Mahmoud Darwich par Mohammed Rouabhi: courez-y!
Intermède critique, mais pas si éloigné de notre précédent débat. Ce sont des spectacles comme celui-ci qui font que le service public doit à tout prix être défendu!

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On connaît l’engagement du dramaturge Mohammed Rouabhi. Rappelons-nous, par exemple, sa mise en scène frontale des problèmes liés à la colonisation et à l’immigration dans le spectacle Vive la France joué au TGP de Saint-Denis en 2008. Ce qu’on ne sait peut-être pas, c’est qu’il a fréquenté Mahmoud Darwich, l’un des plus grands poètes arabes contemporains. Un poète mort en exil, qui était le chantre de la paix, de la fraternité, et dont l’œuvre était intimement mêlée à la réflexion politique. C’est peut-être pour prolonger son entreprise que Mohammed Rouahbi endosse ses habits de comédiens et interprète ses textes en ce moment à la Maison de la Poésie.
Les caves voûtées et les gradins très rapprochés du lieu rendent l’atmosphère intime. Une proximité qui facilite les confidences. Le premier texte s’intitule Discours de l’Indien rouge. Dans une pénombre, des chants et de la musique indienne sourdent ; un homme accroupi, les mains au-dessus d’un feu, récite une prière. C’est un chef sioux qui va nous livrer douloureusement le massacre des tribus indiennes d’Amérique par les forces américaines, à la fin du XIXe siècle. Le jeu de Mohammed Rouabhi est impressionnant : les râles, les grognements et les grands gestes disent, autant que son discours, la ruine de son peuple, son chagrin devant le pouvoir qui l’a écrasé. Le comédien se fait véritablement la voix d’une humanité archaïque. Et son discours allégorise tous les carnages contemporains.
Fi de l’ambiance ésotérique, place à la réalité de la guerre. Dans Une Mémoire pour l’oubli, le second texte, Mohamed Rouabhi incarne un autre personnage : il est Mahmoud Darwich en personne. La pièce s’ouvre sur une dépêche AFP évoquant la guerre au Liban, nous sommes au début des années 80. Dans une petite chambre à Beyrouth-Ouest, un homme parle de son quotidien, fait les cent pas entre son lit et la fenêtre d’où il observe les obus qui pulvérisent sa ville. Il éteint le transistor ou allume une bougie, nommant ces petits gestes qui lui permettent de se sentir toujours vivant : se préparer un café, fumer une cigarette, lire le journal, se remémorer d’autres temps plus paisibles. Mais des explosions de bombes le ramènent à ce funeste présent auquel il ne peut échapper. Et, ne pouvant s’empêcher de penser à la mort, il s’imagine même son enterrement. La pénibilité de l’existence en temps de guerre est palpable. Et pourtant, sa confession est un hymne à la vie.
Si ce spectacle renvoie aux combats qui nous cernent quotidiennement, ici ou ailleurs, il s’inscrit également dans la série des hommages au grand poète disparu. Signalons en effet les affichages du portrait de Darwich par le plasticien Ernest Pignon-Ernest en Cisjordanie et en Israël, ainsi que la conversation nomade avec lui que Breyten Breytenbach vient de publier sous le titre Outre-Voix.
Discours de l’Indien rouge. Une Mémoire pour l’oubli
Jusqu’au 22 novembre (dépêchez-vous, la jauge est toute petite!)
Maison de la Poésie, Passage Molière, 157 rue Saint-Martin, 75003 Paris
www.maisondelapoesieparis.com
Barbara Petit@08 novembre 2009
10 novembre 2009 à 18h34
les caves de la maison de la poésie et « un mémoire pour l’oubli » – si je pouvais m’y trouver propulsée !
10 novembre 2009 à 22h39
J’habite en province, çà part où après?
Julie.
10 novembre 2009 à 23h03
bonjour, je ne sais pas, adressez-vous à la maison de la poésie, ils sauront vous renseigner.
12 novembre 2009 à 16h29
Bonjour,
merci pour cette news fort intéressante.
J’avais adoré « Vive la France », entre autres, pour son engagement véritable et la franchise du discours défendu.
Là encore, cette performance semble lier des événements passés à une problématique toujours oh combien réelle.
Bravo