« Si tu comprends le Liban, c’est qu’on te l’a mal expliqué ! »
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Rendez-vous artistique voué à la rencontre des cultures par le métissage musical, La voix est libre annonce sa prochaine édition dans un mois aux Bouffes du Nord, cette fois encore prometteuse des riches découvertes, croisements inédits entre artistes, musiciens, circassiens, danseurs, penseurs et poètes de tous bords. C’est de Beyrouth au Liban, où le festival faisait étape, que Blaise Merlin, son directeur, nous a écrit. Une correspondance que nous décidons, avec son accord, de rendre publique : y rejaillissent les racines de cette aventure, plongées il y a plus de dix ans dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, et son nom même, aujourd’hui associé au festival, qui indique sa destination : Jazz nomades…
Il faut que je vous dise. Nous (Fantazio, Elise Caron, Peter Corser, Ulash Osdemir, Sam Karpiena, Pascal Contet, Marlène Rostaing, Ba’ha (le libanais), Elise Dabrowski, Edward Perraud, et moi au violon) venons de vivre la plus belle et folle de nuit de communion musicale qui nous ait été de vivre, au cabaret Métro Al Madina (une sorte d’Olympic café en plus confortable, avec fauteuils rouges côté public). Nous avons joué non-stop de 23h à 3h du matin, avec 11 des 13 artistes du festival (dont un chanteur/luthiste d’Istanbul, et un percussionniste libanais), après quoi nous avons continué au bar à chanter et danser a capella avec les spectateurs jusqu’à l’aube. Au salut, les gens criaient et clamaient, tapaient sur les tables, tout le monde se prenait et se serrait dans les bras dans les loges, quand ce n’était pas sur scène, après des solis, duos et impros traversant tous les genres musicaux possibles et imaginables, « rock-reggae-flamenco-latino-italo-otientalo-sino-lyrico-électrico-chââbi », Edward Perraud notre batteur était – et nous mettait – littéralement en transe !
Une orgie pan-musicale, un son gargantuesque et pantagruélique en cordes-cuivres-peaux et déguisements loufoques prêtés par la troupe locale de revue égyptienne, une parade « d’amours dionysiaques et de libertés apolliniennes » – dixit la journaliste – d’une joie indescriptible. Le type chargé de la sécurité informatique à l’Ambassade de France, un gros balèze au cœur tendre, m’a dit qu’il était tellement heureux qu’il a pleuré de joie pendant une improvisation, et que ça ne lui était jamais arrivé pendant un concert. Après on a continué à jouer et danser dans le hall, les gens nous haranguaient pour nous remercier et nous payaient des coups, quand bien même nous leur disions que le bar était gratuit pour les musiciens ! Quand quelqu’un s’en allait, on formait un chœur, on mimait des adieux d’opéra dans toutes les langues. J’en ai moi-même pleuré d’émotion ce dimanche matin en me levant, au son entremêlé des cloches des quartiers chrétiens, du chant des muezzins et des chœurs maronites crachés dans les hauts-parleurs, comme ça a déjà pu m’arriver une fois ou deux après les soirées les plus marquantes du festival, quand le public et les artistes quittent les Bouffes dans un état second et continuent à squatter le parvis sans plus arriver à se quitter.
Cette ville est folle, rien de semblable avec ce que j’avais vécu jusqu’ici (même si ça rappelle Naples sous certains aspects, sauf que le volcan qui plane au-dessus des têtes est d’une toute autre nature…). J’ai surtout compris – comme tous ceux qui passent un peu de temps ici – que je n’avais rien compris aux questions politiques et culturelles du Proche-Orient (mais comme dit un dicton local : « Si tu comprends le Liban, c’est qu’on te l’a mal expliqué ! »). Les gens sont sur le qui-vive depuis qu’un village a été bombardé, le premier ministre a démissionné avant-hier, un acte salué par des tirs de mitraillette et des feux d’artifice dans certains quartiers… « Rien de grave » pour l’instant, la vie suit son cours, mais les gens ont vraiment peur de ce qui va se passer dans les prochaines semaines et les prochains mois, la ville retient son souffle tout en continuant à faire la fête et à se reconstruire, les vieux immeubles qui subsistent ça et là étant encore criblés des tirs de mitraillettes et de mortiers datant de la guerre civile. Les gens déplorent que les occidentaux ne soient pas intervenus plus tôt en Syrie, car l’opposition (au départ démocrate) est peu à peu devenu un mic-mac de milices plus ou moins extrémistes qui récupèrent les armes envoyées pour soutenir les rebelles, alors tout le monde redoute la chute de Bachar El Assad (surnommé « le fils du boucher », car son père était au moins aussi sanguinaire que lui).
Et ce n’est qu’un paradoxe parmi d’autres… car, s’il fallait résumer cette ville en mot, ce serait SCHIZOPHRÈNE (conservatisme/modernisme, pauvreté omniprésente/richesses ostentatoires, liberté/autocensure, anarchie et chaos absolus dehors/élégance et raffinement total à l’intérieur, subversion/manipulation, résistance artistique et intellectuelle/dérapages identitaires et religieux). Un chauffeur de taxi nous sert ce raccourci saisissant : « Avant et même pendant la guerre civile, c’était la fête, la liberté, l’espérance, et on était armés pour défendre notre quartier nous-mêmes contre les milices syriennes; maintenant tout est corrompu et manipulé par les intérêts russes, arabes ou occidentaux; l’État est en lambeaux, alors ce qu’il nous faut, c’est une bonne dictature pour remettre tout le monde à sa place à coups de bâtons dans le cul ! » Ici le Hezbollah est populaire, même auprès des chrétiens, car c’est le seul parti à ne pas être entièrement corrompu par les investisseurs locaux et surtout étrangers, et à se concentrer sur les questions sociales, l’État étant inexistant, et l’armée, un spectre qu’on voit errer un peu partout dans la ville, à l’abri d’une guérite ou d’un tank faisant partie du mobilier urbain. Bref, les bons et les gentils, le bien, le mal, se résument difficilement au clichés de notre journal de 20h, quand bien même on en parlerait après 25 minutes de baratin sur les dernières chutes de neige !
Le lendemain, ou plutôt l’après-midi de cet « after » mémorable, nous nous retrouvions à errer dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, à l’invitation d’un artiste beyroutin rencontré durant notre séjour. Traverser à contresens de la circulation l’artère principale de ces bidonvilles en dur, chaos inextricable d’êtres humains, de fils électriques et cubes en béton décorés par des portraits d’enfants martyrs, des drapeaux du Fatah, de l’OLP ou du Hamas, me donna la sensation de remonter un fleuve torrentiel, vent de face, tel un bateau fantôme auquel tout le monde ferait semblant de ne prêter aucune attention. Les corps et les regards sont tendus, des hommes sortent des boutiques en rangeant leur arme dans leur poche, un gamin de sept ou huit ans à l’air halluciné chante derrière nous en faisant danser un flingue au dessus de sa tête, je ne me sens pas très à l’aise, mais je marche, un point c’est tout, impossible de penser à quoi que ce soit de cohérent au milieu de cet orchestre déglingué, faire attention à ne pas se faire renverser par les scooters et les bagnoles qui klaxonnent au milieu de l’allée, essayer d’observer sans en avoir l’air, tenter d’imaginer ce qui a bien pu se passer ici entre le 16 et le 18 septembre 1982, quand les phalangistes entrèrent dans le camp et y massacrèrent plusieurs centaines, voir plusieurs milliers d’habitants, hommes, femmes, enfants, vieillards. Le lendemain, en rentrant chez moi à Barbès, les visions de ce quartier me reviendront comme dans un rêve éveillé ; j’ai repensé à ce mémorial dans un terrain vague, seul lieu de verdure et de silence au milieu du camp, à ces photos géantes d’enfants massacrées affichées sur de grands panneaux gris surplombant un mur graphé de silhouettes humaines, et je me suis mis à pleurer. Pour la première fois de ma vie, j’éprouvais au plus profond de moi la sensation de vivre dans un pays en paix.
Pour nous, Beyrouth restera aussi ce lieu de fête invraisemblable, où nous chavirâmes dans un bar à chicha à l’air libre au pied d’une autoroute, où les femmes et hommes de tous âges grimpaient sur les tables au son des morceaux de Oum Khalsoum ou de Lili Boniche, joués frénétiquement par de magnifiques musiciens locaux, nous entraînant à danser au milieu des odeurs de grillades jusqu’à des heures indues (ça m’a fait remonter les souvenirs enfouis des fêtes de villages grecs de mon enfance) ! Le Paris d’aujourd’hui va me sembler triste et artificiel à mon retour, alors que Beyrouth est la capitale la plus affreuse qu’il m’ait été donné de voir… quand je pense que la Goutte d’Or recelait de lieux et de cabarets comme celui là il n’y a pas encore si longtemps, avant que la télé, la spéculation et le formatage économique et culturel ne foutent tout en l’air. Heureusement que nos fabuleux cheptels de doux-dingues, acrobattants, voltigistes et troubadours des temps modernes résistent encore, mais une chose est sûre, pour moi (je le voyais venir depuis quelques temps) : plus rien ne pourra être tout à fait comme avant, après cette nuit que nous venons de vivre, voyage de tous les voyages, départ sans fin, point d’orgue inespéré de nos douze années de métissage musical, de rencontres et de confrontations entre les lieux les plus éloignés, connus ou insoupçonnés de nos mémoires, de nos atlas intérieurs, de nos racines et de nos c(h)oeurs. Je redécouvre ce que la musique est capable de produire sur nous, effet vocable et irrévocable… Le mystère ne fait que s’enrichir : j’ai longtemps continué à penser et à croire que seul le théâtre, ses dérivés poétiques, dramaturgiques, pouvaient agir sur la conscience sociale de l’homme, mais… « jusqu’où ça commence la musique ? ». Et l’homme, encore et toujours, aspire, espère et s’inspire à devenir humain. Ce que nous sentons quand, « dans le souffle rythmique et l’organique de l’improvisation (la vie !), surgit la voix de l’Autre. »
Je n’ai presque pas dormi depuis que je suis arrivé ici, mon cœur battait trop fort et mes oreilles sifflaient de 10 000 roucoulements venant d’Achrafieh, de Gemmayzeh et d’Hamra, quartiers peuplés et dévastés par les 20 000 ersatz du monothéisme, chrétien, maronite, sioniste, alaouite, chiite, sunnite, et j’en passe. Mais nous sommes 11 à avoir vécu ce moment dont nous nous reparlons pendant longtemps, nuit polymorphe et insatiable, hydre à 1000 têtes, chantant que notre genèse éternelle ne fait que commencer.
Blaise Merlin, dimanche 24 mars
(Photos : Peter Corser)
La voix est libre
les 28, 29 et 30 mai 2013 aux Bouffes du Nord
Avec le poète dissident et musicien chinois Liao Yiwu, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, le dramaturge Valère Novarina, la rappeuse Casey, l’œuvre du poète libertaire russe Daniil Harms, la danseuse Kaori Ito (Aurélien Bory, Platel, Decouflé…), l’équilibriste Vimala Pons (Cie Mosjoukine), Albert Marcoeur et le Quatuor Béla, les éruptions sol-air de Louis Sclavis et Mathurin Bolze (trampoline), le clash interstellaire de Médéric Collignon avec Thomas de Pourquery, Forabandit (Iran/France/Turquie), Erol Josué et David Murray (Haïti/Etats-Unis/Europe), Arthur H et Nicolas Repac (“l’Or Noir” d’Aimé Césaire et Edouard Glissant).
Théâtre des Bouffes du Nord – 37bis Bd de la Chapelle 75010 Paris
M° La Chapelle – RER Gare du Nord
Infos/réservations : 01 46 07 34 50
Samuel Wahl @ 23 avril 2013
Au « Soleil » pour « La ronde de nuit »
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Quand le Théâtre Aftaab met en scène des personnages de migrants, les comédiens ne jouent pas. Ils sont dans le réel, et ça se sent.
Cette troupe de Kaboul, créée en 2005 suite à un stage donné par Ariane Mnouchkine, les comédiens et les techniciens du Théâtre du Soleil, en est aujourd’hui à son huitième spectacle ! Le soutien du « Soleil » ne s’est jamais démenti. Une fois de plus, ils investissent la grande salle mythique. En même temps, ils sont eux-mêmes le « Soleil », puisque leur nom signifie la même chose, en dari, la variante du Persan parlée à Kaboul.
Si le dari est beau, on l’entend ici assez peu. Omid, Wajma, Shohreh et les autres parlent aujourd’hui un français impeccable, car parfait pour conserver, dans la peau des Afghans en transit, une petite distance avec leur pays de non-accueil. Quand ils parlent dari, c’est pour échanger avec la famille, restée au pays, avec leurs reproches et leurs sous-entendus. « Pourquoi tu ne nous as toujours pas faits venir ? Tu veux t’amuser tout seul, sans nous ? » La fiancée qui vit chez les parents de Nader le soupçonne depuis longtemps de lui préférer une Française. Nader est Afghan, lui aussi. Mais il a trouvé un travail. Il est en train de vivre sa première journée de gardien de nuit, dans l’entrepôt d’un théâtre. Le voilà qui plonge dans un microcosme presque folklorique.
Dans ce hangar vivent aussi un SDF, une prostituée et autres. Un policier fait sa ronde pour traquer les trafics, mais seulement le mardi. Dehors, il neige. Pourtant, cette femme qui entre est fort décolletée. Elle s’assoit devant l’ordinateur de Nader, et sa famille, représentant toutes les traditions du pays, est en état de choc. Les coups de théâtre et retournements sont hilarants, d’autant plus que tout repose sur des clivages culturels, autant entre ici et là-bas qu’entre hommes et femmes.
Quand une dizaine de migrants arrivent, couverts, de neige, pour passer une nuit avant de tenter le passage vers Londres, on sent à quel point ils parlent ici de ce qu’ont connu leurs frères, cousins ou amis. Quand le flic frappe à la porte, si gelé qu’il tombe tel une planche, le côté burlesque de « La Ronde de nuit » reprend le dessus. C’est la nuit, et les sans-papiers finissent par s’endormir. Ils jouent alors les scènes qui les hantent, la violence subie au pays ou pendant le transit.
Unité de temps et de lieu, pour mieux parler du transit et des contrastes entre l’Afghanistan et l’Europe. Bien sûr, la scène n’est pas le hangar de Théâtre du Soleil lui-même. Mais ça y ressemble, drôlement. On parle du château, de la forêt, pas loin des lieux. Au « Soleil », ils ont toujours su parler d’eux-mêmes, de leur engagement et de leur humanité, à travers les pièces. Le scénario de « La Ronde de nuit » rappelle celui de cette pièce de 1997, une « création collective en harmonie avec Hélène Cixous: « Et soudain des nuits d’éveil », où ce sont des réfugiés tibétains qui débarquent dans un théâtre. Ici, Cixous a conseillé l’équipe pour rendre l’écriture plus théâtrale et les rebondissements plus efficaces, comme le dit Hélène Cinque qui signe la mise en scène de cette véritable aventure théâtrale et humaine. « La Ronde de nuit » ne peut qu’être un des spectacles les plus émouvants et les plus passionnants de la saison.
Thomas Hahn
La Ronde de nuit
Création collective par le Théâtre Aftaab en Voyage
Spectacle en français et en dari surtitré
Mise en scène d’Hélène Cinque
Avec : Haroon Amani, Aref Banahar, Taher Beak, Saboor Dilawar, Mujtaba Habibi, Mustafa Habibi, Sayed Ahmad Hashimi, Farid Ahmad Joya, Shafiq Kohi, Asif Mawdudi, Wioletta Michalczuk, Caroline Panzera, Ghulam Reza Rajabi, Omid Rawendah, Shohreh Sabaghy, Harold Savary, Wajma Tota Khil
Les photographies projetées pendant le spectacle sont l’œuvre des artistes Reza et Manoocher Deghati / Webistan
Au Théâtre du Soleil
Cartoucherie 75012 Paris
Jusqu’au 28 avril
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h
Thomas Hahn @ 11 avril 2013
Revivez la soirée Pour et Avec les Amis de Cassandre/Horschamp en sons et en images
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Soirée de soutien Pour et Avec les Amis de Cassandre/Horschamp, le 2 avril à la Maison des métallos
http://lesamisdecassandrehorschamp.tumblr.com/
(Ceci est un work in progress : s’y ajoutent au fil des jours de nouveaux sons, de nouvelles images, bientôt des vidéos…)
Circulez librement parmi les extraits en ligne :
– Accueil par Nicolas Roméas, fondateur et directeur de Cassandre/Horschamp, et Philippe Mourrat, directeur de la Maison des métallos
– « Cassandre c’est une nana qui casse l’ambiance… » – Emmanuel Wallon, sociologue
– « Une revue d’actualité, des empêcheurs de tourner en rond » – Frédéric Hocquard, directeur d’Arcadi
– “Je préfère les roses à la patrie” – Alexandre Romanès, cirque tsigane
– « On lui doit une fière chandelle à ce canard » – Bernard Lubat, Uzeste musical
– « Cassandre, une revue, une vue… » – Marie-José Mondzain, philosophe
– « Cassandre ne voit pas le futur mais les choix qui le déterminent » – Lyor, slameur, collectif 129H
– « Pour Mikis Théodorakis… » – Serge Pey, poète
– « Éducation Populaire, lanceurs d’alerte » – Marie-Christine Blandin, sénatrice
– « Cassandre est un outil absolument indispensable dans une école, qui a le don de nous ramener sur terre » – Christian Jéhanin, directeur de l’EDT 91
- « On va parler tous ensemble… » – Nicolas Frize, Les musiques de la boulangère
- « Rêve général(e) » – Laurent Schuh, Les arts et mouvants
- « Obsédés par la vie » – Gaspard Delanoë, performeur
- « Théâtre politique est une tautologie » – Brigitte Mounier, Le Manifeste (Grande Synthe)
- « Cassandre a 17 ans » – Thierry Pariente, directeur de l’ENSATT
- « Qu’as-tu donc fait de l’horloge de ton enfance ? » – Yves Gaudin, rhapsode
- « Honneur et respect » Mimi Barthélémy, conteuse haïtienne
– Un fado chanté par Rosa Ferreira, chargé de diffusion de la revue…
A suivre :
Valérie de Saint-Do, Thomas Hahn, Benjamin Barou Crossman, Hédi Maaroufi…
Photos : Olivier Perrot – Montage : Samuel Wahl
Samuel Wahl @ 7 avril 2013
Invente-toi toi-même
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Le peuple qui manque est une matrice artistique qui met en jeu la triangulation entre l’espace de la société, celui de la création, et celui de la production théorique. Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff, initiateurs de cette plateforme curatoriale, abordent ces problématiques à travers la question queer, qui permet de penser l’indéterminé. Leur dernière exposition au centre d’art et de recherche Bétonsalon à Paris, interroge l’histoire des celles qui n’en ont pas. « Fais un effort pour te souvenir. Ou à défaut, invente » annonce le titre ; autrement dit : la fiction, capable de révéler des pans ignorés de l’histoire passée, permet-elle de dessiner un autre avenir ?
