La religion est une opinion moins que les autres

0saves

Puisqu’on nous oblige à en parler, parlons-en. L’emprise de plusieurs religions sur le débat public augmente subrepticement au fil des années. Le bénitier est plein à ras bord. L’article de Cavanna dans « Le Monde » fait débat. Tant mieux. Débattons. Mais de quoi ?
La différence entre les croyants et les athées réside dans le simple fait que les athées ne cherchent pas à imposer leur athéisme aux autres. Ils ne sont pas organisés pour ça, et, pour tout dire, ils s’en foutent. Pourtant, il semble bien que le moment soit venu de défendre le droit d’être athée.
Reprenons au début.
L’univers comprendrait cent milliards de galaxies, chacune d’entre elles avec ses cent mil-liards d’étoiles (à quelques-unes près, ne chipotons pas…). La Terre, dans tout cela, est une chiure de mouche à l’extrémité d’une galaxie mineure, et, à sa surface, s’agitent de rares et improbables moisissures, dont nous autres humains formons une infime minorité, cet ensemble se trouvant à la merci du premier frisson cosmique venu.
Tout cela aurait été créé par un Dieu tout puissant dans l’unique dessein de faire émerger à la vie certaines des dites moisissures, (nous-mêmes, mes frères humains, vous l’aurez compris). Cet univers incommensurable serait à notre service exclusif, et aurait été créé pour nous assurer la vie éternelle après une vie terrestre de merde, si nous supportons le cœur léger la dite vie de merde et si nous adorons le dit Dieu tout puissant.
Soit.
J’ai toutefois quelque difficulté à croire que le créateur de cet univers surveillerait d’un regard sourcilleux ce qu’il y a dans mon assiette, s’intéresserait à ce que les femmes aient les cheveux couverts d’un foulard, ou bien prenne le temps de damner pour l’éternité ceux qui baisent dans une position ou avec un partenaire non autorisés. Cela me paraît bien présomptueux…
En définitive, qu’une telle (in)créature éprouve le curieux besoin d’être « adorée » par d’insignifiantes formes de vie qui rampent fébrilement sur un gravillon périphérique est un peu délicat à concevoir.
Le problème est que tout cela n’est guère discutable, puisque appuyé sur des textes « sacrés », des « révélations divines» qui, par leur nature même, ne sont pas ouvertes à la discussion, puisque c’est Dieu qui a parlé.
Autre problème : les dits textes « sacrés » sont légion. Ils ont beaucoup varié au fil des siècles, ils s’opposent entre eux, chacun promettant les foudres de l’enfer dans l’autre monde et, contradictoirement, la lapidation dans celui-ci, à ceux qui n’y croiraient pas ou qui croiraient autrement. Contradictoirement, puisque, si Dieu se charge de la punition, ça doit être autre chose que la pauvre punition humaine et contingente….
On est toujours l’hérétique, l’incroyant, bref, le damné de quelqu’un.
Que peut bien signifier, dans ces conditions, la demande de « respect » violemment énoncée par des organisations religieuses qui promettent, au mieux les flammes de l’enfer, au pire un lynchage crapuleux, à ceux qui n’y croient pas ? Où est leur « respect » ?
La question est donc posée de savoir si le fait qu’en république, chacun ait le droit de croire à ce qu’il veut et de rendre un culte aux diverses divinités de son choix et à leurs avatars, cela implique que la religion doit être, en tant que telle, un élément de la vie publique, du débat politique ? Par voie de conséquence, on est fondé à se demander si la vie publique doit s’organiser autour des prescriptions des différentes religions ?
Le débat politique s’articule d’abord autour de faits concrets, mesurable en termes de principes et d’objectifs énonçables concrètement.
En résumé, le but de l’organisation sociale humaine serait d’assurer à chacun la meilleure vie possible, et donc d’assurer une répartition la moins inéquitable possible des richesses produi-tes, l’accès de chacun à un certain nombre de bienfaits collectivement produits, dans la sécurité qu’elle est capable d’assumer.
Ces débats se déroulent autour de faits concrets, et doivent déterminer l’organisation sociale. Ils en sont la raison d’être.
Introduire dans ce débat public des notions totalement subjectives, fantasmées, aussi vagues que des « commandements divins », des révélations, des visions, des récits mythologiques, des fabulations délirantes, bref, toutes sortes d’élucubrations mystiques, est bien ici totalement hors de propos.
Une religion est une croyance pour laquelle notre vie réelle n’est qu’un long examen de passage vers une vie future, qui récompensera ou punira éternellement notre comportement actuel. Si chacun, encore une fois, est absolument libre de croire cela pour ce qui le concerne, on voit bien que cette problématique est totalement étrangère au débat politique qui ne concerne et ne peut concerner que le seul monde réel où nous vivons aujourd’hui.
Une croyance religieuse n’est pas une opinion, puisqu’elle n’est pas sujette à débat, qu’elle est une abdication partielle mais volontaire de la raison, une soumission plus ou moins assumée aux prescriptions d’un clergé, et surtout un classement implacable du genre humain entre croyants et incroyants, ou pire, croyant mal.
