Ah, Karmitz a pondu son rapport

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Donc ils se sont mis à 11, avec une subvention de 200 000 € , et un budget réalisation de 10 millions d’euros. pour nous faire dix propositions :

Alors que le ministère de la Culture devrait être à l’écoute des artistes et savoir ce que les artistes fomentent, désirent, inventent, là c’est le contraire.

On nous indique des chemins à prendre.

Bon c’est comme ça maintenant. L’Europe de la culture, c’est 100 cases, tu tentes de rentrer dedans, sinon, tant pis pour toi.

Ma première impression c’est que les propositions ne sont pas exaltantes du tout, pour la plupart ne sont pas nouvelles, ne font pas rêver, et surtout nient les milliers de projets refusés régulièrement par le ministère de la Culture.

Aller voir la retransmission d’un opéra sur grand écran dans un théâtre pas loin de chez moi, c’est toute la négation du spectacle vivant.
Je crois que cette proposition c’est la pire de toute. Carrément révoltante. Au début j’avais cru qu’il voulait sortir l’opéra de l’opéra.

Dire aux gosses du 93, arrêtez vos musiques de sauvages, on va vous civiliser, vous allez jouer Bach et Mozart et Mendelssohn, comme des grands dans un grand orchestre symphonique d’enfants. C’est terrifiant. C’est la thèse de la culture hiérarchisante, le classique, c’est en haut, le hip hop c’est en bas. Ils nous ont fait le coup avec la danse, ils nous ont civilisé les danseurs de trottoir et les ont fait accéder à la vraie culture. Il y a eu beaucoup de vitamines perdues en chemin.Et puis, c’est encore nier les milliers d’orchestres d’école de musique dont certains sont au cœur des quartiers, et tous ces gosses qui à Montbéliard forment d’immenses chorales, chantent du contemporain etc.

Faire de l’Ouest parisien le grand rendez vous des arts. Ça pue le mondain et l’exclusion systématique.

Le centre Pompidou mobile au bas des immeubles des banlieues. C’est déjà fait. Hirschorn à Aubervilliers ; qu’ils citent leurs sources. Et qu’Hirschhorn nous raconte comment son projet a eu du mal à naître.

Faire investir les édifices publics par des artistes. C’est une excellente idée, mais déjà largement pratiquée par le théâtre de rue.

Occuper les friches, ? Depuis 15 ans, nous demandons la reconnaissance de tous ces nouveaux lieux.

Ensuite il y a les classiques lieux communs sur le développement du numérique. Améliorer le site internet de la Comédie Française.Excitant non ? ils vont encore rajouter un peu de pognon au théâtre le plus doté de France.

Une école de cinéma de rue ! Il n’y a pas d’endroit en France où l’on ne prête aux jeunes des caméras pour qu’ils tournent leur premier film.Oui, mais là il y a Kechiche, ça change tout.
J’espère juste que Youssri trouvera le budget de la petite série qu’il tourne sur les quartiers de Montbéliard. Cela fait trois ans qu’il galère pour trouver trois sous.

Franchement, je suis effondré par la pauvreté de toutes ces propositions ;

Ma contre-proposition, c’est que nous envoyions tous à la commission tous nos projets de création avortés depuis des années, par manque d’écoute des pouvoirs publics, et des multiples barrages à toute innovation.

Et là on pourra écrire un magnifique projet pour le ministère de la Culture…

Jacques Livchine

Dernière minute/

Voici le communiqué de la Fédération des Arts de la rue, sur le même sujet:

