Archives de la catégorie ‘Faire-parts’.

« De très vieilles ombres sont de retour et nous fixent sans trembler. »

Mercredi 1 septembre 2010
0saves

À la veille des rassemblements qui ont lieu samedi 4 septembre 2010 partout en France à l’initiative de 50 organisations citoyennes et partis politiques contre « les dérives du sarkozysme » (tautologie?) et à l’occasion du 140e anniversaire de la République française (lire ici l’appel), le poète Patrick Chamoiseau* nous fait parvenir ce message, reproduit sous forme d’affiche et de carte postale (en pièce jointe), à diffuser largement.

.

(Pour télécharger et imprimer l’affiche en haute-définition suivez ce lien)

Retrouvez en cliquant ici l’entretien publié l’été dernier dans la revue Cassandre/Horschamp, et ci-dessous son introduction par Nicolas Roméas :

Cet aède d’une mondialité fraternelle, ce grand parleur de notre langue qui lui rend sa charge et son âme, souple guerrier d’un monde haletant au carrefour des possibles, vieil enfant au cœur sédimenté, né dans l’île de Martinique (dont l’emblème est le colibri), ce noble descendant d’esclaves à la pensée marronne a choisi d’écrire depuis son pays dominé, cet archipel fluide, les Antilles, anciennes colonies aujourd’hui grosses de nos inspirations les plus précieuses, dont il épouse et sublime le combat.

Patrick Chamoiseau, qui publie aujourd’hui Les Neuf Consciences du Malfini, a récemment commis, avec Édouard Glissant et quelques rhapsodes amis, l’un des plus beaux gestes poétiques et politiques lancés au monde depuis des lustres, le Manifeste pour les « produits » de haute nécessité, hommage, appel, ouverture, chant profond scandé de foi et de désir, pour et avec les grévistes de Guadeloupe et de Martinique, incantation au devenir humain.

Avec Quand les murs tombent, ils ont, et de belle façon, rendu son vrai visage à la notion d’identité, si souvent et tristement réduite et galvaudée.

Et, comme le faisaient jadis troubadours et griots, ils saluèrent l’arrivée d’Obama d’un chant lyrique et ambitieux : L’Intraitable Beauté du monde.

Il était important de croiser ce poète, ce frère aimé, dans les combats spirituels que nous devons mener.

Avignon 2010 – «  Quand tu aimes il faut partir »

Vendredi 23 juillet 2010
0saves

Ma mission « d’envoyé spécial » à Avignon pour microCassandre touche aujourd’hui à sa fin. Comme toujours dans ces moments charnières, sentiment partagé : le soulagement se teinte d’une légère mélancolie. C’est Livchine, le grand Livchine, qui a le bon mot, citant Cendrars : «  Quand tu aimes il faut partir… ». Heureusement Jean-Louis Fabiani, professeur à l’Université d’Avignon, nous fait bien rire aujourd’hui avec son billet sur la « Cité des excès » publié sur son blog de Mediapart. Je ne résiste pas au plaisir de le citer ici :

« Le 22 juillet, comme chaque année à pareille époque, Avignon fait une overdose : trop de djembés, trop de bombardes, trop de binious, trop de bières, trop de shorts, trop de lectures de France Culture la tête au soleil, trop de femmes de prêtre, trop de moonwalkers, trop de Georges Banu, trop de journalistes qui disent que c’est un mauvais cru, trop de couscous aux lardons, trop d’Antoine de Baecque, trop de sexe de style belge, trop de one man show comiques comiques si on veut d’ailleurs, trop de nourriture avariée, trop de Nicolas Truong.
Et seulement vingt-cinq minutes sublimes de Régine Chopinot.
Le 22 juillet, les Avignonnais voudraient être à Douarnenez. »

Je ne peux que partager ce sentiment de fullitude, et c’est vrai que je n’ai pas entendu beaucoup de coups de cœur assumés, que j’avoue n’avoir pas eu moi-même la sensation de faire de découverte majeure et que la succession des plaisirs d’un art partagé au quotidien, notamment dans tous les espaces périphériques du In (lectures de La 25e heure, Sujets à vif, Théâtre des idées…) ou à Villeneuve (chartreuse et chapiteaux inclus), comme les joyeuses rencontres dont ce blog se fit partiellement l’écho, n’ont pas suffit à endiguer le sentiment de vacuité libérale qui plane désormais sur cette foire d’un théâtre pourtant partout et pour tous.
Chaque fois on se dit aussi qu’on aurait peut-être pu éviter, faire ce fameux « pas de côté », à l’instar de l’ami Bojko par exemple, qui prétexte cette année que sa mobylette n’aurait pas tenu le coup pour l’emmener jusqu’ici, alors qu’on sait qu’il a traversé avec elle des steppes bien plus lointaines…, ou encore rester à Paris avec Roger Després, qui coule des jours heureux à la Ferme du Bonheur, au cœur des cités de Nanterre et pourtant bien loin de l’agitation urbaine…
Je ne crois pas pour autant que cette année soit particulièrement « un mauvais cru », pour reprendre l’expression sus-citée : il semble plutôt que les deux directeurs, dont on sait qu’ils sont sur la sellette, aient tenté une édition sans grand risque, de façon à ne pas faire trop de vagues… En ce sens ce serait donc même plutôt une réussite !

