Archives de la catégorie ‘Culture’.

Gallimard contre Hemingway : il n’y a plus de magie

Samedi 18 février 2012

 

Hier, le web bruissait du conflit opposant François Bon, et son passionnant site publie.net, à Gallimard. Nous avons demandé à l’ami Laurent Grisel, écrivain et poète lui-même et  animateur entre autre de remue.net, de faire le point sur cette affaire qui tend à montrer que le droit d’auteur,  qui initialement, fut inventé pour faire valoir l’intérêt de l’auteur face à l’éditeur, est totalement dévoyé et « protège » désormais l’éditeur… contre les lecteurs.

 

 

Hier, vendredi 17 février 2012, à 13h14, un bref message de François Bon sur twitter :

 

Le motif : Gallimard détient les droits négociés avec la famille Hemingway, ceux-ci courent jusqu’en 2032, cette maison d’édition reste assise sur la traduction de Jean Dutourd.

La manière : spécialement malpolie et méprisante ; il faut lire sur la page de François Bon dédiée à cette histoire le message envoyé par un cadre de l’auguste maison aux distributeurs qui leur demande de retirer le fichier numérique de leur plate-forme. Le fait qu’il s’agit d’une nouvelle traduction réalisée par François Bon n’est même pas mentionné, on pourrait croire qu’il s’agit d’une numérisation pirate…

Réactions en chaîne, dizaines de messages d’indignation, de dénonciation, recherches sur les questions de droit, etc. Tapez François Bon + Hemingway + Gallimard sur un moteur de recherche,vous aurez une idée de la vague. L’équivalent d’une émeute mais dont tous les cris seraient articulés, dont tous les coups porteraient. Une masse si brusque et forte que la presse de bon ton qui ignore continument et consciencieusement les merveilles publiées semaine après semaine par publie.net se réveille et relate l’affaire.

Solidarité et révolte qui vont bien au-delà du fait initial.

Il y a eu pour commencer une réaction de défense car c’est publie.net qui est attaqué. Des textes de classiques, des textes contemporains, vifs, neufs, inventifs, c’est là que se fait la nouvelle littérature, des prix bas, une bonne ergonomie de lecture sur écran, liseuses, même les petits terminaux, un contrat d’édition qui distribue les recettes nettes à moitié entre auteur et éditeur… Et une complète autonomie  : la fierté de dire le monde sans tutelle, sans commandement, sans gloriole, sans mensonges commerciaux.

L’alternative est là : c’est tout ce que nous pouvons souhaiter, et que nous devons aider à se développer, à devenir la plus simple norme.

Que le droit existant permette à Gallimard de se comporter en goujat n’a en rien calmé la colère. On le sait bien que ce droit existe et est tel. Mais justement. Ce qui est en cause c’est la durée des droits d’auteur au-delà de toute raison,une économie de rente , un abus d’héritage, finalement tous les mécanismes juridiques qui favorisent l’accumulation et la transmission de l’accumulation, donc son agrandissement infini de génération en génération, produisant des aristocraties et des aristocrates plus que nous ne pouvons en supporter. Laurent Margantin (écrivain, génial traducteur de Kafka, entre autres) propose un objectif : démolir Gallimard.

Cette maison d’édition a l’air bien étonnée. C’est le propre des puissants d’ignorer le discrédit dont ils font l’objet. Car c’est une des leçons de la furie déclenchée, de sa profondeur, de son étendue : il n’y a plus de magie, plus d’aura. Car ce sont eux qui se sont abîmés dans les trucs et astuces, dans la publication de textes médiocres lancés en fanfare. Du dedans on le sait : il n’y a de trimestres où de bons éditeurs, de ceux qui restaient, s’en vont et fondent de nouvelles maisons d’édition. Du dehors on le sait : tous ces livres qu’on laisse tomber à peine parcourus, toutes ces fabrications.

On ne croit plus à ce monde et il s’effondre sous nos yeux. Ils ont eux-mêmes manœuvré la pioche et la pelle et creusé le trou dans lequel ils basculent. Ce sont eux qui se sont alignés sur Walt Disney pour des droits d’auteur à 70 ans après la mort de l’auteur. Dès lors, quelle différence ?

