Festival d’Avignon: Non, je n’ai pas de «planning rédactionnel»!

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Devinette: est-ce le Palais des papes ou la Place de lHorloge?

Devinette: est-ce le Palais des papes ou la Place de l'Horloge?

Tiens, le festival de théâtre le plus prestigieux au monde (selon lui) débauche ses communicantes chez Eurodisney, maintenant?

Bon, d’accord, je suis une mauvaise «cliente» pour les pompom girls de la com’ culturelle…

Avignon, chaque année, j’y vais en musardant. Travaillant pour une revue trimestrielle, je n’ai pas à négocier mes places trois mois à l’avance pour être sûre de ne pas m’être fait griller la première de Maguy Marin ou Wajdi Mouawad qui sera dans tous les journaux. Je ne me fade pas un dossier imbitable de trois kilos et trois cents pages dans lequel les confrères font leurs «ménages» en faisant passer du publi-rédactionnel pour des interviews. J’arrive tranquillement, j’écoute le bouche à oreille, tant mieux si je dégotte les places dans le in . Le Off offrant depuis deux ou trois ans suffisamment, d’excellentes découvertes – à La Manufacture , aux Doms, et depuis longtemps à la chapelle du Verbe incarné– des pépites au milieu de la vulgarité des one man shows tendance TF1, je ne me sens pas obligée de me précipiter sur ce dont tout le monde parle (et qu’on a vu ou qu’on verra dans trois mois ailleurs).

Cette année, pourtant, j’y suis exceptionnellement quinze jours, pour animer quelques débats, et j’ai joué le jeu.

J’ai appelé, un peu tardivement certes, le service de presse d’Avignon pour quelques accréditations.

Une voix quasi-similaire à celle des répondeurs automatiques de la SNCF (Vous voulez Mouawad? Tapez 1. Honoré? Tapez 2) m’a assez sèchement répondu: Vous nous envoyez une lettre signée de la rédaction en chef, en précisant votre planning rédactionnel , en précisant les spectacles dont vous comptez parler.»

(On ne me l’avait pas encore faite, celle-là. Pas même les producteurs de Suzanne Vega ou Marianne Faithfull quand je sévissais dans Sud-Ouest, ni la Mostra de Venise à la même époque. Qu’est-ce que ça doit être à Cannes!)

J’ai tenté (vainement, je le crains) d’expliquer à la négociatrice en espaces promotionnels abusivement nommée attachée de presse que j’ai l’habitude terriblement désuète de voir les spectacles avant de choisir (ou non ) d’en parler, et comment (outre que nous n’avons jamais souhaité faire périr nos lecteurs, il faut dix ans d’un trimestriel pour parler exhaustivement d’une édition d’Avignon in) . Je lui ai précisé que nous traitions les sujets en profondeur (là, pour elle, je ne parlais même pas chinois, mais wolof) comme en témoigne notre longue interview récente de Wajdi Mouawad.

L’anecdote est significative de la grande entreprise de marketing culturel qu’est devenue le
in, mais aussi , plus largement, des ravages de la com’ dans le domaine artistique. Vendre de la promo d’artistes,c’est,à tout prendre, plus valorisant que de faire de la représentation de produits chez Carrefour, on se donne le frisson de côtoyer les stars et on se finit au champagne au bar du in.

Ce qui est assez amusant, c’est que comme on soumet sûrement ces vendeuses d’espaces publicitaire à une culture du résultat exigeante, le turn-over doit être assez conséquent.

Donc, selon les lois redoutables de l’offre et de la demande pour la culture réduite à un « produit » , celles qui snobent aujourd’hui vos demandes pour Wajdi Mouawad à Avignon sont les mêmes, qui dans trois ans, vous lècheront les pieds (je reste polie) pour aller découvrir un «jeune» metteur en scène à Millau ou un festival d’art contemporain rural à Ploumanach-les deux-menhirs, hôtel, crêpes et chouchen offerts. Magnanime, j’irai – et j’ai plus de chances de m’amuser, voire de faire de vraies découvertes, que dans la cour d’honneur…

Et puis, sans leurs grandes oreilles de souris, les gens de la com’ seront moins ridicules.


5 commentaires pour “Festival d’Avignon: Non, je n’ai pas de «planning rédactionnel»!”

  1. jmb écrit ce commentaire

    Joli billet et témoignage… Mais ce qui vaut pour la com est aussi tristement homogène à nombre de spectacles et d’hommes de théâââtre qui suscitent des hommages et dévotions amicales de « critiques ». L’engagement bien pensant n’étant par ailleurs pas gage de qualité.

  2. Valérie de Saint-Do écrit ce commentaire

    Surtout quand l’engagement est un argument publicitaire pour critiques et CSP plus… Le pire, c’est que cette ambiance détruit y compris ce qui est artistiquement intéressant. Bon, ça fait longtemps qu’on n’attend plus grand chose d’Avignon (in) , mais c’est triste.

  3. Philémon écrit ce commentaire

    Le festival d’Avignon qui débuta en 1947 avec la Semaine d’art créée par Jean Vilar avec l’appui de René Char, était à l’exacte antithèse de cet état d’esprit commercial délétère que vous décrivez très justement.

    On peut donc dire sans exagérer que le festival d’Avignon n’existe plus depuis déjà pas mal d’années.
    Mais, alors que le « off » a longtemps été une sorte de fourre-tout sans aucune exigence, il s’y passe curieusement aujourd’hui, sans doute en partie à cause de ce déclin et de cette extinction du « in », des choses très intéressantes…

  4. Simon Dedieux écrit ce commentaire

    En parcourant différents sites et leurs commentateurs prolixes, on constate que, dans les festivals, il y a une certaine jubilation à taper sur les « in ».
    Serait-ce parce que ceux-ci sont trop courus, voire confisqués par une élite de spectateurs privilégiés et que ça renâcle du côté des cintres ? Ou est-ce parce qu’ils sont moins bons ? Est-ce parce qu’ils prétendent trop ? parce que leur mise en lumière intensive facilite leur prise pour cible ? ou parce que leur âme est lasse ? -je rappelle que les « in » sont la proue des festivals et qu’y sont produits les seuls spectacles dont les protagonistes soient sûrs d’être payés-
    Les aficionados seraient-ils condamnés à jouer les Sicambres, brûlant ce qu’ils ont adoré, et adorant ce qu’ils devraient brûler ? Qu’est-ce qui fascine dans l’obscurité ? Qu’est-ce qui débecte sous les sunlights ?

  5. Valérie de Saint-Do écrit ce commentaire

    Non, en l’occurrence, c’est une machinerie que j’attaque, et un système de com qui n’épargne pas de bien plus petites structures (je n’ai pas hésité non plus à dire ce que je pensais du marché de « nez rouge » et de mauvais café -théâtre trop présent dans le off.) Je n’ai pas attaqué les contenus artistiques. Nous continuons à apprécier Wajdi Mouawad, Maguy Marin ou Pippo Delbono , mais nous nous insurgeons contre la fabrication du goût, le star system contaminant le théâtre, et un esprit de marketing ciblé marqué par la volonté de faire frissonner le bourgeois et le critique dans la cour d’honneur… et de fait, c’est dans l’obscurité que nous avons connu et apprécié des gens commùe Pippo Delbono, il y a déjà longtemps…

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