« Les Avignonnais voudraient être à Douarnenez » dit Fabiani… Outre l’excellent festival de cinéma Gouel ar Filmoù, que nous couvrirons j’espère cette année encore pour la revue, cela m’évoque surtout une citation attribuée à Aristote, qu’on retrouve en exergue sur la couverture du numéro de janvier des Cahiers de la Maison Jean Vilar : « Il y a les morts, il y a les vivants, et ceux qui vont sur la mer… »

Pensée pour le sublimissime travail (et comment dire plus encore?) présenté l’année passée par Claude Régy avec le comédien Jean-Quentin Châtelain : Ode maritime de Pessoa…

Je comptais justement hisser les voiles et me mettre un peu au frais à Bréhat. Je crois que je ne résisterai pas à opérer aussi un détour par l’Île de Groix, où quelques pirates viennent d’ouvrir un improbable nouveau lieu autogéré… (cliquez ici !) Bon vent !

Avignon 2010 – Critique de la critique (de la séparation)

Mardi 20 juillet 2010
0saves

Il y a des lendemains qui chantent, d’autres qui déchantent et certains qui se font attendre… Je disais ici il y a quelques jours que nous parlerions d’art, « et peut-être même de théâtre ». J’étais loin d’imaginer alors l’attente qu’un simple mot sur ce blog périphérique de la revue pourrait susciter. Après quelques jours, ne voyant « rien » venir, les silences réprobateurs se sont mués en avalanche de reproches : Comment ? Pas de critique de spectacle ici ? Et moi et moi et moi ? disent les artistes. Et nous et nous et nous ? disent les publics.
S’il faut se justifier, ce sera en un mot : dans l’univers de consommation poussée qu’est devenu le festival, nous ne souhaitions pas particulièrement ajouter du bruit au bruit. Qu’attend-on en effet d’un critique ? Des conseils, des jugements, aussi « injustes » soient-ils, des prétextes à aller voir tel ou tel spectacle, du blabla en somme. In girum imus nocte et consumimur igni… («  Nous tournons dans la nuit et nous consumons dans le feu »), disait Debord.
Pourquoi avancer les yeux bandés, faut-il vraiment être « guidé » pour oser pénétrer la profusion d’offre du In et du Off, et surtout : par qui ? Le plaisir, chaque jour renouvelé à Avignon, semble pourtant plutôt tenir au fait que, pour profiter de tel ou tel spectacle, réentendre un texte, s’émerveiller du jeu d’un comédien, il faut pouvoir se laisser surprendre, accepter de se perdre, et in fine inventer soi-même son chemin dans ce labyrinthe sans minotaure. A chacun d’y marquer sa trace, d’y vivre ses rites… Les miens passent parfois par des lieux communs, comme celui de la Maison Vilar, du Centre de poésie ou encore de la délicieuse boulangerie du Carré de Blé près du cloître Saint-Louis. Peu importe au fond cette absence d’originalité, tant que je m’y retrouve, toujours surpris.
Les innombrables terrasses de la ville, où s’échangent les bons conseils du jour, restent souvent les meilleures sources de découverte. Nombre de plumes se font aussi un régal quotidien, accordant leurs satisfecit ou, plus rarement, déversant la rancœur de leurs attentes déçues. A quoi bon dès lors ajouter sa voix au concert des blogeurs ? Quelle « valeur ajoutée » tenter d’imposer, par l’analyse, le savoir ou la persuasion, dans ce joyeux capharnaüm ? Ce qui semble faire autorité ici c’est le peuple, l’expression directe de son suffrage, qu’il ne manque d’ailleurs pas de manifester au gré des rencontres qui s’improvisent à chaque coin de rue, à la moindre occasion. C’est donc à cette communauté des vivants que nous nous sommes plutôt attachés, nous amusant à en dépeindre quelques figures marquantes et nous gardant bien de décerner tel ou tel prix à une aventure artistique plutôt qu’à une autre. Parlant ainsi cependant, nous espérons avoir parlé d’art autant que de culture, de la façon dont il se fabrique, dont il se vit et s’échange, dans sa part humaine.

Puisque demain toutefois, il nous est demandé de réinvestir la position de « critique », lors d’un débat du Festival Off*, c’est la critique elle-même que nous mettrons en critique.
Deux ouvrages parus cette année sur le sujet méritent d’être mentionnés, dont nous reparlerons plus en détail sur ce blog ou dans la revue : Carnets critiques, par Diane Scott, et Pour une critique partisane, quelques preuves à l’appui par Jean-Marc Lachaud.
Cassandre, elle, entend promouvoir une « nouvelle critique », qui se dégage des critères esthétiques et ne se contente pas de juger l’« objet » mais appréhende le geste de l’art dans une vision qui prend en compte la relation à l’histoire, aux publics et aux lieux.
Il eut été facile à cet égard de s’appuyer sur quelques lieux repérés de longue date (Les Carmes, les Halles, les Doms, les Hivernales, la Chapelle du Verbe Incarné, la Manufacture, la Condition des soies…), et les célébrer comme ils le méritent (en évitant toutefois le recueil promotionnel à l’instar du récent « tiré à part » du magazine Mouvement). Mais, dans ce que présentent les équipes artistiques, le phénomène de concentration a atteint à Avignon une telle densité que le travail de distinction en fonction des critères sus-cités ne semble plus pouvoir s’établir au sein du festival. Nous insisterons donc plutôt sur la critique « en dialogue » avec l’artiste et les publics, avec des analyses et commentaires venus d’autres champs que le seul monde artistique, qui questionnent les valeurs d’un art en prise avec la société; en l’occurrence Bruno Boussagol, metteur en scène et lui-même critique théâtral, s’entretiendra avec Nicolas Roméas, fondateur et directeur de Cassandre-Horschamp, à propos d’une pièce de la compagnie Brut de béton jouée dans cette édition du festival**. Vous êtes aussi invités à participer !

A demain donc !