Dans l’histoire, à chaque fois qu’une religion a pu s’allier au pouvoir politique, ou qu’un pou-voir politique a eu besoin d’une religion pour établir son autorité, cette alliance a permis à la fois un régime autoritaire et une croyance obligatoire. Mais peut-on s’obliger à croire ?
Bien sûr et heureusement, il existe aujourd’hui un grand nombre de croyants modérés, probablement une large majorité d’entre eux, au moins en France, qui considèrent que cela ne regarde qu’eux, qui sont de sincères démocrates, qui ne cherchent pas à imposer leurs convictions ou leurs pratiques à l’espace public, et à qui il serait profondément injuste de faire porter l’histoire sanglante des hiérarchies religieuses du passé ou du présent. On aimerait juste les entendre un peu plus en ce moment…
En république, tout est discutable à tout instant. Contrairement à ce que pensent des op-presseurs intéressés, il n’y a pas de « sacré » en république. C’est juste un outil pour faire taire les opposants. Les opinions politiques que j’ai adoptées après réflexion et débat tout au long de ma vie sont quotidiennement moquées et insultées dans la presse, mais aussi parfois débattues, avec des arguments posés, auxquels je peux éventuellement répondre. Tout cela est bien la moin-dre des choses et il n’y a pas de quoi s’offusquer.
Sous quel prétexte de « sacré », les croyances, qui par surcroît ne sont fondées sur rien de concret et ne concernent pas le monde réel, devraient-elles être exemptes de critiques ou de moqueries ?
Le « sacré » peut et doit être interrogé, à proportion du degré auquel il veut s’introduire dans le débat public.
Qu’on se souvienne, lors de l’incendie du cinéma Saint-Michel qui projetait « la dernière tentation du Christ », par des skinheads en jupon , intégristes catholiques, que la compassion de Mgr Lustiger pour les victimes s’exprimait en ces termes délicats : « Quand on touche au sacré, on déchaîne le diable (sic !) », autrement dit en bon français, « bien fait pour leurs gueules ! ».
Il ne suffit pas qu’un individu déclare telle ou telle « croyance » sacrée, pour que nul ne puisse plus porter sur celle-ci un regard ou une plume critique, sinon, cela signifie la mort pro-grammée de tout débat public, la fin de la société humaine.
Le retour du délit de blasphème établi par les tribunaux français, la polémique imbécile lancée par des croyants autour de quelques dessins de presse, le dérapage consternant d’institutions qui assimilent ainsi bêtement race et religion, sont des signes extraordinairement inquiétants de régression intellectuelle et d’abêtissement social et politique.
Les manifestations contre des pièces de théâtre par des zozos intégristes qui ne les ont pas vues montre bien à quel point ils ne parlent pas du monde réel, pourtant le seul qui vaille. Ils font de leurs fantasmes une compétence, aurait peut-être dit Barthes (Barthèsse pour les mal-comprenants qui nous gouvernent).
Imaginons qu’une « révélation » m’impose une religion qui prescrive de fumer des petits cigares toscans bien puants au cinéma, par exemple. Cela me donnerait-il le droit de demander aux pouvoirs publics de financer des salles adéquates pour pratiquer ma croyance ?
Il existe une religion, les « Témoins de Jéhovah », qui interdit les transfusions sanguines. Les médecins confrontés à une urgence vitale, à ma connaissance, transfusent d’abord et discu-tent ensuite. Va-t-on le leur reprocher ?
Un certain Vladimir Illich disait il y a 90 ans : « Qui veut le pope paye le pope », ça semble normal, la religion n’est pas un service public.
Le dernier avatar de l’invasion religieuse dans l’espace public est le « laïcisme ». Ceux qui pensent que les religions n’ont rien à faire dans l’espace ou le débat public, ni ne doivent recevoir l’argent public, sont des « laïcards ». Ainsi tamponnés d’un vocable au sens vague, mais forcément infamant, les républicains seraient réduits au silence.
Pour ces envahisseurs  et pour leurs amis qui nous dirigent, le prêtre vaut mieux que l’instituteur, nos « racines chrétiennes » valent mieux que la culture, le savoir et l’ouverture au monde, et, on le voit, les croyances les plus rigolotes, mieux que les délibérations démocratiques.
Ce serait, ce sont, quelques-uns des nombreux exemples de l’émergence du nouveau moyen-âge que nous vivons aujourd’hui, où le « Marché » est devenu le dernier Dieu inventé, les banquiers ses apôtres, et la Commission Européenne son synode. Et, là encore, nous sommes instamment enjoints de croire, de ne pas rire quand on nous dit qu’on va réguler le marché (mais peut-on réguler Dieu ?), de confesser nos fautes et de consommer à crédit.
Ainsi, mes frères humains, je vous le dis, en matière de religion, comme de finance, d’Europe, et de politique en général, je suis et me revendique laïc, laïciste, laïcard … et pas prêt à croire tout ce que des vautours, ou des corbeaux, intéressés, voudraient me faire avaler.