Il arrive à cette maison d’édition et à toutes celles qui sont au même régime ce qui arrive en ce moment aux grands journaux qu’on consulte seulement pour connaître le dernier état de la propagande, aux télévisions de masse qui maigrissent inexorablement de mois en mois, aux éditorialistes qui pontifient dans le vide, aux économistes dont l’abjection et la violence des injonctions ne peut plus être cachée, aux agronomes qui n’ont plus aucun miracle à proposer…

Que faire ?

Dans l’immédiat, si ce n’est déjà fait, s’abonner à publie.net et lire et lire car ce ne sont pas les titres qui manquent, le catalogue est bellissime.

Ensuite, poursuivre les réflexions sur le droit d’auteur et aboutir à une formulation qui brise la création de positions dominantes et leur transmission.

Continuer de se moquer des puissants, écrire, écrire à plusieurs, lire, lire à voix haute, échanger avec les peintres, les musiciens, enquêter dans le présent comme dans le passé, reprendre et refaire les batailles pour l’égalité, témoigner, produire des récits du monde, changer de points de vue et les multiplier dans la fiction, écrire des épopées dont aucun individu n’occupe le centre, faire entendre les voix impersonnelles du commun, mettre au devant les existences effacées par le spectacle, continuer.

 

Laurent Grisel

Un hymne à la paix (16 fois)

Journal de la crise de 2006, 23007, 2008, d’avant et d’après

Avec L. L. de Mars :Les Misères et les malheurs de la guerre d’après Jacques callot, noble lorrain

NDLR: Un article de Laurent Grisel sur publie.net est paru dans Cassandre/Horschamp n° 83.

D’un poète à un autre, sur la Grèce

Mercredi 15 février 2012

Je vous livre ici les mots envoyés par notre ami Serge Pey, poète en action dont vous pouvez lire l’entretien passionnant dans le dernier Cassandre/Horschamp. Écrit au lendemain du vote du plan d’austérité (de mise à mort, devrait-on dire ) du Parlement Grec et de la manifestation à Athènes.

Notes écrites par quelques philosophes grecs

pour Mikis Theodorakis

Chef d’orchestre, 

gazé à bout portant

 par un policier anti émeute

hier soir devant l’Acropole

 

 

Mikis Théodorakis avait toujours pensé 

qu’il était né dans une 

ville qui inventa la démocratie 

quand Solon annula les dettes des pauvres 

envers les riches

il y a longtemps


Mikis Théodorakis avait toujours pensé 

que l‘espérance était le songe 

d’un homme éveillé 


qu’il fallait tendre la main a ses amis 

sans fermer les doigts 


que cet enfant qui buvait 

dans le creux de sa main 

nous apprenait que nous conservions 

encore du superflu


que sans l’espérance on ne trouve pas 

l’inespéré qui est introuvable et inaccessible


Aujourd’hui Mikis Théodorakis pense 

qu’il se souviendra

 de cette citation d’Aristote

Dieu est trop parfait pour pouvoir

penser à autre chose qu’à lui-même

comme un marché financier


Mikis Théodorakis pense 

qu’il dirige maintenant

 un nuage de grenades lacrymogènes

devant un orchestre 

de musiciens-policiers à Athènes

et que  

Le plus bel arrangement 

est semblable à un tas d’ordures 

rassemblées au hasard


Mikis Théodorakis pense

qu’il a été gazé à bout portant 

le 13 février par un policier anti émeute 


que c’était hier soir


que de loin il voyait l’Acropole

et qu’on avait mis un masque à oxygène 

à la musique pour respirer sur son lit d’Hôpital


Serge PEY
serge.pey@gmail.com
http://www.sergepey.com/

Pourquoi une revue ?

Lundi 6 février 2012
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Cassandre/Horschamp
vous convie
le Lundi 6 février 2012 à 19h30
au MOTIf
à Pourquoi une revue ?

Naissance de Horschamp télévision !

Dimanche 5 février 2012
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http://tele.horschamp.org/

Depuis novembre 1995, l’équipe passionnée de Cassandre/Horschamp explore avec une revue de plus en plus belle et qui est devenue peu à peu la référence en la matière, tous les territoires méconnus de l’action culturelle et artistique en France et dans le monde.
En plus de la revue papier et des informations que nous diffusons sur internet, c’est une véritable boîte à outils que nous construisons depuis aujourd’hui quinze ans et nous l’enrichissons au fur et à mesure de tous les outils disponibles.

