Archive for 13 juillet 2010

Avignon 2010 – Hospitalité

Mardi 13 juillet 2010
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Arrivée au festival, petite pause au café Domus, quelques mots jetés en vrac, tout droit sortis du TGV.

Je me réjouis cette fois encore d’être accueilli par H, un ami qui ouvre toujours largement sa maison aux gens de passage. Ce grand gaillard chevelu aux allures de viking normand égaré en Provence est profondément bon : il offre chaque année à une bande de jeunes gens passionnés d’art et de théâtre l’opportunité d’assouvir leur passion artistique dans ce défouloir géant qu’est le festival, tandis que lui, en habitant local et militant chevronné du NPA, se méfie plus que tout de l’invasion juillettiste, et se tient farouchement à l’écart du « festival bourgeois ».

La maison, autrefois située à Villeneuve, avait l’avantage non négligeable de la fraîcheur des hauteurs et bénéficiait en outre d’une magnifique serre, dans laquelle poussaient quelques légumes et autres « herbes folles »… Cette année nous sommes en ville, mais la terrasse éclairée à la bougie et le petit jardin offrent encore un cadre prometteur pour les soirées où festivaliers intermittents et travailleurs culturels, acteurs sociaux des quartiers du Vaucluse et universitaires européens, copains des Jolie Môme ou étudiants de France et de Navarre (salut à toi Olivier Neveux !) ont pour habitude d’invoquer joyeusement les grands noms qui les font vibrer, de Vilar à Benedetto, en passant par Gatti, tandis que les camarades trotskystes, et autres sympathisants du Front de Gauche se réfèrent au Che, à Morales ou Lula, et fustigent cette machine non-désirante gangrénée par une culture parisienne toujours suspecte d’élitisme, d’utopie romantique et de marchandisation. Le difficile dialogue de l’art et de la politique s’y prolonge souvent tard dans la nuit… heureusement, il n’est jamais fini !

Ce havre exceptionnel est salutaire dans cette immense foire où il y aurait parfois de quoi se perdre : le blog du « Bruit du off » annonçait récemment la couleur, visant avec a propos la « bigarisation » racoleuse des affiches qui envahissent les ruelles depuis des années. Greg Germain, depuis qu’il a pris la tête de l’association du Festival Off, ne semble pas vouloir (ou pouvoir ?) juguler ce débordement par le bas. Paradoxale position quand on sait l’exigence éclairée qu’il applique à la programmation de son théâtre, la Chapelle du Verbe incarné, où on ne manquera pas cette année d’aller réentendre les textes de Mahmoud Darwich interprétés par le grand Mohamed Rouabhi.

En parallèle dans le In, « l’événement » annoncé pour l’ouverture du festival est une luxueuse exposition d’un plasticien contemporain… Faut-il rappeler qu’originellement la « Semaine d’art dramatique » a misé sur la poésie et le théâtre, précisément car cet outil a la spécificité de reposer sur l’humain. Y placer en exergue une manifestation autour d’un « objet » contemporain n’est-il pas un contre-sens symbolique, d’autant plus qu’on sait ce champ investit par des codes de domination sociale induits, et qui s’acoquine allègrement avec le marché ? Bref, je ne ferais pas ici le détour sur quelques questions déjà abordées en 2005, mais le problème reste non résolu… D’un côté le cul donc, de l’autre le fric… tant que les deux ne seront pas trop étroitement liés, on ne parlera qu’avec prudence des symptômes d’un festival putassier, car on veut à toute force garder foi en l’art et en l’homme. Ni d’une civilisation « totalement » décadente, car partout ailleurs l’art vit. À condition de sortir de ses cercles endogames et de réinvestir les différents espaces de la société. Sinon pourquoi ? Et comment ? Difficilement. Mais « on se bat », disait l’ami Léo.