On dit parfois de la faculté de Saint-Denis que de l’esprit de Vincennes il ne reste rien. A Paris-8 pourtant, s’inventent encore des expérimentations capables d’hybrider les idées pour faire avancer le monde. C’est en croisant leurs études de philosophie et de cinéma que Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff ont éprouvé le désir de mettre en jeu leurs savoirs théoriques, à l’occasion d’un premier festival de film en 2005. Peut-être retrouvaient-ils à travers ce champ relativement méconnu en France, des questions personnelles quant aux origines métissées dont leurs noms portent la trace, et qui laissent place à l’imaginaire : autrichiennes, russes ou hollandaises pour l’un, boliviennes et marquées par la rencontre des cultures qui caractérise le monde sud-américain pour l’autre.
Plus clairement, il s’agissait de mettre en lumière le renouveau de la théorie critique en France, qui avait évolué dans le monde anglo-saxon sous les termes de cultural studies ou gender studies et semblaient peu développées dans le monde francophone, alors même qu’elles reprenaient beaucoup des apports de la French theory : Derrida, Foucault, ou Deleuze. C’est d’ailleurs à ce dernier qu’ils ont emprunté leur nom (1).
Les premières traductions de ce mouvement de pensée, comme Trouble dans le genre de Judith Butler en 2005 ou Donna Haraway et son manifeste cyborg et féministe traduit en 2007, ont permis son émergence au sein du champ des sciences sociales dans l’université française, incarné pour eux par Beatriz Preciado, enseignante de philosophie au département danse, ou Jean-Claude Moineau, théoricien de l’art.
De plus, la mise en dialogue des pratiques au sein des réseaux militants, dans ou hors d’Act-up, était favorisée par des textes portés par des éditeurs indépendants, La Fabrique ou les éditions Amsterdam. En parallèle, des formes alternatives de cinéma expérimental, de l’art vidéo ou documentaire, étaient représentées à l’université comme des canons modernes, mais le cinéma queer en tant que tel était ignoré, au mieux vu comme une part minoritaire au sein de ces corpus minoritaires. Le reconsidérer dans son entièreté, qui mêle les genres, a permis de sortir des coupes auteuristes ou des classifications stylistiques, pour engager une réflexion sur la transversalité, et le choix de formes non exclusives. Le documentaire par exemple, se préoccupe du réel mais n’interdit pas de faire appel à différents registres narratifs. A partir de là s’ouvrait tout un nouveau pan de réflexion, que se proposait d’explorer Le peuple qui manque.
Au terme de programmateur – qui s’applique en France surtout au théâtre, au cinéma, ou à la danse, ou de commissaire – pour les arts plastiques, ils préfèrent celui de « curateur », de curator en anglais, qui recouvre une acception plus large et indifférenciée, et invite à une « articulation » revendiquée, argumentée, théorisée, plutôt qu’à une « sélection » des œuvres et de la façon de les montrer. Cette démarche inclut surtout un travail critique : concevoir un espace comme lieu de confrontation, où chacune des pièces viennent s’éclairer et se mettre en perspective les unes les autres.
Cette approche intègre d’autres paramètres dans la mise en jeu de l’art que la simple succession d’œuvres et la confiance en l’artiste génial. Du Transpalette de Bourges à la Maison pop de Montreuil, de Beaubourg au Palais de Tokyo, ou encore du Quai Branly au Parc Saint-Léger, leurs réalisations sont toujours l’histoire de croisements, interrogeant dans chacun des champs qu’ils abordent – géographie, ethnographie, histoire – la question de la domination par ses représentations : comment les artistes peuvent participer à la mise en cause des disciplines de savoirs, et proposer des nouvelles méthodologies d’écriture qui permettent aux sciences sociales d’accompagner leur déconstruction. Dans ce champ des possibles énorme – depuis Duchamp, tout peut être art – il ne s’agit pas de se confier à un milieu « fric et fiac », mais plutôt de proposer un espace de réflexion, en dehors de l’université, qui peut mêler démarches artistiques et intellectuelles, en contact avec les publics. Constituer un, ou des cercles, doit aussi pouvoir se concevoir dans une forme ouverte. Sans s’appuyer sur les habitudes des lieux qu’ils revisitent ni sur la notion de spectateur universel, Le peuple qui manque s’est attaché à intégrer son public au fur et à mesure, notamment par le biais de réseaux associatifs : une séance autour de La Borde ou du hip-hop amène toujours autre chose que ce qui est attendu dans un lieu d’art ou de culture.
« Nous, qui sommes sans passé, les femmes, Nous qui n’avons pas d’histoire… » énonçait le premier couplet de l’hymne du MLF. L’exposition à Bétonsalon développe des hypothèses précises sur la façon dont les femmes ont pu être exclues de l’histoire officielle, aussi bien par les traditions religieuses que dans la société libérale américaine, au temps des dictatures soviétiques, ou même au sein de mouvements révolutionnaires comme celui des actionnistes viennois. Sa forme, particulièrement discursive, la rend difficile d’abord sans livret, visite commentée, ou médiation de l’équipe du centre d’art, pourtant toujours présente et attentive. D’autant qu’au sein des figures représentées, certains artistes ont choisi la mise en abîme, jouant du travestissement ou créant des artistes fictifs qui auraient pu… Le lieu, au sein d’un campus universitaire, autorise ce jeu avec le rapport savant ; mais des formes sensibles viennent aussi rendre autrement lisibles les œuvres en activant l’espace : une conférence littéraire sur Monique Wittig, qui a donné son titre à l’exposition, une performance sur les « femmes fantômes », ou encore des rendez-vous sur la « discontinuité radicale » nécessaire pour réécrire une histoire qui serait non-linéaire.

Culture Moche, pré-colombienne, fiole rituelle, réplique 2009, poterie. Giuseppe Campuzano Museo Travesti del Peru. Bétonsalon, Paris, 2013
Sans le revendiquer, ce dispositif a aussi produit un jeu d’écho sur les débats concernant le « mariage pour tous », défendu aux États-Unis devant la Cour Suprême par Barack Obama, et en France à l’Assemblée Nationale par la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Face à la droitisation du spectre politique qui a capturé le débat du côté de la famille, dans un surprenant déferlement de violence, plus un espace critique n’était possible quant à cette institution, même pour les plus radicalement anti-normatifs, au risque sinon d’être assimilé au camp des adversaires historiques des mouvements d’émancipation. Le travail de décalage du Peuple qui manque vivifie une pensée de la révolution culturelle, à laquelle cette loi ne saurait faire écran. Conscients des effets de normalisation qu’induisent la notion de mariage, une forme tellement nauséabonde qu’il fallait la réformer – mais pourquoi pas aussi la dynamiter ? – ils nous interrogent sur les suites de ce qui constitue malgré tout un vrai déplacement symbolique. L’émergence de la herstory construit un nouvel imaginaire collectif, dans une histoire qui ne nie pas la moitié de l’humanité.
Samuel Wahl
1. « Ce constat d’un peuple qui manque n’est pas un renoncement au cinéma politique, mais au contraire la nouvelle base sur laquelle il se fonde. […] Il faut que l’art, particulièrement l’art cinématographique, participe à cette tâche : non pas s’adresser à un peuple supposé, déjà là, mais contribuer à l’invention d’un peuple. » Gilles Deleuze, L’Image-Temps, Editions de Minuit, 1985.
Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.
Exposition – 22 janvier au 13 avril 2013
Une proposition d’Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros
Bétonsalon – Centre d’art et de recherche, Paris
9 Place Vidal Naquet – Rez de Chaussée Halle aux Farines – 75013 Paris
Ligne 14 – Arrêt Bibliothèque François Mitterrand.
Bétonsalon est ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h et fermé les jours fériés.
Entrée libre.
En parallèle de l’exposition, suivez les rencontres : www.lepeuplequimanque.org/fais-un-effort/rendez-vous
En regard de l’exposition, consultez : http://nonlinearherstory.tumblr.com
Samuel Wahl @ 26 mars 2013
Car c’est de nous, que parle cette ville
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Rue de la république, l’ancienne rue impériale, voie haussmannienne rectiligne qui en 1864 creusa la colline et détruisit plus de soixante rues populaires dans le but avoué de remplir le centre de Marseille d’une population de bourgeois. Marcher aujourd’hui dans cette artère impersonnelle, vendue au fonds de pension canadien Lone star et rachetée par une filiale de la célèbre Lehman Brothers, rue-fantôme aux immeubles encore vides d’où ont été chassés les pauvres. Longer ces murs ornés de silhouettes de modernes joggeuses casque vissé aux oreilles, couverts de slogans grotesques du genre «ma street bouge», suffit pour percevoir l’étendue des dégats. Et de la guerre en cours, ici, contre le peuple.
Et par hasard on tombe sur le petit film – facile à trouver sur internet – intitulé (comme le clip de Keny Arkana qui y a participé) Marseille, capitale de la rupture.
Ce mini-documentaire résume crûment la désolation dans laquelle se trouve aujourd’hui la population de la ville.
Il faut absolument lire l’Histoire universelle de Marseille, magnifique pavé d’Alèssi Dell’Umbria (Quelque 800 pages aux éditions Agone) qui raconte dans le détail comment ce «pays», qui fut une république, est en butte depuis des siècles à une féroce volonté nationale de le priver de toutes ses spécificités culturelles et politiques. De le castrer.
Tout ce qui fait de Marseille un pays provençal ouvert à toute la Méditerranée, depuis sa langue, l’Occitan de Provence, jusqu’aux astucieux systèmes de gouvernement qui lui permirent très longtemps de ne jamais être entièrement soumise aux règles françaises, seigneuriales, royales et impériales, tout ce qui fait de cette ville un carrefour vivant, imprévisible, ouvert aux flux et aux reflux de la mer, sans cesse revivifié d’immigration nouvelle, cette cité indomptable réfractaire à l’ordre centralisateur, où ne cesse de s’inventer une puissante culture populaire dont la tradition ne s’est jamais figée comme le montrent aujourd’hui des artistes comme Nielo Gaglione (Naïas), Manu Théron, Sam Karpienia, Massilia sound system, Moussu T et lei jovents et tous les anciens du légendaire groupe Dupain. Et tous ces lieux modestes qui abritent des équipes bourrées de courage et d’énergie, Le Point de Bascule, L’art de vivre, Les Pas perdus, ceux du carnaval de La Plaine (aujourd’hui réprimé par les forces de l’ordre), le si précieux Ostau dau Pais Marselhès. Et aussi le Toursky… Toute cette vie culturelle intense, fougueuse, conviviale, ouverte sur le monde et profondément originale, cette richesse que l’on doit évidemment aimer et défendre avec vigueur, tous ces lieux et ces gens sont sciemment précarisés.
Et tout cela, trésor inoui, est condamné à la survie.
Ou menacé de mort brutale.
Menacée, Marseille le fut par différents pouvoirs qui exploitèrent au long des siècles les capacités militaires et marchandes de ce port sans se soucier de sa vie culturelle.
Certes, c’est parfois une chance pour une collectivité créative, d’être ignorée des puissants et de se développer dans la pénombre, mais il faut au moins la respecter et ne pas vouloir la détruire. Comme l’a montré Michel de Certeau dans L’invention du quotidien, l’inventivité et la sagesse des peuples, l’usage habile et le contournement de la contrainte, produisent souvent des effets étonnants. Et lorsque les quartiers populaires de Marseille tissent patiemment leurs liens dans un esprit d’hospitalité et d’ouverture à l’autre, font se croiser et se mêler des manières d’être, des valeurs, des langues et des signes venus de toute la méditerrannée, cela produit une vraie culture.
C’est cela qui est menacé.
Ça l’est aujourd’hui, violemment, par un pouvoir qui marche main dans la main avec les promoteurs globalisés, la finance internationale. Après des siècles de résistance, des années de négation et de mépris de ces cultures occitanes et provençales où naquirent et vécurent trouvères et troubadours, l’un des plus beaux fleurons de notre imaginaire commun, est-ce l’heure du coup de grâce ? Marseille a longtemps tenu bon sous les coups, elle est aujourd’hui dans le collimateur d’avides bétonneurs et autres gentryficateurs patentés.
L’insolente qui leur résiste encore, les armées du néolibéralisme mondial sont décidées à lui faire rendre gorge enfin.
Et la culture, là-dedans ? Nous n’avons rien, bien sûr, contre les grandes manifestations culturelles qui donnent à voir ce qu’un peuple sait inventer, mais lorsqu’on fait venir sous ce prétexte des «stars» sans intérêt et hors de prix, il faut lancer l’alerte. L’urgence n’est-elle pas, d’abord, de valoriser le trésor existant au lieu de l’occulter ? Alors, si une vaste opération européenne parée d’un label «culturel» est utilisée comme arme – et comme masque – dans cette ville devenue championne de la chasse aux Rroms, pour terminer le sale boulot d’éradication d’un peuple encombrant sous couvert d’art et de «culture», le monde dit «culturel» doit sans doute dénoncer la manœuvre.
Mais le monde de la «culture» dort aujourd’hui sur des lauriers qu’il a depuis longtemps cessé de mériter. Car la culture est un combat, faut-il ici le rappeler ? Les pionniers de l’éducation populaire et ceux de la décentralisation théâtrale le savaient, au sortir de la guerre. Et rares sont ceux, parmi les gens qui aujourd’hui habitent les maisons de pierre ou de ferveur qu’ils bâtirent, qui portent encore la flamme. C’est un combat, oui, permanent, contre les forces du chiffre et de la déshumanisation, de la réduction des populations en une sorte de «classe moyenne standard» mondialisée, déculturée, flexisécurisée, déracinée, composée de producteurs-consommateurs à la merci d’entreprises mondiales, prêts à tout pour gagner leur vie le moins mal possible et renonçant à résister, tenus par la peur du chômage et de la misère. Il faut que les «décideurs» et «experts» qui portent la charge de ce mot : culture, ce mot dont on voit bien – par cet exemple entre autres – qu’il est à peu près hors d’usage, il faut que ceux-là s’arrachent à leur sommeil et réalisent que cette charge est, en fait, une immense responsabilité. Celle de l’avenir de notre civilisation, simplement.
Nicolas Roméas, mars 2013
Nicolas Roméas @ 21 mars 2013
Obsession
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La troisième guerre mondiale est commencée.
On peut le dire ainsi pour frapper les esprits.
Et il faut frapper les esprits puisque l’évidence peine à nous apparaître.
À émerger dans la pensée commune.
Dans nos sociétés qui ne se font plus aucune illusion sur elles-mêmes mais qui se croient encore un peu en paix, une guerre souterraine fait rage, dévastatrice, dont l’enjeu n’est autre que l’avenir de l’humanité en tant que telle. Partout, l’univers du chiffre pourchasse celui du symbole, y compris dans les derniers bastions retranchés de l’art. De l’art non commercial, encore possédé par sa flamme, porté par sa mission qui est l’invention de langages pour rencontrer l’autre.
Et tout porte à croire que sauf prise de conscience fulgurante, l’humain a peu de chances de sortir indemne de cette guerre.
Partout, on parle chiffres et on néglige la force de ce qui ne se compte pas mais se raconte, ne se monnaye pas mais s’échange. C’est ce que l’on apprend aux générations nouvelles, dans ces écoles d’«ingénierie» et de «management» culturel où l’on se forme à contrôler d’incontrôlables artistes en leur imposant le dogme de la gestion, en faisant prévaloir la loi du chiffre sur le symbole. Et dans le même temps on encourage la stupide et sinistre persécution des Rroms, boucs-émissaires faciles dont la culture tente d’échapper à l’emprise de nos formatages.
Certes, la prise de conscience avance dans de nombreux domaines, mais ici nous manquons de mots. On peut parler abondamment d’économie, de marchandisation, d’alimentation, d’écologie, d’injustices sociales, mais on ne peut évoquer la culture, parce que personne ne s’entend sur ce terme usé, épuisé, alluvionné chez nous de tant d’habitudes monarchiques et néocoloniales qu’il ne sait plus dire pour quoi nous nous battons. Alors nous parlerons du symbole, pour dire que nous sommes loin de toute évaluation quantitative et faire entendre que ce combat n’est ni corporatiste, ni élitiste, ni uniquement le nôtre, ni seulement relié au passé, mais touche à de nombreuses actions, qui ici, et ailleurs, cherchent à raconter le monde en portant l’idée d’un humain entier, non castré de son imaginaire, qui cherche à s’élever.
