Avignon 2010 – Art dramatique ?
Jeudi 15 juillet 2010Hier soir au bar du Off, le célèbre « Delirium », je peux témoigner que Françoise Billot et Laurent Ruquier se sont superbement ignorés. Bon le name-dropping est vraiment le jeu le plus ridicule dans le phénomène de « concentration » qu’on subit ici, si je commence on n’a pas fini de rigoler… Mais j’arrête.
Tout de même, que faisait cette grande courge radio-télévisuelle dans l’antre des fêtards avignonnais ? On murmure qu’il prépare une pièce sur l’affaire Bettencourt. Pourvu que ce ne soit pas Bétancourt… Allons, soyons pusillanime : welcome camarade !
A Paris paraît-il, il pleut ! Des cordes ! Tant mieux, ils en seront pour leurs frais avec leur défilé de République bananière… Ici, journée citoyenne et politique chargée : le « Renouveau identitaire » a annoncé par Facebook qu’il organisait un apéro saucisson/pinard comme celui récemment interdit à la Goutte d’or. Des cellules de veille, et une chaîne de téléphone portables se sont organisées en urgence : No Pasaran !
En parallèle place Pie, rdv pour une « manif de droite »…, l’actualité donne matière à pas mal de slogans : Moins d’impôts pour les riches !, Libérez Bettencourt !, Instituteurs, chercheurs, profiteurs !, Intermittents fainéants !, Pas d’allocs pour les dreadlocks ! Cigares oui, Cuba no !… etc.
(Retrouvez les photos de Marie Augustin, en ligne ici)
À la même heure au cloître Saint-Louis, l’ensemble des formations politiques de gauche se retrouvent à l’invitation du Front de Gauche pour parler de « La gauche face à l’enjeu culturel », la question posée étant : « Quelle pensée, quel projet ? ». Cigale avait préparé le terrain, reprenant notamment à l’écrit des extraits des interviews vidéos produites pour la réunion au TGP : « Une société sans art et sans culture? », Cassandre/Horschamp étant chargée d’y agiter la parole.
Relevé sur le vif :
Le représentant du Parti de Gauche insiste sur la nécessité d’une défense vigoureuse du service public, mais, appliqué à la culture, celui-ci n’est pas considéré en vertu de sa spécificité et n’est approché qu’à travers le prisme de la « cohésion républicaine ». Par ailleurs, il reproche aux artistes de ne pas assez investir le champ social et politique…
Celui de la Gauche Unitaire ne se départit pas d’une position au charme révolutionnaire indéniable, mais aux accents tellement dogmatiques qu’elle finit par apparaître comme tout à fait « hors-sol ».
Le Vert est décidément pas mal, quand il parle de lutte des classes notamment !, mais se décrédibilise en citant Delors : « Nous ne devons plus soutenir des choses structurantes mais des initiatives accompagnantes »…
Pierre Laurent, pour le PCF, est le seul dirigeant national présent. Mais le rang fait-il l’homme ? Heureusement il est bien entouré, car sur ces questions, ce tout nouveau dignitaire semble avoir des épaules encore un peu frêles pour endosser le discours qu’il présente, pourtant bien charpenté par ailleurs.
Le PS, enfin… sa responsable culture se réfère comme tous les autres à l’interpellation de Nicolas Roméas sur le fait que les enjeux d’art et de culture ne peuvent plus être absents des discours publics et politiques. Nous tacherons de la prendre au mot, et attendons avec impatience le prochaine déclaration de Martine Aubry à ce sujet…
Pour conclure, Valérie de Saint-Do, citant Mona Cholet (L’imaginaire de droite) et Yves Citton (Mythocratie) rappelle que le néo-libéralisme s’appuie sur un puissant système d’industries culturelles, qui a aussi pour moteur un imaginaire fait de « storytelling » et pose la question de savoir quel imaginaire la gauche veut y opposer.
Des mots, des actes… le lendemain, c’est manif.
L’arrivée du cortège voit les bureaux du cloître Saint-Louis fermés, Hortense Archambault, co-directrice du festival, légèrement en retrait derrière un rangée de flics, à son corps défendant ?…
Dans la cour les représentants syndicaux, professionnels et politiques s’installent en ordre dispersé face au seul représentant du Ministère, le pauvre Georges-François Hirsch, qui rase littéralement les murs. On attend des actes, et donc… encore des mots ! Il répète à l’envie le mantra du jour : « Ayez confiance… », décliné selon les « éléments de langage » préparés rue de Valois. Ce petit jeu de théâtre entre gens de théâtre, ne prend pas, avec un « public » citoyen cruellement absent; les syndicats osent quand même parler de mobilisation. Les politiques viennent ensuite montrer pâte blanche, et parfois un peu les crocs aussi. Comme tout ça sent un peu la resucée, on appelle à la rescousse un grand intellectuel médiatique dont on taira pourtant le nom par discrétion (un certain Bruno T.), qui est vraiment là pour faire avancer le schmilblick : ce qu’il dit tient en trois phrases : il s’agit de faire de la politique « autrement », à savoir « être plus nombreux » et pour cela « s’envoyer des mails ». Bravo. On oublie d’applaudir mais le coeur y est.
Les choses sérieuses commencent quand le gros Pilou, patron du syndicat des patrons, fustige une politique du « Plus zéro ». Là, Hirsch sort de ses gonds : Non, il s’agit d’une politique du « Moins zéro ». Bataille de chiffres autant que d’idées ! Pendant que les vieux caciques nous rejouent la guerre de 68 à l’envers, je scrute l’assemblée clairsemée : où sont passés « les émergents qui n’en finissent pas d’émerger » par exemple ? Ils ont déserté bien évidemment… comme tant d’autres. Tout cela ne nous rassure en rien. Tant mieux, nous n’étions pas venus pour cela, mais bien pour rester mobilisés.
Allez promis, demain on parlera un peu d’art, voire même de théâtre !
A suivre…