* Les chroniques critiques d’AF&C. Mercredi 21 juillet 2010 à 17h au Village du Off : Ecole Thiers, 1, rue des Ecoles
** Women 68, même pas mort. A 13h50 (durée 1h20) au Théâtre de l’Observance, 10 rue de l’Observance Résa : 04 88 07 04 52

Avignon 2010 – Des visages, des figures…

Lundi 19 juillet 2010
0saves

Avec les chauds/froids des salles climatisées, un coup de mistral impromptu peut-être, et la fatigue des jours et des nuits qui s’enchainent (jusqu’à en devenir « esclave »?), une sérieuse baisse de tension a failli me laisser sur le carreau pour quelques jours, et le blog avec…

Atteint de fièvre quasi-délirante, dans la cité des papes j’attends un miracle, même misérable, et me prends à rêver que Michaux viens me chercher. Il m’emmène à la rencontre du pachyderme de Barceló, posé sur la place du Palais telle une toupie immobile. Un sentiment de compassion m’emplit pour cette bête condamnée à « exister à l’envers » : prouesse risible qui dans un équilibre vertigineux défie les lois de la gravité.

La « toupie » : c’est aussi le surnom que nous avons donné à la belle Hortense, co-directrice du festival, tant elle est obligée de se tourner et se retourner dans tous le sens pour satisfaire aux multiples attentions dont elle fait l’objet lors des réceptions au Verger. Sa sollicitude envers chacun la verra-t-elle récompensée par une reconduction de son poste l’année prochaine ?

Alité, la tête lourde, un carrousel fantasmagorique se met en marche sous mes yeux hallucinés… y défilent quelques têtes aperçues aux coins des rues ces derniers jours…

En premier lieu bien sûr, au milieu de son « Magic Mirror », le généreux Christophe Galent. Il défend avec un talent certain et un volontarisme nécessaire son projet exigeant : les « Rencontres du off » au sein de « Avignon Festival et Compagnies » (AF&C). Il m’a dégoté un lieu au calme, où je peux enfin me ressourcer et travailler confortablement… Grâce à lui, ce blog peut continuer !

Celui qui vient après, comme dans un jeu de miroirs déformants, c’est Jean-Michel Ribes. La rumeur sur sa suite à la direction du Festival n’est pour l’instant ni infirmée ni confirmée… Si vous êtes sans réponse, ne vous inquiétez pas, c’est juste que pour l’instant son téléphone est cassé : Virginie, son assistante, me montre l’écran figé de l’Iphone, je me sens moins seul…

Dans ce drôle de bestiaire, revoici Laure Adler. Elle sort du Big Bang de Philippe Quesne. La « non-proposition » de l’artiste en a laissé plus d’un pantois. Elle reste sur sa réserve et elle a ses raisons : l’esprit critique n’est plus de mise quand on risque soi-même d’y être confronté. Si toutefois elle est finalement nommée à la tête du Festival, comme cela commence à se murmurer, en duo avec Olivier Py, on est prêt à parier que même le collectif H/F n’en vienne rapidement à déchanter.

Le défilé de tête continue, voici Martine Aubry, place des Corps Saints, elle cherche sans doute une place pour Keersmaeker. Rentrera-t-elle ? Au moment où son mari commence à apparaître dans les médias, c’est ici en compagnie de sa fille qu’elle s’affiche. Une famille unie et soudée comme le parti socialiste ?

Et hop, en voici une autre de tête, bien raide cette fois-ci, et toujours not dead, c’est le musicien Christian Olivier, poète pugiliste qui n’adoucit pas les mœurs. Il m’explique que ça roule pour son label installé à Paris, rue Boyer dans le 20e, mais que du coup, il a rouvert un petit lieu avec les Chats pelés, une espèce de libraire-galerie, dans le quartier historique d’Aligre, rue Faidherbe, « pour les copains ». Une bonne piste « horschamp » pour notre numéro de rentrée, où nous avons justement décidé d’explorer les chemins de traverses, avec ceux qui ont quitté les « autoroutes » pour inventer d’autres modes de création, de production et de diffusion alternatifs.

D’autres ont pris le chemin inverse : je croise Florence Marguerie à l’Ecole d’art, une ex des Tamérantong, qui s’occupe maintenant de Rodophe Burger. C’est elle qui a monté le bal du 14 juillet : heureusement qu’Higelin est venu lui sauver la mise ! N’empêche cette énergie rock, notamment lors des lectures de la 25e heures, donnent un coup de vent frais au festival. Belle réussite, et bravo à Gaspard Lanuit, Jeanne Added et tous ceux qui ont joué le jeu !

Voilà Jérôme Rouger, qu’on croise toujours par hasard dans quelque troquet interlope. Il parade avec son petit numéro sentimentaliste du moment où il raconte son enfance rurale. Je m’étais juré de ne pas en parler, pour ne pas en dire du mal, parce que justement, son spectacle est tout sauf mal, mais ce type bigrement doué peut à mon avis faire cent fois mieux; moins complaisant je veux dire. Et c’est d’ailleurs ce qu’il m’annonce : son prochain spectacle parlera de politique… en rapport avec l’intime. Connaissant la facétie du bonhomme, le cocktail risque d’être détonant. Impatience !

Frédéric Hocquard, qui tente de ne pas se départir d’un air sérieux depuis qu’il est à la tête d’Arcadi, me dit qu’il a bien reçu mon courrier le mettant en garde à propos de Noiriel. Il m’avait confié vouloir l’inviter à débattre à la rentrée, je lui avait donné des arguments en contre, à l’appui de la critique d’Olivier Neveux parue dans la RILI. Le débat aura-t-il lieu? Rdv au prochain épisode…

Sylvia Botella ne travaille plus avec Alexandra Badea. Bon, Fuck you Eu.ro.pa joue néanmoins à l’Utopia République, tant mieux ! Elle accompagne toujours Lucille Calmel, l’artiste multi-media, mais en plus, elle a pris cette année la rédaction en chef de Scènes, la très belle revue de la Maison de la Bellone à Bruxelles, dont l’édition hivernale se fera avec Jean-Michel Bruyère en commissaire invité. Bravo !