Michel Thion

P.S. Pour ceux qui trouveraient que j’exagère en parlant de nouveau moyen-âge, qu’ils lisent « vivre et penser comme des porcs » de Gilles Châtelet ou bien « punir les pauvres » de Loïc Wacquant, pour ne citer que ces deux ouvrages essentiels. Pour ce qui est du voile, je ne peux que conseiller « Bas les voiles » de Chahdortt Djavann, chronique d’une porteuse forcée du voile. Ça fait réfléchir. Enfin, pour finir sur une note optimiste, pour ce qui est du « vivre ensemble », voyez sans attendre le superbe film de Nadine Labaki : « Et maintenant, on va où ? ». Il y a de l’espoir là-dedans, même pour les croyants…
Deux liens pour poursuivre : http://www.youtube.com/watch?v=MeSSwKffj9o et http://brouillonsdeculture.wordpress.com/2011/08/07/a-tous-les-homophobes-citant-la-bible/


14 commentaires pour “La religion est une opinion moins que les autres”

  1. Valérie de Saint-Do écrit ce commentaire

    Je te reprendrai amicalement sur le Moyen âge, pas pour atténuer ton constat sur notre époque, mais parce que le Moyen-âge (XIIe et XIIIe siècle en tout cas) est une période bien plus riche et éclairée que l’image qu’on s’en fait habituellement et probablement plus vivable que le XIXème siècle de la Restauration et le Second empire, pour les femmes notamment. (Après ça se gâte au XIVè et XVè, guerre de 100 ans, famines, peste, Inquisition).

  2. François M écrit ce commentaire

    Globalement d’accord mais j’ose espérer qu’il y a d’autres différences entre athées et croyant parce que l’affirmation « La différence entre les croyants et les athées réside dans le simple fait que les athées ne cherchent pas à imposer leur athéisme aux autres » est fausse.
    Il existe aussi des athées cherchant à imposer leur athéisme comme il existe des croyants ne cherchant pas à imposer quoi que ce soit.

  3. Michel Thion écrit ce commentaire

    @François M. Oui, c’est sans doute un peu rapide. Mais enfin, les athées prosélytes au quotidien sont bien rares.
    Mais vous avez raison sur le fond, je rectifie.

  4. M. Thion écrit ce commentaire

    En effet, j’aurais dû écrire : « une des différences essentielles entre athées et croyants…. »
    Mais pour autant, je ne vois guère de groupes d’athées, organisés, fonctionnant en lobby ou en secte, organisant une propagande au nom d’une croyance sacrée….

