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Théâtre en banlieue: l’État sort le karcher

Mardi 21 février 2012

Le Studio-théâtre de Stains, le Hublot de Colombes, le Centre dramatique de la Courneuve… autant de structures et d’équipes menacées par une politique malthusienne de l’État qui s’apparente fort à une arme de destruction massive. Et qui frappe de préférence dans les territoires déjà orphelins de la République.
 
Le Studio-théâtre de Stains et sa directrice sont ce que Cassandre/Horschamp pourrait appeler des compagnons de route. C’est en 1986 que  Xavier Marcheschi et  Marjorie Nakache, après avoir créé leur compagnie en 1984 ont choisi de travailler au cœur de la Seine-St-Denis dans une ville dont l’exemplaire cité-jardin ne doit pas masquer les difficultés économiques et sociales. Là, dans l’ancien – et fort beau – cinéma de quartier qu’ils ont investi en 1989,  ils ont relevé le défi d’un théâtre de proximité sans démagogie. Lieu de spectacles, mais beaucoup plus que cela: un lieu de pratique ouvert aux collégiens, lycéens, amateurs au cours d’ateliers et de stages accompagnant les créations. Un lieu que les habitants, en 16 ans, se sont réellement appropriés. Ici, la démocratie culturelle ne se paye pas de mots. Lors de notre dernière visite, un  après midi une vingtaine d’enfants et d’adolescents répétaient dans la grand hall aux allures de mini théâtre antique.

Depuis sa création, le Studio-Théâtre de Stains bénéficie d’une convention avec la ministère de la Culture – en l’occurrence la DRAC Ile-de-France. Non sans avoir vu, au fil de la dernière décennie, ses subventions baisser au mépris des affirmations de sanctuarisation du budget du spectacle vivant, pour atteindre 60000 euros annuels désormais. En ce début d’année 2012, le couperet vient de tomber: la DRAC ne renouvellera pas la convention. Le minimum syndical du respect juridique des textes font que le théâtre reste subventionné en 2012 mais verra ses subsides divisés par 2 en 2013 et supprimés fin 2014. Quand on sait que le label ministériel est souvent décisif pour les financements des collectivités territoriales, voilà qui ressemble à s’y méprendre à une condamnation à mort.

Muriel Genthon, directrice de la DRAC-Ile-de-France et exécutrice des basses œuvres du sarkozysme culturel, s’abrite frileusement derrière les recommandations d’un comité d’experts décrit comme « très élitiste – ce dont on ne doute pas, hélas. Soit. Vingt-six ans d’existence, et tout à coup, en 2012,  le Studio théâtre, – qui invite des auteurs en résidence et dont le programme panache classique et contemporains– serait brutalement frappé d’ insuffisance artistique?   Mais au delà des snobismes du moment de ceux qui détiennent les jetons de présence des comités d’experts, le rouleau compresseur est en marche. Pour Marjorie Nakache, «Il s’agit très clairement d’une décision politique. On estime que certains territoires, et certains habitants n’ont pas besoin de théâtre. On nous a dit : notre politique vise le niveau national. Stains n’est plus en France? » De là à penser que certaines populations sont moins françaises que d’autres comme le claironne quotidiennement l’extrême droite affichée ou plus ou moins masquée, il y un pas qu’elle franchit. Politique de civilisation…

On connait l’antienne, déjà ressassée par Jean-Jacques Aillagon avant ses pantouflages et aller-retours confortables entre public et privé*: «trop d’artistes, trop de compagnies».  Surtout en banlieue?  Le Hublot de Colombes est frappé par la même décision. Myopie malthusienne et phobie du «saupoudrage» (qui n’est pas le seul apanage de la droite, hélas! ) qui à force d’épandages toxiques sur les «mauvaises herbes» pratique la politique de la terre brûlée. De fait, le Studio-théâtre de Stains a refusé de céder à un chantage: on lui proposait, voici un an, de transférer la convention pour la compagnie en «aide au lieu». « Nous avons toujours revendiqué une présence artistique dans ce territoire. Pas question pour nous d’accepter qu’on ne finance que des murs!  » s’insurge Marjorie Nakache. À raison: les lieux qui, comme le  Centre dramatique de la Courneuve, sont passés sous ces fourches caudines s’en mordent les doigts.  Alors, l’argument générationnel a fait surface: l’équipe actuelle serait là depuis trop longtemps, place aux jeunes! Nul n’est propriétaire d’un théâtre, encore qu’une courtoisie et reconnaissance élémentaire voudrait que l’on respecte les fondateurs d’une aventure. Mais le prétexte est totalement fallacieux: aucune jeune compagnie n’a bénéficié des conventions retirées aux « vieux »! L’État déshabille Pierre mais n’habille pas Paul.