Toujours aussi lumineux, Boris (Charmatz) se demande comment donner une dimension internationale à son travail de « Musée de la danse », pour l’instant peu reconnu en France somme toute, tout en habitant véritablement le centre chorégraphique dont il a la charge à Rennes. La simplicité, la franchise de cet homme font plaisir à voir; et son questionnement est très pertinent.

Il suffit de voir Charlotte Lipinska, la jeune journaliste qui monte qui monte… à force d’être partout, elle ne sait plus où elle est. Je la croise près du camion-régie d’Arte où mon amie Tina m’a invité; elle est en direct : « Merci d’avoir passé cette journée en notre compagnie, et bonne soirée sur France 4 euh… sur Arte ! »… Bon soyons juste, devant la caméra elle n’a pas perdu tous ses moyens, elle n’a pas cité France Inter !

D’autres sont aussi sur tous les fronts mais ont moins de mal à se situer. D’ de Kabal qui a triomphé l’année passée à la Chapelle du Verbe incarné avec son magnifique opus « Ecorce de peine » accompagne cette année des jeunes des CEMEA, en toute simplicité. Il sort aussi un livre dont nous publierons quelques extrait bientôt sur le blog. Ça c’est de l’éduc pop’ de luxe !, comme dirait Brigitte Mounier, la fondatrice du Manifeste (voir post précédent)

Pascal Le Brun Cordier qui était toujours ici, là et ailleurs à la fois avec ses rencontres « Art espace public« , part lui s’implanter à Montpellier. Il y lance une nouvelle saison, une « Zone Artistique Temporaire », à horizon 2010-2020. Il a raison, il faut voir grand ! Pour démarrer, il cherche un « truc » autour d’Antigone, un matériau fait de récits de l’approche que chacun a pu avoir de ce texte universel. Si vous le rencontrez vous pourrez lui raconter votre histoire. Ah mais… toujours aussi véloce, il est déjà reparti, direction Châlon…bref, vous pouvez toujours le joindre par mail…

Implantés, d’autres le sont depuis longtemps, et chez Benedetto aux Carmes, même en son absence on croise toujours autant de grandes et belles figures, de Gérard Paris-Clavel à Bernard Lubat sans oublier Philippe Caubère of course. Avec de telles amitiés, ces soirées-là sont toujours d’une belle intensité, à condition de ne pas se laisser envahir par le culte mémoriel, con !

Autre tribu, c’est cette année autour de Faustin Lynekula – on parle de sa version de Bérénice dans la revue -, que nombre d’artistes tournés vers l’Afrique se retrouvent : Dieudonné Niangouna, Eva Doumbia etc. Jacques Peigné, qui laisse Cultures France pour partir au Chili (avec Darcos, c’est moins drôle?), célèbre son départ avec eux. Tant que ceux-là seront au festival, on a encore des chances de passer de bons moments. N’empêche on est aussi tenté d’aller les voir ailleurs, en Afrique peut-être, parce qu’ici en France, ils passent leur temps à se traiter mutuellement de « bounty » (« noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur »)…

Vient enfin la cohorte des journalistes. J’ai beau éviter les générales, les premières et les conf. de presse, on passe son temps à se croiser. Je n’en citerais que trois, parce que tel est mon bon plaisir :

Vincent Cambier. L’infatigable des 3 coups, qui comme moi se demande dans quel ordre lire « l’annuaire » (le catalogue du festival du Off), c’est un outil assommant. Je crois que Devos avait la réponse : Sans dessus-dessous !

Méreuze. Cuilà faut le croiser à la bonne heure : avant c’est pas la peine et après c’est déjà trop tard… C’est quand même le seul journaliste que je connaisse qui écrit dans un canard catho (La Croix en l’occurrence), et qui a L’Internationale comme sonnerie de portable !

Et puis Thibaudat enfin. Toujours fringuant même s’il a quitté Libé depuis un bail déjà. Je m’étonne cependant : je lis son blog : pas un papier pour l’instant… Silence depuis le décès de Terzieff…
On comprend ce deuil, et on le respecte. Peut être aussi, plus prosaïquement, que Rue89 est non-accrédité ?

Ouf, la fièvre s’estompe difficilement, je vais bientôt pouvoir ressortir… Mais après ce manège, j’avoue que j’ai encore un peu le vertige. D’autant que demain, c’est la bande à Siné qui débarque au cinéma Utopia pour « semer sa zone »… tous aux abris !

Demain je raconterai pourquoi je n’ai pas publié ici de « critique » de spectacle à proprement parler…

A suivre…

Picards fatals à l’art… et censures en tous genres

Mardi 25 mai 2010
0saves

Une exposition des dessins et d’illustrations Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands qui devait être présentée à la Bibliothèque Départementale de la Somme, à Amiens,
entre le 19 mai et le 19 juillet 2010 a effarouché la pruderie du Président du conseil général de la Somme, qui l’a brutalement fait fermer. Je relaie ici des extraits de la lettre de Janine Kotwica, commissaire de l’exposition d’illustrations à Christian Manable, Président du Conseil général de la Somme.

Affiche de Léo Kouper pour l'exposition

«Monsieur le Président

J’ai appris avec une stupeur vite remplacée par la colère votre décision arbitraire, inique, absurde et ridicule d’interdire l’exposition Pour adultes seulement, sélection bon enfant de dessins, gravures et peintures gentiment érotiques d’illustrateurs, pour laquelle j’ai eu une commande écrite, en date du 14 janvier 2009, émanant de Hervé Roberti, Conservateur en chef de la Bibliothèque départementale de la Somme.

