Druon: un pionnier méconnu de l’enterrement de la culture!

dessin: manif de droite paru sur rue89.com

dessin: "manif de droite" paru sur rue89.com

D’accord, on ne tire pas sur un corbillard, mais on n’est pas non plus obligé de le couvrir de chrysanthèmes. L’emphase unanime des réactions à la mort de Druon le dispute en ridicule au vote de la loi Hadopi. Au milieu du concert d’hommages aussi boursouflés qu’une marche militaire, hommage aux petites voix discordantes qui rappellent que cette ganache réactionnaire, assez médiocre écrivain, fut aussi l’un des pires ministre de la Culture de la Vème république. Digne prédécesseur d’Aillagon, il a réussi l’exploit de mettre dans la rue toute la culture vivante de son époque… Il n’est pas jusqu’à l’ineffable Frédéric Lefevbre, fin connaisseur, qui ne se croit obligé de rendre hommage à «cet infatigable défenseur de l’exception culturelle française». A fortiori, quand ils viennent de la gauche, ces hommages sont aussi crédibles qu’une signature d’artiste en soutien à la loi contre le téléchargement.

(En poste aux affaires culturelles de 73 à 74, après Jacques Duhamel qui, lui, fut un ministre de la Culture réellement compétent, Druon n’a pas eu le temps de trop se fatiguer, surtout pour défendre une «exception culturelle» dont personne ne parlait à l’époque, l’expression, rappelons-le, ayant valeur juridique dans les accords du GATT puis de l’OMC.)

Oh, bien sûr, quelques journalistes consciencieux ont rappelé le seul fait marquant du passage de Druon au ministère: la célèbre phrase conspuant les artistes brandissant d »une main la sébile et de l’autre le cocktail Molotov. Phrase brandie comme une menace contre Jean-Louis Barrault, Roger Planchon, Ariane Mnouchkine, Bernard Sobel et autres metteurs en scène jugés «subversifs»(!) 1.

Il faut dire qu’en ces années post-68, sous la férule de Marcellin, la subversion commençait juste à gauche de l’UDR. «Mes lecteurs sont aussi mes électeurs», disait le ministre-académicien. Ce qui lui valut l’excellente et cinglante réplique de Maurice Clavel: « Une logique qui donne l’Élysée à Guy Lux et Matignon à Zitrone ».

(Toute ressemblance avec les chevaux de retour du show-biz entourant un président contemporain ne saurait être que fortuite).

Le résultat de cette brillante politique ne se fit pas attendre : Le 13 mai 73, des milliers de manifestants descendaient dans la rue à l’appel de Jean Jourdheuil , Ariane Mnouchkine, Bernard Sobel, Jean-Pierre Vincent, pour une manif en forme de procession funèbre silencieuse symbolisant la mort de la liberté d’expression.

Autre et dernier exploit de Druon: enterrer le Conseil de développement culturel mis en place par Jacques Duhamel, ravalant ainsi l’aciton cultuelle et artistique au magasin des accessoires. Bref, le contraire d’un travail pour la culture populaire…

Alors, la seule oraison funèbre pertinente pour Druon me semblerait une manif anniversaire de celle de 73. On ne peut pas retirer ça à Druon : il a fait des émules! A la tête du ministère, ses successeurs se montrent dignes de lui, plus que Malraux ou de Duhamel, en matière d’enterrement de la Culture, il a fait quelques émules depuis Aillagon.

(Au fait, le 25 avril, une manif est organisée contre la loi Hadopi. J’dis ça, j’dis rien).)

PS. Si d’aucuns trouvent ce papier trop méchants, ils peuvent se rasséréner en téléchargeant les exploits de Robert et Mahaut d’Artois, assez amusants en effet. Un juste retour à l’envoyeur des pirates, pour des Rois maudits, qui, comme le rappelle pertinemment Pierre Assouline, doivent beaucoup à la négritude littéraire.

1. Oui, oui, on le sait, depuis 1973, certains ont mal vieilli…


4 commentaires pour “Druon: un pionnier méconnu de l’enterrement de la culture!”

  1. celeste écrit ce commentaire

    Enfin, une voix différente.
    Depuis hier je ne l’ai lu que des louanges sur Maurice Druon, qui a mon sens, n’en méritait pas autant car ce que tu racontes, je ne l’avais pas complètement oublié.

  2. PierrePrévost écrit ce commentaire

    Les qualités littéraires de Maurice Druon, son oeuvre aussi bien poétique que romanesque, et l’intelligence aigüe qu’il y mit, resteront à jamais pour nous l’immarcescible preuve que l’Académie Française couronne et récompense avant tout des hommes qui savent manier la langue avec talent et application.

    Que celui qui n’a jamais léché leur jette la première sucette.

  3. julie écrit ce commentaire

    Nous sommes dans une cohérence très claire et très lisible.

    Les éloges actuelles à l’adresse de ce très médiocre écrivain réactionnaire qu’était Druon devraient éclairer définitivement la lanterne de ceux qui n’auraient pas encore compris la tendance réelle de l’actuel pouvoir.

  4. Sabine écrit ce commentaire

    Je retiens aussi sa misogynie hallucinante. Il s’oppose à l’entrée de la première femme à l’Académie en disant un truc du genre : « bientôt on aura quarante bonnes femmes qui tricoteront pendant les séances du dictionnaire ». Lamentable, digne d’un rapeur de bas étage, juste avec des mots moins laids.
    Il était bien sûr contre la féminisation des noms de fonction, pour qu’une femme à un haut poste continue de se rappeler que son poste est quand même réservé aux hommes et que quelque part elle usurpe sa fonction.
    Et l’article élogieux du Point de dire que Druon était « amoureux des femmes », ah, ah, ah… C’est bien notre bon vieux machisme à la française, aimer les feeeeemmmes veut dire les mépriser comme êtres humains, les réduire à être des objets de consommation.
    Bravo monsieur Ducon, euh pardon Monsieur Druon…

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