Avec les chauds/froids des salles climatisées, un coup de mistral impromptu peut-être, et la fatigue des jours et des nuits qui s’enchainent (jusqu’à en devenir « esclave »?), une sérieuse baisse de tension a failli me laisser sur le carreau pour quelques jours, et le blog avec…
Atteint de fièvre quasi-délirante, dans la cité des papes j’attends un miracle, même misérable, et me prends à rêver que Michaux viens me chercher. Il m’emmène à la rencontre du pachyderme de Barceló, posé sur la place du Palais telle une toupie immobile. Un sentiment de compassion m’emplit pour cette bête condamnée à « exister à l’envers » : prouesse risible qui dans un équilibre vertigineux défie les lois de la gravité.
La « toupie » : c’est aussi le surnom que nous avons donné à la belle Hortense, co-directrice du festival, tant elle est obligée de se tourner et se retourner dans tous le sens pour satisfaire aux multiples attentions dont elle fait l’objet lors des réceptions au Verger. Sa sollicitude envers chacun la verra-t-elle récompensée par une reconduction de son poste l’année prochaine ?

Alité, la tête lourde, un carrousel fantasmagorique se met en marche sous mes yeux hallucinés… y défilent quelques têtes aperçues aux coins des rues ces derniers jours…
En premier lieu bien sûr, au milieu de son « Magic Mirror », le généreux Christophe Galent. Il défend avec un talent certain et un volontarisme nécessaire son projet exigeant : les « Rencontres du off » au sein de « Avignon Festival et Compagnies » (AF&C). Il m’a dégoté un lieu au calme, où je peux enfin me ressourcer et travailler confortablement… Grâce à lui, ce blog peut continuer !
Celui qui vient après, comme dans un jeu de miroirs déformants, c’est Jean-Michel Ribes. La rumeur sur sa suite à la direction du Festival n’est pour l’instant ni infirmée ni confirmée… Si vous êtes sans réponse, ne vous inquiétez pas, c’est juste que pour l’instant son téléphone est cassé : Virginie, son assistante, me montre l’écran figé de l’Iphone, je me sens moins seul…
Dans ce drôle de bestiaire, revoici Laure Adler. Elle sort du Big Bang de Philippe Quesne. La « non-proposition » de l’artiste en a laissé plus d’un pantois. Elle reste sur sa réserve et elle a ses raisons : l’esprit critique n’est plus de mise quand on risque soi-même d’y être confronté. Si toutefois elle est finalement nommée à la tête du Festival, comme cela commence à se murmurer, en duo avec Olivier Py, on est prêt à parier que même le collectif H/F n’en vienne rapidement à déchanter.
Le défilé de tête continue, voici Martine Aubry, place des Corps Saints, elle cherche sans doute une place pour Keersmaeker. Rentrera-t-elle ? Au moment où son mari commence à apparaître dans les médias, c’est ici en compagnie de sa fille qu’elle s’affiche. Une famille unie et soudée comme le parti socialiste ?
Et hop, en voici une autre de tête, bien raide cette fois-ci, et toujours not dead, c’est le musicien Christian Olivier, poète pugiliste qui n’adoucit pas les mœurs. Il m’explique que ça roule pour son label installé à Paris, rue Boyer dans le 20e, mais que du coup, il a rouvert un petit lieu avec les Chats pelés, une espèce de libraire-galerie, dans le quartier historique d’Aligre, rue Faidherbe, « pour les copains ». Une bonne piste « horschamp » pour notre numéro de rentrée, où nous avons justement décidé d’explorer les chemins de traverses, avec ceux qui ont quitté les « autoroutes » pour inventer d’autres modes de création, de production et de diffusion alternatifs.
D’autres ont pris le chemin inverse : je croise Florence Marguerie à l’Ecole d’art, une ex des Tamérantong, qui s’occupe maintenant de Rodophe Burger. C’est elle qui a monté le bal du 14 juillet : heureusement qu’Higelin est venu lui sauver la mise ! N’empêche cette énergie rock, notamment lors des lectures de la 25e heures, donnent un coup de vent frais au festival. Belle réussite, et bravo à Gaspard Lanuit, Jeanne Added et tous ceux qui ont joué le jeu !
Voilà Jérôme Rouger, qu’on croise toujours par hasard dans quelque troquet interlope. Il parade avec son petit numéro sentimentaliste du moment où il raconte son enfance rurale. Je m’étais juré de ne pas en parler, pour ne pas en dire du mal, parce que justement, son spectacle est tout sauf mal, mais ce type bigrement doué peut à mon avis faire cent fois mieux; moins complaisant je veux dire. Et c’est d’ailleurs ce qu’il m’annonce : son prochain spectacle parlera de politique… en rapport avec l’intime. Connaissant la facétie du bonhomme, le cocktail risque d’être détonant. Impatience !