À Stains, l’équipe ne se rendra pas sans combat. Face à l’inanité d’une décision qui engage un nouveau gouvernement, le maire de Stains Michel Beaumale,  le président de Plaine commune, Patrick Braouezec, le vice-président du Conseil général Azzedine Taïbi et la députée Maire-Georges Buffet sont montés au créneau. Patrick Braouezec a beau jeu de rappeler que le Premier ministre s’est engagé à ses côtés pour faire de la Seine St-Denis un «territoire de la création». Cela commence mal, sauf à réduire la «création» aux bessonneries.*

Mais le soutien au Studio théâtre dépasse le clivage droite/ gauche. L’ancien préfet de Seine-St-Denis a apporté son soutien. Et aussi et surtout, les habitants de Stains n’entendent pas se laisser déposséder de leur outil. «Une habituée m’a dit: « on touche une partie de moi-même! » raconte Marjorie Nakache. Une pétition de soutien est en ligne sur le site du théâtre.

 «Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés…»

Ce qui arrive au Studio-Théâtre, au Hublot , et à d’autres artistes en Seine St-Denis doit alerter à la fois les candidats  à une alternative politique qu’une profession artistique peu encline , dans ses hautes sphères se mobiliser pour  les lieux ou les équipes qu’elle qualifie parfois abusivement de « petits ». À  Paris, le Lavoir Moderne Parisien a vu  son directeur jeter l’éponge et Kazem Shahryari se débat pour l’Art studio théâtre, après s’être vu refuser lui aussi toute aide de la DRAC, et supprimer ses ateliers d’écriture en Seine St-Denis, au nom d’une absurde « rotation nécessaire » des artistes! Face à l’idéologie de la concurrence exacerbée, le Manifeste «L’Art est public » de l’UFISC et la Fédération des Arts de la rue résume très bien l’impératif: « Nous devons rompre avec les politiques publiques enfermées entre les dogmes du marché concurrentiel et de l’académisme administré. La culture est, avant tout, une affaire de personne, de dignité et d’humanité ». Si nous n’en somme pas tous conscients, dans la profession et au delà, nous risquons de voir s’accomplir à nouveau la prophétie de Martin Niemöller: « Quand ils sont venus chercher les communistes… »

 

* Je parle de Luc, pas d’Éric.

 

N.B. Une soirée de débats et de soutien est organisée le 6 mars, à 19 h. RV au Studio-Théâtre 19 rue Carnot, Stains. contact@sutdiotheatrestains.fr

 

 

 

Et à propos de banlieue, un message de François Bernheim :

Un nouveau mardi ça fait désordre à Créteil le 27 mars avec Stéphane Hessel

« La politique trop vieille pour les jeunes ?

Après « Si tu t’imagines » en juin 2011 en partenariat avec Cassandre/Horschamp, « 50 ans après le massacre des Algériens à paris » en Octobre numéro conçu par Michel Dréano, Mardi quitte l’espace Jemmapes. L’enjeu est de mobiliser en amont de la soirée et localement tous ceux qui auraient quelque chose à dire en travaillant régulièrement avec eux. Le partenariat engagé avec la mairie de Créteil et le centre socio culturel Madeleine Rébérioux permet de rentrer en contact avec les écoles, les associations et les groupes de travail du Centre ( théâtre, danse, slam, etc ). Les équipes de Reporter citoyen réaliseront des reportages vidéo mettant en avant la relation de la jeunesse à la politique et en particulier au mouvement des Indignés. Michel Butel qui lance un nouveau mensuel « L’impossible » le 14 Mars , Hamed Bouzzine conteur et une sociologue seront également invités.

Centre socio culturel Madeleine Rébérioux 27 av François Mitterrand Créteil – métro Créteil pointe du lac

27 mars 20h . Entrée libre.

Naissance de Horschamp télévision !