  5. Gabriel écrit ce commentaire

    Merci pour cet article, qui sonne à mon sens comme un cri du coeur d’une personne qui en a assez de voir les religions façonner la vie des gens selon une logique imperceptible, les diviser et les opposer.

    La religion (dans le sens d’institution, organisation) n’a jamais été une force d’union, tout comme l’athéisme (qui n’a jamais prétendu en être une). Il n’y a pas de supériorité d’un mode de pensée sur l’autre.

    Mais considérons les faits, comme le fait très bien l’auteur. Intégrisme de tous bords, actes fanatiques « excusés » par une soit-disant provocation blasphématoire… On est loin du « Paix et Amour » que prétendent prôner ceux qui brandissent des « livres saints ».

    Cela dit, il faut à mon sens distinguer la foi en Dieu de ce qu’en font les religions, puisqu’elles n’agissent même pas en accord avec leurs « textes fondateurs » (sauf peut-être la religion du croissant de lune qui a quelques versets « brûlants » contre les « mécréants »).

    Je suis croyant. Pas parce que j’ai été forcé depuis ma naissance à croire en quelque chose d’invisible, mais parce que ce que j’ai découvert pendant mon adolescence explique bien plus de choses que les théories modernes sur l’apparition de la vie. J’ai compris le pourquoi de l’existence de l’homme, de l’apparition du mal, le sens de la vie, etc… ce qu’aucun scientifique ne peut faire (et d’ailleurs, ces questions dépassent leur domaine d’étude).

    Contrairement au reste des « moisissures » animales, les humains sont conçus avec des besoins spirituels. Ceux qui les ignorent ne peuvent
    jouir d’une sérénité profonde, et tenteront de remplacer ces besoins par autre chose (loisirs, débats politiques, philosophie, réussite sociale…) jusqu’à finir par se rendre à l’évidence : aucune de ces choses ne procure le bonheur. Ceux qui compensent avec des actions altruistes s’en rapprochent davantage.
    D’ailleurs, la foi en Dieu doit rapprocher les croyants, dans la mesure ou chaque croyant voit dans chaque être humain une personne de valeur, un individu qui mérite dignité et respect. Malheureusement les religions ont échoué lamentablement pour ce qui est d’inculquer cette conception aux croyants en général.

    Un mot sur l’athéisme : je comprends qu’on puisse tenir cette idée pour bonne après avoir été déçu par les religions et par l’absence de paix et de justice dans le monde (« Si Dieu existait, rien n’irait de travers »). L’athée voit dans l’Homme rien de plus qu’un accident physico-chimico-génétique. Rien ne peut dévaloriser à ce point la vie humaine qu’un tel raisonnement. L’autre ne serait-il donc qu’une moisissure de plus ?
    Quand on tient ce raisonnement, est-on offusqué ou triste d’apprendre la mort de ses proches ?
    Honnêtement, même les athées doivent reconnaître que l’Homme est plus qu’un animal évolué. Aucun animal ne sait ce qu’est l’amour ou la compassion, l’art et l’humour. Ce sont des dons de Dieu.

  6. svidrigaylov écrit ce commentaire

    Vous avez raison, pour que des organismes comme les monothéismes méritent le respect, il faut qu’ils respectent les citoyens qui ne partagent pas leur opinion. Il faut aller plus loin. La phrase ajoutée subrepticement dans l’article 1er de la constitution de la 5e République qui dit : « Elle [la France] respecte toutes les croyances. » Pourtant, toutes les croyances ne sont pas respectables. Celle, par exemple, qui prétend que des hommes seraient inférieurs aux autres en raison de la couleur de leur peau ou de leur religion réelle supposée est tout à fait contraire aux principes inscrits dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen citée en exergue de la Constitution.