Vous pouvez retrouver nos travaux sur un site : www.horschamp.org, un blog : MicroCassandre, plusieurs pages facebook dont celle de la revue, et nous organisons et participons à de nombreuses rencontres sur les relations art/culture/société.
Nous sommes maintenant en mesure de vous faire profiter également de documents filmés qui permettent de (re)voir et de (ré)entendre des paroles très importantes pour le combat culturel qu’avec d’autres nous menons.

Œillets, jasmin, camélias ?

Mardi 24 janvier 2012
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Frank Castorf n’envoie pas de fleurs à une France qui trahit sa Révolution

 

Par Thomas Hahn

 

Jean-Damien Barbien et Jeanne Balibar dans La Dame aux Camélias

L’étonnement commence par le titre. Car cette Dame aux Camélias ne contient comme solde de tous comptes trois ou quatre fragments du roman, repris régulièrement, en guise de Leitmotiv. Et après toute la communication faite en amont qui nous disait que Castorf allait confronter Marguerite Gautier au parler cru de Georges Bataille, on se rend compte que le directeur de la Volksbühne a pris tout le monde à contrepied. Car c’est en fait à Heiner Müller qu’il confronte l’héroïne du roman, et plus précisément à La Mission, une pièce qui interroge les motifs d’un engagement révolutionnaire.

 

Le propos de Castorf n’est pas de raconter une histoire, ni deux. Mais de se servir des histoires, et de l’Histoire, pour dire ce qu’il a à dire. Autrement dit, pour pousser un énorme coup de gueule. Mais personne ne l’entend. La France continue d’attendre un spectacle sur la belle Gautier dont elle voudrait boire les paroles, et le cri de Castorf se perd… dans le titre.

 

Pourtant, Marguerite c’est Marianne. Et elle a été trahie. Castorf rappelle au peuple français que la Gautier, chez Dumas fils, est une courtisane qui réunit en une seule personne les deux fantasmes de l’homme sur la femme: la pute et la sainte. Dumas Fils descend ici sur le plateau pour rappeler à Duval et à la France qu’en transformant la Gautier en hectoplasme éthérique, et en oubliant sa vraie nature, la France s’est soumise à la vision bourgeoise et napoléonienne. Le monde est déçu par la France. Par celle, embourgeoisée, du 19e siècle et par celle d’aujourd’hui.

 

C’est ça que Castorf renvoie aux Français. Et comme pour mieux leur asséner son ironie féroce, il sort des oubliettes une vieille rengaine de Michel Sardou:

 

« Ne m’appelez plus jamais France! »

 

Mais ici, dans le contexte du spectacle, ce n’est pas un paquebot qui prend la parole, c’est la révolution qui fait son bras d’honneur.

Il y a quelque temps, la France possédait encore un triple A dans sa perception à l’étranger. Mais depuis que la politique française, y incluse la politique culturelle, tangue entre Star Academy et Starkozie, sa note est tombée au niveau de celle de la Grèce.

 

De Heiner Müller, qui épingle la trahison des idéaux, Castorf retient le discours cynique de Debuisson, propriétaire colonial et maître d’esclaves : « Elles ont roulé dans tous les ruisseaux, se sont vautrées dans tous les caniveaux du monde, traînées dans tous les bordels,

 

notre putain la liberté, notre putain l’égalité, notre putain la fraternité.

 

Maintenant je veux être assis là où l’on rit. Ta peau reste noire, Sasportas. Toi, Galloudec, tu restes un paysan. On rit de vous. Je ris de vous. Je ris du paysan. Je ris de cette imbécilité la fraternité moi, Debuisson, maître de quatre cents esclaves. /../ Je vais me découper, de la famine du monde, ma part du gâteau. Vous, vous n’avez pas de couteau. »

 

N’y a-t-il pas là de quoi nous rappeler quelqu’un qui avait promis une république irréprochable et qui est allé fêter sa victoire sur le yacht d’un maître d’esclaves ? Sasportas, Galloudec et Debuisson s’étaient pourtant jurés de franchir la mer ensemble, pour aller, ensemble, porter le message de la Révolution à la Jamaïque et de libérer les noirs de l’île. Mais aucun idéal ne résiste.