Dimanche 5 février 2012
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http://tele.horschamp.org/

Depuis novembre 1995, l’équipe passionnée de Cassandre/Horschamp explore avec une revue de plus en plus belle et qui est devenue peu à peu la référence en la matière, tous les territoires méconnus de l’action culturelle et artistique en France et dans le monde.
En plus de la revue papier et des informations que nous diffusons sur internet, c’est une véritable boîte à outils que nous construisons depuis aujourd’hui quinze ans et nous l’enrichissons au fur et à mesure de tous les outils disponibles.

Vous pouvez retrouver nos travaux sur un site : www.horschamp.org, un blog : MicroCassandre, plusieurs pages facebook dont celle de la revue, et nous organisons et participons à de nombreuses rencontres sur les relations art/culture/société.
Nous sommes maintenant en mesure de vous faire profiter également de documents filmés qui permettent de (re)voir et de (ré)entendre des paroles très importantes pour le combat culturel qu’avec d’autres nous menons.

Artémisia danse le « Mambo »!

Lundi 9 janvier 2012
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 Le prix Artémisia 2012 de la bande dessinée féminine sera décerné à Claire Braud, pour Mambo, (l’Association), demain soir, 18h30, à la librairie La Hune, boulevard St-Germain à Paris. Quelques mots de Chantal Montellier, fondatrice du prix et dessinatrice elle-même (dont vous pouvez retrouver les dessins inédits dans le très beau N° 88 de Cassandre/Horschamp!)

Cette jeune auteure succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011. Elle place le prix 2012 sous le signe de la fantaisie roborative.

Le Mambo est une danse originaire de l’île de Cuba. Les danseurs se font face car leurs pas sont réalisés en miroir et les deux partenaires sont généralement collés l’un à l’autre. Mais comment danser un Mambo quand on est toujours en train de courir, de
crainte de devenir un “gros tubercule”? Et puis avec qui le danser? Surement pas avec  le contrôleur fiscal (neutralisé d’un coup de poële à frire); ni avec le cavalier body buildé  aux dents trop longues et pointues pour pouvoir embrasser, sans la blesser, sa partenaire; ni avec le chauffeur de bus au nez collé sur son volant… Sans compter que pour ne rien arranger les hommes ont des prénoms féminins! Alors, comment s’y retrouver? Autant continuer à courir en confiant la garde de la maison (et de l’huissier) à l’animal domestique habituel: un tigre de grande taille!

Dans ce premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif, l’auteure porte un regard original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus  singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée.

Côté graphisme, dessin et mouvement sont très dynamiques, les personnages bien caractérisés et le style, qui peut faire penser parfois à Roland Topor, est libre et léger. L’absence de cadre autour des cases accentue encore l’impression de liberté.

Bref, Claire Braud nous entraîne dans une danse sensuelle à la chorégraphie surréaliste, qui a donné à Artémisia envie de danser ce mambo avec elle. Pas à pas.

 

Chantal Montellier

Fondatrice du prix Artémisia.


Sur les pas de John Cage

Jeudi 3 novembre 2011
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Puisque les oreilles n’ont pas de paupières…
Arrêtons de subir chaque jour les sons et les bruits de manière passive. En effet, il est facile de ne pas voir, plus difficile de ne pas entendre, à moins d’avoir bien solidement fixé sur nos oreilles un casque qui diffuse notre musique et nous isole, pour un instant, de celle de l’autre, des grondements de la ville, des tumultes de la vie. Ouvrons-nous au phénomène sonore, faisons ensemble, une expérimentation des propriétés du son, de sa fabrication, de ses possibles… Voici le genre d’expérience auquel se voue la Compagnie Inouïe depuis 1999, en proposant des productions scéniques tournées vers les oreilles du public. Un spectacle musical où les auditeurs méritent enfin cette appellation, puisqu’ils ne peuvent qu’adopter une écoute active étant donné que l’intention même de la manifestation est de saisir la genèse des sons, voire de les produire soi-même. En effet, bien des fois les actants (aussi appelés spectateurs) apportent une indispensable contribution. Qu’est ce qu’une telle initiative, nous, dit ? Et bien que l’ensemble des ondes qui chatouillent nos esgourdes, a le droit au chapitre. On abandonne la distinction entre soit disant sons musicaux (propres, polis, connus, bien de chez nous) et bruits (hirsutes, effrontés, inconnus, étrangers), le compositeur devient organisateur de sons, c’est ainsi que le souhaitait John Cage, auquel justement la dernière création de la Compagnie rend hommage : John Cage au creux de l’oreille.
Ne pas séparer l’art de la vie, est ce que voulait ce compositeur, redonner de l’importance aux bruits du quotidien, du corps, jusqu’aux battements de son propre cœur qui se sont imposés à lui, tandis qu’il recherchait le silence dans un caisson insonorisé. Une affirmation de la vie, c’est bien ainsi qu’il pensait le musical « pas une tentative de produire de l’ordre à partir du chaos. »
Deux soirées à l’auditorium Antonin Artaud à Ivry permettront une immersion dans l’inouï : on écoutera le piano préparé, l’eau dans tous ses états, les voix transfigurées…
De tout cela, nous retiendrons que tous les sons sont égaux, il n’est donc aucunement besoin d’une hiérarchie, de sons chefs et de sons sous-chefs, pour organiser le musical. Également que la musique est à portée de mains quelles qu’elles soient, façonnées par dix ans de conservatoire ou novices. Enfin, qu’il est possible d’imaginer et de créer des timbres, des résonances qui nous parlent et nous correspondent.