    La croyance à des êtres supérieurs immatériels est comme celle consacrée à l’astrologie. Déjà au 18e siècle un penseur disait : « L’entêtement pour l’astrologie est une orgueilleuse extravagance. Nous croyons que nos actions sont assez importantes pour mériter d’être écrites dans le grand-livre du Ciel. Et il n’y a pas jusqu’au plus misérable artisan qui ne croie que les corps immenses et lumineux qui roulent sur sa tête ne sont faits que pour annoncer à l’Univers l’heure où il sortira de sa boutique. » (Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu – 1689-1755 – Mes pensées)
    Depuis la loi de séparation des églises et de l’Etat (9-12-1905), les représentants des cultes n’ont théoriquement plus le droit d’intervenir dans et à propos de la vie publique. De même, les représentants de l’Etat ne doivent plus s’immiscer dans l’organisation des cultes. Théoriquement…

    Le délit de blasphème n’existe pas encore dans les textes. Mais les pressions des monothéismes dans ce sens sont proportionnelles à la revendication de plus en plus pressante de « liberté religieuse », alors que la loi de 1905 indique dans son article 1er que : « La République assure la liberté de conscience. […] » Et cette liberté de conscience est bien plus généreuse que la liberté religieuse, car cette dernière ne concerne que les croyants alors que la première concerne tous les citoyens.

    Le « vivre ensemble » est une expression nouvelle inventée avec la bénédiction du Vatican pour faire oublier le terme laïcité (et toutes ses déclinaisons) et l’histoire que cela représente.

    A Gabriel.
    J’aimerais beaucoup que vous précisiez ce que vous entendez par « besoin spirituel ». C’est un mot (spirituel) dont je connais la définition des dictionnaires, mais qui ne fait absolument pas et n’a jamais fait image pour moi. Pierre Desproges disait en substance : « Ce n’est pas tout d’avoir le bonheur, il faut aussi que d’autres soient malheureux ». Tout est relatif.

  7. M. Thion écrit ce commentaire

    @Gabriel : Sur les animaux, vous ne savez sans doute pas tout et de très nombreuses expériences montrent que bien des animaux sont capables d’amour, d’empathie, d’intelligence et … de mauvaise foi.
    Quant à savoir si c’est un don de Dieu, Jorge Luis Borges disait, et je serais assez d’accord : « J’ai toujours eu le sentiment que Dieu — le Dieu tout-puissant des théologiens — était la plus curieuse invention de la littérature fantastique. »
    Il y a des gens qui lèvent la tête dans les orages, quand il y a un éclair, parce qu’ils croient que Dieu les photographie…
    Comme svidrigaylov j’ignore ce que vous entendez par « spirituel ». En revanche, je vois assez ben l’instrumentalisation politique et oppressive des religions…

  8. Daniou écrit ce commentaire

    Comme tout cela est bien loin de l’idée du christianisme fondé par Jésus !
    Deux commandements ont résumé son enseignement, « aimer Dieu, et aimer son prochain comme soi même ».
    Faut-il que les humains et de surcroît des « chrétiens » ne s’aiment pas à ce point pour guerroyer depuis des millénaires. Comment peuvent-ils aimer leurs frères ?
    Aimer Dieu, c’est d’abord le connaître. Déjà le livre de la création émerveille celui qui prend le temps de l’étudier et révèle la grandeur extraordinaire de son auteur.
    L’église fondée par le Christ était loin de s’allier au pouvoir ou au monde politique.
    Comme on s’est éloigné de ce principe !
    Cependant, toutes ne suivent pas le même mouvement corrupteur.
    Il ne faut pas faire d’amalgame en parlant « des » religions, c’est aller un peu vite en besogne, et révélateur d’un manque d’examen objectif.
    Exemple : ce n’est pas parce que certaines religions ont « inventé » un enfer de feu, qu’il faille sous entendre que toutes s’y soient ralliées, laissant croire que cet enseignement vienne du Divin.
    Je n’aime pas la généralisation enseignée par votre exposé.

  9. Gabriel écrit ce commentaire

    Salutations.
    Je confirme vos propos au sujet de l’immixtion de la religion dans le domaine publique.
    Religions et pouvoirs n’ont rien à faire ensemble. Le mélange des deux a produit les pires gouvernements imaginables. Cela dit, il faut bien un peu de morale dans les institutions politiques, pour instaurer un climat de confiance (on ne parlerait plus de détournement de fonds, promesses irréalistes, scandales sexuels, …).

