De l’âme des hommes

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Cynthia Gava, comédienne et metteuse en scène, prolonge, en connivence avec Jean Gillibert, poète, romancier, dramaturge, et psychiatre, l’exploration de son œuvre fortement marquée par Artaud, aux tréfonds de l’âme des hommes.
Le « Crime de Flo » nous emmène dans une veine burlesque et sombre, à partir d’un fait divers partiellement élucidé : une femme qu’on dit avoir tué son mari à l’arsenic, avec patience et obstination, distillant le poison goutte à goutte, jour après jour, année après année.
Jugée, et disculpée faute de preuve – quand les relevés d’arsenic se révèlent aussi présents, à dose mortifère, dans la terre même qui fait le cimetière – elle refuse pourtant jusqu’au bout de rendre des comptes, préférant en définitive choisir plutôt que recevoir la mort.
Revenue sur sa tombe, et sur celle de son fils suicidé, deux fossoyeurs aux accents shakespeariens crus et cruels l’y attendent, fabulant avec malignité sur les tourments humains. Entourée par ces drôles, empruntant les méandres de la mémoire du crime, à la manière parfois d’un Pierrot le fou, laissant de côté le remord mais pas le sensible, l’inexpliqué, elle ira au bout de ces inéluctables « retrouvailles ».

Les comédiens, Karim Bouziouane et Pierre Bourduge, Maryvonne Schiltz, Marc-Olivier Sephiha, excellent à nous entraîner dans cette vertigineuse sarabande, où la tragédie se maintient en tension permanente avec la trivialité de la vie, transgressive de toute part. Dans le texte et sur scène, Rabelais, Jérôme Bosch, sources d’inspiration convoquées ici à juste titre, pourraient se voir rejoints dans un registre plus contemporain par Schönbein : rigueur, austérité du cimetière baigné de lumières automnales, mais aussi onirisme doux-amer et ironie crue, portés dans le très ingénieux univers scénographique de Karim Bouziouane. Le romantisme et la modernité d’un Saint-Saëns ou d’un Fauré résonnent aussi dans les fragments composés par le jazzman Berry Hayward, bruissant des voix souterraines des morts jusqu’à porter aux cieux la clameur d’un chœur spectral.

« Quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter… ». Le « coup de grâce » final ne dénoue heureusement pas le mystère sulfureux et impur qui affleure tout au long de la pièce; on en retient surtout un parfum de surnaturel trouble et entêtant. Métaphysique du « je ne sais quoi » et du « presque rien » disait Jankélévitch…

Ce travail théâtral, d’une grande maîtrise, a le mérite de servir une compréhension poussée de l’œuvre, qui ne renonce ni à la meilleure part de l’homme, ni à la pire, et d’inviter à sa mise en partage sensible. Humain, jamais trop humain.

Samuel Wahl.

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Le crime de Flo de Jean Gillibert, m.s. Cynthia Gava

Jusqu’au 17 février 2010 à la Maison des métallos, 20h30
94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11ème M° Couronnes, Parmentier / Bus 96
Réservations : 01 48 05 88 27 / reservation@maisondesmetallos.org


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