Le geste artistique n’est pas ce que l’on croit, pris que nous sommes dans le jeu de l’apparente utilité, de la valeur visible, et nous n’en percevons plus que l’ombre. Ce n’est pas une chose en plus, ce n’est pas un supplément d’âme, la production d’objets de valeur ou de spectacles intelligents, c’est le cœur même de toute civilisation. On le voit très nettement dans d’autres cultures qui n’ont pas encore perdu le lien au rêve, l’importance donnée à l’imaginaire, l’art est un protocole de construction de l’être, individuel autant que collectif, sur la base d’outils symboliques.
Nos politiques l’ignorent encore, ne veulent toujours pas le comprendre, ils comprendront trop tard. C’est peut-être un peu compliqué, étant donné l’état de la pensée commune, et l’on peut toujours continuer à prétendre que ces enjeux sont secondaires par rapport aux questions de niveau de vie, de besoins vitaux, mais on se trompe gravement. La désastreuse gestion de «Marseille capitale de la culture» qui dépense une fortune pour faire venir des «stars» sans intérêt alors que la ville dispose d’un trésor culturel inégalé, est l’un des résultats criants, parmi d’autres, de cette lamentable absence de volonté politique. En ignorant la puissance du symbole on saccage la structure mentale de peuples entiers, on spolie de leurs terres et de leur vie spirituelle les derniers indiens d’Amérique du Sud, et l’on détruit ce qu’il reste de l’âme occidentale.
Il s’agit d’un combat de civilisation. Un combat semblable à celui que menèrent en leur temps les pionniers de l’écologie qui eurent tant de mal à être entendus et ne le furent qu’à la «faveur» d’un certain nombre de catastrophes et de menaces sur notre environnement naturel – et au prix d’une opiniâtreté sans faille. Mais les menaces qui planent actuellement sur nos sociétés touchent directement l’être humain. Faut-il sauver la planète pour qu’elle soit habitée par des robots à l’apparence humaine qui n’ont d’autre fonctions que la production et la consommation de marchandises ? Et le mot culture a beau être épuisé de trop de mésusages, on comprend, lorsqu’on voit la barbarie en actes envahir l’Occident et le monde, et qu’on lit dans la presse que l’écriture manuscrite deviendra d’ici 2014 un enseignement optionnel dans 45 États américains, que c’est bien de ça qu’il s’agit.
Nicolas Roméas, directeur de Cassandre/Horschamp
Nicolas Roméas @ 28 février 2013
La Générale mise à sac (en plastique)
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Non, ce n’est pas la fête des lampions en Thaïlande, c’est la vague annoncée par le plasticien Antoine Onzgi, et c’est à La Générale.
Un dernier salut à Stéphane Hessel ?
Tout se reconvertit, tout se recycle.
Voir plus bas (« De l’art de recycler ») pour les explications.
Thomas Hahn
Antoine Onzgi : « Air de l’Océan »
Installation à La Générale, 14 avenue Parmentier, 75011 Paris
Vernissage 28 février, 18h
Exposition 1 – 3 mars, 12-22h
Thomas Hahn @ 28 février 2013
Notre ami Stéphane Hessel
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L’immense Stéphane HESSEL s’en est allé cette nuit. Il était (et demeure) le Président d’honneur de l’Association des Amis de Cassandre/Horschamp, nous l’avions rencontré il y a quelques années au Plateau des Glières où se retrouvent des « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui ».
Depuis nous avons souvent cheminé ensemble, nous retrouvant lors de rencontres publiques à Théâtre Ouvert ou au Motif (dont certaines furent retranscrites dans la revue ou diffusées sur HorschampTV).
Avec lui nous garderons toujours en mémoire cette injonction faite à nous-même : «résister c’est créer, créer c’est résister», qui fait un bel écho à l’une de nos plus chères devises : «Résister-inventer»

Retrouvez ici, en accès libre, le numéro 80 de Cassandre/Horschamp dans lequel nous avons publié le premier grand entretien public que nous avions mené avec lui à l’hiver 2010.
Et ci-dessous la première partie de notre grande conversation au Motif, en 2011 :
Nicolas Roméas @ 27 février 2013
Lettre ouverte à ceux qui ont intérêt à faire croire que les politiques culturelles françaises sont un «échec»
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Non, la France n’a pas donné toute la mesure de sa capacité à défendre les couleurs d’un art et d’une culture réellement démocratiques. Loin de là. Ceux qui se battent pour ces enjeux le savent parfaitement. Surtout, elle n’a pas su projeter vers l’Europe ces valeurs qu’elle a quelques titres historiques à porter et dont elle devrait être le fer de lance. Tous les éléments sont là, à notre disposition. Un vrai trésor de guerre. Ce qui manque, c’est une volonté politique.
Car des pistes passionnantes furent tracées ici dont on cherche en vain l’équivalent ailleurs et dont il est temps qu’on se souvienne.
Ces pistes ne doivent évidemment pas être délaissées, elles doivent au contraire être suivies, approfondies, portées dans le présent. Parmi elles, celle, magnifique, de l’Éducation populaire, qui venait de très loin dans notre histoire et s’est concrétisée à la Libération avec la création par Christiane Faure d’une direction au ministère de l’Éducation nationale. Comme pour l’ensemble du projet imprégné des idéaux du Conseil National de la Résistance, il s’est agi d’une tentative de réaliser un rêve. Un rêve de démocratie à l’échelle d’une société, toujours à la merci des incertitudes humaines.
Ce rêve, c’est celui d’un art et d’une culture non uniquement voués à la production d’objets, mais considérés comme autant d’outils d’apprentissage de la vie commune. Comme chemins d’initiation.
Mais ce rêve, toujours considéré comme utopique – comme le fut celui de notre sécurité sociale – et qui est au cœur même de l’invention de notre service public de la culture, ce rêve sous-jacent au grand mouvement pour un art et une culture pour tous dont le travail de Jean Dasté à Saint-Étienne fut un bel exemple, niera-t-on que le travail d’idéalistes acharnés en a fait une réalité (1) ? 
Jean Dasté, fondateur de la Comédie de Saint-Étienne
Une fois passé l’élan des pionniers (3), la passion démocratique s’est inévitablement assoupie. Tentatives avortées, décentralisation de plus en plus laborieuse, baronnies locales, abus de positions de pouvoir institutionnel là où il eut fallu continuer humblement à se battre… Le regretté Gabriel Monnet put témoigner des obstacles rencontrés. Et ceux qui, comme nous, croient à l’évolution des formes par l’échange et ne se contentent pas d’un beau maillage favorisant la réception des arts dans tous les coins de France, ceux-là restèrent sur leur faim… Mais du moins ce maillage, inexistant avant-guerre, posait-il une base pour tenter d’aller plus loin.
Et si l’on se reporte au passé, d’échec nulle trace. Au contraire. (4) Dans un monde où la domination de l’économie étouffe ces valeurs, notre pays a su construire un service public des arts vivants. Ce n’est pas rien. Et ce n’est pas le moment de l’oublier !
Non, il n’est vraiment pas temps de renoncer. Considérer les aspirations démocratiques de nos politiques culturelles sous l’angle de l’échec n’est que la marque d’un choix politique. Car si l’on parle réellement de cette action culturelle et artistique qui ne peut porter ses fruits qu’au prix d’un exigeant travail quotidien, il ne s’agit jamais de succès ni d’échec. Il s’agit d’un combat incessant auquel il n’est jamais question de renoncer. D’un effort sans relâche. Car c’est le travail-même de la civilisation, travail sans fin qui fait de nous, comme l’écrivit Albert Camus, des «Sysyphe heureux». Mais pour que le chemin se poursuive, la mémoire doit en être transmise et c’est loin d’être le cas (5).
Sous les soubresauts de l’Histoire, une tenace aspiration à la démocratie culturelle se manifeste au moins depuis Condorcet dans notre pays (6). Cette aspiration s’est manifestée de diverses façon, en particulier sous le Front populaire, et, même sous le piteux régime de Vichy, elle trouva des chemins de traverse (7). Les volontés sont nombreuses qui n’attendent que la latitude nécessaire pour agir, et comme le disait Victor Hugo, il s’agit de ne pas les décourager.
Cette aspiration, c’est non seulement celle d’une richesse culturelle mise à la disposition de tous, mais d’une pratique de l’art et de la culture où chacun, avec ses compétences et sa sensibilité propre, doit apporter sa pierre à l’édifice. Cette conception, c’est celle d’un art considéré comme l’un des éléments centraux de la civilisation et l’un des outils majeurs de la construction de l’humain.
Cette démarche part d’un présupposé souvent négligé, parfois méprisé, en tous cas mal pensé car considéré comme impossible à faire entrer dans le réel. Ce présupposé induit que le geste artistique n’a pas comme unique objet de réaliser ce qu’on appelle une œuvre qui sera ensuite soumise comme le préconisait Malraux, à l’admiration du plus grand nombre, mais de révéler, autant que possible, la part créative de chacun.
Cette part créative prend forme et se révèle dans l’apprentissage de différentes techniques dont l’usage, à la fois personnel et collectif, initie à des langages symboliques. Ces langages mettent en mouvement et en dialogue cette part de l’esprit qui est de même nature que le rêve. Celle-là-même que les dominants actuels considèrent comme «inutile».
Considérer le geste de l’art de ce point de vue, c’est replacer ses pratiques dans le contexte de la construction de l’être humain, celle d’un être sensible outillé de langages. Un être dont la finalité, n’est pas, comme celle d’une machine, de remplir efficacement un rôle de production, mais de s’ouvrir à ce qui nous est spécifique, la richesse de l’âme humaine. Richesse à laquelle nous accédons par des symboles, ce qui implique de s’ouvrir au monde non seulement par la connaissance, mais aussi par une approche émotionnelle. Très souvent, lorsqu’on parle d’art, la notion d’esthétique vient à l’esprit. Or, il est important de s’en souvenir : l’étymologie de ce mot n’évoque pas la recherche d’une beauté (ou d’une anti-beauté) figée ou «calibrée», mais l’ouverture à un univers de sensations chargées de sens, par définition partagées, et donc mises en action.
Il ne s’agit pas seulement, comme on le pense parfois, d’une nuance, même importante, entre deux conceptions de l’art et de la culture que l’on distingue généralement en «démocratie» et «démocratisation culturelle».
Ce sont deux façons diamétralement opposées de considérer la question, dont on peut dire, sinon qu’elles se divisent en visions «de gauche» et «de droite», du moins qu’elles marquent d’une part un projet démocratique au sens fort et d’autre part une volonté d’appropriation par les élites détentrice de ce que Pierre Bourdieu nomme capital culturel. (8)
Aujourd’hui, devant l’invasion des industries culturelles de masse, ce débat peut sembler dépassé. Mais il est d’autant plus urgent de faire entendre le véritable sens de l’échange artistique. L’un de nos principaux outils de civilisation.
Lorsque en 1998 l’équipe de Catherine Trautmann osa proposer à la profession une «Charte des missions de services publics de la culture», qui avait pour objet simple et modeste de rappeler à leurs devoirs – et notamment celui de se préoccuper des moins favorisés – ceux qui dépendent de l’argent public, le moins qu’on puisse dire c’est que celle-ci fut mal reçue. Ce n’était malheureusement qu’une «charte» et la ministre ne résista pas longtemps à la bourrasque provoquée dans le milieu professionnel institué par son audace insigne. «De quoi vous mêlez-vous ? Nous sommes patrons chez nous, nous connaissons notre boulot. Vous voudriez m’obliger à m’intéresser aux quartiers difficiles de ma ville, aux écoles, mais enfin, Madame, vous n’y connaissez rien… Je m’occupe d’art, pas de socio-culturel !» Ceux qui se sont coulés dans les rôles construits avec courage par les pionniers du temps de Jeanne Laurent et en ont fait des postes de pouvoir, supportent mal le rappel des fondamentaux. Voilà l’une des causes de la situation actuelle pour ce qui est de l’institution des «arts vivants». Une occasion ratée. Tout n’est pas seulement dû à des votes malencontreux. Beaucoup de «responsables» n’ont pas agi en responsables.
Les idéalistes, on les écouta un peu dans l’après-guerre, car on revenait de très loin. Mais en temps de paix, il est rare qu’on ait envie de faire autant d’efforts, car les ténèbres ont été repoussés et l’on se croit à l’abri. C’est un leurre, bien sûr. Des passeurs comme Stéphane Hessel, nous le rappellent aujourd’hui : rien ne va jamais de soi en la matière. Les ténèbres sont là, tout près, menaçant de grandir, et une guerre terrible est en cours. Celle du chiffre contre le symbole. Celle d’une vision du monde qui mesure, évalue, calcule, vend et achète, contre cet univers de l’immatériel et de l’insaisissable, de l’immesurable, de l’incalculable, qui est la fragile mais seule vraie richesse des humains. Lorsque tout ce qui est de l’ordre du symbolique en sera réduit de force aux catégories des marchands, il ne restera aucune place pour le rêve.
Mais comment voudrait-on que cette grande idée puisse vivre comme une exception, un luxe, presque une aberration, isolée dans une Europe imprégnée d’ultra-libéralisme et tout entière axée sur le chiffre ? Ce débat doit exister publiquement et largement dans le monde. Alors, c’est maintenant. Il faut prendre conscience que cette question est vitale. Loin de renoncer à ce qui fait notre vraie force, il faut faire entendre et partager nos valeurs, celles de l’esprit, celles du symbole, dans tous les domaines, l’Éducation, la Recherche, toutes les pratiques de l’art, car en la matière rien n’est jamais tout à fait séparé. Il faut le faire entendre non seulement aux autres européens mais partout, car tous sont concernés, et nombreux sont ceux qui attendent ce message. Il faut nous relier à tous ceux qui, partout dans le monde, défendent la civilisation du symbole contre celle du chiffre.
Nicolas Roméas, directeur de Cassandre/Horschamp
On peut signer sur le site www.horschamp.org l’Appel «Impossible absence».
1 – En particulier les pionniers des mouvements Peuple et culture et Travail et culture.
2- Le dernier en date à ma connaissance eut lieu à Beaumes de Venise en 2009 sous l’égide du Théâtre Régional d’Action Culturelle.
Ils ne sont pas officiellement supprimés, mais on ne sait pas à quel ministère ils sont rattachés aujourd’hui !
3 – Cf les remarquables ouvrages de Robert Abirached «la décentralisation théâtrale» en quatre tomes.
4 – Lire à cet égard le remarquable papier de Jean-Pierre Vincent «Défense de l’art pour tous» Le Monde du 20 décembre 2010.
5 – cf les passionnants travaux de Franck Lepage sur le sujet ainsi que son cycle de «conférences gesticulées» : Incultures1 et 2, accessibles sur internet : http://tvbruits.org/spip.php?article981.
6 – cf Michel Rieux : Histoire de l’Éducation populaire : Condorcet présente en 1792 un rapport sur « l’organisation générale de l’Instruction Publique » dans lequel il parle d’une instruction pour l’ensemble du peuple, y compris pour les adultes.
7 – Cf L’ouvrage de Serge Hadded Le théâtre dans les années-Vichy (Ramsay, Paris, 1992) et se reporter également à l’histoire du mouvement Jeune France dirigé par Pierre Schaeffer.
8 – Pierre Bourdieu analyse en particulier le mécanisme de l’usage des avantages liés au «capital culturel» dans son ouvrage Les Héritiers.
Pour en savoir plus sur les enjeux et l’histoire de l’Education populaire en France : Christian Maurel (« Éducation populaire et puissance d’agir. Les processus culturels de l’émancipation ». Paris. Éditions L’harmattan, 2010),
Nicolas Roméas @ 9 janvier 2011
Pour une nouvelle dramaturgie des nominations
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Le débarquement programmé d’Olivier Py de la direction de l’Odéon – Théâtre de l’Europe puis sa nomination surprise à la tête du festival d’Avignon ont suscité un émoi certain dans la communauté culturelle. Nombreux sont ceux qui se sont positionnés, en défense « de la victime », brutalement débarquée par Frédéric Mitterrand, en oubliant parfois les conditions même de sa nomination.
L’émotion est d’autant plus grande qu’elle arrive après une succession de nominations à la direction d’institutions théâtrales ou chorégraphiques à la procédure un peu étrange (Montpellier, Lyon Marseille..) Loin de nous l’idée de discuter de la qualité des candidats nommés ou écartés. Il serait pour le moins curieux de trouver que Luc Bondy est meilleur qu’Olivier Py ou l’inverse. La valeur artistique d’un metteur en scène ne se résume pas à la manière dont celui ci a été nommé.
Depuis 2 ans, le moins que l’on puisse dire c’est que les procédures exceptionnelles se succèdent, les règles établies disparaissent.
Pour le cas d’espèce, la nomination au poste de directeur de théâtre national, c’est le conseil des ministres qui décide, par décret, sur proposition du Président de la République …
À notre sens, le vrai problème se trouve là. Ce mode de nomination de ces directeurs (et plus rarement des directrices !) par décret présidentiel (ou ministériel pour les Centres Dramatiques Nationaux et les Scènes Nationales) date peut-être d’un autre âge, d’un autre siècle.
Tant que l’on continuera à fonctionner de cette manière, d’être dans le fait du prince, le bienfondé de ces nominations fluctuera au rythme des humeurs du monarque. Il est temps que, là aussi, nous passions à système plus démocratique, plus transparent. Un système qui pose des critères d’abord. Pourquoi est-on choisi pour diriger un théâtre ? À quelle mission de service publique répond-on ? Quel est le cahier des charges ? Qui en discute ? Et du coup qui décide ?
Un système qui prenne en compte la diversité des interventions publiques. À l’exception notable des théâtre nationaux, toutes les institutions théâtrales sont aujourd’hui pluri-financées par l’Etat, les collectivités territoriales et même certaines d’entres-elles par le mécénat privé. Comment prend-on en compte cette diversité des financements sans que chacun cherche à tirer la couverture à lui ? Le système tel qu’il existe aujourd’hui, renvoie chacun dans un rôle caricatural : l’édile qui cherche à faire venir une vedette et le ministre qui veut placer ses amis. La concertation, qui est pourtant prévue pour les nominations à la direction de ces institutions culturelles ne fonctionne plus. Ainsi, comme on l’a vu récemment lors de la nomination de Macha Makeiff au Théâtre de la Criée à Marseille, la concertation a fait long feu et l’Etat a imposé sa candidate à la Ville et à la Région.