    Besoins spirituels :
    Un être humain a fondamentalement 3 types de besoins (du plus élémentaire au plus évolué)
    -des besoins matériels, pour assurer sa bonne santé et sa subsistance, son confort…
    -des besoins affectifs, le besoin d’être aimé, entouré, le besoin de faire confiance, …
    -des besoins spirituels, qui le font s’interroger sur le sens de sa vie, « d’où venons-nous ? qui sommes-nous ? où allons-nous ? y a-t-il quelque chose après la mort ? d’ailleurs, pourquoi vieillissons-nous et mourons-nous ? »

    Aucune science ne peut donner de réponse à ces questions puisque les réponses se trouvent aux origines de l’Univers, sans témoin donc, ou dans un domaine inaccessible.
    Superstition mise à part, c’est dans la croyance en des divinités que des milliards de personnes tentent de combler ces besoins.

    Comme l’un de vous l’a écrit, depuis l’aube des temps, ce sont les éléments physiques et climatiques qui furent considérés comme des divinités ou leur manifestation (le Soleil, le tonnerre, …). Cet état de fait était le résultat de la combinaison de deux facteurs: l’incompréhension du monde physique (peu de science) et des besoins spirituels à combler.

    Aujourd’hui, le premier facteur a été heureusement endigué par les progrès de la science. Je note « endigué » parce qu’il y aura toujours des personnes pour croire autre chose que ce qui a été démontré (par exemple, les créationnistes pensent encore et toujours que la Terre n’a pas plus de 10.000 ans … LOL). Remarquons toutefois que les progrès dans la compréhension de notre Univers observable posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses.
    Quant au deuxième facteur, il n’a pas changé. Il fait partie de la nature humaine. Le croyant que je suis interprète cela comme une conséquence de notre origine : nous fumes créés par Dieu et dépendons de lui. Nous avons besoin d’avoir des relations avec lui.

    En dehors de ça (et c’est ce qui explique l’emprise qu’ont les religieux sur les laïcs croyants) on a fait croire que ce Créateur était un Grand Bourreau en colère, qu’il ne faut surtout pas décevoir sous peine de tourments éternels. Et cette peur d’une torture par le feu (elle aussi, vieille comme les pyramides) asservit celui qui craint ce Tortionnaire imaginaire, le plaçant par là-même sous l’autorité d’un chef religieux. Rien à voir avec l’idée d’un Créateur qui nous a conçu merveilleusement et a tout mis sur cette planète pour que nous soyons bien…
    Et cette peur du divin et de la mort se mue en un zèle destructeur.
    On voit donc que ce sont les mensonges religieux et l’emprise du clergé (toutes religions confondues) qui nuisent à la recherche du bonheur du croyant sincère.

    L’athéisme est né du refus de cet asservissement et des mensonges religieux. La raison devait finalement reprendre le dessus. « Qui est ce pape ou ce curé pour décider de ce que Dieu pense de moi ? ».
    Darwin (sa grande contribution à l’émergence et à l’acceptation de la théorie de l’évolution n’est pas discutable), d’abord croyant, perd sa fillette Annie avant ses dix ans. On lui dit que c’est Dieu qui l’a prise. Ce mensonge finit de briser sa foi.
    « Un tel Dieu qui me prive de mon seul enfant n’est ni juste ni bon ». Il s’est alors mis en tête que ce Dieu n’existe pas. Mais alors comment combler son besoin spirituel ? En trouvant une explication alternative à la création. C’est ainsi qu’il met au point sa théorie sur la sélection naturelle.

    Pour conclure :
    Lorsque les trois besoins (matériels, affectifs et spirituels) sont comblés, on appelle cela le bonheur (sauf en cas de pathologie grave, comme la dépression). J’irais même plus loin. On peut tout à fait être heureux si les besoins spirituels sont comblés, malgré solitude et pauvreté par exemple, là où d’autres sombreraient dans le désespoir. On appelle cela la foi, l’attente assurée de quelque chose de meilleur.

  10. Gabriel écrit ce commentaire

    je me corrige :
    Darwin avait plusieurs enfants.
    Mais écrit comme je l’avais fait donne un côté plus dramatique à la question.

  11. marie collins écrit ce commentaire

    @Gabriel Lisez donc le livre de Geneviève de Fontenay « Le Silence des Bêtes – La Philosophie à l’épreuve de l’Animalité ».