Au vu des 10 propositions faites récemment par Conseil pour la Création Artistique, la Fédération des Arts de la Rue se réjouit de l’engagement  et de l’inventivité manifestées dans ces propositions -même si les Arts de la Rue n’y sont pas mentionnés -et félicite le conseil pour le dynamisme admirable dont il fait preuve ici.
Nul doute que ces dix propositions inédites vont enfin résorber  l’isolement des banlieues, la désintégration du lien social, le fossé grandissant entre culture de l’excellence et animation populaire si
chère à notre Président.
Même si l’on peut légitimement s’interroger sur la façon dont ces initiatives seront mises en oeuvre et sur l’adéquation des solutions préconisées au regard des problématiques soulevées…
Même si certaines de ces initiatives pourraient passer, aux yeux de certaines mauvaises langues, pour de la récompense à une allégeance…
Nous ne saurions ratiociner ni sur la légitimité des unes ni sur l’inventivité des autres.
Tant de réflexions et de trouvailles nous prouvent que la nomination du Conseil de la Création fut une nécessité et que les 200000€ alloués à ses promoteurs sont justement employés.
Pour autant, nous remarquons que le périmètre couvert par ces initiatives exemplaires ne représente qu’un petite partie de celui que labourent quotidiennement les activités des associations d’Education populaire et des différentes structures qui se consacrent à la création artistique et à sa diffusion sur tout le territoire – et on nous pardonnera de citer à ce propos les compagnies de théâtre de rue, leurs diffuseurs et les collectivités territoriales qui les soutiennent-.
Or, nous remarquons que les budgets dédiés aux différents organismes qui en assurent le fonctionnement année après année sont en baisse conséquente, plongeant les dites-structures et autres collectivités dans des affres pénibles et contre-productives, les poussant à interrompre leurs activités de terrain, privant la population de l’ensemble du territoire national d’une production artistique que les citoyens européens nous enviaient jusqu’alors.
Il est dit que 8 ministères seront impliqués dans le financement  (10 millions d’euros) et l’animation des dix mesures du conseil, ministères dont une grande partie et non des moindres (Culture, Education Nationale entre autres) voient leur budget se rabougrir année après année.
Il est parfois difficile de trouver une cohérence dans tout cela.
En conséquence, et malgré notre intérêt certain pour les initiatives du Conseil pour la Création Artistique, nous devons manifester notre crainte que l’énergie consacrée à ces dernières ne se fasse au détriment de la politique culturelle générale de l’Etat et de ses devoirs en la
matière.

Ceci reviendrait à -qu’on nous pardonne l’expression- « déshabiller Pierre pour revêtir Paul d’une seule chaussette » et constituerait un condamnable tour de passe-passe, d’assez mauvaise facture « artistique » en l’occurrence, et une rupture brutale avec le contenu des entretiens de Valois.
L’Etat peut-il se renier à ce point ?

La Fédération Nationale des Arts de la Rue


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5 commentaires pour “Ah, Karmitz a pondu son rapport”

  1. julie écrit ce commentaire

    Jacques, enfin, calmez-vous, qu’est-ce que vous attendiez de ce gouvernement ? Non, ce qui est vraiment chagrinant et même très inquiétant, comme le disait VSD dans le précédent post, c’est le silence de la gauche sur la culture. Ça, c’est salement grave ! Mais de ce gouvernement, enfin, voyons Jacques, vous rêvez ?

  2. Mathieu écrit ce commentaire

    Je ne pense pas que M. Livchine « attende » quelque chose de leur part, si?
    En tous les cas, effectivement, si toutes les compagnies, toutes les assos, toutes les revues, enfin si nous tous, envoyions tous nos projets, en même temps, ils ne pourront nier l’offre la richesse et l’envie qui existent et ne demandent qu’à vivre…

  3. Simon Dedieux écrit ce commentaire

    Comme le disait si justement le regretté Boris Vian, « Il y a deux façons d’enculer les mouches : avec ou sans leur consentement. »

  4. Chantal écrit ce commentaire

    Il y a plus grave, c’est que les membres du conseil national se servent allègrement dans le budget : Jacqus Blanc du Quartz, Hervieu de Chaillot et aussi Laurent Bayle etc.
    C’est la honte.

  5. philemon écrit ce commentaire

    Jacques Blanc, on le connaît, ça fait longtemps qu’il se signale, il a déjà enterré Jean Vilar en 1997, c’est un as !

    Et Karmitz fait partie de ces âmes mortes qui croient avoir compris la vie en renonçant à ce à quoi ils croyaient lorsqu’ils étaient jeunes.

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