J’ai  travaillé d’arrache-pied au commissariat de cette exposition à laquelle 25 artistes, qui publient dans le monde entier, ont prêté ou réalisé spécialement des oeuvres et pour laquelle Léo Kouper, affichiste de grand renom, a réalisé cinq projets. Nous les avons, le 17 février 2010, soumis à votre Directeur du développement culturel qui a conforté (avec un enthousiasme, sincère, m’a-t-il semblé) celui que nous préférions, plébiscité aussi par tous ceux que nous avions consultés. Il a exprimé également, mais il ne pouvait en être autrement étant donnée leur exceptionnelle qualité, son admiration pour les originaux que j’avais apportés.

J’ai eu un deuxième entretien cordial avec David Andrieux, en présence de deux autres collaborateurs, la semaine dernière. Rien ne laissait présager alors votre oukase qui m’a laissée dans un état proche de la nausée. Si cette exposition heurtait votre délicatesse, vous aviez largement le temps d’arrêter les frais, à tous les sens du mot, beaucoup plus tôt. Cette interdiction, à 11 jours de l’ouverture, est une faute et une vilénie.

Vous avez brutalement désavoué votre conservateur, au service du département depuis 15 ans, à quelques semaines de son départ en retraite, et c’est ignoble.

Vous avez traité avec mépris le travail de votre personnel, qui s’est investi avec enthousiasme dans la préparation d’une exposition particulièrement jubilatoire.

Aucun égard non plus pour les 26 artistes qui ont mis généreusement leur talent à notre service. En échange, nous leur avions promis des catalogues et des cartes postales. Cette promesse-là, il faudra, bien sûr, la tenir mais ce sera une bien dérisoire compensation.
Moi aussi, je suis déboutée après deux ans d’un travail intense et mes choix remis en cause avec la plus grande grossièreté : votre cabinet n’a même pas pris la peine de m’aviser directement et de me donner les raisons de cette anastasie, sans doute parce qu’elles sont difficilement avouables.

Un département des énergies …  piétinées, hélas !

En 35 ans de travaux au service de l’illustration, c’est la deuxième fois que je suis confrontée à une censure aussi bête que méchante. Il faut dire que la première fois, c’était, non en Picardie, belle province de notre Doulce France, mais en Tunisie, état totalitaire comme chacun sait. En mission pour le Ministère des Affaires étrangères, j’ai vu mes livres confisqués à la douane par la commission de censure. Heureusement, l’Ambassadeur de France, homme intelligent et cultivé, a vite réglé le problème. Et j’ai été fière d’appartenir à la patrie des Droits de l’Homme qui honore la liberté d’expression et défend ses citoyens contre les barbares ciseaux d’Anastasie.

J’ai vu quelquefois des politiques intervenir sur les choix des bibliothécaires mais c’était  toujours à propos de publications en direction de l’enfance et surtout du fait

[...]
Que ce soit, ici, un parti démocratique qui intervient, non pas pour infléchir les choix, ce qui eût pu, à la grande rigueur, être supportable, mais carrément pour interdire une exposition qui s’adresse ouvertement aux adultes m’a ôté le sommeil. J’ai pour maigre consolation que je ne vote pas, pour l’instant (nous avons une maison à Saint Valery), dans la Somme et que je n’ai pas le regret cuisant de vous avoir donné ma voix.

La censure artistique est un phénomère rare et extrêmement grave, une atteinte insoutenable à la liberté de penser et de créer. Cela m’a rappelé, mutatis mutandis, certains diktats de si triste mémoire contre l’Art dégénéré.

[...] Vos conseillers fréquentent-ils parfois les musées et expositions ? Dans une époque où la burqua fait débat, ne seraient-ils pas tentés de voiler, au  Louvre, la nudité de la Vénus de Milo, d’occulter, à Orsay, L’origine du monde, et dans nos mairies, de cacher le sein qu’ils ne sauraient voir de notre jolie Marianne ? Avec nos petits dessins bien anodins, nous sommes loin de Lucian Freud ou de Bettina Rheims exposés en ce moment avec succès à Paris. Tartuffe était-il picard ? Voulez-vous donner l’image d’une province ignare et rétrograde?

[...]


Il est encore temps de vous rétracter …

Mais si Amiens s’obstine à  refuser cette belle exposition dont je suis très fière, elle ira ailleurs, dans un pays de culture, de liberté et d’ouverture d’esprit.

[..]
J’espère, Monsieur le Président, que vous reviendrez sur votre décision avant qu’on ironise sur votre (sous) développement culturel et vous prie de croire, très provisoirement, en ma confiance.

Janine Kotwica
( La Porte Moneau, le 9 mai 2010)

Je laisse juges les lecteurs du caractère scandaleux des images…

Mais on se tromperait et on ferait preuve d’une parisianisme aussi arrogant que ridicule en laissant croire que la Picardie a le monopole de la censure! La préfecture de Paris s’est illustrée, ce week-end, en empêchant la tenue de la performance de Princesses Peluches alias Caroline Amoros.

Nous avions dit ici tout le bien que nous pensions de son alerte orange, performance décapante où l’on oblige les flux incessants de la situation à s’arrêter, à déplacer le regard, et où l’on grille des Barbies sur barbecue. Mais Princesses Peluches, déjà objet du courroux du très droitier mairie de Cuers, a troublé la délire obsessionnel sur l’ordre et la sécurité à Paris. La Préfecture l’a sommée (sans mauvais jeu de mots) de renoncer aux trois-quarts d’une performance pourtant montrée à Aurillac et annoncée de longue date à Paris par la coopérative 2R2C.