On ressent cela de façon encore plus cruciale quand on revient du Manifeste, l’aventure artistique exemplaire, initiée il a y 7 ans par Brigitte Mounier dans le désert culturel du littoral nord et la zone industrielle dunkerquoise, où la ville de Grande Synthe fait figure d’exception, offrant un bel équipement qui permet à des stagiaires de toutes origines sociales et de tous âges, de travailler pendant 10 jours avec des compagnies professionnelles de très haut niveau, pour un « théâtre motivé ». A l’issu des stages : trois jours de restitutions, débats et représentations, cette année sur les rroms, la désobéissance civile, ou la dette des pays industrialisés. Une véritable explosion d’art et de politique, avec un public joyeux et concerné : là quelque chose de rare se passe. Brigitte Mounier parle d’un outil « d’éducation populaire de luxe » : elle a raison, la luxuriance des idées et des émotions échangées compense largement l’économie de moyens avec laquelle elle réalise cette courageuse aventure. Bien évidemment, on en reparlera plus en détail dans le prochain numéro de la revue dès la rentrée…

A suivre…

Ps : Mon I-Faune étant retourné à la jungle de la ville juste avant de partir, je ne peux agrémenter ces notes d’illustrations saisies sur le vif, qui seraient pourtant bienvenues ! Je retrouve quand même dans mon ordi cette image prise l’année dernière au coin d’une ruelle, mettons que ça fera l’affaire pour cette fois !

Un nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom: le scandale de l’expulsion des Rroms de St-Denis

Mardi 13 juillet 2010
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La chasse à l’homme, la vraie, elle est là.  Oh non, pas dans les aboiements des chiens de garde de la Sarkozye contre les médias qui font leur boulot en générale et l’excellent Médiapart en particulier. Non, la barbarie s’incarne dans l’action du préfet couvert de louanges par le sous-monarque, avec la complaisance, voire la collaboration, de la mairie de St-Denis.

Voici quelques jours que le nouveau préfet « à poigne » s’est distingué, en matière de lutte contre la délinquance par l’expulsion du camp du Hanul. Un camp de Rroms installé de longue, et qui bénéficiait d’une tolérance passée avec Patrick Braouezec, ancien maire de St-Denis.  Bon nombre de familles étaient installées là depuis des années, les enfants scolarisés. Les associations d’artistes et d’architectes Nomad’s land et AOA faisaient un travail remarquable avec les Rroms et Parada pour rendre ce bidonville vivable: renforcement des habitations, construction d’une salle commune, de toilettes sèches, ateliers et accompagnement scolaire pour les enfants…

La Hanulitsa, salle communemise en place par Nomad'sland, exemple d'une réalisation que le "préfet musclé" a jugé bon de détruire

Tout ceci a volé en éclats, au mépris non seulement de toute humanité, mais de toute légalité: peut-on , en France, interdire de séjour des ressortissants européens, des enfants nés en France, d’un département? Rappelons que la loi Besson oblige toutes les communes de + de 5000 habitants à disposer de terrains pour l’accueil des gens du voyage. Ce qui se passe est digne du magnifique film Liberté, de Tony Gatlif. Non seulement le camp a été rasé, mais les RRoms qui ont tenté de se réfugier sur les bords du canal ont été chassés à minuit avec leur enfants, (!) et la police leur a intimé l’ordre de quitter la Seine St-Denis.

Non, il n’est pas excessif de se référer à Vichy. Et de se souvenir de ce bel adage: « Plus inquiétant que le bruit des bottes, il y a le silence des pantoufles ». Ou de la phrase d’Einstein: « le monde est mauvais non à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui laissent faire ». Qu’en pense Didier Paillard, maire de St-Denis, qui a marié certains de ces couples?Qu’en pensent les sites de presse qui laissent dégouliner des commentaires sur les RRoms plus racistes et insultants les uns que les autres (et qui devraient tomber sous le coup de la loi) sans les modérer? Et je ne parle pas seulement de la Pravda sarkozyste qu’est le Figaro.

Une soirée de soutien aux RRoms expulsés est organisée demain soir, mercredi 14 juillet,  à 20h, au 6b, lieu récemment ouvert par Julien Beller, de Nomad’s land, à l’appel des associations La Voix des Rroms, AOA, Parada, et du chapiteau Raj ganawak. Soyons nombreux à hurler notre colère! : 6b, quai de seine 93200 Saint-Denis

ACCES: RER D arrêt Saint-Denis
Plus d’infos: http://tinyurl.com/2fjxjml
On lira non sans tristesse l’article sur Julien Beller et l’action de Nomad’s land et de l’AOA au Hanul dans Cassandre/Horschamp n° 81, » L’autre sans qui je meurs »