Réaction de Francis Parny après l’appel « Impossible absence »
Lundi 22 février 2010
J’ai signé l’appel lancé par la revue Cassandre-Horschamp parce que je ressens je crois la même exaspération que celles et ceux qui l’ont initié sur le manque infini que représente l’effacement de la question artistique dans le débat public, c’est-à-dire politique.
Comme si l’accès de toutes et de tous aux arts et à la culture aujourd’hui était devenu l’affaire de responsabilité individuelle et de bonne volonté personnelle ; comme si le développement des grands moyens de communication et d’échange offrait toute garantie de respect de la diversité culturelle ; comme si toutes les pratiques artistiques étaient reconnues sur nos lieux de vie qu’on appelle territoire pour mieux les opposer, dans une concurrence sans limite, aux cultures qui s’épanouissent dans d’autres lieux dans d’autres pays et qui pourtant sont présents partout aujourd’hui comme une chance immense d’enrichissement mutuel.
Oui, j’enrage de voir l’intervention publique en faveur des arts et de la culture « mégotée » à chaque nouvel exercice budgétaire des collectivités publiques. Sommes-nous dans une dépense publique pharaonique ? Le budget du ministère de la culture a-t-il doublé pour atteindre 2% du budget de la nation ? Quelqu’un, à part les organisations professionnelles du spectacle vivant, a-t-il osé envisager de porter à 0,60% du PIB, l’effort du gouvernement pour les arts et la culture ?
Non seulement je n’entends pas de tels engagements mais les responsables politiques de droite et malheureusement souvent de gauche, continuent de s’habituer à ne plus considérer les arts et la culture comme des questions essentielles à qui veut porter un projet de société. Comme force d’imaginaire et comme réalité de travail, par les pratiques qu’ils induisent, par les œuvres produites et leur mise en partage ils sont pourtant consubstantiels des questions de transformation de société. Par la diversité des représentations qu’ils font émerger, par l’autonomisation des savoirs et l’émancipation collective qu’ils permettent, par leur approche sensible aussi, qui fait de l’homme la référence ultime, ils nous permettent d’échapper à la normalisation et à la réduction de la vie par l’évaluation chiffrée, uniquement quantitative que l’ultra libéralisme essaye de nous imposer comme seule valeur de notre activité. Toutes celles et tous ceux qui signent cet appel, artistes, créateurs, acteurs sociaux, s’efforcent, il me semble, de redonner cette valeur à leur travail.
J’ai signé cet appel comme citoyen, mais aussi comme élu en charge de ces questions. Le texte de l’appel situe bien l’enjeu des véritables coups de boutoir de la droite et de son président contre l’intervention publique dans tout le champ social comme dans le champ artistique et culturel. La déconstruction progressive du ministère de la culture en témoigne, c’est bien de la destruction des politiques publiques dont il s’agit. Face à ce danger qui laisserait le champ libre au tout marchand et au règne sans partage des industries culturelles il est grand temps que tous les élus de gauche se ressaisissent pour affirmer que le développement des arts et de la culture, le partage de la création est un investissement indispensable à toute civilisation au bénéfice de chacun et de chacune pour son émancipation. La compétence culture n’est pas une compétence qui se négocie. Elle devrait être assumée comme prioritaire par toutes les collectivités publiques comme un véritable investissement dans nos humanités. S’il y a des économies à faire, ne les faisons pas sur ce qui nous parait indispensable, faisons-les en refusant d’accompagner des politiques nationales inspirées des modèles libéraux dominants dans certains champs d’activité pourtant non obligatoire.
Francis Parny
Vice-président à la Culture de la Région Île-de-France
Nota Bene : Cette situation rend indispensable de travailler ensemble, artistes, acteurs culturels et élus. C’est ce qui m’a conduit a proposer dans cette élection régionale à nombre d’amis, l’organisation de rencontres publiques et la création d’un site (1) pour ouvrir un lieu de réflexion partagée et de débat afin de construire ensemble une politique publique en faveur des arts et de la culture en Ile-de-France.



