Rue libre: chemins de traverse ou impasses?

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Une contribution de Simon Dedieux, à propos de la journée « Rue libre » du 24 octobre.

Les Arts de la Rue viennent de faire leur « Rue Libre », une initiative qui hésite entre la manifestation de colère et la festivité. D’où une certaine ambiguïté dans la lisibilité. Le « Théâtre » (de salle, s’entend) a sa fête qui se concrétise par un certain nombre de réductions de tarifs et d’incitations à la fréquentation. Pour un Art qui repose en grande partie sur la gratuité d’accès, c’est évidemment difficile car, de gratuité, il ne peut y avoir en l’occurrence que celle de l’acte, ergo: personne n’est payé, ce sont les acteurs (au sens large du terme) qui payent de leur personne. Mais ce n’est pas tout à fait ce qui se passe: certaines compagnies sont en effet payées, d’autres défrayées, tandis que le plupart sont totalement bénévoles.
Trouvez un sens à tout cela …

D’un côté, on se met à leur place, le dilemme est patent: offrir une manifestation gratuite quand on ne fait que ça n’a pas grand sens.
Quelles autres solutions ?
On peut imaginer quelque chose comme le 1er Mai: une grande manif des arts de la rue, à Paris, dans les grandes villes. Mais ce monde est quand même un petit monde (1000 cies au maximum) et ne pourra rivaliser avec les grands cortèges syndicaux qui, eux, ont l’inestimable avantage de fédérer l’ensemble des salariés.

Autre piste: une manifestation à l’instar de la Fête de la Musique (dans ses premières années), où il est proposé à l’ensemble de la population de venir à la sauvage s’exprimer dans la rue. Ceci pourrait avoir un certain retentissement, voire un retentissement certain. Pourquoi pas donc ? Sans doute parce que les arts de la rue, qui peinent, depuis le début, à se défaire d’une image d’ »animation », craignent, en s’ouvrant aux pratiques amateures -voire spontanées- que l’image ne leur en revienne au nez. Raison singulière qui pourrait nous amener à nous interroger sur la sincérité de ces mêmes artistes de rue lorsqu’il prétendent par ailleurs œ ou i: :uvrer pour un partage et un élargissement de la pratique de l’art dans l’espace public. Je ne comprends pas cette réticence.
Ont-ils peur de se noyer ?
Les musiciens professionnels ont-ils moins de contrats parce que des amateurs viennent jouer spontanément dans la rue lors de la Fête de la Musique ?

Que défendent-ils en fait ? l’art ou les artistes ? la pratique ou le métier ? la culture ou le marché ?

La dernière hypothèse de solution pourrait consister à une journée Portes Ouvertes, sauf qu’ils n’ont pas tous des locaux, et que pour des gens œuvrant en extérieur, ça pourrait sentir le renfermé.

Du coup, cette journée parait être une cote mal taillée, et pour nous, et pour eux d’ailleurs, car ils sont loin de tous en être.

Jusqu’où le volontarisme peut-il se jouer d’une certaine rationalité ?

Simon Dedieux


3 commentaires pour “Rue libre: chemins de traverse ou impasses?”

  1. philemon écrit ce commentaire

    Excellentes questions très bien posées, mais qui n’empêchent de se poser également celle de l’existence d’un véritable espace public dans un monde où il se privatise de plus en plus chaque jour et où il risque d’être truffé de caméras de surveillance . Quel est le sens du théâtre de rue si on ne lutte pas contre cette tendance mortifère ?

  2. Livchine écrit ce commentaire

    Cette histoire d’espace public me fait bien rire.
    Tu veux jouer dans un square, dans une gare, sur les champs elysées, dans le jardin des tuileries, sous la Tour Eiffel.
    Tout appartient à quelqu’un.
    ET si c’est une municipalité, il te faudra une autorisation.
    J’ai été arrêté place de la Sorbonne, car la ville de Paris doit te donner une autorisation qu’elle ne donne jamais.
    Le jardin des tuileries appartient au musée du Louvre.
    Même Beaubourg appartient aux différents jongleurs, si tu te pointes , ils te disent que c’est chez eux.
    Le métro, c’est interdit.
    alors on s’enivre de cette soi- disant liberté, mais tous nos festivals de théâtre de rue sont des espaces privatisés par la ville qui organise et sort quantité d’arrêtés municipaux.
    Alors, il y a des tolérances.
    Quand ça attire personne, que cela ne gêne personne, on te laisse tranquille.
    Récemment nous avons été arrêtés devant un Lidl. Le parking leur appartient, il a fallu décamper.

    je crois que nous sommes comme les putes, des artistes de trottoir, et que le théâtre de rue, quand il n’est pas autorisé est assimilé au harcèlement artistique.

    Rue Libre a pour objectif de montrer à la profession que nous existons et que nous méritons notre part dans le partage du gâteau.

    Mais quand nous ne sommes pas abrités par les festivals mastodontes, nous avons quelque mal à nous imposer.

    J’ai oublié de parler des marchés. Là ce sont les commerçants qui nous chassent !

  3. Valérie de Saint-Do écrit ce commentaire

    De fait, le théâtre de rue impromptu, qui arrête la circulation, comme celui de Princesses Peluches, a de plus en plus de mal à s’imposer. Hors du parapluie « grand festival », pas de salut!

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