Rosa Ferreira

Thierry Balasse, Cie inouïe zoom – John Cage au creux de l’oreille : 3 novembre à 20h30 – 4 octobre à 18h30. Auditorium Antonin Artaud 152 avenue Danielle Casanova 94200 Ivry-sur-Seine.

AL WASSL – Plateformes Arts Méditerrannée

Samedi 22 octobre 2011
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Présentation par Ramzi CHOUKAIR, Directeur artistique d’Al Wassl,
et Gérard ASTOR, Directeur du Théâtre de Vitry.

Réalisation : Samuel Wahl – Cassandre/Horschamp.
Musique : el dor el Awal.

AL WASSL – Plateformes Arts Méditerrannée
du 6 au 29 novembre 2011

Théâtre Jean-Vilar 1 place Jean-Vilar 94400 Vitry-sur-Seine
Réservations 01 55 53 10 60

www.theatrejeanvilar.com
www.plateformes-alwassl.org

Téléchargez ICI le programme au format PDF.

Soutenons Radio Aligre !

Vendredi 21 octobre 2011

Résister aux idiots utiles du néolibéralisme qui jouent aux intégristes de l’«Art»

Lundi 5 septembre 2011

L’appel de Nicolas Roméas sur Mediapart a suscité (bien qu’il ne leur fût pas le moins du monde adressé, car avouons-le, ces gens nous intéressent fort peu) de la part des amusants Diane Scott et Michel Simonot une réponse  fielleuse, publiée dans l’ancienne RILI, récemment réduite à l’ombre d’elle-même (le «i» de «idées» a d’ailleurs disparu) en devenant «RDL». Rapide réponse à ce coup de pub raté en forme de commentaire scolaire et qui n’appelle pas d’autre glose au sujet de la glose sur la glose.

«Résister au populisme culturel» annonce avec une grotesque emphase la tribune qui s’efforce laborieusement de démolir l’appel  «L’art, la culture, et la gauche». Diable, vaste programme ! Le chantier, en ces temps sarkozystes, est assez considérable. S’agit-il de s’en prendre aux grandes entreprises d’abrutissement télévisuel ? De résister à la vulgate qui voudrait que La Princesse de Clèves soit inaccessible aux postières ? Au suivisme moutonnier des médias vis-à-vis de «l’expo de l’année», du film à ne pas manquer, du CD «incontournable» de Lady Gaga ??

Que nenni ! Pour les cosignataires de cette pesante diatribe, le populisme culturel, c’est la défense d’«un art de la relation» (au passage, salutations à Peter Brook qui risque une violente émotion en se voyant embrigadé bien malgré lui dans les lourds bataillons du «populisme») ! Pour dénoncer «les fantasmes toxiques» partagés par bon nombre d’artistes mus par la conviction que l’art est politique, ils se sont mis à deux pour pondre ce (très) long réquisitoire des arrière-pensées qu’ils prêtent à l’auteur. Dans un commentaire de texte au bac de français, on parlerait de simple contresens. Mais comme on ne fera quand même pas l’injure à nos deux signataires d’imaginer qu’ils n’ont jamais lu Cassandre/Horschamp, dont Nicolas Roméas est fondateur et directeur, on est obligé de constater qu’il s’agit là d’une totale incompréhension, doublée d’une mauvaise foi délibérée. Pas très surprenant de la part de ces récidivistes notoires

On leur fera d’abord aimablement remarquer que les mots «establishment» et même «élitisme» ne font pas vraiment partie du champ sémantique de la revue, sinon entre guillemets, et que le mot «gotha» désigne ici (comme d’autres l’ont compris, mais pas eux) les barons autoproclamés d’une profession, celle de directeurs de structures de diffusion. L’insinuation de recyclage du populisme d’extrême-droite est non seulement complètement à côté de la plaque, mais d’une rare idiotie.

