Avignon 2010 – « Quand tu aimes il faut partir »
Vendredi 23 juillet 2010Ma mission « d’envoyé spécial » à Avignon pour microCassandre touche aujourd’hui à sa fin. Comme toujours dans ces moments charnières, sentiment partagé : le soulagement se teinte d’une légère mélancolie. C’est Livchine, le grand Livchine, qui a le bon mot, citant Cendrars : « Quand tu aimes il faut partir… ». Heureusement Jean-Louis Fabiani, professeur à l’Université d’Avignon, nous fait bien rire aujourd’hui avec son billet sur la « Cité des excès » publié sur son blog de Mediapart. Je ne résiste pas au plaisir de le citer ici :
« Le 22 juillet, comme chaque année à pareille époque, Avignon fait une overdose : trop de djembés, trop de bombardes, trop de binious, trop de bières, trop de shorts, trop de lectures de France Culture la tête au soleil, trop de femmes de prêtre, trop de moonwalkers, trop de Georges Banu, trop de journalistes qui disent que c’est un mauvais cru, trop de couscous aux lardons, trop d’Antoine de Baecque, trop de sexe de style belge, trop de one man show comiques comiques si on veut d’ailleurs, trop de nourriture avariée, trop de Nicolas Truong.
Et seulement vingt-cinq minutes sublimes de Régine Chopinot.
Le 22 juillet, les Avignonnais voudraient être à Douarnenez. »
Je ne peux que partager ce sentiment de fullitude, et c’est vrai que je n’ai pas entendu beaucoup de coups de cœur assumés, que j’avoue n’avoir pas eu moi-même la sensation de faire de découverte majeure et que la succession des plaisirs d’un art partagé au quotidien, notamment dans tous les espaces périphériques du In (lectures de La 25e heure, Sujets à vif, Théâtre des idées…) ou à Villeneuve (chartreuse et chapiteaux inclus), comme les joyeuses rencontres dont ce blog se fit partiellement l’écho, n’ont pas suffit à endiguer le sentiment de vacuité libérale qui plane désormais sur cette foire d’un théâtre pourtant partout et pour tous.
Chaque fois on se dit aussi qu’on aurait peut-être pu éviter, faire ce fameux « pas de côté », à l’instar de l’ami Bojko par exemple, qui prétexte cette année que sa mobylette n’aurait pas tenu le coup pour l’emmener jusqu’ici, alors qu’on sait qu’il a traversé avec elle des steppes bien plus lointaines…, ou encore rester à Paris avec Roger Després, qui coule des jours heureux à la Ferme du Bonheur, au cœur des cités de Nanterre et pourtant bien loin de l’agitation urbaine…
Je ne crois pas pour autant que cette année soit particulièrement « un mauvais cru », pour reprendre l’expression sus-citée : il semble plutôt que les deux directeurs, dont on sait qu’ils sont sur la sellette, aient tenté une édition sans grand risque, de façon à ne pas faire trop de vagues… En ce sens ce serait donc même plutôt une réussite !
« Les Avignonnais voudraient être à Douarnenez » dit Fabiani… Outre l’excellent festival de cinéma Gouel ar Filmoù, que nous couvrirons j’espère cette année encore pour la revue, cela m’évoque surtout une citation attribuée à Aristote, qu’on retrouve en exergue sur la couverture du numéro de janvier des Cahiers de la Maison Jean Vilar : « Il y a les morts, il y a les vivants, et ceux qui vont sur la mer… »
Pensée pour le sublimissime travail (et comment dire plus encore?) présenté l’année passée par Claude Régy avec le comédien Jean-Quentin Châtelain : Ode maritime de Pessoa…
Je comptais justement hisser les voiles et me mettre un peu au frais à Bréhat. Je crois que je ne résisterai pas à opérer aussi un détour par l’Île de Groix, où quelques pirates viennent d’ouvrir un improbable nouveau lieu autogéré… (cliquez ici !) Bon vent !