Comme dans d’autres domaines c’est donc de coopération qu’on a besoin a cet endroit : coopération des partenaires dans le choix des projets artistiques et culturels présentés, incarnés par les directeurs(trices) candidats(es). Au regard du contexte, l’innovation est aussi à rechercher dans ce moment très politique de la nomination d’un directeur ou d’une directrice. Cette décision pourrait-elle enfin symboliser cette coopération tant affichée par la puissance publique ?
Donc un mode de désignation qui prenne en compte les avis de tous. Des professionnels, bien sur, qui sont rarement consultés. Pour preuve la bronca qu’a provoqué la révocation d’Olivier Py. Mais aussi le public, ou plutôt les habitants. Après tout, le sujet les concerne très directement. On pourrait fort bien réfléchir à des moyens d’associer les spectateurs « émancipés » à ces décisions majeures. Rappelons à cet égard que les théâtres nationaux sont d’abord des théâtres publics.
Espérons que nous pourrons tirer des enseignements de cette situation. Il y a nécessité à avancer et sortir de ce cycle infernal ou comme le rappelait le ministre de la culture, sous la forme d’une boutade, dans une interview au JDD en avril 2010, à propos des nominations à la direction des théâtres : « il n’y a pas de procédure, juste des usages ». Il nous faut sortir d’une dramaturgie de la victimisation dans les nominations, en valorisant les projets réalisés et présentés. Cela suppose de définir collectivement des procédures de nomination d’une part – comme c’est prévu par exemple dans les Établissements Publics de Coopération Culturelle (EPCC) -, de définir de réelles modalités d’évaluation d’autre part. C’est la question du contrat dans toutes ses dimensions qui est posée ici.
A défaut de changer ce système de nomination, nous seront amenés à revivre perpétuellement les mêmes histoires. Sous la forme de tragédie, ou sous celle d’une farce.
Frédéric Hocquard, directeur de L’EPCC Arcadi
Didier Salzgeber, Coopérateur culturel
Nicolas Roméas @ 21 avril 2011
La société des scènes
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Et si nous assistions peu à peu à la fin du temps du spectacle ? Il est passé le temps où le poste de télévision montrait à la famille rassemblée ce qu’il fallait voir. La téléréalité passionne de moins en moins les foules, le grand spectacle des pouvoirs est partout mis en doute, voire renversé par les peuples. Et si peu à peu le spectacle n’était plus là ? Nous serions alors passés à une autre société, celle que j’appellerais la société des scènes.
Dans cette société là, chacun se met en scène, et le spectacle n’a plus lieu que pour soi-même. Aujourd’hui les avatars et les photographies de blogs se succèdent et défilent sous nos yeux, comme autant de petites scènes, où nous nous fixons parfois, où qu’on quitte rapidement pour en rejoindre une autre. La télévision, ou l’art du spectacle, ne rassemble plus vraiment, ou devient comme un vieux passe temps oublié, tout défile désormais, jusqu’à ce que nous choisissions la scène qui nous plait. Allons-nous regretter le spectacle ? Ce mode de diffusion qui dominait les foules, qui rassemblait petits et grands, qui instruisait et guidait tous et chacun ? On a envie de dire « non », le situationnisme nous a réveillé, le spectacle était mauvais, adieu spectacle, place à la liberté ! Seulement voilà, dès qu’un moyen de domination des masses, vibrant et efficace, est repéré, dénoncé, abandonné, il faut s’attendre à l’invention d’un autre moyen plus discret.
Les tablettes graphiques sont ainsi de remarquables petites scènes. On peut y loger discrètement un logiciel espion, « mobyle spy », qui enregistre tous vos déplacements et un peu tous vos gestes. Une quantité de ces petits logiciels se renseignent ainsi sur chacun, offrant à la curiosité de tous l’ensemble des éléments reliés les uns aux autres. Or comme chaque petite scène est devenue presque toute une vie, de la naissance au décès, comprenant toute la mise en scène de soi-même, des emplois du temps jusqu’aux facettes les plus cachées, ainsi que le réseau d’amis, et les réseaux de chacun des amis de ces amis, etc…. le logiciel espion peut suivre et connaitre chacun entièrement. La parade à cela ? Jouer, comme on joue sur une scène, se déguiser, mentir, inscrire de faux renseignements, tromper la galerie. Or j’ai remarqué qu’une sorte de vigilance collective interdisait le mensonge. De Facebook (500 millions d’utilisateurs), à Second Life (le grand jeu de scènes mondial avec ses 15 millions d’utilisateurs), chacun est traqué, questionné pour le surprendre en délit de mensonge. Car le mensonge est ce qui rend la scène dangereuse, insaisissable, incontrôlable. Le « trop de réalité » d’Annie Lebrun s’est imposé dans la vaste société des scènes. Ici, on ne ment pas.
L’autre objet de contrôle est celui de l’enthousiasme. La multitude et la diversité des scènes pourraient être un infini porteur d’enthousiasme libre. Parfois cela arrive et on découvre comme par miracle une œuvre originale, surprenante, comme transportée vers soi par un océan d’enthousiasme. C’est certainement cette liberté qui a permis les premières révolutions arabes, comme une faille dans un système archi contrôlé : l’énergie collective d’un enthousiasme général peut être le moteur d’une rébellion physique. Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus de révolutions permanentes, physiques, concrètes, un peu partout dans le monde ? C’est que justement l’enthousiasme n’est pas libre. La technique est simple : nous sommes noyé de pseudo enthousiasme, une marée de buzz et de publicité qui cache et compromet toute manifestation sincère. Une anecdote à ce sujet, je reçois ce matin un commentaire à un de mes poèmes postés sur le net qui m’affirme: « J’adore vous relire régulièrement. Vos avis et informations sont systématiquement délicieux. Excellent post. Merci beaucoup pour ces informations et liens. Je partage totalement votre opinion. » Après vérification et quelques secondes de gloire intime, je me rends compte qu’il s’agit d’une offre de plombier à domicile sur Versailles…
Or l’enthousiasme libre est le concret moteur de l’art, comme de la vie collective. Au fond, on fait de l’art pour ça. C’est-à-dire que notre principal moteur de création, et notre mode de sélection légitime est dévoré par le système, nous sommes sans moteur, ou avec un moteur qui tourne à une cadence folle, incompréhensible, car faussé, trafiqué.
Dans la société des scènes, je revendique le droit au mensonge, comme à l’enthousiasme libre. Si on sort de cette société, si on quitte sa propre scène, on disparait, et cette disparation nous condamne à n’être plus présent aux autres – c’est une exclusion qu’il est difficile de justifier puisqu’on se prive même des moyens de colporter cette justification. Le bagne d’aujourd’hui est la radiation de compte internet, la confiscation du mobile, l’anéantissement de la scène personnelle, c’est-à-dire de l’existence et du langage. Se priver de sa scène n’a même pas la force d’une grève de la faim par exemple, c’est un geste qui n’a pas de sens. On devient rien et on ne peut même plus le twitter.
Il existe bien sur la rébellion par l’informatique même, l’invention d’un virus, la destruction des scènes par un logiciel malveillant au comportement aléatoire. On ne saisit pas très bien les contours de cette guerre là, sinon qu’on se retrouve à devoir s’équiper d’anti virus qui nous installent de notre propre consentement des logiciels espions. Ca fait penser au premier terrorisme des nihilistes russes, ils avaient certainement raison d’agir, mais chacun de leur geste renforçait l’oppression car il n’était pas compris sinon du pouvoir dominant.
Alors il y a le jeu, le jeu sur la scène, le mensonge et l’illusion, ou bien l’extrême vérité. Rappelons-nous le détournement des scènes à la Foire St-Germain et ailleurs, du temps des interdictions et des monopoles royaux, des mimes et des poètes. Puisqu’on ne peut se passer d’être en scène, notre seul espoir est le mensonge et la folie. Sous les masques il se dit des choses, et chacun sait lire entre les lignes des mensonges, les vérités de l’humain.
Olivier Schneider.
Nicolas Roméas @ 27 avril 2011
L’affaire PY est épatante…
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L’affaire PY est épatante, car elle permet de bien éclairer les mœurs du Théâtre Public.
Il est curieux de voir le silence qui l’entoure.
C’est normal, parce que nous sommes tous en lien avec le Ministère de la culture qui reste une manne nourricière pour pas mal de monde, alors seuls les anciens, qui n ‘attendent plus de nomination osent quelques critiques contestataires.
Mais on se demande si les partis socialistes ou communistes existent encore, et on devine qu’une fois de plus ils vont faire campagne en faisant l’impasse sur la culture considérant que c’est un « truc » à perdre des voix.
J’en profite, le théâtre de l’Unité va recevoir le prix SACD des arts de la rue, je me dis qu’au moins peut –être, ce prix peut servir à être écouté quelques minutes.
J’ai vu passer depuis 1971 des trains entiers de ministres de la culture. De Lang je me suis promis de ne jamais dire le moindre mal, un ministre qui tient ses promesses, on ne le critique pas. Ensuite à chaque nomination, on descendait d’un cran, avec Albanel on se disait qu’on n’irait pas plus bas, mais voilà qu’on la regrette.
Maintenant il ne s’agit plus de faire de la bobologie, le théâtre public a besoin d’une chirurgie radicale.
Je pense et j’estime que le réseau « Le Pillouer » ou réseau « Syndéac » est moribond.
Les publics ne se renouvellent plus, les systèmes d’abonnements sont périmés, les soirées y sont mortifères. Or les infrastructures ont de la valeur, il y a de l’argent qui circule, ce qui manque ce sont les idées. D’où cette invention du conseil national de la création qui aurait été une sorte de « machine à innover » de ce réseau fatigué.
Le problème, c’est que tout ce que proposaient ces innovateurs existait déjà en dehors de l’institution. Le problème, c’est qu’un vrai projet culturel pousse avec la même lenteur qu’une plante.
Donc ce conseil national a pris la bonne résolution, arrêter les frais.
Il y a en France un « tiers théâtre » qui est inventif, énergique, conquérant, qui laboure et fait des miracles. C’est un tissu associatif, un riche humus formé de compagnies, de lieux alternatifs, de friches urbaines, d’expériences hors les murs. Il y en a des milliers sur le territoire français. Un certain Duffour, secrétaire d’Etat avait décidé d’en faire l’inventaire et y avait deviné un certain avenir de la culture.
Mais Tasca puis la droite -Aillagon, se sont empressés d’oublier cette richesse-là.
Ces « nouveaux territoires de l’Art » comme on les avait appelés, oeuvrent dans l’ombre. Jamais une ligne dans Télérama, ou dans le Monde, ce sont des artistes et des lieux qui n’ont aucun budget de communication. Donc c’est comme s’ils n’existaient pas.
Seule la revue Cassandre/Horschamp relate quelques-une des ces réalisations.
Donc la mode est aux nominations. Manifestement, c’est une catastrophe. Et cela devient de pire en pire. Les moins disants culturels emportent tous les marchés, puisque la qualité recherchée par le ministère et les villes, c’est transparence, conformisme et absence de projet.
Alors me direz –vous, pourquoi avez vous été nommés, vous Jacques Livchine et Hervée de Lafond à la tête d’une scène nationale, celle de Montbéliard que vous avez appelée « centre d’art et de plaisanterie » ? Je réponds, c’était il y a 20 ans, c’était encore Lang et Faivre d’Arcier à la tête du théâtre en France. Depuis tout s’est détérioré.
Il faut tout repenser. L’intelligence du théâtre est toujours collective. Or tous ceux qui ont le désir et l’envie de se présenter collectivement sont invariablement éliminés.
Les ancêtres de la décentralisation inventaient leurs lieux, recrutaient leurs équipes, le militantisme y était notoire.
Le Syndéac a transformé les lieux culturels en entreprises, avec un patron et des employés, et des conventions collectives. C’est pas trop bon pour l’Art ce type d’organisation.
La lutte des classes est remplacée par la lutte des places. Bizarrement cela ressemble aux primaires du parti socialiste. On essaye de se glisser dans la short list. Certains se présentent une dizaine de fois, ils acquièrent la compétence du bon candidat, propre sur lui, et s’adaptent au désir de l’embaucheur.
J’aime dire qu’un poète comme Artaud n’aurait eu aucun succès auprès de nos Dracs. On lui aurait demandé son projet A 4 !
Ayant dirigé une scène nationale avec Hervée de Lafond, pendant neuf ans, je sais à quel point c’est un outil remarquable à condition de le piloter avec intrépidité.
Notre premier mot d’ordre était : « il ne s’agit pas de remplir le théâtre de Montbéliard mais de remplir de théâtre Montbéliard ».
Et nous y avons inventé mille et une fêtes, la fête du Malheur, les Sardanapales, le réveillon des boulons, le théâtre qui décoiffe, les samedis piétons, la riposte des exclus etc.
Nous nous adressions non pas à un public de théâtre, mais à la ville toute entière. Alors évidemment, nous étions loin des directeurs-programmateurs d’aujourd’hui.
Ce n’est pas très élégant de se mettre en avant comme je le fais, mais il y a un tel potentiel en matière de culture en France qu’on a l’impression d’assister à un assassinat.
Traversez la Manche, allez voir le British National theater, qui lui n’a pas honte d’inviter du théâtre de rue.
La frilosité est mauvaise conseillère. L’Art, c’est le risque, et il y a encore quantité de zones vierges, et à Montbéliard, nous avions décidé de démissionner tous les ans, pour ne pas nous installer dans le confort financier qui nous était offert.
Au bout de neuf ans, considérant que nous avions fait le tour de ce qui était possible de faire, nous sommes partis sans attendre une fin de contrat.
Bref, il faut garder l’espoir que ces présidentielles vont être l’occasion d’un grand remue méninges qui mettra un point final au système castique du théâtre public d’aujourd’hui.
Ce n’est surtout pas d’un Grenelle de la culture, d’une loi cadre, d’une grande messe ou d’un second entretien de Valois, surtout pas de ces anesthésiants dont nous avons besoin.
Il faut simplement avoir le courage de nommer des équipes qui ne considèrent pas la culture comme de la consommation de spectacles et la recherche d’abonnés, mais comme un combat, comme une guérilla, comme une bataille avec les armes de l’esprit, des équipes persuadées que le peuple peut se passer de théâtre, mais que le théâtre ne peut pas se passer du peuple, et que l’Art n’aime pas trop les lits que l’on fait pour lui.
Jacques Livchine
Metteur en songes
Prix SACD 2011
Nicolas Roméas @ 3 mai 2011
Au Maroc, la guerre du Rock aura-t-elle lieu ?
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Turbulences au Maroc : La Culture s’immisce dans le débat. Alors que le mouvement du 20 Février relaye les appels de la rue à la démocratisation du Maroc, que les partis politiques restent désarmés face à leurs contradictions quant à la réforme constitutionnelle, les artistes, activistes culturels et autres aficionados de la scène underground n’oublient pas de mettre aussi la pression côté culture…
Depuis désormais 10 ans, le Festival Mawazine réunit à Rabbat tout le gratin du Showbizz mondial.
Financé par Mohamed VI lui-même, soutenu par le sponsoring de grands groupes industriels dans lesquels le Palais possède également des parts, cette vitrine éphémère de l’ouverture du Royaume aux musiques actuelles mainstream n’a jamais fait l’unanimité dans le microcosme des activistes de la culture.
Avec 5 grands festivals organisés de mai à juillet, le Maroc s’est depuis une quinzaine d’années spécialisé dans ce type d’évènements visant un public de masse. Mais cette politique culturelle du coup d’éclat a-t-elle une réelle incidence sur l’émergence des talents et des artistes locaux ?
Pour beaucoup, tous ces festivals, aussi indépendants soient-ils, servent de caution médiatique, d’écran de fumé camouflant le désengagement total de l’État a l’égard d’une scène contemporaine à ses yeux trop souvent revendicative.
Depuis une quinzaine d’années, le milieu alternatif, et en particulier celui de Casablanca, sœur siamoise et rebelle de l’impériale Rabbat, milite pour un Maroc à la fois fier de ses racines et tourné vers l’avenir. Rap, métal, fusion funk/gnawa, il ne faut pas tant chercher pour découvrir ce Maroc très rock. De plus en plus structuré, il rappelle à de nombreux égards la scène alternative française de la fin des années 80.
Autonome, sans subvention, il s’appuie néanmoins sur les fortunes de certains jeunes mécènes désireux de permettre aux artistes de chez eux d’exister et de progresser. Il n’empêche, tout est question de système B, de débrouille, de galères, et d’embrouilles.
Aujourd’hui, la coupe est pleine : il s’agit de demander des comptes quant aux 25 millions d’euros de budget de Mawazine lorsque le ministère de la Culture est aussi doté qu’une coquille vide. Devant l’indécence d’une telle débauche de moyens, les jeunes s’en sont pris les semaines dernières aux installations qui commençaient à être mises en place à Rabbat. Cette années, la sécurité du Festival sera assurée par l’armée…
L’enjeu n’est pas secondaire : c’est tout le système marocain qui s’éclaire à la lumière de la Culture… Mainmise du Palais sur l’économie, auto-censure des relais de paroles critiques n’osant pas affronter le « Commandeur des Croyants », frustration d’une jeunesse infantilisée que l’on envoie faire joujou lors de show monstrueux sans lui permettre de découvrir les créateurs de leur propres pays, hérauts des revendications qu’eux-mêmes murmurent au quotidien, dos au mur…
Avec sa politique de développement de projets et d’accompagnement, associés au Tremplin musical qui se déroule tout au long de l’année, L’Boulevart de Mohamed Merhahi est le meilleur contre-exemple à opposer aux arguments rétorquant que le peuple ne serait pas prêt à assumer de nouvelles libertés. La semaine dernière, à Londres, c’est toute la structure des réseaux de musiques actuelle casablancais qui se sont vus récompensés par le prix de meilleur entrepreneur musical de l’année décerné à « Momo ».