C’est d’ailleurs une constante de leur pensum en forme de procès, et de procès d’intention : il ne s’en prend pas, ou fort peu, à ce qu’écrit l’auteur, mais à ce qu’ils croient y lire, ce qu’ils voudraient y lire, dans une glose inquisitoriale qui renvoie aux querelles casuistiques d’un autre âge. Heureux commentateurs qui peuvent à loisir occuper un temps, précieux pour d’autres, à d’infinies spéculations théologiques! Ils commentent un texte imaginaire et leur interprétation, comme une maladroite psychanalyse sauvage, renvoie surtout à leur propres fantasmes et obsessions.

Car de quoi s’agit-il dans cette attaque pataude qui passe très loin de la cible (et qui n’a d’autre objectif que d’agiter l’eau de la mare pour faire remarquer l’existence de nos scribouillards en mal de reconnaissance) ? De défendre l’Art… Cela tombe bien, c’est en effet l’objet du texte et de la revue qu’ils ont si mal lus. À ce détail près que l’appel, comme Cassandre/Horschamp, fait tomber la pompeuse majuscule. À ceci près qu’eux le défendent contre la «culture», honnie, toujours suspecte de vouloir rendre consensuel ce qui ne l’est pas, et radotent l’antienne gnangnan de tous les débats sur les politiques culturelles : «L’art n’a rien à voir avec la culture». Et de se croire obligés de nous infliger les définitions scolaires de cette dernière, en en oubliant un certain nombre au passage. Le mot «création» serait devenu suspect, à les croire. Mais non, chers amis, grave erreur : il est tout juste galvaudé par de multiples «créatifs»…

Il est assez amusant de lire sous la plume de ceux qui n’ont pas de mots assez durs pour fustiger une vision édénique de la culture, cette sacralisation absolue de l’art et de l’artiste, catégorie supérieure de l’être que nos deux génies méconnus pensent certainement représenter. Ceux qui ont déjà parcouru quelques-uns des dérisoires divertissements de Simonot et subi le pénible pseudo-avant-gardisme-années-soixante de Scott, mesurent toute la dimension pathétique de la chose… Et cet étonnant couple de cirque a beau se défendre de toute volonté de «distinction», leur texte respire la triste arrogance du sachant, sacralise joyeusement les hiérarchies établies (par qui ?) et renoue sans honte aucune avec la bonne vieille mystique des «avant-gardes éclairées», voire éclairant le peuple, trop stupide, évidemment, pour adhérer ou s’intéresser à ce qui le surprend, ou le choque.

On n’aura pas ici la patience de répondre point par point à cette interminable et vaseuse dissertation. Soulignons-en simplement quelques absurdités, ou plutôt surinterprétations confinant au délire comme l’idée, par exemple, que l’auteur du texte défend des politiques culturelles et des productions artistiques différenciées en fonction de l’origine sociale et géographique des publics (banlieues, milieu rural…). Cassandre/Horschamp n’a de cesse depuis ses débuts de placer les marges au centre du débat et si nous insistons à démontrer l’inanité du vieux clivage entre «art» et «socioculturel», c’est évidemment pour prôner une exigence partagée. Rien n’est plus étranger à notre conception de l’art que le «ciblage» marketing envers des «publics», mot que nous ne cessons depuis 15 ans de réfuter ! Lorsqu’on veut jouer aux savants, peut-être est-il bon de commencer par apprendre à lire…

Mais on est surtout en droit de s’interroger sur la curieuse façon d’envisager une politique «de gauche» que prônent nos auteurs. Dans cette conception politique, il serait apparemment malvenu de bousculer les hiérarchies, de s’interroger sur l’obsolescence du clivage entre «haute»  et «basse» culture, de reconnaître l’aspect dialectique du caractère à la fois rassembleur et diviseur du geste artistique. Tout comme il serait interdit de s’interroger sur le statut du «créateur» démiurge, et de valoriser ce que Michel de Certeau appelait la créativité diffuse, ou le vieil Hugo le génie des peuples (alors même que les artistes les plus intéressants de la fin du siècle dernier et du début de celui-ci remettent précisément en cause ce statut d’«auteur», que les outils contemporains font voler en éclats). Coupeurs assidus de cheveux en quatre, nos auteurs ont manifestement pourtant beaucoup de peine à penser la complexité. Et leur conception d’un Art forcément incompris à ses débuts est non seulement démentie par les faits, mais foncièrement réactionnaire, ringarde, et idiote.

