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Avignon 2010 – Critique de la critique (de la séparation)

Mardi 20 juillet 2010
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Il y a des lendemains qui chantent, d’autres qui déchantent et certains qui se font attendre… Je disais ici il y a quelques jours que nous parlerions d’art, « et peut-être même de théâtre ». J’étais loin d’imaginer alors l’attente qu’un simple mot sur ce blog périphérique de la revue pourrait susciter. Après quelques jours, ne voyant « rien » venir, les silences réprobateurs se sont mués en avalanche de reproches : Comment ? Pas de critique de spectacle ici ? Et moi et moi et moi ? disent les artistes. Et nous et nous et nous ? disent les publics.
S’il faut se justifier, ce sera en un mot : dans l’univers de consommation poussée qu’est devenu le festival, nous ne souhaitions pas particulièrement ajouter du bruit au bruit. Qu’attend-on en effet d’un critique ? Des conseils, des jugements, aussi « injustes » soient-ils, des prétextes à aller voir tel ou tel spectacle, du blabla en somme. In girum imus nocte et consumimur igni… («  Nous tournons dans la nuit et nous consumons dans le feu »), disait Debord.
Pourquoi avancer les yeux bandés, faut-il vraiment être « guidé » pour oser pénétrer la profusion d’offre du In et du Off, et surtout : par qui ? Le plaisir, chaque jour renouvelé à Avignon, semble pourtant plutôt tenir au fait que, pour profiter de tel ou tel spectacle, réentendre un texte, s’émerveiller du jeu d’un comédien, il faut pouvoir se laisser surprendre, accepter de se perdre, et in fine inventer soi-même son chemin dans ce labyrinthe sans minotaure. A chacun d’y marquer sa trace, d’y vivre ses rites… Les miens passent parfois par des lieux communs, comme celui de la Maison Vilar, du Centre de poésie ou encore de la délicieuse boulangerie du Carré de Blé près du cloître Saint-Louis. Peu importe au fond cette absence d’originalité, tant que je m’y retrouve, toujours surpris.
Les innombrables terrasses de la ville, où s’échangent les bons conseils du jour, restent souvent les meilleures sources de découverte. Nombre de plumes se font aussi un régal quotidien, accordant leurs satisfecit ou, plus rarement, déversant la rancœur de leurs attentes déçues. A quoi bon dès lors ajouter sa voix au concert des blogeurs ? Quelle « valeur ajoutée » tenter d’imposer, par l’analyse, le savoir ou la persuasion, dans ce joyeux capharnaüm ? Ce qui semble faire autorité ici c’est le peuple, l’expression directe de son suffrage, qu’il ne manque d’ailleurs pas de manifester au gré des rencontres qui s’improvisent à chaque coin de rue, à la moindre occasion. C’est donc à cette communauté des vivants que nous nous sommes plutôt attachés, nous amusant à en dépeindre quelques figures marquantes et nous gardant bien de décerner tel ou tel prix à une aventure artistique plutôt qu’à une autre. Parlant ainsi cependant, nous espérons avoir parlé d’art autant que de culture, de la façon dont il se fabrique, dont il se vit et s’échange, dans sa part humaine.

Puisque demain toutefois, il nous est demandé de réinvestir la position de « critique », lors d’un débat du Festival Off*, c’est la critique elle-même que nous mettrons en critique.
Deux ouvrages parus cette année sur le sujet méritent d’être mentionnés, dont nous reparlerons plus en détail sur ce blog ou dans la revue : Carnets critiques, par Diane Scott, et Pour une critique partisane, quelques preuves à l’appui par Jean-Marc Lachaud.
Cassandre, elle, entend promouvoir une « nouvelle critique », qui se dégage des critères esthétiques et ne se contente pas de juger l’« objet » mais appréhende le geste de l’art dans une vision qui prend en compte la relation à l’histoire, aux publics et aux lieux.
Il eut été facile à cet égard de s’appuyer sur quelques lieux repérés de longue date (Les Carmes, les Halles, les Doms, les Hivernales, la Chapelle du Verbe Incarné, la Manufacture, la Condition des soies…), et les célébrer comme ils le méritent (en évitant toutefois le recueil promotionnel à l’instar du récent « tiré à part » du magazine Mouvement). Mais, dans ce que présentent les équipes artistiques, le phénomène de concentration a atteint à Avignon une telle densité que le travail de distinction en fonction des critères sus-cités ne semble plus pouvoir s’établir au sein du festival. Nous insisterons donc plutôt sur la critique « en dialogue » avec l’artiste et les publics, avec des analyses et commentaires venus d’autres champs que le seul monde artistique, qui questionnent les valeurs d’un art en prise avec la société; en l’occurrence Bruno Boussagol, metteur en scène et lui-même critique théâtral, s’entretiendra avec Nicolas Roméas, fondateur et directeur de Cassandre-Horschamp, à propos d’une pièce de la compagnie Brut de béton jouée dans cette édition du festival**. Vous êtes aussi invités à participer !

A demain donc !

* Les chroniques critiques d’AF&C. Mercredi 21 juillet 2010 à 17h au Village du Off : Ecole Thiers, 1, rue des Ecoles
** Women 68, même pas mort. A 13h50 (durée 1h20) au Théâtre de l’Observance, 10 rue de l’Observance Résa : 04 88 07 04 52