagonale, rouge sur fond bleu. Est ce une promesse d’azur? de lendemains qui chantent? un livret explicatif accompagné de belles photos en noir et blanc retrace l’historique de ces musiques. Difficile d’écouter sans prendre conscience du monde contestataire qui s’ouvre à nous.
Il semblerait que Giovanni Mirabassi  soit toujours engagé sur sa route révolutionnaire, celle qui eut pour point de départ :  Avanti !
À présent, je suis happée par une voix cubaine, Hasta siempre, le pianiste poursuit son travail de mémoire autour des luttes collectives. S’enchaînent les chants au potentiel émancipateur : Le Déserteur, A luta continua…Tiens me voilà désormais transportée au Mozambique, je me souviens de la résistance aux guerres coloniales portugaises, une pensée pour mon père se débattant avec la dictature…
Un recueil de chansons révolutionnaires? Voici ce que nous propose le jazzman, enregistré où cela ? à Cuba et quand? le 1er mai. Bien évidemment n’allez y voir aucune coïncidence de temps et de lieu!
Sensible et investi,  le pianiste  retranscrit l’ état d’urgence et la capacité rassembleuse de ces chansons populaires.
Répertoire trivial? Ces interprétations contemporaines, nous prouve qu’il est possible d’allier protestation et exigence esthétique. Surtout, elles  démontrent que la sensibilité artistique  permet de saisir les éléments sonores les plus chargés de révolte dans le patrimoine musical commun. Souhaitant restituer et faire résonner au présent ces combats sociaux du passé, ce disque incite à réchauffer l’atmosphère de ces prochains jours de campagne électorale.

Rosa Ferreira

P.S. Dans le même ordre d’idées, signalons également le spectacle Désir rouge qui montre l’ami Bruno Boussagol en rocker!

www.brut-de-beton.net

Adelante, chez Discograph/Harmonia Mundi.