Les talibans de l’ordre public se drapent, bien sûr, dans des impératifs de sécurité: la Bourse où se jouait le spectacl accueillait le marché, une autre manifestation– syndicale– était prévue, la  circulation était intense en ce jour de grand week-end?… Mais cela pose tout de même la question du quadrillage étouffant de l’espace public à Paris. Y a-t-il encore un peu de place pour l’impromptu (annoncé en l’occurrence), l’effraction, le détournement, peut-on y faire oublier une heure le règne de l’ordre marchand et sécuritaire?  ou la ville est-elle condamnée au caractère de musée et mortifère que ses habitants sont de plus nombreux à déplorer?

Photo J-M Coubart

À voir ici: quelques autres traces de cette Orange au goût amer (Photographie de JM Coubart)

Valérie de Saint-Do

Dernière minute: le communiqué de l’Observatoire de la Liberté d’expression de la LDH:

«Le conseil général de la Somme se couvre de ridicule en censurant une exposition de dessins

L’exposition « Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands », qui devait se tenir à la bibliothèque départementale de la Somme, à Amiens, du 19 mai au 19 juillet, a été annulée, à onze jours de son inauguration, par le président du conseil général de la Somme, alors qu’elle était programmée depuis plus d’un an.

Le directeur de la bibliothèque a passé commande de cette exposition à Janine Kotwica, enseignante et spécialiste du livre pour jeunes. Vingt-six dessinateurs de renom y participaient, pour une soixantaine d’œuvres de grande qualité dues à Lionel Koechlin, Bruno Heitz, Nicole Claveloux, Tomi Ungerer… Le résultat, validé par le directeur, était une exposition d’un érotisme chaste et malicieux. Qui aurait pu s’offusquer de découvrir qu’André François, qui amuse les enfants depuis un demi-siècle avec ses Larmes de crocodile, avait aussi réalisé des gravures de sirènes aux seins nus, ou que Louis Joos, qu’inspirent ordinairement les musiciens de jazz, peignait parallèlement des corps féminins ? L’affichiste de cinéma Léo Kouper (Jacques Tati, Charlie Chaplin) en avait réalisé l’affiche, qui devait également former la couverture du catalogue. On y voyait un simple pinceau vertical, sur fond rose, pouvant donner l’illusion, de très loin, d’un pubis.

Comment cette idée de censure est-elle venue à Christian Manable, président socialiste du conseil général de la Somme ? Aucune explication officielle n’a été donnée à cette annulation. Le rôle des politiques n’est pas de réprimer les œuvres mais de favoriser leur diffusion. Il appartient au public de juger l’exposition, et les élus doivent laisser le public accéder librement aux œuvres. Le rôle des politiques est aussi de tenir les engagements pris.

L’Observatoire de la liberté de création demande au conseil général de la Somme de revenir sans délais sur sa décision ridicule, et exige que cette exposition puisse ouvrir comme prévu et que son catalogue soit imprimé.

Les artistes, la sensualité et l’humour font notre monde meilleur, bien plus que les censeurs.»

Entretien avec Jean Bojko (metteur hors scène)

Jeudi 20 mai 2010
0saves

Le TéATr’éPROUVèTe installé dans la Nièvre et le Morvan vient de clore une action théâtrale menée sur trois ans et qui a vu naître une Université des Bistrots et une bière tout en questionnant les rapports plaisir et connaissance et les fondamentaux du théâtre.


Jean Bojko en travaux pratiques

Comment tout cela est-il né ?
L’Université des Bistrots s’inscrit dans ce projet intitulé « Alors ? On s’en brasse ? » que nous avons lancé il y a trois ans en nous inspirant de l’histoire de l’abbaye du Jouïr à  Corbigny dans la Nièvre et notamment de la polémique autour des reliques de Saint Léonard que les Corbigeois ont prétendu posséder. Il s’agissait d’une affabulation collective comme il en a existé en d’autres lieux pour attirer les pèlerins et faire prospérer l’abbaye. On avait déjà au Moyen âge le souci du développement du territoire et le sens de la communication.
Vous partez d’un mensonge ?
C’est cela qui nous a donné l’idée de travailler sur la relation entre le vrai et le faux , l’imaginaire et le réel, le virtuel et le tangible. Il y a eu d’abord  ce travail avec deux communes du Morvan ,  Brassy et Gien sur Cure que nous avons associées avec deux écrivains ( Ricardo Montserrat et Jean Cagnard) pour titiller l’imaginaire local et qui  a donné deux livres étonnants, écrits par les habitants . Ensuite, nous avons inventé cette bière virtuelle  que nous avons baptisée « La bière de l’Abbaye du Jouïr » et qui nous a servi à mettre en place cette université joyeuse et impertinente où plaisir et connaissance sont assis à la même table, où nous invitions les gens à s’enivrer (de savoirs !) sans modération. Nous avons ainsi organisé 52 rencontres conférences débats dans 20 cafés de la Nièvre pleins comme des œufs à chaque fois.
Et vous  arrêtez malgré le succès de la formule ?
Le 20 mars dernier nous avons en effet procédé à la joyeuse mise en bière de l’Université des Bistrots qui disparaît donc sous cette forme et qui laisse comme trace une « bière de l’Abbaye du Jouïr » bien réelle cette fois-ci, concoctée par Didier Dumas, artiste et maître  brasseur à Sancerre. Une manière de passer du poétique à l’économique, du virtuel au réel, du mensonge à la vertu, de l’art à la vie de tous les jours.  En faisant exister cette bière (à consommer avec modération cette fois), nous répondons à la question initiale : « Alors ? On s’en brasse ? » et la boucle est bouclée. En fait, il a fallu tout cela pour faire apparaître une bière dans cette abbaye de Corbigny. Vous réalisez le potentiel du théâtre capable de produire autre chose que des spectacles ! C’est-à-dire des histoires qui s’inscrivent dans un espace conventionnel, dans un temps conventionnel, suivant des règles du jeu conventionnelles. Car cette bière n’est pas seulement une bière, elle raconte à chaque fois qu’on la déguste une histoire mise en scène dans l’espace social. C’est une autre façon de faire du théâtre. Nous, nous appelons cela du théâtre sans H , c’est-à-dire un théâtre qui redescendrait de sa hauteur , qui sortirait de sa cage, pour investir la vie quotidienne et rendre de ce fait la vie de tous les jours un peu moins emmerdante. C’est un travail sur les rapports art et société qui prend une forme un peu plus radicale.