 

« Les traitres seront toujours trahis »

 

disait le Père Ubu. Eh bien, les révolutionnaires aussi! La révolution est une mise en scène, la république est une mise en scène et le théâtre, bien sûr en est une. Castorf le démontre et côté mise en scène, il ne se refuse rien. Il amène le trash, la débauche et l’anarchie dans le temple du théâtre contestataire parisien, pour faire constater ce qui en reste. Apparemment, il veut savoir: Ce théâtre qui était en ’68 un fief de la révolte, qu’est-il devenu? Supporte-t-il encore un discours radical? Et qu’est-ce qu’un théâtre ? Car aujourd’hui c’est le public qui fait un théâtre, depuis que les sondages décident de tout, depuis que le théâtre public est soumis au jugement de notations qui ne jurent que par le taux de remplissage et la comptabilité.

 

Dans cette logique, et intégré dans le discours de Castorf, un décor aussi coûteux que celui-ci, conçu par Aleksandar Denic, tient lieu de manifeste, d’autant plus qu’il remplace le salon bourgeois par une sorte de favela, surmontée d’un énorme panneau publicitaire, hautement ironique. Et le plateau tourne sa veste, dès que le vent change. De favela, il se transforme en dancing ou autre espace design et glamour. La seule chose qui ne change pas, est justement ce tourniquet publicitaire, envoyant son message dans tous les non-lieux du monde, comme si on était à la fois à Las Vegas et devant un restaurant d’autoroute. Avec cette inscription:

 

« Anus Mundi »

 

Le cul du monde! Voilà ce qui nous regarde, pendant tout le spectacle, exactement comme, il y a peu de temps, le portrait du « Salvator Mundi » chez Castellucci. Mais voyons-y plutôt le fait du hasard. Il est peu probable que Castorf ait voulu répondre directement à Castellucci.

 

Regardons plutôt la suite de la pub: « Anus Mundi – Global Network »: C’est donc le cul du monde, mondialisé. Nous l’avons dans le cul. Avec une photo, grande comme une affiche publicitaire, qui montre Berlusconi dans les bras de Ghaddafi. Comme il est bien connu que les deux fantasmaient sur les infirmières, tant qu’ils étaient en état de bander, Castorf utilise le cliché de l’accolade pour inscrire sous l’image: « Niagra: Forza Forever! » Et il nous sort une photo d’Hitler à côté de Franco, avec le slogan: « Europe sans frontières ».

 

« La France n’est plus une république! »

 

Cela aussi, on l’entend dans le texte de Heiner Müller. Mais attendez! Ce monsieur vient d’Allemagne de l’est, et donc, de quoi se mêle-t-il ? Le socialisme, ne s’est-il pas distingué comme le plus violent des traitres d’idéaux révolutionnaires? C’est exact, et c’est bien pour cette raison que Castorf amène Heiner Müller, lui aussi de Berlin-Est, qui a écrit La Mission en 1979 pour livrer, en parlant de la Révolution française, un message à propos de la triste réalité socialiste en Europe de l’est.

Et la France répond : Parlez-nous de Marguerite svp! Mais Castorf fait intervenir l’auteur sur le plateau pour le dire haut et fort à Armand Duval : Je vais te confier un secret : Marguerite était une putain! Pour dire plus tard:

 

« La France a besoin d’un bain de sang et le jour viendra! »

 

C’est bien sûr tiré de Heiner Müller, mais entre tant d’autres fragments qui renvoient au monde actuel, cette prophétie résonne tel un tremblement de terre.

Et puis, à part le talent pour le bricolage, il faut surtout saluer, dans ce gigantesque cabaret littéraire et politique, les comédiens qui jettent leur corps dans la bataille (et dans Georges Bataille!) comme s’ils étaient vraiment en train de se battre pour une révolution. Et par rapport au théâtre français habituel, il s’agit en effet d’un acte révolutionnaire. Aussi, ils passent par tous les états de corps et d’âme et par tous les lieux, des WC à une cage de poules, une chambre pourrie, etc., en assumant pleinement qu’il s’agit de parler de sexe et de prostitution. Ils sont sept, de Jeanne Balibar à Claire Sermonne, qui ne trahissent rien.

 

La Dame aux Camélias

D’Alexandre Dumas Fils, Heiner Müller et Georges Bataille

Adaptation et mise en scène Frank Castorf

 

Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 4 février

 

 

Artémisia danse le « Mambo »!