Plutôt que de se demander, plein de morgue, si c’est vraiment le moment de parler culture lorsque les enjeux sont autant politiques, il s’agirait peut-être de se demander s’il est possible qu’une politique, quelle qu’elle soit, ne soit pas culturelle au final…
Eddy Maaroufi
Pour en savoir plus:
Appelée Nayda par les médias, la « contre-culture » marocaine associe créativité et lutte alter-mondialiste
Le mouvement du 20 février regroupe tous ceux qui s’engagent pour une démocratisation et une meilleure répartition des richesses au Maroc
Les anciens abattoirs ont été sauvés et sont aujourd’hui l’un des hauts lieux de la culture indé casablancaise !Mouvement du 20 février
Hedi Maaroufi @ 6 mai 2011
Lettre ouverte à Martine Aubry (parue dans Mediapart le 7 mai 2011)
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Chère Martine Aubry,
Lorsque nous nous demandons quel candidat, au deuxième tour d’une élection présidentielle cruciale, pourrait porter les couleurs de la gauche en étant à l’écoute de ceux qui veulent en finir avec le marketing néolibéral, c’est à vous que nous pensons.
Depuis longtemps, nous vous observons et nous observons les autres. Nous ne croyons pas aux miracles, nous n’attendons pas de femme ou d’homme providentiel. Mais nous croyons à votre sérieux. Et nous pensons qu’aujourd’hui le sérieux est de mise. Nous sommes certains que la France mérite beaucoup mieux que le délitement actuel et nous savons que vous partagez cette certitude.
Pourtant nous sommes étonnés et, vous l’avouerai-je, très inquiets, d’une absence. Une absence pas absolument totale, certes, mais qui nous laisse un goût amer, un goût de manque, et qui pour tout dire nous effraie : le peu de place que tient ce qu’on appelle «culture» dans le programme du parti socialiste français. Bien sûr, la culture et l’art, nombreux sont aujourd’hui ceux qui ont tendance à penser que c’est une affaire compliquée, réservée aux spécialistes et aux professionnels. Et ceux-là n’osent guère s’aventurer dans cette zone à risque, remplie de chausse-trappes et de faux semblants, où corporatismes et féodalités masquent la forêt essentielle. Mais en réalité (et nous croyons que si le personnage public l’oublie parfois, la personne privée le sait bien), il s’agit de tout autre chose.
Non, ce n’est pas une affaire de spécialistes. Et il ne s’agit pas non plus de loisirs. Nous parlons ici, chère Martine Aubry, d’une question absolument centrale pour l’avenir de notre civilisation. Nous parlons du choix que nous serons ou non capables de faire entre la construction d’un monde fondé sur ce que nous appelons l’humain et une société qui nous mène à la barbarie.
Comme le montra Jean Itard dans le Mémoire sur Victor de l’Aveyron qui fournit à François Truffaut la matière de L’Enfant sauvage, l’humain ça ne tombe pas du ciel. Ça se fabrique, ça prend du temps et ça n’est pas facile. Ça se fabrique avec des mots, avec des images, des symboles, avec du passé. Avec de la transmission. Avec tous les outils immatériels qui permettent de construire et nourrir un imaginaire à la fois partagé et intime. Avec tous les outils du symbolique. L’art et la culture, ce vaste univers de symboles qui ne peut être quantifié sans perdre sa substance, ça n’est pas moins que ça. Les outils de la construction de l’humain.
Et il est évident qu’en la matière tout est lié. L’art, bien sûr, sous toutes ses formes, la recherche et évidemment l’éducation. Tout cela marche ensemble ou rien ne marche.
Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. Nous devons nous opposer frontalement à cela. Car nous parlons ici de valeurs de gauche qui doivent être défendues à gauche.
Et nous parlons d’un domaine où les frontières ne peuvent être abolies. Peut-être l’ultime domaine où la frontière entre ce qu’on nomme la gauche et la droite, entre le partage et l’égoïsme, ne pourra jamais être abolie. Car lorsque l’art et la culture ne sont plus envisagés sous l’angle de leur circulation démocratique et de l’échange qu’ils induisent, il n’est pas sûr qu’ils existent encore pour ce qu’ils sont vraiment. En tant qu’art et en tant que culture en action dans la société.
On peut en faire des objets d’admiration ou de commerce, et on ne s’en prive pas. Mais là, c’est autre chose : l’essentiel disparaît. On s’attache au visible, au brillant, à ce qui rapporte du pouvoir ou de l’argent. Mais lorsqu’on néglige les nappes phréatiques pour n’accorder d’importance qu’aux jeux d’eau des bassins royaux, il n’est pas sûr que ces bassins puissent longtemps être alimentés. Il faut défendre et faire entrer dans le futur ces inventions extraordinaires qui naquirent dans notre pays après la Libération au prix de durs combats et qui sont aujourd’hui en danger, de l’Éducation populaire au système de l’intermittence. Il faut rappeler que le service public de la culture français fut un outil important de la reconstruction du pays et qu’il doit être un élément crucial de sa refondation. Car cet outil nous a permis et nous permet de véhiculer l’essentiel, au-delà de tout phénomène médiatique et de toute rentabilité. L’essentiel, en un mot, c’est ce que Peter Brook nomme la relation. Laisserons-nous notre civilisation, déjà gravement altérée par l’individualisme, être amputée de ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse commune ? La culture, c’est l’outil de la relation.
Il y a une trentaine d’années, lorsque René Dumont et ses amis tentèrent de nous alerter sur les dangers que font courir à la planète la surexploitation des ressources et un productivisme incontrôlé, on les écouta peu. On ne prit guère au sérieux ces «gentils» amoureux de la nature. On pensait qu’il y avait d’autres priorités, bien plus graves et urgentes. Il a fallu le patient acharnement de ces pionniers et quelques gravissimes catastrophes pour que le mot «écologie» s’installe dans notre vocabulaire, au point que même les ultralibéraux s’en emparent. Nous savons tous aujourd’hui que la terre est en danger. Mais, en admettant que nous la sauvions de ce danger, de quelle humanité la peuplerons-nous ? D’un semblant d’humanité formaté, privé de culture et d’imaginaire, sans passé, plus proche du robot que de l’idée que nous nous faisons de l’humain ?
Attendrons-nous, cette fois encore et pour le pire, ces catastrophes qui risquent d’être irrémédiables, avant de mesurer l’enjeu ? Non.
Être à gauche, cela implique de le faire maintenant. Voilà pourquoi, chère Martine Aubry, nous vous en conjurons, il faut d’urgence prendre cette question au sérieux, il faut donner une très grande importance, dans le programme de votre parti, à cet enjeu central de civilisation.
Tant qu’il est encore temps.
Très amicalement à vous,
Le 7 Mai 2011
Nicolas Roméas, directeur de Cassandre/Horschamp
www.horschamp.org
Nicolas Roméas @ 8 mai 2011
Anonymous: « Mon nom est Personne. »
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« We are Anonymous. We are Legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us. »
Devise des Anonymous
Du 10 mars 2011 au 15 septembre 2011, sur le site du Musée de Jeu de Paume, l’exposition Identités Précaires présente une vingtaine de projets nous interrogeant sur l’anonymat et l’identité comme phénomène instable. Anonymous, mème issu de la cyberculture, nous propose un nouveau modèle d’action collective.
Le militantisme anonyme a longtemps été jugé avec méfiance, voire avec une certaine suspicion de lâcheté. Mais dans notre époque de surveillance globale, la dissimulation semble pourtant être le meilleur outil des activistes.
Aujourd’hui, dans le nouveau territoire en perpétuelle extension qu’est le web, une nouvelle espèce de rebelles a vu le jour: les Anonymous, les Anonymes…
Derrière cette étiquette collective, une somme d’identités dispersées et autonomes, une multitude1, diraient les penseurs altermondialistes Negri et Hardt. Une dissidence plurielle sans leader ni mot d’ordre, si ce n’est la défense à tout prix des libertés d’expression et de circulation, sur le web comme ailleurs. Pas de leader, mais un seul visage: celui de Guy Fawkes2, inspirant le masque du héros vengeur de V comme Vendetta, la bande dessinée culte d’Alan Moore et David Lloyd.
Lorsque le web a vu le jour, inaugurant de nouvelles pratiques communicationnelles, les plus férus de ces échanges dits « virtuels » se retrouvèrent sur des sites appelés imageboards, des plate-formes anonymes de partage d’images. Beaucoup des utilisateurs de ces sites étaient des hackers, ces « bidouilleurs » s’amusant à aller toujours plus loin dans le détournement des objets informatiques et cherchant toujours à repousser les limites fixées par les dispositifs sécuritaires.
Anonymous n’était à l’époque que la signature par défaut de ceux qui choisissaient de ne pas se dénommer lorsqu’ils postaient des images.
À partir de 2003, ces réseaux d’internautes commencent à revendiquer cette appellation générique: le collectif est né.
En 2006, année de la sortie du film V comme Vendetta3, les chosent prennent une toute autre ampleur, bien plus politique.
Au gré de leurs indignations, les Anonymous lancent leurs premières attaques en inondant les sites ennemis d’informations inutiles qui les rendent inutilisables, provoquant un « déni de service ».
En 2008, le Projet Chanologie regroupe les nombreux raids s’en prenant à l’Église de Scientologie.
En 2010, Opération Payback et la campagne Avenge Assange viennent prêter main forte à Wikileaks et à son fondateur, censurés et traqués de toute part.
En 2011, les Anonymous utilisent leur force de frappe pour soutenir les révolutionnaires tunisiens et égyptiens, lors d’attaques qui empêcheront les dictatures de reprendre le contrôle du net, base arrière des insurgés.
En avril dernier, l’opération Sony s’en prend aux serveurs de jeux en ligne du géant de l’entertainment, afin de défendre les droits des consommateurs. Mais la trivialité du motif (défense des gamers) laisse apparaître les premiers signes de division au sein du mouvement. Pour une partie du réseau, cette attaque galvaude le sens de la lutte des Anonymes. Aujourd’hui, au sein du noyau dur, un règlement de compte semble avoir lieu…4
Impossible de dire qui sont les Anonymous. Cette communauté est ouverte, telle une nuée d’oiseaux allant dans la même direction. À tout moment, l’on peut la rejoindre ou la quitter.
Si cette démarche n’est pas artistique, à proprement parler, elle n’en est pas moins fondamentalement culturelle, avant d’être politique. De plus en plus d’Anonymous postent sur le net des messages subversifs concernant tous les aspects de la vie. Petit à petit, ce réseau déborde du seul milieu des hackers. Ainsi, nous assistons à une véritable révolution dans la relation locuteur/destinataire:
Si je ne sais pas qui me parle, que devient mon rapport au message?
1« La multitude est un réseau ouvert et expansif dans lequel toutes les différences peuvent s’exprimer librement et au même titre, un réseau qui permet de travailler et de vivreen commun ». Negri et Hardt, Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire, Paris, La Découverte, p. 7.
2http://en.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes
Hedi Maaroufi @ 25 mai 2011
Taiwan en Avignon : 5ème
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Pour la cinquième année consécutive, le festival Avignon OFF accueille plusieurs groupes taïwanais, et pas des moindres. Parmi les compagnies invitées, se trouvent la WC Dance compagnie créée par Lin Wen-Chung, fils de la célèbre fondatrice de Taipei Folk Dance Theatre, Miss Huang, à la renommée internationale, et le Ten Drum Art Percussion Group, dirigé par la talentueuse maître-percussionniste Chiu Ya-Hui, groupe de percussions taïwanaises internationalement reconnu. Cette année, dans le souci d’une meilleure compréhension par le public des créations présentées, le Centre Culturel de Taiwan s’est particulièrement attaché à montrer des compagnies de danse et de musique au contraire des années précédentes au cours des lesquelles la programmation était plus théâtrale, de belle tenue, néanmoins plus difficile d’accès pour un public non sinophone.
Ce Off taïwanais met la danse à l’honneur
Du 8 au 31 juillet, les artistes taïwanais investissent le théâtre de la condition des soies*, ancienne fabrique de soie située en plein cœur d’Avignon, à deux pas de la rue Carnot-Carreterie, leur nouveau fief depuis 2009. Deux des compagnies associées, les plus jeunes (moins de quatre ans d’existence) proviennent de la capitale actuelle, Taipei, ville moderne par excellence avec ses trois millions d’habitants et ses buildings gigantesques : la WC Dance créée par M. Lin et le M.O.V.E Theatre dirigé par Fu Hong-Zheng; les deux autres, la Scarecrow Contemporary Dance Company dirigée par Luo Wen-Jinn et les Ten Drum Art Percussion Group fondé par Hsieh Shi, respectivement vingt deux et onze ans d’existence, sont originaires de Tainan, la capitale historique de Formose, petite ville située au Sud de l’ile où la douceur de vivre est sans conteste la plus délectable.
Quand la danse contemporaine s’empare de sujets de société douloureux
A 13h30, avec le très abouti « 1 : 0 », Fu Hong-Zheng présente une combinaison de ses dernières créations dont la première partie avait été présentée avec succès en 2009 au public avignonnais sous le titre de « Fight me now » ! Le chorégraphe met ici en avant la violence des rapports humains au sein de la société moderne, en utilisant la métaphore de la violence se dégageant des compétitions sportives (usage de la force, intimidation, tricherie…). En observateur avisé des mouvements exécutés par les sportifs en football, tennis, pingpong, basketball ou baseball, il déroule le concept de ‘Danse Théâtre’ inspirée de la gestique sportive pour dire la violence – symbolique ou réelle- subie par les salarié(e)s d’une entreprise dans le monde moderne et celle subie par les femmes dans leur quotidien. Sa chorégraphie est à mi-chemin entre la danse contemporaine et le théâtre physique. Sa création, à l’esthétique visuelle subtile, repose sur un jeu et une danse très ‘charnels’, révélant une symbolique à la fois très asiatique et universelle : la fleur, symbole de l’équilibre naturel ; les médicaments, artifices dangereux pour s’échapper du quotidien, et le couteau pour dire la prise de pouvoir par la force. Derrière cette œuvre présentant la lutte de chacun pour sa vie ou survie, se dévoile une critique de la société taïwanaise, où l’individu reste encore aujourd’hui soumis à la pression du groupe et où l’amour – dont le 0 est ici le symbole – passe après les devoirs du quotidien, restant l’objet d’un combat de tous les jours.
La question de l’absence d’amour au sein des rapports humains est le questionnement principal de la création de Luo Wen-Jinn : « The Keyman », titre O combien allégorique, présenté à 15h40, est inspiré de l’histoire vraie d’une danseuse avec laquelle a collaboré Wen Jinn. Cette dernière, choquée par son récit, a voulu présenter une création dévoilant la face cachée du quotidien d’une famille taïwanaise. La jeune femme s’appuie sur Kafka et Schopenhauer pour étayer son propos chorégraphique questionnant le profond désarroi intérieur qui tenaille chacun de nous : qui peut nous en sauver ? La gestique et les mouvements répétitifs des personnages, assis autour d’une table – unique élément de décor-, mettent en exergue leurs tourments intérieurs sur un fond musical grinçant, les danseurs étant baignés d’une lumière tamisée, oscillant entre blancheur livide et rouges vifs. La mère compulsivement à son devoir est incapable d’exprimer son amour pour la petite fille, victime de la violence physique/symbolique exercée par ses parents et sœurs, eux-mêmes bourreaux et victimes de leur éducation. La chorégraphe met en avant le déchirement de la petite fille et sa perte de confiance en elle, son sentiment d’inexistence et d’étrangeté au sein de sa propre famille. Se découvrent ici avec finesse, beauté et intelligence les raisons du trouble du comportement chez de nombreux adultes à Taiwan, notamment leur difficulté d’exprimer leur propre identité face à la société ou au groupe auquel ils appartiennent, peur irrationnelle qui se cache derrière une politesse exagérée et une timidité excessive.
Ces deux créations de belle facture offrent un juste miroir des contradictions inscrites au cœur de la société taïwanaise actuelle, interrogeant chacune à leur façon leur tradition et ce qui se cache réellement derrière l’apparente quiétude des taïwanais.
Quand danse et musique ouvrent les portes du songe
La création chorégraphique de Lin Wen-Chung quant à elle n’a pas cette ambition : elle traite de souvenirs d’enfance sur un mode plus ludique. « Small puzzles », présenté à 17h50, a pour particularité d’être une pièce chorégraphique dont la scénographie est entièrement adaptable à tout type de salle : qu’il s’agisse d’une petite, moyenne ou grande scène, le spectacle peut trouver son public, les danseurs jouant avec les éléments du décors tels nos petits dans un jardin d’enfant. « Small puzzle » est la troisième variation chorégraphique sur le thème de la petitesse proposée par le chorégraphe. Ce dernier dispose d’un studio de répétition de taille réduite et s’est inspiré de cette situation concrète pour créer une forme dansée réduite ; voir comment les danseurs peuvent évoluer dans un espace restreint et comment il est possible de jouer avec une scénographie minimaliste. Celui qui rêvait de devenir décorateur et scénographe a finalement réuni ses deux passions, le mouvement dansé et la scénographie dans ses créations originales et enlevées, à la rythmique dynamique, éloignée de la danse contemporaine conceptuelle. En effet, il nous confie que même s’il ‘aime la danse contemporaine parce qu’elle est abstraite, elle exprime des sentiments que les mots ne peuvent décrire, la danse reste de la danse et j’aime les choses simples et essentielles’. Il souhaite par ailleurs présenter l’année prochaine à Avignon une autre variation de ses « Small Pieces » : « Small Nanguan », présenté récemment à Taipei, un petit bijou à découvrir mêlant musique traditionnelle taïwanaise et danse contemporaine.
