Archive for janvier 2010

« Ici, on ne fait pas de littérature »

Mercredi 27 janvier 2010
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Je relaie ici la très belle lettre de Louis Paul d’Alembert, écrivain haïtien invité du festival Étonnants voyageurs, à Michel Le Bris. Belle illustration du mépris de certains fonctionnaires français envers les Haïtiens… et la culture.

« Cher Michel Le Bris,

Je ne sais plus si j’ai encore envie ni si, même en le voulant, je pourrai participer à l’émission La Grande Librairie à prévue le 28 janvier prochain en hommage aux victimes du tremblement de terre en Haïti. En tout cas, un certain M. Hervé Lebarbé m’a menacé, ce midi, de ne pas me laisser partir demain mercredi 27, malgré l’autorisation écrite déjà apposée sur mon passeport par la personne en charge. Dans cette situation difficile que nous vivons tous ici, je n’ai pas, en plus, envie de faire face aux préjugés de ce monsieur qui, visiblement, en a après les Haïtiens.

Tout a commencé à mon arrivée à la résidence de l’ambassadeur, le Manoir des Lauriers, où ont rendez-vous ceux qui souhaitent partir (repartir, dans mon cas) d’Haïti pour aller en Guadeloupe d’où ils peuvent prendre un avion pour Paris. De nombreuses personnes sont agglutinées devant la barrière de la résidence. Malgré la tension, l’ensemble des gendarmes en charge de la sécurité reste d’une grande courtoisie. Il convient à la fois de le souligner et d’apprécier à sa juste valeur leur fair-play. Idem pour le personnel de l’ambassade, en particulier Mme Chantal Roques. Jointe au téléphone, elle m’avait suggéré de préciser ma situation d’écrivain invité à la deuxième édition du festival Etonnants Voyageurs qui, comme vous le savez, n’a pu avoir lieu à cause du séisme.

Tout le monde est donc très courtois, sauf ce monsieur que, à un moment, j’entends traiter les gens en attente de « bande de bourriques qui ne comprennent ni le créole ni le français ». Pour ma part, tandis qu’il vise mon passeport, après lui avoir fait savoir que je suis le dernier écrivain invité d’étonnants voyageurs à ne pas être encore reparti, je lui demande si, à sa connaissance, il y a un avion prévu aujourd’hui. J’ai droit à : « Ici, on ne fait pas de la littérature », alors qu’il vient juste de répondre à deux journalistes français qui lui avaient posé la même question de revenir vers 15 heures… Je n’ai, bien entendu, pas relevé la provocation. Une fois à l’intérieur, tous ceux qui sont passés par ses fourches caudines ne cessent de se plaindre de son arrogance. D’après ceux-là, certains ont l’air de bien le connaître, il serait venu en renfort de Guadeloupe.

Une heure plus tard, une dame, peut-être du service consulaire, procède à un dernier contrôle des passeports, destiné visiblement à établir les priorités. Monsieur Hervé Lebarbé est assis à ses côtés. Une Française d’origine haïtienne, venue de province, et qui en est à sa quatrième tentative de départ depuis samedi, a le malheur de demander à la dame s’il y a un avion prévu dans la journée. M. Lebarbé, qui décidément apprécie les formules provocatrices, intervient pour dire : « Ici, ce n’est pas un aérotap-tap » ; le tap-tap, comme tu le sais, désigne les taxis collectifs en Haïti. Il n’a pas d’heure de départ ni d’arrivée.

Après nous être fait dire qu’il n’y a pas de vol prévu aujourd’hui et de revenir le lendemain, certains d’entre nous sont restés dans la cour de la résidence en attendant qu’on vienne nous chercher. A l’invitation d’une autre dame, M. Barbé s’approche et nous demande, en hurlant, de ne pas rester dans la cour. Ce que, soit dit en passant, il n’a pas cessé de faire chaque fois qu’une voiture pénétrait ou sortait de la cour. Cette fois-ci, je lui demande de s’adresser aux gens sur un autre ton. Il nous doit, ai-je ajouté, au moins le respect. Ce à quoi il répond qu’il a le droit de nous adresser la parole comme bon lui semble, et que nous pouvions, si nous le voulions, porter plainte : « Je n’en ai rien à branler », dit-il en appelant les gendarmes. En ce qui me concerne, s’est-il adressé à moi en particulier, je n’aurai qu’à prendre un avion privé, car il ne me laissera pas rentrer à la résidence.

Au moment où des marques de sollicitude nous viennent du monde entier, en particulier de la France, voilà comment ce monsieur Lebarbé se permet de traiter les gens. Je tenais, cher Michel, à ce que tu le saches.

Bien amicalement,

Louis-Philippe Dalembert »

Ensemble dans le noir

Mardi 26 janvier 2010
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Fantazio persiste, jazzman dégingandé dada-punk, dans ses improbables divagations sonores, au gré des déchirements chaotiques et acrobaties pentatoniques qu’il arrache à son indomptable contrebasse. D’un Berlin noise à un Chinatown désenchanté, son dernier album Cinq mille ans de danse crue et de grands pas chassés apporte la preuve, s’il en était encore besoin, de l’intarissable inspiration qui agite ce musicien tout-terrain.