Lundi 9 janvier 2012
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 Le prix Artémisia 2012 de la bande dessinée féminine sera décerné à Claire Braud, pour Mambo, (l’Association), demain soir, 18h30, à la librairie La Hune, boulevard St-Germain à Paris. Quelques mots de Chantal Montellier, fondatrice du prix et dessinatrice elle-même (dont vous pouvez retrouver les dessins inédits dans le très beau N° 88 de Cassandre/Horschamp!)

Cette jeune auteure succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011. Elle place le prix 2012 sous le signe de la fantaisie roborative.

Le Mambo est une danse originaire de l’île de Cuba. Les danseurs se font face car leurs pas sont réalisés en miroir et les deux partenaires sont généralement collés l’un à l’autre. Mais comment danser un Mambo quand on est toujours en train de courir, de
crainte de devenir un “gros tubercule”? Et puis avec qui le danser? Surement pas avec  le contrôleur fiscal (neutralisé d’un coup de poële à frire); ni avec le cavalier body buildé  aux dents trop longues et pointues pour pouvoir embrasser, sans la blesser, sa partenaire; ni avec le chauffeur de bus au nez collé sur son volant… Sans compter que pour ne rien arranger les hommes ont des prénoms féminins! Alors, comment s’y retrouver? Autant continuer à courir en confiant la garde de la maison (et de l’huissier) à l’animal domestique habituel: un tigre de grande taille!

Dans ce premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif, l’auteure porte un regard original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus  singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée.

Côté graphisme, dessin et mouvement sont très dynamiques, les personnages bien caractérisés et le style, qui peut faire penser parfois à Roland Topor, est libre et léger. L’absence de cadre autour des cases accentue encore l’impression de liberté.

Bref, Claire Braud nous entraîne dans une danse sensuelle à la chorégraphie surréaliste, qui a donné à Artémisia envie de danser ce mambo avec elle. Pas à pas.

 

Chantal Montellier

Fondatrice du prix Artémisia.


Soyons nombreux contre les demeurés de l’ordre moral!

Mercredi 7 décembre 2011
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MicroCassandre s’associe bien volontiers à cet appel au moment où 50  députés UMP  soutiennent les chrétins de Civitas et veulent nous ramener à l’époque où leurs prédécesseurs, aussi intelligents et ouverts qu’eux, prétendaient censurer  La Religieuse de Rivette, dont Malraux avait courageusement levé l’interdiction!
Défendons nos libertés
contre l’ordre moral 
Depuis deux mois le courant catholique intégriste fédéré par l’Institut Civitas mène campagne contre des pièces de théâtre qu’il juge « blasphématoires ».
Epaulé par des groupes violents, racistes, antisémites et hostiles aux musulman-e-s comme le GUD, le Renouveau français ou l’Action française, il s’efforce de perturber la représentation de ces pièces par tous les moyens (intrusion dans le Théâtre de la Ville et agressions de spectateurs, prières de rue, utilisation de moyens de sonorisation puissants comme à Toulouse…).
Après s’être attaqué à Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, il s’en prend à Golgotha pic-nic de Rodrigo Garcia. Il ne compte pas s’en tenir là puisqu’un des porte-parole de Civitas a annoncé fin octobre qu’il contesterait toutes les œuvres qu’il juge « blasphématoires ».
Ces catholiques intégristes veulent une France et une Europe « chrétienne et qui le reste » comme ils l’ont déjà déclaré, c’est-à-dire une société raciste débarrassée de ses migrant-e-s et où la religion occuperait une place centrale.
L’extrême droite constitue une menace à la liberté de création et d’expression. A chaque fois qu’elle a dirigé une ville ou un état, elle s’est employée à interdire des spectacles et à retirer des bibliothèques des ouvrages contraires à son idéologie, voire à les brûler.
Dans le cas présent, nous savons bien que ces mouvements veulent avant tout occuper la rue pour propager leur idéologie de haine et d’intolérance, en utilisant au besoin la violence afin d’intimider celles et ceux qui pensent autrement. C’est ce qu’ils ont fait en 1989 en incendiant le cinéma qui diffusait La Dernière tentation du christ de Martin Scorcese à Saint Michel.
 