Pour finir, les amoureux des percussions auront l’honneur de voir la dernière création du Ten Drum à 20h30. Ce spectacle, « The Glory of Ten Drum », très visuel, emporte le spectateur dans un univers onirique et magique où le pouvoir hypnotique des percussions nous enveloppe : il est fort bien dirigé par un maitre en percussion et invite le public à entendre tout un pan de la tradition musicale taïwanaise encore très vivace aujourd’hui, inspirant de nombreuses compagnies artistiques aux quatre coins de l’Ile. Les Ten Drum ont par ailleurs fait l’ouverture de plusieurs événements internationaux dont les jeux olympiques d’été de Sydney en 2002. Ils regroupent plus d’un millier de membres à ce jour et le voyageur désireux de découvrir leur art est invité à visiter leur village, le TEN DRUM CULTURE VILLAGE, et leur fabrique de percussions en plein cœur de Rende, Tainan-Sud. La compagnie reviendra en France à l’occasion du festival MADE IN ASIA Toulouse en janvier/février 2012.
Toutefois, à défaut de vous envoler pour l’ile de Formose, venez cet été faire un saut du coté d’Avignon, sous la fraicheur des platanes provençaux et la douce chaleur du soleil du midi, pour découvrir ces artistes de talent désireux de partager avec vous leur culture, qu’elle soit traditionnelle et/ou moderne, le tout avec simplicité, un sens de l’hospitalité et une chaleur humaine propre aux taïwanais. Et ce, que vous soyez amateurs de danse contemporaine ou de spectacle tout public.
Diane Vandermolina
*Théâtre de la Condition des soies 13 rue de la croix – 84000 Avignon/Réservations : 04 32 74 16 49
Photo The Keyman copyright scarecrow
Nicolas Roméas @ 28 juin 2011
Un théâtre de réparation
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LE RALLYE PAPA NOËL, par SIPHONART (Bordeaux)
Un travail extrêmement sympathique, pour une très bonne cause, créé avec deux jeunes comédiens énergiques et très prometteurs. Une pièce qui demande à vivre et évoluer avec son public et qui trouvera probablement le point de bascule de son évolution dans les représentations qui auront prochainement lieu au Mali. Cette création théâtrale «tout public» d’après un texte de Michel Gendarme, est inspirée de l’accident de Kama Bouné, jeune fille malienne, renversée par un motard du Rallye Paris-Dakar, il y a 10 ans dans son village à Youri (Mali, sud de la Mauritanie). Cette pièce, mise en scène par Juliette Lasserre Mistaudy, met en jeu la question de la relation au père et de la quête identitaire de quatre enfants sur deux continents différents.
Flore et Charles sont en France. Ils attendent des nouvelles de leur père, célèbre pilote du Rallye Paris-Dakar, parti une nouvelle fois assouvir sa passion de la vitesse et du désert. Kama et Rhissa vivent au Mali, dans ce désert traversé par le Rallye. Leur rencontre, violente, avec le chauffeur va bouleverser leurs vies.
Les personnages sont interprétés par des comédiens français et maliens, accompagnés de marionnettes de taille humaine. Tout se passe dans un cercle, ce qui permet l’intégration du public dans la sphère de jeu. Autour du spectacle, des rencontres avec le public, des ateliers de sensibilisation théâtrale et de construction de marionnettes. Voilà ce qu’en dit Michel gendarme, l’auteur …
«Il était une fois Kama, fillette de onze ans, petite malienne de la bourgade sahélienne de Youri, au nord de Bamako, au sud de la frontière avec la Mauritanie. Ce jour, le 8 janvier 2000, c’est fête religieuse dans la ville, la foule se presse sur la rue principale. Kama court, joue avec ses frères et sœurs, cousins, cousines, quand un motard, surgit on ne sait d’où, fonce dans la foule à vive allure. Sur son trajet, Kama, en proie à l’insouciance de cette belle journée. Alors comme parade illusoire au choc, le concurrent lance sa jambe, blindée de cuir, vers le corps malingre de Kama qui, projetée en arrière, s’écroule à terre, inconsciente… L’organisation du rallye Paris Dakar transfert Kama à la clinique Farako de Bamako par hélicoptère. Les chirurgiens lui enlèvent sa rate, éclatée sous le choc. Je lis dans le Télérama du 23 février 2000 un reportage signé Nicole du Roy qui relate l’accident. Bouleversé par cette lecture, j’écris une nouvelle que j’intitule « Le rallye papa Noël » en hommage à cette petite fille.
En 2007, je suis contacté pour animer un atelier d’écriture théâtrale en milieu scolaire, auprès d’une classe de cm1-cm2 de Périgueux avec comme co-équipière la metteuse en scène Juliette Lasserre-Mistaudy. J’adapte Le rallye papa Noël en pièce destinée à un public jeune et de familles. L’histoire de Kama, évoquée dans la pièce, émeut les enfants et les dynamise. Ils présenteront plusieurs scènes à l’occasion du festival Théâtroloupio (OCCE 24). Avec Juliette nous décidons de lancer le projet de création. Il nous paraît important que la première représentation ait lieu à Youri, sur les lieux de l’accident, au Mali.
Mais depuis ce temps qu’est devenue la jeune Kama ?
Le 15 avril 2009, le téléphone sonne vers 13h. Tiécoura Traoré m’appelle depuis Youri ! Kama est vivante, il l’a rencontrée, jeune femme de vingt ans, mariée depuis peu. Quel soulagement !
La jeune équipe bordelaise est constituée. Flore Audebeau est comédienne, Morti comédien. Gérôme Martrenchard créateur de marionnettes. Steven Riollet régisseur. Juliette metteure en scène. Moi-même, assistant à la mise en scène. Anne-Laure Garric administratrice, sa structure, Acrocs productions, s’associe au projet. Diabé Traoré traduit le texte en soninké. C’est un jeune militant du Comité des sans-papiers de Montreuil, l’un des initiateurs de la marche lors du sommet France-Afrique de Nice.
Adama Traoré, directeur de l’association culturelle Acte Sept basée à Bamako nous appuiera pour la logistique et la diffusion de la pièce au Mali. Deux comédiens d’Acte Sept se joindront à l’équipe pour les répétitions à Youri et la diffusion au Mali. Nous espérons les faire venir en France pour la suite de la diffusion.
Le film documentaire sera réalisé par le cinéaste anthropologue bordelais et burkinabé Dragos Ouedraego. La metteuse en scène et le régisseur séjournent à Bamako puis à Youri fin 2009. Ils y sont très bien accueillis, rencontrent Kama et sa famille, grands moments de partage ! Ils évoquent avec eux l’accident et le projet de création à Youri. Les responsables de la ville sont enthousiastes à l’idée de la création de la pièce et du film dans leur commune. Le directeur du CCF de Bamako nous assure de son soutien. Toute l’équipe sera donc en résidence pendant un mois à Youri fin 2011 pour la création de la pièce et du film documentaire. La pièce sera également représentée dans d’autres lieux du Mali. D’ici là nous préparons la création en France, à Périgueux – en résidence à La Filature dans le cadre d’un CUCS développé par la Cie Rouletabille et la ville – et à Bordeaux. Les répétitions et la fabrication des marionnettes sont l’occasion d’échanges, de présentations, de stages avec des publics différents, enfants et adultes. La pièce sera programmée au Festival du Théâtre des Réalités, dirigé par Adama Traoré, en décembre 2012 au Mali.
Qu’en sera-t-il pour les habitants de Youri ?
Si les responsables de la bourgade, le maire, le secrétaire général, les « cadres » : enseignants, soignants, ont conscience que l’accident est à l’origine de cette pièce, et qu’il nous a incités à mener à bien ce projet, il n’en sera pas de même pour la majorité de la population et les responsables traditionnels (religieux, et animistes). La venue d’un groupe de « toubabs », annoncée et expliquée par les responsables et préparée par le séjour du cinéaste avant nous, sera un événement exceptionnel. Je ne sais pas encore ce que signifient les termes « théâtre », « spectacle » dans la culture de cette région de langue soninké. Je ne sais pas encore comment cet événement – l’accident – a été « vécu » par les habitants de Youri – et comment il s’est inscrit dans la mémoire collective. Notre présence est un événement qui en réactive un autre, survenu il y a onze ans, une sorte de réplique à distance (comme celles des séismes). Peut-être y-a-t-il dans leur culture, une signification pouvant s’appliquer à cette manifestation de résurgence événementielle. Qu’en diront les esprits, les jinés ?»
Michel Gendarme, extraits du Journal de l’auteur.
http://rallyepapanoel.canalblog.com/
La pièce sera créée en décembre 2011 à Youri, au Mali, en partenariat avec l’association Acte Sept. Elle sera ensuite diffusée en France à partir de 2012, accompagnée du film documentaire.
Nicolas Roméas @ 5 juillet 2011
Roger Lafosse: Hommage tardif mais ému
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Roger Lafosse, image extraite du site d'Armando Bergallo. armandobergallo.com
Sa disparition est passée bien inaperçue, sauf peut-être à Bordeaux.
Pourtant, cet homme a joué un rôle essentiel dans le dépoussiérage des scènes françaises, leur ouverture au monde, aux chapiteaux, à la rue, à l’irruption des technologies comme aux fondamentaux revisités de la rue et du cirque.
Pour mémoire, SIGMA à Bordeaux, c’est le festival qui , dès sa première édition, en 1965, lançait la thématique « art et technologie » à l’époque où l’ordinateur n’était poru beaucoup qu’un lointain fantasme dans les romans de Norman Spinrad ou Philip K Dick.
C’est l’homme qui, dans la ville compassée de Mauriac et du vin, et à l’époque où Chaban-Delmas était déjà encore maire, fit venir Pierre Schaeffer, Aligre puis Zingaro, la Fura des Baus, le Taller d’Amsterdam, Régine Chopinot, Carlotta Ikeda, Volière Dromesko et tant d’autres. Je n’en ai connu que les dix dernières années; je lui dois des émerveillements, des fulgurances, des étonnements. Et peu importe les déceptions, peu importe l’essoufflement qui frappe le découvreur quand trop de suiveurs se sont engouffrés sur les chemins frayés.
De SIGMA, j’ai encore des images, des sensations, des émotions. Et je garde surtout le souvenir de son fondateur. Roger Lafosse, l’homme aux trois solex, la générosité et la curiosité faite homme. Celui qui , dans la si social libérale, si consensuelle, si fun, si lookée année 80, pourfendait le mitterrandisme. L’homme qui s’élevait contre les « satrapes de la culture » lorgnant sa place à Bordeaux.
SIGMA a disparu quand Bordeaux a changé de maire, sablé ses façades, relooké ses quartiers (parfois pour le meilleurs, souvent pour l’aseptisation). Les jeunes compagnies et artistes nés dans le sillage de SIGMA ont assez vite enterré le père. mais qui l’a remplacé? Sûrement pas de l’événementiel sage derrière ses barrières Vauban, ni le très hype et marchand Evento, ni le très consensuel Nov’art.
L’époque n’est pas aux défricheurs, aux découvreurs, aux audaces défrisant le poujadisme ambiant. Sauf si ces audaces de forme restent sagement cantonnées au white cube des lieux d’art contemporain. Avec Lafosse, elles envahissaient la rue, parlaient espagnol, russe, portugais, italien, japonais…
Il aura été inspirateur. Difficile, pourtant de lui trouver des héritiers, sinon peut-être parmi les trublions qui ne se satisfont pas d’arts de la rue bornés aux normes sécuritaires, de Fantazio à Ici même, des Yes men aux Brigades d’intervention des clowns et à notre ami Livchine du Théâtre de l’Unité.
Salut à toi Roger. Ton immense qualité, c’est d’avoir été un inventeur, un acteur au service des artistes et des gens, jamais un « ingénieur’ ou un « manager » culturel. Cela devient rare: On aimerait, à notre époque, avoir plus souvent affaire à des Roger Laffosse qu’à des Didier Fusilier…
Je te dois quelques-unes de mes plus belles rencontres et le goût de mon métier.
Valérie de Saint-Do
Valérie de Saint-Do @ 10 juillet 2011
Le Cheval Bavard, une expérience particulière
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Le cheval est un animal qui nous comprend. Muet complice de nos guerres, de nos carnages, de notre soif de conquérir la terre, il ne nous a rien dit. Et un jour nous n’avions plus besoin de lui. Nous l’avons mis au bord de la route. Quelques gitans ont continué à vivre au rythme des carrioles puis tout cela a été interdit, et les chevaux, et les hommes, envoyés à la boucherie. Seul est resté l’apparat, le cirque, et le sport ; le cheval est devenu loisir, il est allé courir sur les champs de course, le plus court chemin vers l’abattoir, il a été montré aux foires, aux fêtes militaires et aux concours. De là on s’est souvenu de l’art équestre, le cheval à l’apogée de sa gloire… ou de sa destruction.
Mais le cheval lui, n’avait toujours pas parlé. Aujourd’hui il a son mot à dire. Puisque nous avons encore besoin de lui, non pas pour parier ou conquérir, mais cette fois pour tenter de comprendre, à notre tour.
Comprendre quoi? Mais ce que nous avons détruit. Et aussi cette part de nous-mêmes reliée à la nature.
J’ai rencontré des chevaux qui n’ont plus peur de parler aux humains, chez Galienne Tonka et Nicolas Wisser, sur une petite colline près du village de Bioussac au nord de la Charente et du Ruffecois, près du pays Mellois (Deux-Sèvres) et Civraysien (Vienne). Là, à l’intérieur d’un terrain agricole qui pratique un agriculture en biodynamie, une écurie, de taille volontairement réduite, regroupe des chevaux de toute origine dans le calme le plus serein. Ce sont des étalons, souvent difficiles, rescapés pour certains d’une existence qui leur aurait été brutale. Ils sont entretenus, soignés et entrainés comme des danseurs, nourris de façon équilibrée, lavés, bichonnés et caressés par une petite équipe de passionnées, et respectés dans leurs libertés et à leur convenance dans les prés alentours. Galienne Tonka, l’écuyère, y pratique l’art équestre. Mais est-ce de l’art équestre? Ce qu’elle fait ne ressemble ni aux formes spectaculaires, ni aux évènements chics ou militaires auxquels est rattaché l’art de faire cambrer ou sautiller les chevaux tenus à la bride. Ce n’est ni de l’équitation, ni du spectacle, c’est seulement un patient travail d’écoute. Galienne Tonka a suivi et continué un des plus beaux conseils de Oliviera qui recommandait aux cavaliers de « regarder leur monture lorsqu’ils mettent pied-à-terre après une séance de travail, de contempler son œil, et de faire un examen de conscience, pour se demander s’ils ont bien agi envers cet extraordinaire être vivant, ce compagnon adorable : le cheval « . Et c’est ce qui se fait tous les jours au Cheval Bavard.
Moi, là dedans, petit homme de théâtre qui vient de la ville, échoué dans la région parce que ma mère a désiré y mourir (pas très loin d’ici dans le petit village de Chenon), qu’est ce que les chevaux viennent m’apprendre? Ils viennent m’apprendre tout. Leur corps de danseur dont le moindre effort est une grâce, leur écoute des sons et de la musique, les rythmes de leur pas, leur beauté quand ils sont là, leur culture, étrange, quand ils se parlent entre eux, échangent des gestes et semblent, avec quelle pertinence, nous comprendre mieux que nous mêmes. Les chevaux ont remis en question mes certitudes d’homme de théâtre, mon orgueil de comédien et d’artiste humain, ils m’ont enrichi aussi, découvrant mon réel besoin de nature, la profondeur des moments d’écoute, l’énergie du corps en mouvement. Le cheval est présence et écoute, comme devrait l’être l’acteur, le danseur, le peintre, le musicien, le poète…
Mais cet art du réel, cette expérience de vie, que nous partageons chaque année avec un public fidèle, connaisseur ou de passage, par des moments partagés sans rien de spectaculaire – le Cheval Bavard est menacé. Il est menacé comme le sont toutes les paroles nouvelles ou qui dérangent.
Il est menacé car l’art des animaux, sans violence et respectant leur bien être, n’a toujours pas de reconnaissance officielle. C’est la liberté du cheval qui permet le travail, l’humain n’étant que le médiateur de son expression, de sa capacité à créer sa propre poésie. Mais pour notre société entièrement tournée vers l’humain destructeur et marchand (jusqu’à sa mise en abime), l’animal artiste n’existe pas (à l’image peut-être de l’humain artiste du réel), seul l’animal forcé et normé pour ressembler ce qu’on se représente de lui, l’animal qui singe les hommes et les suit au fouet, peut accéder à une reconnaissance. L’animal obéissant, soumis, l’animal qui imite en courbant le col, en baissant les yeux, en suant de peur, c’est l’animal de l’ « art », celui qu’on applaudit, qu’on promène et qu’on finance. Comment demander de l’aide pour l’animal dont l’oeil pétille (car il a aussi le droit à la désobéissance), qui sait rester libre en échangeant avec l’humain un peu de sa connaissance? Car tout cela à un coût, et non pas au moment des shows ou du « spectacle », mais chaque jour, toute l’année.