Le TéATr’éPROUVèTe installé dans la Nièvre et le Morvan vient de clore une action théâtrale menée sur trois ans et qui a vu naître une Université des Bistrots et une bière tout en questionnant les rapports plaisir et connaissance et les fondamentaux du théâtre.

Comment tout cela est-il né ?
L’Université des Bistrots s’inscrit dans ce projet intitulé « Alors ? On s’en brasse ? » que nous avons lancé il y a trois ans en nous inspirant de l’histoire de l’abbaye du Jouïr à  Corbigny dans la Nièvre et notamment de la polémique autour des reliques de Saint Léonard que les Corbigeois ont prétendu posséder. Il s’agissait d’une affabulation collective comme il en a existé en d’autres lieux pour attirer les pèlerins et faire prospérer l’abbaye. On avait déjà au Moyen âge le souci du développement du territoire et le sens de la communication.
Vous partez d’un mensonge ?
C’est cela qui nous a donné l’idée de travailler sur la relation entre le vrai et le faux , l’imaginaire et le réel, le virtuel et le tangible. Il y a eu d’abord  ce travail avec deux communes du Morvan ,  Brassy et Gien sur Cure que nous avons associées avec deux écrivains ( Ricardo Montserrat et Jean Cagnard) pour titiller l’imaginaire local et qui  a donné deux livres étonnants, écrits par les habitants . Ensuite, nous avons inventé cette bière virtuelle  que nous avons baptisée « La bière de l’Abbaye du Jouïr » et qui nous a servi à mettre en place cette université joyeuse et impertinente où plaisir et connaissance sont assis à la même table, où nous invitions les gens à s’enivrer (de savoirs !) sans modération. Nous avons ainsi organisé 52 rencontres conférences débats dans 20 cafés de la Nièvre pleins comme des œufs à chaque fois.
Et vous  arrêtez malgré le succès de la formule ?
Le 20 mars dernier nous avons en effet procédé à la joyeuse mise en bière de l’Université des Bistrots qui disparaît donc sous cette forme et qui laisse comme trace une « bière de l’Abbaye du Jouïr » bien réelle cette fois-ci, concoctée par Didier Dumas, artiste et maître  brasseur à Sancerre. Une manière de passer du poétique à l’économique, du virtuel au réel, du mensonge à la vertu, de l’art à la vie de tous les jours.  En faisant exister cette bière (à consommer avec modération cette fois), nous répondons à la question initiale : « Alors ? On s’en brasse ? » et la boucle est bouclée. En fait, il a fallu tout cela pour faire apparaître une bière dans cette abbaye de Corbigny. Vous réalisez le potentiel du théâtre capable de produire autre chose que des spectacles ! C’est-à-dire des histoires qui s’inscrivent dans un espace conventionnel, dans un temps conventionnel, suivant des règles du jeu conventionnelles. Car cette bière n’est pas seulement une bière, elle raconte à chaque fois qu’on la déguste une histoire mise en scène dans l’espace social. C’est une autre façon de faire du théâtre. Nous, nous appelons cela du théâtre sans H , c’est-à-dire un théâtre qui redescendrait de sa hauteur , qui sortirait de sa cage, pour investir la vie quotidienne et rendre de ce fait la vie de tous les jours un peu moins emmerdante. C’est un travail sur les rapports art et société qui prend une forme un peu plus radicale.

C’est une plaisanterie à l’échelle d’un territoire ?
C’est très sérieux dans le fond. Cette action, comme toutes celles que nous menons, relève d’une mise en scène dans l’espace social , prévue pour trois ans. C’est une manière, pour nous, de raconter une histoire, de faire décoller des points d’interrogation, de révéler le potentiel local , d’expérimenter d’autres formes de relation entre le culturel et le social, de rassembler les gens en leur proposant autre chose que le statut de spectateur.  S’arrêter alors que cela marche, c’est aussi une façon de se remettre en question, de rester dans le mouvement, de ne pas reproduire une nième version d’un évènement. Etre créatif cela suppose rompre avec l’habitude qui ne mène , quoiqu’on fasse qu’à la passion triste comme dirait Spinoza, c’est-à-dire à l’impuissance. Mais si dans plaisanterie, il y a plaisir, si cela sous entend un  art de produire du plaisir , de faire ce qu’il nous plait, oui alors c’est une plaisanterie. D’aucuns considèreront que notre réflexion sur le théâtre n’est pas très sérieuse. Pour nous, produire des objets artistiques calibrés destinés à un marché, c’est cela qui n’est  pas sérieux pour le théâtre dont la fonction sociale et politique est ainsi détournée. Nous essayons d’explorer d’autres voies en gardant à l’esprit cette remarque de Youtkevitch : « Le défaut du blasé, c’est le manque d’imagination. Il borne l’univers, temps et espace aux limites de son propre savoir et pour lui la fin du monde commence à la frontière de son cerveau. Il ignore que le trésor des possibles est inépuisable».
TéATr’éPROUVèTe
L’Abbaye du Jouïr
58800-CORBIGNY
0386200517
www.theatreprouvette.fr