Sa musique est avant tout un incomparable vecteur de rencontre impure : en véritable « éveilleur de sens » l’errance le mène sur toutes les (dé)routes de Belgique, de Bretagne ou de Corrèze, tandis qu’à Paris, les retrouvailles avec son fameux gang se font au gré de situations souvent non programmées, comme récemment dans la rue lors de sessions jam avec les travailleurs sans papiers en grève, ou encore à Ménilmontant, au Lieu-dit ou dans le mythique squat de la Miroiterie.

Bref, l’animal, quoique prodigue, surgit rarement là où on l’attend : c’est dire si une date comme celle qui s’annonce bientôt au Cabaret Sauvage est exceptionnelle. Dans ce « magic mirror » seront réunis pour l’occasion nombre de ses complices d’aujourd’hui et de toujours, pour un carnaval aux accents délirants : outre son fameux gang de crooners à moustache, fanfarons, bruitistes, et autres rappeurs romantiques, on devrait aussi retrouver le sombre plasticien Chauchat, l’incorrigible graffeur Popay… et toute une tribu d’intrépides improvisateurs aux instruments affûtés.

En before décalé, nous vous proposons ces quelques images glanées une après-midi de décembre à la Goutte d’Or, au centre Barbara, où Fantazio avait donné rendez-vous à son amie Sylvaine Hélary, la fée flûtiste du Surnatural Orchestra, pour offrir à quelques éléphanteaux indisciplinés une séance musicale jouissive, toute en transgression, avec au programme cris, crachats, contes absurdes et autres dissonances spontanées. Adoucir les mœurs disiez-vous ?


Fantazio et Sylvaine Hélary – Kids' experience
envoyé par wwwahl

CONCERT LE JEUDI 11 FÉVRIER 2010 À 20H30

au Cabaret Sauvage
Parc de la Villette.75019 Paris Métro: Porte de la Villette

Plein tarif: 18 euros / tarif réduit 15 euros
En vente dans tous les points de ventes habituels. Sur place uniquement le soir même.

Avec

Fantazio Gang :
Fantazio : Contrebasse et contre-barrissements, Denis Schuler : Batterie, Benjamin Colin : Percussions, Stéphane Daniélides : Soubassophone, Pierre Chaumié : Saxophones, Frank Williams : Guitares

& Guest Stars :

Popay aux projections mouvantes, Jacques Chauchat aux gravures volantes, DJ Junkazalou aux platines, Emiko Ota à la batterie, Aymeric Avice à la trompette, Relu Merisan au cymbalum, Julian Boutin au violon, Noémi Boutin au violoncelle, Emile Martin à la technique, Stephen Harrison à la contrebasse, Sarah Olivier au chant et harmonica

Repartez du concert avec vos vestes, jupes, T-shirts, pantalons, layettes, parapluies… customisés en direct par Jacques Chauchat. Prévoyez des vêtements (clairs et lisses) à lui laisser à l’entrée.

www.fantazio.org

La France va mieux – Tous nos vœux !

Dimanche 17 janvier 2010
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Au mitan du mois, la rédaction de microCassandre ne vous avait pas encore adressé ses vœux : voici une belle façon de le faire, avec « une question qui assurément gênera le petit monde des donneurs de leçons, des analystes à la petite semaine, des commentateurs assis sur le coussin de leurs certitudes, une question qui, dans la grande fourmilière médiatique, donnera le grand coup vengeur de la vraie France, celle qui jamais ne renonce, celle qui toujours va de l’avant. » […]


La France va mieux !

Rêves de Wajdi Mouawad

Vendredi 15 janvier 2010
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Wajdi Mouwad est aussi fort que Wiliam Shakespeare. On est toujours convié chez lui aux fiançailles de la joie et de la peine, de la vie et de la mort. Les représentations de ces « Rêves » sont terminées au Mouffetard mais je veux dire encore que cet auteur me bouleverse. Au point que j’ai du mal à en gloser. Ainsi en est-il des grandes œuvres, la critique n’y a plus de place et devient un objet de luxe intellectuel. Tant pis, je vais sacrifier à l’usage, ça me paraît sain quand on a été invité et qu’on s’est plu quelque part d’en dire dire du bien malgré l’ébahissement…un jeune auteur, une nuit dans une chambre d’hôtel désert, face à son cahier. Commence le défilé survolté de son double et de ses personnages qui jaillissent et hésitent en scène, au gré de sa plume et de ses pannes. Une revue folle et douce, rythmée par la lumière défectueuse et la patronne de l’hôtel, veuve, dont le fils se pend, quelque part au bout du fil téléphonique. Un texte magistral, servi ici par une troupe plutôt jeune où certains excellent, d’autres se débrouillent. Une mise en scène simple et réussie par Igor Mendjinsky. Une grande fusion, effusion, confusion, entre les êtres dits réels et les personnages de fiction.

Benoît Szakow