Interlude critique : Volchok de Trottola
Un agréable spectacle dont la qualité essentielle tient au rythme crescendo des gags et à leur simplicité. Le cirque traditionnel a presque disparu face à la forme dite du « nouveau cirque » ; celle-ci est devenue à son tour une tradition avec ses codes, ses références, en particulier l’obligation perpétuelle de nouveauté et d’originalité avec le maintien de l’impératif de virtuosité technique, contraintes à certains égards contradictoires. Du coup, il devient difficile de faire quelque chose de neuf et de cohérent. La notion d’atmosphère ou celle d’ambiance a un temps permis de donner un principe de construction aux metteurs en scène et une règle d’appréciation aux spectateurs. Cependant, le flou de ces notion laisse une grande latitude au jugement.
L’admirable est ici le subtil crescendo. Le spectacle démarre au rythme lent et bonasse de l’éléphant. Des gags prévisibles font sourire. Le spectateur, chatouillé du côté de l’indulgence, est petit à petit d’humeur débonnaire. La lourdeur têtue, l’obstination placide, évoque irrésistiblement l’enfance. Gacon Bonaventure, décoré d’une longue barbe hirsute et d’yeux pétillants, aux épaules de buffle, suscite irrésistiblement la sympathie. C’est après que le public, préparé à cette régression infantile, reçoit les gags vraiment drôles. Lesquels n’excluent pas ce qu’on appelle des moments de poésie. En particulier, la danse de la robe, en équilibre sur un balai, en alliant un objet fétichique (avec elle le spectateur peut déshabiller divers corps de femmes) et un objet domestique vulgaire et phallique (non seulement le balai en lui-même mais aussi l’habileté du jongleur qui tient cette femme immatérielle érigée au-dessus des airs). Poésie ou plutôt imagerie érotique, homogène à la logique du fantasme.
La virevolte élégante et douce de ce spectacle qui emboîte des figures de danse à la sauce circassienne séduit efficacement, malgré quelques sutures un peu embarrassées (en particulier, la séquence du trapèze qui, supposant une alliance entre deux personnages jusque là distants, paraît incongru dans le récit esquissé). Telle une toupie, cette machine spectaculaire emporte vers les cieux mêlés du plaisir enfantin.
Jean-Jacques Delfour
11 avril 2009 à 12h54
Ce serait utile, dans un e critique, de préciser où est quand le spectacle est joué…