Face à cette offensive violente et coordonnée :
-          Nous récusons l’usage de la notion de « blasphème », terme d’un autre âge qui vise à interdire de fait toute critique rationnelle de la religion et à en faire un délit afin d’obtenir la soumission des populations à un ordre autoritaire et obscurantiste ;
-          Nous dénonçons une stratégie d’un groupe de pression affilié à l’extrême droite qui vise à faire reculer les libertés et les droits dans tous les domaines (contraception, IVG, liberté sexuelle, programmes scolaires, culture…) contre les jeunes, les femmes et les travailleurs-ses ;
-          Nous rejetons également avec la plus grande fermeté un discours identitaire et pseudo-laïque stigmatisant les migrant-e-s, dénigrant les artistes et les enseignant-e-s, mais aussi visant à affaiblir la séparation des églises avec l’état et donc une laïcité émancipatrice à laquelle nous sommes attaché-e-s. Cela relève d’une stratégie de diversion et de division des travailleuses et travailleurs afin de pouvoir les écraser par des politiques d’austérité et de destruction de leurs droits. Le pouvoir actuel, la droite et l’extrême droite se partagent largement cette responsabilité. En laissant l’extrême droite perturber plusieurs spectacles, voire même en lui apportant une protection policière, le pouvoir contribue à bafouer la liberté de création artistique.
Face à ces menaces et à une volonté de s’approprier l’espace public, nous appelons les jeunes, les femmes, les travailleurs-ses, les artistes et créateurs-trices et plus largement la population parisienne à se mobiliser fortement pour faire échec au danger que représente l’extrême droite en participant
à la manifestation
Dimanche 11 décembre
15 h00, place Saint Michel
Premiers signataires : Action antifasciste Paris banlieue, Les Alternatifs, Alternative libertaire, Fédération anarchiste, Nouveau parti anticapitaliste, SUD Culture, SUD Etudiant, Parti de gauche, CNT Culture spectacle Région parisienne, Solidaires Paris, Parti communiste français Paris, FSU 75, Gauche unitaire, SUD Spectacle, Collectif national droit des femmes, Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, Coordination nationale du christianisme social

[Vidéo] The End, l’erreur d’être en avance à un rendez-vous que l’on ne peut pas rater…

Lundi 14 novembre 2011
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 The End, texte de Leila Toubel mis en scène par Ezzedine Gannoun, du théâtre El Hamra de Tunis, a inauguré le passionnant programme de la plateforme Al Wassl , aperçu du théâtre et de sa parole politique en Méditerranée, au Théâtre Jean-Vilar de Vitry sur-Seine.

 

The End, de et avec Leila Toubel (assise à droite)

Si un jour vous croisez la mort et que celle-ci vous donne rendez-vous dans une heure, ne verriez-vous pas tout d’un coup l’importance d’une multitude de choses à régler, de votre tenue jusqu’à l’annulation de toutes ces autres rencontres que vous ne pourrez plus que manquer ?

Voilà la situation dans laquelle se retrouve Nejma. Sans autres états d’âmes que ceux qui ont pavè sa vie jusqu’alors, cette femme mûre, pas encore vieille, mondaine, et pourtant si seule, fille, mais surtout pas mère, décide de mettre en scène elle-même sa sortie de scène. Avec une lucidité placide, elle accepte de clore toutes les conversations qui la relient encore à ceux qui l’entourent, qu’ils soient vivants ou morts. Sobriété du décor, finesse des lumières, grâce des mouvements, The End propose au spectateur un théâtre arabe résolument moderne, temporel et fantas(ti)que à la fois. À chaque personnage son animal totem que la gestuelle révèle, dans une mise en scène associant l’élégance des corps à l’absurde de l’être.

Le texte de Leila Toubel, ciselé, pointu, tranchant, porte l’estocade sur les points vitaux d’un monde standardisé, là où ça fait mal de se dire que la véritable vie nous a déjà été arrachée : médias de masse au misérabilisme aliénant (le voici votre populisme réel!), rêve de gloire avant la moindre victoire (que le hip-hop repose en paix…), religiosité sans fond, comme le trou d’une tombe où s’empilent à l’infini les corps de nos aïeux (c’est bien ça la tradition, n’est-ce pas?), aveuglement des enfants hérité de parents qui nous voulaient pas voir, démocratie fantoche qui remplace le choix par le désir, la politique par le spectacle…

Dans ce conte aux faux airs de théâtre de marionnettes, le destin ne peut être là où on l’attend. C’est à cela qu’on le reconnaît. Il est une tendance aujourd’hui à mettre en concurrence tous les artistes arabes pour en élire le plus prophétique. La démarche est biaisée. Si l’art parle de nous « ici et maintenant », il n’a que prouvé sa valeur lorsque le lendemain il a encore raison.

