Le pouvoir n’est pas le moyen, mais la fin

0saves

Au théâtre de Ménilmontant, la troupe de Sébastien Jeannerot reprend pour une deuxième saison sa fidèle adaptation du terrifiant roman de George Orwell, 1984.

Ce spectacle est le fruit d’un travail de sept années, la troupe ayant elle-même tout réalisé : des vidéos à la musique en passant par la mise en scène. (Ce projet s’inspire du travail d’Alan Lyddiard, le premier à avoir mis en scène 1984 en Angleterre. Sa pièce a été jouée pendant huit ans et consacrée meilleure pièce itinérante.)

Le résultat vaut le détour : le spectacle mixe théâtre et cinéma (vidéos projetées sur écrans) qui  se répondent, se poursuivent. Un parti pris original et astucieux puisque l’univers d’Orwell (comme le nôtre désormais) est saturé de caméras de surveillance et de télécrans servant le bourrage de crâne. La musique comme les images sont glaçantes. Nous sommes en enfer : tout est laid, gris, sale, et la misère règne partout. Tout ce qui était beau ou bon a été détruit.

Ce spectacle rappelle à quel point Orwell était visionnaire en évoquant pour le futur un monde totalitaire où la parole serait censurée, où les libertés individuelles n’existeraient pas, où la possibilité de savoir, de démêler le vrai du faux, serait impossible, où la langue serait appauvrie, les individus broyés…

Le spectacle a été joué pour la première fois l’an dernier au moment du vote du projet Edwige. Coup du sort ? On apprend aujourd’hui que Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur, vient de valider par décret la création de deux nouvelles bases de données destinées aux forces de police.

Une mise en perspective de notre quotidien qui fait froid dans le dos.

Barbara Petit@20 octobre 2009

1984

Plus d’info : www.infoceania.org

www.menilmontant.info

1984 au théâtre de Ménilmontant

15 rue du retrait 75020


5 commentaires pour “Le pouvoir n’est pas le moyen, mais la fin”

  1. Valérie de Saint-Do écrit ce commentaire

    Orwell est particulièrement d’actualité en ce moment…

  2. Samuel Wahl écrit ce commentaire

    La couverture du dernier numéro de Cassandre, par Olivier Perrot : Contre la machine à décerveler, y fait d’ailleurs étonnamment écho…
    1984
    Anecdote véridique : un gamin qui me voit passer dans la rue avec la revue sous le bras se tourne vers sa mère, les yeux écarquillés : « Dis maman, ça existe vraiment les machines comme ça ? »
    Cassandre-Horschamp bientôt interdit aux mineurs ?

  3. Julie écrit ce commentaire

    Hé bien en tout cas le texte d’Orwell est à faire connaître aux nouvelles générations qui ne sauraient pas que ce que nous vivons aujourd’hui était largement prévisible.

  4. Thierry Dufournaud écrit ce commentaire

    J’ai vu cette pièce le samedi 21 novembre. Je n’étais jamais retourné au théâtre depuis 1987 (Jeanne Moreau dans « Le récit de la servante Zerline » de Hermann Broch au Théâtre de l’Atelier). Même si je ne suis pas expert, je conseille d’aller applaudir « 1984″ et le talentueux Sébastien Jeannerot (il ira loin au théâtre et peut-être même au cinéma…). Cette adaptation est futuriste, d’avant-garde!!!

  5. Barbara écrit ce commentaire

    Merci pour votre message d’encouragement. Nous ferons une interview de Sebastien jeannerot dans le prochain numéro de la revue Cassandre: vous pourrez le retrouver.

Faites un commentaire