Rien de très étonnant de la part de ces gens. Ce monsieur Simonot, ce ne serait pas le même qui doutait jadis de notre amitié avec Pierre Bourdieu à l’époque où celui-ci participait avec nous à des débats publics, publiait dans notre revue et signait notre premier appel ?

On ne se refait pas.

Nicolas Roméas et Valérie de Saint-Do

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Liens :

En prime, un complément

Et pour ceux qui voudraient en savoir plus sur ces gens…

Roger Lafosse: Hommage tardif mais ému

Dimanche 10 juillet 2011
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Roger Lafosse, image extraite du site d'Armando Bergallo. armandobergallo.com

Sa disparition est passée bien inaperçue, sauf peut-être à Bordeaux.

Pourtant, cet homme a joué un rôle essentiel dans le dépoussiérage des scènes françaises, leur ouverture au monde, aux chapiteaux,  à la rue, à l’irruption des technologies comme aux fondamentaux revisités de la rue et du cirque.

Pour mémoire, SIGMA à Bordeaux, c’est le festival qui , dès sa première édition, en 1965, lançait la thématique « art et technologie » à l’époque où l’ordinateur n’était poru beaucoup qu’un lointain fantasme dans les romans de Norman Spinrad ou Philip K Dick.

C’est l’homme qui, dans la ville compassée de Mauriac et du vin, et à l’époque où Chaban-Delmas était déjà encore maire,  fit venir Pierre Schaeffer, Aligre puis Zingaro, la Fura des Baus, le Taller d’Amsterdam, Régine Chopinot, Carlotta Ikeda, Volière Dromesko et tant d’autres. Je n’en ai connu que les dix dernières années; je  lui dois des émerveillements, des fulgurances, des étonnements. Et peu importe les déceptions, peu importe l’essoufflement qui frappe le découvreur quand trop de suiveurs se sont engouffrés sur les chemins frayés.

De SIGMA, j’ai encore des images, des sensations, des émotions. Et je garde surtout le souvenir de son fondateur. Roger Lafosse, l’homme aux trois solex, la générosité et la curiosité faite homme. Celui qui , dans la si social libérale, si consensuelle, si fun, si lookée année 80, pourfendait le mitterrandisme. L’homme qui s’élevait contre les « satrapes de la culture » lorgnant sa place à Bordeaux.

SIGMA a disparu quand Bordeaux a changé de maire, sablé ses façades, relooké ses quartiers (parfois pour le meilleurs, souvent pour l’aseptisation). Les jeunes compagnies et artistes nés dans le sillage de SIGMA ont assez vite enterré le père. mais qui l’a remplacé? Sûrement pas de l’événementiel sage derrière ses barrières Vauban, ni le très hype et marchand Evento, ni le très consensuel Nov’art.

L’époque n’est pas aux défricheurs, aux découvreurs, aux audaces défrisant le poujadisme ambiant.  Sauf si ces audaces de forme restent sagement cantonnées au white cube des lieux d’art contemporain. Avec Lafosse, elles envahissaient la rue, parlaient espagnol, russe, portugais, italien, japonais…

Il aura été inspirateur. Difficile, pourtant de lui trouver des héritiers, sinon peut-être parmi les trublions qui ne se satisfont pas d’arts de la rue bornés aux normes sécuritaires, de Fantazio à Ici même, des Yes men aux Brigades d’intervention des clowns et à notre ami Livchine du Théâtre de l’Unité.

Salut à toi Roger.  Ton immense qualité, c’est d’avoir été un inventeur, un acteur au service des artistes et des gens, jamais un « ingénieur’ ou un « manager » culturel. Cela devient rare: On aimerait, à notre époque, avoir plus souvent affaire à des Roger Laffosse qu’à des Didier Fusilier…

Je te dois quelques-unes de mes plus belles rencontres et le goût de mon métier.

 

Valérie de Saint-Do