  12. Gabriel écrit ce commentaire

    @ Mme Collins
    Je ne sais pas si Élisabeth et Geneviève de Fontenay sont de la même famille, mais votre lapsus est assez comique.

    J’imagine que vous faites allusion à ma déclaration tonitruante au sujet du propre de l’homme, idée que récuse notre philosophe.
    Je ne citerai que ce qu’elle a déclaré lors d’une interview dans « Société »
    :
    E. de Fontenay : « Nous avons 99 % de patrimoine génétique en commun avec les chimpanzés. Mais ce qui est né de cette différence de 1 % est inouï, à la fois par sa malfaisance et par sa grandeur éthique !

    Le journaliste : « Une infime différence d’où naît la culture. En somme, il n’y a pas d’essence métaphysique de l’homme mais une singularité qui se manifeste notamment par la capacité d’avoir pitié. Pourquoi pas par l’amour ?

    E. de F. : « Je ne parlerais pas d’amour au sujet des animaux, car l’amour a à voir avec la parole et avec le geste. Je signale du reste au passage que la perversion baptisée bestialité ou zoophilie connaît, si j’en crois ce qu’on raconte, un développement incroyable sur Internet. Bien entendu la compassion, l’amitié qu’on peut avoir pour un animal ou pour les animaux n’a rien à voir avec la sexualité. Et je suis choquée qu’on puisse parler de crime bestial à propos de crimes sexuels. Les bêtes ne connaissent pas la perversion et ne commettent pas de crimes. Elles sont souvent prédatrices, la nature est cruelle. Raison de plus pour que l’homme s’en distingue par la bienveillance, par un bon vouloir vis-à-vis d’elles. »

    Source : http://www.causeur.fr/le-souci-des-animaux,261

    Bien humblement,
    GS

  13. Anne Castan écrit ce commentaire

    Il me semble que la défense de la Laïcité ne peut être efficace et ne peut avoir de véritable sens que si elle est accompagnée par l’égale conviction que le droit à la pratique des religions est un droit fondamental à chacun. Le laïque extrémiste existe bel et bien! Il blesse à tour de bras, de petites phrases assassines le croyant humilié de ne pas pouvoir justifier son état aux yeux du non croyant.Chaque fois qu’un argument Laïque vient rappeler à l’ordre le croyant, il risque de fabriquer lui même la réaction extrémiste, s’il ne prend garde de lui rappeler également qu’il a intégré l’idée de l’existence des religions et qu’il est prêt à se battre avec la même force pour en garantir les libertés…

  14. diane b écrit ce commentaire

    Je comprends Michel Thion. A partir du moment où les religions sont coercitives envers ceux qui ne les ont pas choisies, il faut s’élever contre cette dérive. Tout ce qui peut être coercitif dans une société, c’est la loi d’état, pas les valeurs de chacun. D’autre part, on peut aussi s’énerver un peu lorsqu’une religion pratique l’obscurantisme, c’est-à-dire, lorsqu’elle éloigne ses brebis de la sciences comme connaissance. Pour moi, personnellement, il est important de transmettre le savoir. Il est donc tout à fait tolérable que chacun croit en ce qu’il veut tant que cela ne nuit pas aux humains qui l’entourent (par exemple, si tu portes un voile ça ne me nuit pas. Ce qui me nuirait serait que tu me demande de le porter aussi), et tant qu’il ne rejette pas l’histoire (exemple : le créationisme).

    Gabriel, il est certain que l’incertitude est moins confortable pour l’esprit que la croyance, cependant, elle pousse l’humain à remettre en cause le monde qui l’entoure et ce que vous appelez spiritualité est pour moi une réponse supertstitieuse à la curiosité. C’est-à-dire que l’humain croyant, au lieu de chercher à découvrir, se persuade (ou plutôt, se laisse persuader) qu’il sait déjà. Mais là où je rejoins le croyant, c’est que parfois, il vaut mieux simplement « écouter son coeur » et ne pas s’embrumer l’esprit de mille questions sans réponses.

    Anne Castan, le laïque extrêmiste n’est pas forcément athée. En France, j’entends beaucoup de laïques extrémistes chrétiens. Ils remettent plus facilement en cause le port du voile que l’enseignement de l’histoire dans les écoles publiques suivant une chronologie relative à Jésus Christ…

Faites un commentaire