Depuis 10 ans, le Cheval Bavard rempli son rôle, et montre son savoir faire, dit son message. Chaque fois il essaie de faire comprendre qu’au delà de ce moment d’éveil au public, d’émerveillement, il y a la vie et le réel d’une écurie particulière, différente, et ce que nous disent les chevaux. Chaque année il se rend compte que le plus beau de ce qu’il montre n’est pas respecté, n’est pas soutenu, et c’est uniquement par éthique et dignité, par l’amour des chevaux qui continue malgré tout son chemin. Mais pour combien de temps ? La réponse de notre gouvernement a été récemment de remonter le taux de TVA pour les éleveurs, la spéculation joue sur le prix du foin, pendant que sont encouragés les jeux au PMU et les courses de prestige. Aucune aide à l’équipement, au fonctionnement, aucun soutien réel n’est apporté aux initiatives culturelles en milieu rural et l’apport animal est vu comme une ressource évènementielle, un enjeu de foire. Pourtant l’art équestre qui prend en compte le bien être animal, c’est peut-être l’art de demain, celui qui le premier nous parle du respect du à la nature, de façon réelle, par la présence animale. Le cheval nous rappelle à la fois nos errances et nos espoirs. Il nous transmet ce qui nous reste encore de notre besoin essentiel de nature et de poésie. C’est un art réel, un art tout naturel, et cet art officiellement n’existe pas. Galienne Tonka, voit ses amis écuyers les uns après les autres mettre la clef sous la porte, le cheval n’est vu que comme un outil de loisir, de détente, et son message est ignoré. J’aimerais trouver les outils pour construire cette reconnaissance, au delà du Cheval Bavard, de toutes les pratiques artistiques dont les animaux sont les acteurs, qui mettent au centre de leur activité le bien être animal, le respect de la nature et l’urgence de création. Exiger un comportement éthique vis-à-vis des chevaux comme de tout animal contraint, c’est exiger la même éthique avec les humains que ce soit en art ou pour toute activité de groupe, l’art étant ce qui rassemble pour plonger dans le regard de l’autre, et le regard du cheval libre est plus profond qu’aucun autre…
Olivier Schneider

Actualité d’Olivier Schneider :
Notre actualité ce sont des représentations les trois derniers week-end d’aout (vendredi et samedi) du 12 au 26 août 2011 à la Ferme du Mas, 16700 Bioussac – entre Ruffec et Nanteuil, Entrée pour une flânerie à partir de 19h30, collation conviviale sur place, spectacle à 21h15, Prix des places : 18 euros, gratuit jusqu’à 10 ans, Réservations : 05 45 85 72 86
Les artistes invités et les chevaux vont créer l’histoire des Folies-Cheval. Entre art équestre, peinture, musique et danse avec la « folle équipe » du Cheval Bavard et l’écuyère Galienne Tonka.
Une rencontre exceptionnelle entre artistes équins et artistes humains, pour la folie et l’optimisme d’une compréhension mutuelle.
Mise en scène: Olivier Schneider
Spectacle équitable, bio, intégralement biodégradable et qui respecte le bien être et les libertés des animaux.
·Vendredi 12 & samedi 13 août : le Cheval Peintre.
Galienne et le Cheval Bavard invitent Arnaud Darne, peintre et sculpteur d’Angoulème et Pierre Dumoussaud, musicien (basson) du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
Quand la peinture rejoint le regard, la beauté et l’énergie des chevaux.
·Vendredi 19 & samedi 20 août : le Cheval Danseur.
Le Cheval Bavard et Galienne Tonka invitent les danseurs étoiles de l’Opéra de Paris et chorégraphes Jean Guizerix et Wilfride Piollet.
Le Cheval, danseur avant tout, dialogue avec des monstres sacrés de la danse.
·Vendredi 25 et samedi 26 août : Le Cheval Musicien.
Le Cheval Bavard et Galienne Tonka invitent toute une joyeuse troupe de musiciens en herbe et l’artiste photographe Pierre Girault. Clôture festive du premier cycle de rencontre.
Le cœur du cheval est musicien, il trace des lignes dans le temps, des ponts entre les êtres, enjambe des rivières de notes.
Nicolas Roméas @ 12 juillet 2011
La gauche, le marteau et les clous
Publié dans Agit'prop, Culture, démocratie, élection, Fâchons-nous avec le milieu, politique, présidentielle, Sur le ring | Commentaires (7)

Amis, je vous dois un coming out: je suis une droguée d’internet.
Je passe donc, en ce moment, beaucoup de temps à suivre différents blogueurs politiques,– de gauche, je ne suis pas masochiste, sauf pour les besoins de l’information– sur leurs sites respectifs, mais aussi sur twitter et facebook.
J’ai donc assisté – avec consternation– aux réactions de certains militants, responsables et blogueurs de gauche sur les annonces de Martine Aubry sur la culture.
Entendons-nous bien: j’ai à redire à ces annonces dont la presse n’a retenu que l’aspect quantitatif (Ouah, + 30 à 50% pour le budget de la culture!). Je déplore que la candidate du Parti socialiste ne clarifie pas davantage quelle culture elle veut aider, qu’elle se cantonne à un discours qui ne désespère ni le Syndéac ni les Billancourt de la culture, et qu’elle nous sorte la tarte à la crème de l’économie de la connaissance dont les pires avatars (niaiserie de l’économie mauve des fonds d’investissements et Davos de la culture) sont extrêmement dangereux. Et qu’elle tombe à pieds joint dans l’éloge du mécénat qui n’est que la privatisation du la politique culturelle à coup de cadeaux fiscaux pour la communication des entreprises. À cet égard, le Front de gauche et l’appel de Jean-Luc Mélenchon à une contreculture ont le mérite de clarifier les choses.
Pour autant, des réactions très similaires à celles de la droite, me désespère.
« La priorité, c’est l’économique et le social », bêlent-ils en chœur– quand ils n’entonnent pas le mantra libéral visant à tétaniser toute politique de gauche au nom de « la dette ». Réduire les inégalités, refuser la pauvreté et la précarité dans un pays riche, assurer un toit à tout le monde, en finir avec la privatisation du bien public, maintenir et améliorer les acquis du Conseil national de la résistance, oui, c’est le minimum vital exigé d’un programme qui se prétend de gauche. Ce ne devrait même pas être à rappeler.
Pour autant, les « priorités » de ces détracteurs de la culture sont le degré zéro d’une pensée qui se voudrait à gauche et illustrent remarquablement l’adage de Mark Twain repris par Serge Latouche: « Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes en forme de clou. »"Et le clou de l’Occident, c’est l »économie« , ajoute Serge Latouche.
Parce que désolé de vous le dire, les amis « de gauche » pour qui « la culture, ça passe après l’économie », votre obsession unique du « pouvoir d’achat », de « l’emploi », sans approfondissement, cela ressemble fort à un slogan sarkozyste. Au hasard, « travailler plus pour gagner plus? »
Votre idéal, c’est le retour aux Trente glorieuses? À L’OS méritant de chez Renault?
Un emploi pour tous, oui, mais quel emploi? Derrière la réindustrialisaiton que vous appelez de vos vœux, est-ce le retour du travail à la chaîne ? Est-ce le productivisme forcené au dépens de la planète? Réfléchit-on aussi à la nature et au sens du travail,en relisant les travaux d’André Gorz sur le rapport entre travail et activité, ou déclare-t-on une fois pour toutes que le travail salarié, fut-il pénible et abrutissant, c’est l’alpha et l’oméga de la pensée de gauche?
Un toit pour tous, c’est le minimum, et une fois qu’on a prôné un grand programme de logements sociaux, est-ce qu’on reproduit les clapiers à lapins des années soixante concédée par la bureaucratie des sociétés HLM? Ou une réflexion intelligente sur une autre politique de l’aménagement du territoire et une construction associant les habitants à la conception de leurs maison (coopératives d’habitants, autoconstruction?)
La sauvegarde du système de santé bousillé par la politique libérale et le désastre de la RGPP: et-ce qu’on se penche aussi sur le désastre d’une vision purement mécaniste et technique de la médecine au détriment de la relation entre le soignant et le soigné?
Les retraites et le temps de travail: est -ce que les RTT et la retraite, c’est juste la réparation de la destruction de l’humain par un travail abrutissant?
Eh oui, le travail, comme le logement, comme l’espace public, comme la santé sont aussi des questions culturelles. Qui exigeraient un peu plus d’imagination et une autre ambition que les sempiternels slogans « halte au chômage et à la précarité « , « un toit pour tous », « notre pouvoir d’achat ». Qui demandent à la gauche un considérable effort d’imagination, que ça et là certains ont entrepris, mais fragmentairement et partiellement: Eva Joly, Arnaud Montebourg, le Front de gauche, le mouvement Utopia, les Décroissants, ATTAC…
À quoi sert la gauche, si elle se cantonne à une légère amélioration de l’existant et à un « c’était mieux avant sans imaginaire d’une autre civilisation? Si elle se révèle incapable de forger ce nouvel imaginaire de gauche que que l’excellent Yves Citton* appelle de ses voeux?
Sortons de ce « réalisme » mortifère et demandons la lune!
Ces questions culturelles, bon nombre d’artistes, d’écrivains, de penseurs préoccupés par autre chose que leur nombril (si si, il en existe) y apportent leur grain de sel en se mêlant de ce qui les regarde. Qu’on se souvienne , pour ne citer que ce seul exemple parmi des centaines d’autres, du splendide Manifeste pour les produits de Haute nécessité signé des écrivains antillais menés par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau.
De même que des penseurs tels que Bernard Stiegler, Cassandres à notre image alertent depuis longtemps sur la catastrophe annoncée.
Car je crains avec Serge Latouche, que la seule chose qui puisse sauver une gauche atrophiée de l’imaginaire soit la pédagogie de la catastrophe. Catastrophe environnementale, qui aurait du depuis longtemps permettre d’un finir avec l’idéologie de la croissance. Catastrophe civilisationnelle dont on voit les effets –en Europe avec de nombreux partis pudiquement appelés populistes, et aux USA avec le Tea party– avec la montée généralisée d’un fascisme qui vient de passer à l’acte en Norvège.
Au delà de la lobotomie opérée par les propagandistes du rejet de l’autre et de la supériorité de la civilisation occidentale (n’est ce pas Zemmour, Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Robert Ménard, Ivan Rioufol?) ce retour à la barbarie interroge la pensée de l’altérité, les ravages d’une industrie du divertissement décervelante, l’incapacité à une réponse collective face à une atomisation de la société qui engendre des monstruosités.
Alors, la culture – au sens anthropologique de ce qui permet à chacun de se situer dans le monde, de s’émanciper des déterminismes de SA culture et d’agir sur le réel, ce serait un luxe?
Juste un cadeau fait aux consommateurs de spectacles, d’exposition, de musique?
Ou, comme le dit la philosophe Marie-José Mondzain*, la condition même de l’existence du politique?
Valérie de Saint-Do
Lire leurs entretiens dans Cassandre/Horschamp n°82 : Le procès de l’art
Dernière minute: le lendemain de la publication de cet article, paraissait une intéressante tribune d’Arnaud Montebourg sur la la culture dans Libération.
Valérie de Saint-Do @ 26 juillet 2011
La révolution culturelle est en marche ! Modeste contribution à l’excellente fiction présidentielle de Politis
Publié dans Agit'prop, Culture, démocratie, élection, MicroCassandre, politique, présidentielle, Société, Sur le ring, Théâtre | Commentaires (2)
Pour ensoleiller un été qui en a bien besoin à tous points de vue, nos excellents confrères de Politis nous régalent d’une savoureuse fiction: l’accession d’Anémone à la magistrature suprême et les cent premier jours d’un gouvernement dirigé par Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon.
Une lacune, pourtant, dans ce très bon récit: leur gouvernement idéal ne mentionne pas de ministre de la Culture. MicroCassandre a décidé de réparer ce fâcheux oubli.

Le Théâtre de l'Unité en révolution culturelle!
Qui allait hériter du maroquin de la Culture? C’était LE sujet qui fâche. Il faut dire qu’à la suite d’un dossier remarqué de la revue Cassandre/Horschamp dans son numéro d’été 2011, les candidats s’étaient emparés du sujet avec une voracité comparable à celle d’Edwy Plenel découvrant une turpitude sarkozyste. Sans craindre, parfois, la surenchère: un mois avant l’élection, on évoquait le triplement du budget, la gratuité généralisée à l’ensemble des musées, théâtres et concerts, et une vaste entreprise de reconversion des friches industrielles en Établissements Culturels à Rayonnement International et Touristique (ÉCRIT).
Entre le Front de gauche et les Verts, le sujet n’était sans créer de fortes dissensions idéologiques. Le premier, fort de la tradition communiste en la matière, s’évertuait à satisfaire les trublions des squats artistiques sans désespérer le SYNDEAC. Pour le coup, c’est la composante écologiste qui revendiquaient sur le sujet une « Révolution citoyenne » sur le thème rousseauiste : « Tous artistes, occupons les plateaux, occupons Tokyo(1)! ».
Le nom de l’inusable Jack Ralite avait circulé, mais son soutien à Hadopi lui avait aliéné d’une jeune génération plus familière des sigles LOL et IRL(2) que de l’acronyme CDN(3). Les Verts mirent sur orbite Jean-Michel Lucas, alias Kasimir Bisou, mais l’intéressé refusa: » je ne me suis pas fait virer de ce ministère dépassé pour y rentrer par la grande porte »!
Une idée poussée par Dominique Voynet et Eva Joly faisait son chemin: puisque Martine Aubry avait, à maintes reprises, évoqué son rêve d’être ministre de la Culture, pourquoi ne pas pratiquer l’ouverture au centre-gauche en la nommant? Discrètement contactée, la maire de Lille déclina poliment mais fermement. Le Canard enchaîné lui prêtait cette réplique définitive: « Finir comme Jack Lang? Jamais! » Mais à en croire le volatile, ce fut elle qui souffla le nom de Bernard Stiegler à Jean-Luc Mélenchon. Sans compter qu’elle avait assez à faire avec un PS « plus bordélique que jamais », soupirait-elle en privé.
« Ce ne sera pas facile de convaincre Anémone », maugréa le co-Premier ministre. La Présidente n’avait jamais renié ses racines dans la culture populaire et il craignait sa réaction quand le ministre présumé prononcerait pour la première fois les mots hypomnemata et grammatisation dans le même discours. Chez Cécile Duflot, c’était la levée de boucliers: « Un ex de l’IRCAM et de Beaubourg pour faire la reconquête citoyenne de l’Institution? Pourquoi pas Olivier Py, tant que vous y êtes? »
Au demeurant, on s’interrogeait beaucoup, au gouvernement, sur la nécessité de conserver cet intitulé de « ministère de la Culture » si étranger à la culture libertaire des Verts et des Alternatifs.
«Pourquoi pas « de la culture et de l’Éducation populaire? »» suggérait Francis Parny, devenu conseiller de Marie-Georges Buffet, ministre de l’Éducation à la Nouvelle éduc’pop. L’idée réconciliait les deux tendances du gouvernement. Le gouvernement Duflot/Mélenchon ne saurait être celui qui enterrerait le ministère de la Culture. On opta finalement pour un intitulé un brin amphigourique mais qui n’oubliait personne: ministère de l’Art de tous et pour tous, de la Culture, de l’Éducation populaire et de l’Internet citoyen ». (MACEPIN).
Il fallait une autre tête pour contrebalancer le trés (trop) intellectuel ministre. Une excellente idée « Nommons Franck Lepage! » fut lancée par Marie-Georges Buffet, qui avait à se faire pardonner du trublion de la SCOP Le Pavé. Sceptique, les autres ricanèrent: Franck Lepage, qui avait consacré une grande partie de sa vie et son œuvre à conspuer ce ministère, n’accepterait jamais. Ils furent détrompés: un brin las de sa retraite en Bretagne, Franck Lepage ne dédaignait pas les honneurs et se racheta un costume de lin gris froissé. Même si les ors de la rue de Valois avaient été symboliquement délocalisés par le gouvernement à L’Académie Fratellini de St-Denis, pour montrer la prise en compte de la culture des quartiers.
« Pour un ministère de la Culture, il va y avoir du sport! » commenta Patrick Braouezec, sceptique (dont les mauvaises langues prétendaient qu’il avait lorgné ce ministère et s’estimait un peu à l’étroit, au ministère du Sport, justement. )

Du sport dans le tandem explosif Stiegler/Lepage, c’était un euphémisme. Le premier ne réussit à convaincre le second de ne pas couper tous les vivres aux institutions de l’art contemporain (« Ces relais de la mondialisation marchande de l’art et cache sexe de Pinault et Arnault! ») qu’en nommant les Yes Men au Palais de Tokyo et le tandem Nicolas Frize/ Bernard Lubat à l’IRCAM, qui abriterait désormais un département « oralité, rap et slam ». « Sacrilège! qu’aurait pensé Vilar? » gémissait la plume d’Armelle Héliot dans Le Figaro en apprenant l’arrivée de Jacques Livchine à la tête du festival d’Avignon et l’organisation de kapouchnik au Palais des papes.
Il y eut bien quelques frictions entre le nouveau conseiller aux Arts de la relation vivante, Nicolas Roméas, et la Présidente Anémone, dont il ne partageait pas le goût pour les fastes royaux. Mais il finit par accepter le principe d’une comédie royale chaque année à Versailles, lorsque son bras droit Edith Rappoport lui suggéra d’en confier la mise en scène aux 26000 Couverts. D’autant plus qu’il prenait sa revanche tous les 4 août, avec une Nuit de l’abolition des privilèges menée par Fantazio. Quant à la reconversion des casernes désaffectées en coopératives artistiques autogérées sous la houlette de Samuel Wahl, conseiller aux Zones de Chaos artistique et d’Autonomie politique – à moins que ce ne soit le contraire– elle inspira une tribune vigoureuse à Jean-Pierre Chevénement: « Le communautarisme artistique assassine la République! » tandis que Ségolène Royal hurlait au « désordre tout juste juste ». Le ministre de l’Intérieur, Christian Picquet dut (discrètement) prêter main forte, en envoyant une force spéciale de la police de proximité protéger les Zones d’autonomie artistique contre les attentats annoncés du FNDP (4) qui avait pris le maquis.

Il n’empêche: la Révolution contre-culturelle et citoyenne était en marche.
Valérie de Saint-Do
1. Le Palais, pas la ville
2. « In Real Life »
3. Centre dramatique national
4. Front National de la Droite Populaire, les deux formations ayant fusionné après mai 2012.
Valérie de Saint-Do @ 31 juillet 2011
Soutenons Uzeste musical !