C’est une plaisanterie à l’échelle d’un territoire ?
C’est très sérieux dans le fond. Cette action, comme toutes celles que nous menons, relève d’une mise en scène dans l’espace social , prévue pour trois ans. C’est une manière, pour nous, de raconter une histoire, de faire décoller des points d’interrogation, de révéler le potentiel local , d’expérimenter d’autres formes de relation entre le culturel et le social, de rassembler les gens en leur proposant autre chose que le statut de spectateur.  S’arrêter alors que cela marche, c’est aussi une façon de se remettre en question, de rester dans le mouvement, de ne pas reproduire une nième version d’un évènement. Etre créatif cela suppose rompre avec l’habitude qui ne mène , quoiqu’on fasse qu’à la passion triste comme dirait Spinoza, c’est-à-dire à l’impuissance. Mais si dans plaisanterie, il y a plaisir, si cela sous entend un  art de produire du plaisir , de faire ce qu’il nous plait, oui alors c’est une plaisanterie. D’aucuns considèreront que notre réflexion sur le théâtre n’est pas très sérieuse. Pour nous, produire des objets artistiques calibrés destinés à un marché, c’est cela qui n’est  pas sérieux pour le théâtre dont la fonction sociale et politique est ainsi détournée. Nous essayons d’explorer d’autres voies en gardant à l’esprit cette remarque de Youtkevitch : « Le défaut du blasé, c’est le manque d’imagination. Il borne l’univers, temps et espace aux limites de son propre savoir et pour lui la fin du monde commence à la frontière de son cerveau. Il ignore que le trésor des possibles est inépuisable».
TéATr’éPROUVèTe
L’Abbaye du Jouïr
58800-CORBIGNY
0386200517
www.theatreprouvette.fr

L’arbre abattu…

Dimanche 18 avril 2010
0saves

Sotigui Kouyaté avec Brenda Blethyn dans LOndon river

Je me souviens de Sotigui Kouyaté dans L’Homme qui, de Peter Brook, (inspiré de L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau du neurologue Olivier Sachs) l’un des spectacles les plus forts qu’il m’ait été donné de voir au théâtre.

Je me souviens d’un entretien avec Sotigui Kouyaté suite à ce spectacle, de son humour tendre en évoquant le plaisir de « Jouer avec Mr Brook », de son étincelle de malice quand il disait,  en retraçant son parcours de griot, musicien, (et footballeur! ) au Mali et au Burkina: « Là  bas, tous les oiseaux me connaissent »…

Je me souviens de sa silhouette de Giacometti vivant dans la scène des fossoyeurs de La tragédie de Hamlet montée par Peter Brook, à laquelle il restituait toute sa bouffonnerie douce-amère.

Je me souviens du dernier film dans lequel il a joué , passé injustement un peu inaperçu de la critique: London river, de Rachid Bouchareb, qui mettait en scène la rencontre improbable à Londres, de Sotigui en forestier dans le Sud de la France et d’ une fermière de Jersey (l’excellente Brenda Blethyn) tous deux en quête de leurs enfants disparus dans un attentat, sur fond de méfiance et de racisme diffus…  « C’est un arbre », murmurait ma voisine en le regardant arpenter son verger, extraordinaire de présence noueuse et d’expressivité. L’arbre est tombé mais nous laisse de beaux fruits. Amitiés  et sympathie à ses proches.

Courez voir cette expo aujourd’hui!

Mercredi 7 avril 2010
0saves

Aujourd’hui, c’est la Journée internationale des Rroms, dignement fêtée ces dernières années, notamment à  la Parole errante à Montreuil.

Mais en région parisienne en tout cas, il n’y aura pas de fête.

L’humeur n’est pas à la fête, face au déni, à la stigmatisation et aux expulsions systématiques auxquelles sont confrontées les Rroms en France, comme l’explique La Voix des Rroms sur son blog.

En revanche, les Rroms font entendre leur voix. Dans le sillage du beau film Liberté, de Tony Gatlif, de multiples manifestations autour de la mémoire du samudaripen (génocide tsigane) vont être organisées en France au cours de l’année 2010.

C’est dans ce cadre que la mairie du IVème arrondissement de Paris accueille en ce moment une double exposition, du peintre Gabi Jimenez et de l’auteur/dessinateur Kkrist Mirror, organisée par l’association FNASAT/gens du voyage.

La peinture de Gabi Jimenez, foisonnante qui n’est pas sans évoquer Keith Haring ou Basquiat, est peuplée de silhouettes graciles, d’ombres que l’on sait condamnées. Mais les barbelés qui enserrent ses guitares et ses personnages pourraient tout aussi bien être ceux des camps de rétention.  Il nous rappelle, en discours et en images, que la menace n’est pas morte. Que la réalité vécue par les RRoms reste celle du rejet, de l’expulsion, de l’enfermement, fut-ce dans des « villages d’insertion » dont les pseudo bonnes intentions masquent mal le caractère liberticide.

Les Gitans et les tsiganes sont présents dans plusieurs albums de Kkrist Mirror . Paru en 2008 aux Éditions Emmanuel Proust, Les Tsiganes raconte avec beaucoup de précision historique l’histoire du camp de concentration de Montreuil Bellay, servie par un dessin fouillé et sensible.

Courez-y, le finissage est ce soir!

Et n’oubliez pas: à partir du 15 avril, le n° de 81 de Cassandre, consacré aux Rroms, est en librairies…

Mairie du 4e, 2 place Baudoyer 75004 Paris. (métro Pont Marie ou Sully Morland)