On ne peut que féliciter l’équipe du théâtre El Hamra pour son travail militant, exigeant et sincère depuis plus de vingt ans. Mais avant tout, on s’incline devant une pièce surprenante, humble et exigeante, profondément rebelle. A croire que les Printemps naissent au théâtre…

Et maintenant, que faire?

Le Printemps, il en fut question, justement dans le débat qui suivit ce spectacle et qui voyait des artistes et intellectuels s’interroger sur la place de l’art et de la culture dans les révolutions arabes. Et c’est une belle leçon de réflexion et d’humilité à nos éditocrates qu’ont donné Ezzedine Gannoun, Leila Toubel et les autres participants face à l’hystérie, l’inculture et l’arrogance qui ont caractérisé les commentaires politiques et médiatiques français avec la victoire – relative – du parti Ennadah.

Au cours de la révolution, Leila Toubel et Ezzedine Gannoun se sont refusé à la pose de l’artiste compagnon de route : « c’est en tant que citoyenne que je manifestais, pas en tant que comédienne », commente Leila. «  et nous n’avons pas besoin de Juppé et de ceux qui ont soutenu la dictature pour nous dire que les barbus sont dangereux, nous le savons, merci ! » Et de démonter la mythologie qui veut, notamment, que la Tunisie de Ben Ali ait protégé le statut de la femme…

Le défi désormais pour les artistes se situe moins dans le rapport au gouvernement provisoire et au parti majoritaire – trop malin pour attaquer les libertés de front, constatent-ils en substance– que précisément dans leur place de citoyen et leur rapport au peuple. Depuis que la chape de plomb a sauté, l’incompréhension, voir l’attaque, peut venir de mon voisin », constate Ezzedine Gannoun. Ces voisins qu’ils côtoient au quotidien dans le quartier populaire de Tunis où se niche El Hamra, où ils ont parfois donné asile à des marchands ambulants. Ils ont du faire à l’incompréhension de ceux qui les voyaient reprendre leur métier après le 14 janvier : « ce n’est pas le moment !» comme si le fardeau des assemblées citoyennes et de la préparation de « l’après » devait reposer sur les seules épaules des artistes. « Interdirait-on à un boulanger de faire son travail » ? ironise Ezzedine, dont les paroles entrent en résonance troublantes avec celles si belles du Théâtre ambulant Chopalovitch(1)…

À cette injonction, leur réponse fut un sit-in de plusieurs jours au Théâtre el Hamra.

Désormais, à la question «Que faire ?», leur réponse est simple : ce qu’ils ont toujours fait, en tant qu’artistes et citoyens. Ils ne cèderont ni au surf facile sur la vague de l’opportunisme antigouvernemental, ni ne lâcheront un pouce d’une liberté qu’ils n’ont jamais abdiquée, et dont The End est un exemple magnifique. Et continueront à tendre à la société tunisienne, avec finesse et courage, un miroir où l’intime et le politique se reflètent, étroitement imbriqués.

 

Hédi Maaroufi et Valérie de Saint-Do

 

Le festival Al Wassl, Plateforme Arts en Méditerrannée se poursuit au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.

http://www.theatrejeanvilar.com/la-saison/detail/theme/theatre/fiche/al-wassl/

 

1. Le Théâtre ambulant Chopalovitch, superbe pièce de Lioubomir Simovitch e Théâtre ambulant Chopalovitch est l’histoire d’une troupe de théâtre qui, dans une ville sous l’occupation de l’Allemagne Nazie en 1941, débarque pour jouer Les Brigands de Schiller. Mais les habitants d’Oujitsé (en Serbie) sont dépassés par une réalité qui les maintient dans un état de terreur.

 

 

RETROUVEZ DES EXTRAITS CHOISIS DE LA SOIREE EN VIDEO :
(Réalisation Samuel Wahl)