Frédéric Hocquard, qui tente de ne pas se départir d’un air sérieux depuis qu’il est à la tête d’Arcadi, me dit qu’il a bien reçu mon courrier le mettant en garde à propos de Noiriel. Il m’avait confié vouloir l’inviter à débattre à la rentrée, je lui avait donné des arguments en contre, à l’appui de la critique d’Olivier Neveux parue dans la RILI. Le débat aura-t-il lieu? Rdv au prochain épisode…
Sylvia Botella ne travaille plus avec Alexandra Badea. Bon, Fuck you Eu.ro.pa joue néanmoins à l’Utopia République, tant mieux ! Elle accompagne toujours Lucille Calmel, l’artiste multi-media, mais en plus, elle a pris cette année la rédaction en chef de Scènes, la très belle revue de la Maison de la Bellone à Bruxelles, dont l’édition hivernale se fera avec Jean-Michel Bruyère en commissaire invité. Bravo !
Toujours aussi lumineux, Boris (Charmatz) se demande comment donner une dimension internationale à son travail de « Musée de la danse », pour l’instant peu reconnu en France somme toute, tout en habitant véritablement le centre chorégraphique dont il a la charge à Rennes. La simplicité, la franchise de cet homme font plaisir à voir; et son questionnement est très pertinent.
Il suffit de voir Charlotte Lipinska, la jeune journaliste qui monte qui monte… à force d’être partout, elle ne sait plus où elle est. Je la croise près du camion-régie d’Arte où mon amie Tina m’a invité; elle est en direct : « Merci d’avoir passé cette journée en notre compagnie, et bonne soirée sur France 4 euh… sur Arte ! »… Bon soyons juste, devant la caméra elle n’a pas perdu tous ses moyens, elle n’a pas cité France Inter !
D’autres sont aussi sur tous les fronts mais ont moins de mal à se situer. D’ de Kabal qui a triomphé l’année passée à la Chapelle du Verbe incarné avec son magnifique opus « Ecorce de peine » accompagne cette année des jeunes des CEMEA, en toute simplicité. Il sort aussi un livre dont nous publierons quelques extrait bientôt sur le blog. Ça c’est de l’éduc pop’ de luxe !, comme dirait Brigitte Mounier, la fondatrice du Manifeste (voir post précédent)
Pascal Le Brun Cordier qui était toujours ici, là et ailleurs à la fois avec ses rencontres « Art espace public« , part lui s’implanter à Montpellier. Il y lance une nouvelle saison, une « Zone Artistique Temporaire », à horizon 2010-2020. Il a raison, il faut voir grand ! Pour démarrer, il cherche un « truc » autour d’Antigone, un matériau fait de récits de l’approche que chacun a pu avoir de ce texte universel. Si vous le rencontrez vous pourrez lui raconter votre histoire. Ah mais… toujours aussi véloce, il est déjà reparti, direction Châlon…bref, vous pouvez toujours le joindre par mail…
Implantés, d’autres le sont depuis longtemps, et chez Benedetto aux Carmes, même en son absence on croise toujours autant de grandes et belles figures, de Gérard Paris-Clavel à Bernard Lubat sans oublier Philippe Caubère of course. Avec de telles amitiés, ces soirées-là sont toujours d’une belle intensité, à condition de ne pas se laisser envahir par le culte mémoriel, con !
Autre tribu, c’est cette année autour de Faustin Lynekula – on parle de sa version de Bérénice dans la revue -, que nombre d’artistes tournés vers l’Afrique se retrouvent : Dieudonné Niangouna, Eva Doumbia etc. Jacques Peigné, qui laisse Cultures France pour partir au Chili (avec Darcos, c’est moins drôle?), célèbre son départ avec eux. Tant que ceux-là seront au festival, on a encore des chances de passer de bons moments. N’empêche on est aussi tenté d’aller les voir ailleurs, en Afrique peut-être, parce qu’ici en France, ils passent leur temps à se traiter mutuellement de « bounty » (« noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur »)…
Vient enfin la cohorte des journalistes. J’ai beau éviter les générales, les premières et les conf. de presse, on passe son temps à se croiser. Je n’en citerais que trois, parce que tel est mon bon plaisir :
Vincent Cambier. L’infatigable des 3 coups, qui comme moi se demande dans quel ordre lire « l’annuaire » (le catalogue du festival du Off), c’est un outil assommant. Je crois que Devos avait la réponse : Sans dessus-dessous !
Méreuze. Cuilà faut le croiser à la bonne heure : avant c’est pas la peine et après c’est déjà trop tard… C’est quand même le seul journaliste que je connaisse qui écrit dans un canard catho (La Croix en l’occurrence), et qui a L’Internationale comme sonnerie de portable !
Et puis Thibaudat enfin. Toujours fringuant même s’il a quitté Libé depuis un bail déjà. Je m’étonne cependant : je lis son blog : pas un papier pour l’instant… Silence depuis le décès de Terzieff…
On comprend ce deuil, et on le respecte. Peut être aussi, plus prosaïquement, que Rue89 est non-accrédité ?
Ouf, la fièvre s’estompe difficilement, je vais bientôt pouvoir ressortir… Mais après ce manège, j’avoue que j’ai encore un peu le vertige. D’autant que demain, c’est la bande à Siné qui débarque au cinéma Utopia pour « semer sa zone »… tous aux abris !
Demain je raconterai pourquoi je n’ai pas publié ici de « critique » de spectacle à proprement parler…
A suivre…