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Lire ici ce papier de Charles Silvestre dans l’Humanité.
Nicolas Roméas @ 29 août 2011
Pour que vive le Théâtre de la liberté de Jénine!
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Je me fais ici le relais d’une pétition pour défendre l’existence du formidable Freedom Theatre de Jénine, dont Cassandre/ Horschamp a interviewé une comédienne, Anissa Daoud, dans son numéro 86. Soyons nombreux à soutenir cette entreprise formidable, menacée et harcelée de toutes parts.
***
Les autorités d’occupation israéliennes menacent gravement les membres et les activités du Freedom Theatre (Théâtre de la Liberté) de Jénine, en Cisjordanie. Depuis le 27 juillet dernier, sous-prétexte d’enquête sur l’assassinat le 4 avril 2011 de l’acteur et réalisateur israélo-palestinien Juliano Mer Khamis, fondateur du Freedom Theatre, elles ont en toute illégalité attaqué 2 fois le théatre en pleine nuit, arrêté plusieurs parmi ses membres, et poursuivent leur harcèlement par divers procédés. Ne les laissons pas mettre en péril cet espace d’art et de culture, qui permet à de nombreux jeunes Palestiniens de résister dignement à leur situation. C’est pourquoi l’association « Les Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine » vous invite à signer la pétition en ligne sur le lien :
http://www.solidaritefreedomtheatrejenine.com/spip.php?article1
Nous vous invitons à diffuser cette pétition dans vos réseaux et auprès de vos proches.
PREMIERS SIGNATAIRES (liste par ordre alphabétique)
1. ABDALLAH Samir, réalisateur et scénariste
2. ALBOUZE Paula, membre de la Société des Amis du Théâtre Al Rowwad et d’ATL Jénine (Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine)
3. BALIBAR Etienne, philosophe, membre de la Fondation du Jenine Freedom Theatre
4. BEN HIBA Tarek, président de la FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives)
5. BOUCHAIN Patrick : architecte
6. CHAHAL Nahla, sociologue, journaliste, coordinatrice de la CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien)
7. CORDOVA KACZERGINSKI Liliane, représentant IJAN (International Jewish Anti-Zionist Network)
8. CHERKI Olivier, comédiena acteur
9. DE SAINT-DO Valérie, rédactrice en chef de la revue Cassandre/Horschamp
10. EL HAIMER Marie José, coprésidente d’ATL Jénine
11. EL HAZAN Nabil, , directeur artistique de la compagnie « La Barraca »
12. ELKORCHI Driss, président de l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France)
13. EUVRARD Janine, journaliste, organisatrice du Festival « Moyen-Orient : que peut le cinéma ? »
14. FAYMAN Sonia, UJFP (Union Juive Française pour la Paix) et EJJP (Réseau des Juifs Européens pour une Paix Juste)
15. GEZE François, éditeur
16. GREILSAMER Jean-Guy, cofondateur d’ATL Jénine, UJFP
17. HUSSEIN Lauren Houda, cofondatrice du Théâtre Majâz
18. KACIMI Mohamed, écrivain, dramaturge
19. LAKS Julio, pianiste
20. LAROZE Frank, auteur et directeur d’EvidenZ
21. LECORRE Jacqueline, Femme en Noir, membre du Collectif Palestine 14 et de la Flottille de la Liberté 2 contre le blocus de Gaza
22. LEFORT Jean-Claude, président de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité)
23. LEVY- LEBLOND Jean-Marc, professeur émérite à l’Université de Nice, directeur de la revue Alliage
24. LOMBARD Roland, président du CICUP (Collectif Interuniversitaire pour la Coopération avec les Universités Palestiniennes)
25. MASSIAH Gustave, membre fondateur du CEDETIM
26. MANGEOT Philippe, enseignant, revue Vacarme
27. MONTELLIER Chantal, peintre, écrivain et auteur de bandes dessinées
28. MORIN Edgar : sociologue et philosophe
29. NANCY Jean-Luc, philosophe, professeur émérite à Strasbourg
30. OFF RASTEGAR Perrine, présidente du Collectif judéo-arabe et citoyen pour la paix de Strasbourg
31. OUMAKHLOUF Zahia, coprésidente d’ATL Jénine
32. PASSEVANT Christiane, Radio Libertaire, chargée de réalisation TV
33. PY Olivier, dramaturge, directeur du Théâtre national de l’Odéon de mars 2007 à mars 2012 et futur responsable du Festival d’Avignon
34. RALITE Jack, Sénateur, ancien ministre, animateur des Etats généraux de la Culture
35. RANCIERE Jacques, philosophe
36. SANBAR Elias, historien et essayiste, observateur permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO
37. SANDRE Didier, comédien, acteur
38. SEGAL Abraham, réalisateur
39. SHAKED Ido, metteur en scène, Théâtre Majâz
40. STEINERT Irène, UJFP et ATL Jénine
41. TOULOUSE Gérard : physicien, Ecole normale supérieure (Paris)
42. ZEMOR Olivia, présidente de la CAPJPO-EuroPalestine
Valérie de Saint-Do @ 2 septembre 2011
Résister aux idiots utiles du néolibéralisme qui jouent aux intégristes de l’«Art»
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L’appel de Nicolas Roméas sur Mediapart a suscité (bien qu’il ne leur fût pas le moins du monde adressé, car avouons-le, ces gens nous intéressent fort peu) de la part des amusants Diane Scott et Michel Simonot une réponse fielleuse, publiée dans l’ancienne RILI, récemment réduite à l’ombre d’elle-même (le «i» de «idées» a d’ailleurs disparu) en devenant «RDL». Rapide réponse à ce coup de pub raté en forme de commentaire scolaire et qui n’appelle pas d’autre glose au sujet de la glose sur la glose.

«Résister au populisme culturel» annonce avec une grotesque emphase la tribune qui s’efforce laborieusement de démolir l’appel «L’art, la culture, et la gauche». Diable, vaste programme ! Le chantier, en ces temps sarkozystes, est assez considérable. S’agit-il de s’en prendre aux grandes entreprises d’abrutissement télévisuel ? De résister à la vulgate qui voudrait que La Princesse de Clèves soit inaccessible aux postières ? Au suivisme moutonnier des médias vis-à-vis de «l’expo de l’année», du film à ne pas manquer, du CD «incontournable» de Lady Gaga ??
Que nenni ! Pour les cosignataires de cette pesante diatribe, le populisme culturel, c’est la défense d’«un art de la relation» (au passage, salutations à Peter Brook qui risque une violente émotion en se voyant embrigadé bien malgré lui dans les lourds bataillons du «populisme») ! Pour dénoncer «les fantasmes toxiques» partagés par bon nombre d’artistes mus par la conviction que l’art est politique, ils se sont mis à deux pour pondre ce (très) long réquisitoire des arrière-pensées qu’ils prêtent à l’auteur. Dans un commentaire de texte au bac de français, on parlerait de simple contresens. Mais comme on ne fera quand même pas l’injure à nos deux signataires d’imaginer qu’ils n’ont jamais lu Cassandre/Horschamp, dont Nicolas Roméas est fondateur et directeur, on est obligé de constater qu’il s’agit là d’une totale incompréhension, doublée d’une mauvaise foi délibérée. Pas très surprenant de la part de ces récidivistes notoires…
On leur fera d’abord aimablement remarquer que les mots «establishment» et même «élitisme» ne font pas vraiment partie du champ sémantique de la revue, sinon entre guillemets, et que le mot «gotha» désigne ici (comme d’autres l’ont compris, mais pas eux) les barons autoproclamés d’une profession, celle de directeurs de structures de diffusion. L’insinuation de recyclage du populisme d’extrême-droite est non seulement complètement à côté de la plaque, mais d’une rare idiotie.
C’est d’ailleurs une constante de leur pensum en forme de procès, et de procès d’intention : il ne s’en prend pas, ou fort peu, à ce qu’écrit l’auteur, mais à ce qu’ils croient y lire, ce qu’ils voudraient y lire, dans une glose inquisitoriale qui renvoie aux querelles casuistiques d’un autre âge. Heureux commentateurs qui peuvent à loisir occuper un temps, précieux pour d’autres, à d’infinies spéculations théologiques! Ils commentent un texte imaginaire et leur interprétation, comme une maladroite psychanalyse sauvage, renvoie surtout à leur propres fantasmes et obsessions.
Car de quoi s’agit-il dans cette attaque pataude qui passe très loin de la cible (et qui n’a d’autre objectif que d’agiter l’eau de la mare pour faire remarquer l’existence de nos scribouillards en mal de reconnaissance) ? De défendre l’Art… Cela tombe bien, c’est en effet l’objet du texte et de la revue qu’ils ont si mal lus. À ce détail près que l’appel, comme Cassandre/Horschamp, fait tomber la pompeuse majuscule. À ceci près qu’eux le défendent contre la «culture», honnie, toujours suspecte de vouloir rendre consensuel ce qui ne l’est pas, et radotent l’antienne gnangnan de tous les débats sur les politiques culturelles : «L’art n’a rien à voir avec la culture». Et de se croire obligés de nous infliger les définitions scolaires de cette dernière, en en oubliant un certain nombre au passage. Le mot «création» serait devenu suspect, à les croire. Mais non, chers amis, grave erreur : il est tout juste galvaudé par de multiples «créatifs»…
Il est assez amusant de lire sous la plume de ceux qui n’ont pas de mots assez durs pour fustiger une vision édénique de la culture, cette sacralisation absolue de l’art et de l’artiste, catégorie supérieure de l’être que nos deux génies méconnus pensent certainement représenter. Ceux qui ont déjà parcouru quelques-uns des dérisoires divertissements de Simonot et subi le pénible pseudo-avant-gardisme-années-soixante de Scott, mesurent toute la dimension pathétique de la chose… Et cet étonnant couple de cirque a beau se défendre de toute volonté de «distinction», leur texte respire la triste arrogance du sachant, sacralise joyeusement les hiérarchies établies (par qui ?) et renoue sans honte aucune avec la bonne vieille mystique des «avant-gardes éclairées», voire éclairant le peuple, trop stupide, évidemment, pour adhérer ou s’intéresser à ce qui le surprend, ou le choque.
On n’aura pas ici la patience de répondre point par point à cette interminable et vaseuse dissertation. Soulignons-en simplement quelques absurdités, ou plutôt surinterprétations confinant au délire comme l’idée, par exemple, que l’auteur du texte défend des politiques culturelles et des productions artistiques différenciées en fonction de l’origine sociale et géographique des publics (banlieues, milieu rural…). Cassandre/Horschamp n’a de cesse depuis ses débuts de placer les marges au centre du débat et si nous insistons à démontrer l’inanité du vieux clivage entre «art» et «socioculturel», c’est évidemment pour prôner une exigence partagée. Rien n’est plus étranger à notre conception de l’art que le «ciblage» marketing envers des «publics», mot que nous ne cessons depuis 15 ans de réfuter ! Lorsqu’on veut jouer aux savants, peut-être est-il bon de commencer par apprendre à lire…
Mais on est surtout en droit de s’interroger sur la curieuse façon d’envisager une politique «de gauche» que prônent nos auteurs. Dans cette conception politique, il serait apparemment malvenu de bousculer les hiérarchies, de s’interroger sur l’obsolescence du clivage entre «haute» et «basse» culture, de reconnaître l’aspect dialectique du caractère à la fois rassembleur et diviseur du geste artistique. Tout comme il serait interdit de s’interroger sur le statut du «créateur» démiurge, et de valoriser ce que Michel de Certeau appelait la créativité diffuse, ou le vieil Hugo le génie des peuples (alors même que les artistes les plus intéressants de la fin du siècle dernier et du début de celui-ci remettent précisément en cause ce statut d’«auteur», que les outils contemporains font voler en éclats). Coupeurs assidus de cheveux en quatre, nos auteurs ont manifestement pourtant beaucoup de peine à penser la complexité. Et leur conception d’un Art forcément incompris à ses débuts est non seulement démentie par les faits, mais foncièrement réactionnaire, ringarde, et idiote.
Rien de très étonnant de la part de ces gens. Ce monsieur Simonot, ce ne serait pas le même qui doutait jadis de notre amitié avec Pierre Bourdieu à l’époque où celui-ci participait avec nous à des débats publics, publiait dans notre revue et signait notre premier appel ?
On ne se refait pas.
Nicolas Roméas et Valérie de Saint-Do
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Liens :
Et pour ceux qui voudraient en savoir plus sur ces gens…
Valérie de Saint-Do @ 5 septembre 2011
Action! La performance se joue d’elle-même…
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Jardin à la française de Marion Uguen
S’il est un genre artistique pour lequel Paris prend trop souvent des allures de désert, c’est bien la performance. Saluons d’autant plus l’initiative du Générateur de Gentilly, lieu à découvrir de la banlieue sud et d’une ville que la décentralisation culturelle semblait avoir laissé de côté. Avec le FRASQ, festival de performances (vieil oxymore dont Polyphonix déclinait déjà la contradiction! ) il a voulu donner un coup de jeune à un concept que plus personne ne sait très bien où placer. Que signifie la performance quand elle entre dans une salle de spectacle? Peut-on transgresser et prétendre s’affranchir des règles du spectaculaire quand le public est convoqué? Y a -t-il encore une esthétique de la performance liée à l’excès et comment s’exprime-t-elle?
À cette dernière question, la réponse est clairement négative. La performance des années 2010 ne cherche plus à éclabousser le spectateur de sang et de sperme. Apaisée, elle manie l’ironie, le décalage, s’inscrit dans le temps, comme dans l’installation au long cours du subtil « jardin à la française » de Marion Uguen, recomposant la géométrie versaillaise à partir d’oripeaux multicolores. Ou se fait joyeuse, participative et ironique chez Mélanie Martinez-Llense.Et quand elle renoue avec son vocabulaire des années 60 et 70, c’est en se conformant à cet espèce de second degré : offrir ce que l’on attend sous cette étiquette tout en le tournant en dérision.

Éric da Silva (Melkior théâtre)
À cet égard, l’Esthétique de la folie d’Alberto Sorbelli offre une tentative extrêmement intéressante. Deux spectacles s’y croisent, et deux conférenciers. Pris entre différents foyers d’actions, dans une salle ayant renoncé à toute configuration spectaculaire, le spectateur n’a d’autre choix que de circuler entre les quatre pôles d’attraction. De se laisser prendre au théâtre épique de Godefroy Ségal (Compagnie in cauda), et la belle énergie de sa chorégraphie des corps, ou entre dans L’anniversaire performatif de Éric da Silva, tout en écoutant la conférence en forme de commentaires ironiques de l’impassible historien d’art Thomas Schlesser. Lequel rappelle, pince sans rire, que prétendre aujourd’hui à la subversion avec des jets de liquide rouge et de la nudité ne fait que vous inscrire dans un certain mainstream de l’art contemporain… Tandis que face à lui, l’autre conférencier, le critique d’art Emmanuel Hermange décline, conférence, imperturbable, ses analyses.
Voir, entendre, à 360° et dans la confusion; triturer le discours sur l’art et la tentative artistique; inviter un théâtre épique hérité des drames historiques sur la scène de la performance; jouer de l’autodérision du genre: c’est au travers de cette tentative qu’Alberto Sorbelli rend son hommage à Érasme et à Foucault dans cette Esthétique de la folie. En nous mettant face à notre zapping, en « feignant d’être l’organisateur » de ce chaos où dans l’éclatement en pôles d’action et de parole, la rencontre se produit… ou non. Esthétiques de la folie est un travail d’interférences, qui sans cesse, se refuse à captiver le spectateur. Qui le laisse à à son choix: que voir, qu’écouter? Céder à l’action hypnotique du Melkior théâtre ou à son contrepoint critique? Écouter ou voir? Se laisser happer ou choisir la distance? Le travail trouve parfois ses limites dans les creux de l’action: une fois séduit par le processus et la distribution, on se prend à errer, en manque d’une impossible concentration sur un pôle d’attraction. Mais n’est-ce pas précisément là, dans cette force centrifuge qui nous éloigne sans cesse d’une écoute pour nous en proposer une autre, que réside l’esthétique de la folie?
Au Générateur de Gentilly. Le FRASQ se poursuit jusqu’au 30 octobre.
www.frasq.com
Valérie de Saint-Do @ 18 octobre 2011
Soutenons Radio Aligre !
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Nicolas Roméas @ 21 octobre 2011
AL WASSL – Plateformes Arts Méditerrannée
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Présentation par Ramzi CHOUKAIR, Directeur artistique d’Al Wassl,
et Gérard ASTOR, Directeur du Théâtre de Vitry.
Réalisation : Samuel Wahl – Cassandre/Horschamp.
Musique : el dor el Awal.
AL WASSL – Plateformes Arts Méditerrannée
du 6 au 29 novembre 2011
Théâtre Jean-Vilar 1 place Jean-Vilar 94400 Vitry-sur-Seine
Réservations 01 55 53 10 60
www.theatrejeanvilar.com
www.plateformes-alwassl.org
Téléchargez ICI le programme au format PDF.
Samuel Wahl @ 22 octobre 2011
Gracias a la vida companero
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Une musique à point nommé pour faire entendre nos voix lors des longues soirées festives et combatives à venir.
L’automne est là, les jours se réduisent comme peau de chagrin. Dans le lecteur, je glisse un CD, une ambiance rouge d’octobre m’entoure, s’installe un air de 1871, Paris, Moscou? Je reconnais des bribes de l’internationale, ce n’est pas seulement l’ancien hymne russe mais aussi le chant qui accompagne bien souvent les soulèvements populaires. Petit coup d’œil jeté, à la dérobée, sur la pochette : « Adelante! » écrit en diagonale, rouge sur fond bleu. Est ce une promesse d’azur? de lendemains qui chantent? un livret explicatif accompagné de belles photos en noir et blanc retrace l’historique de ces musiques. Difficile d’écouter sans prendre conscience du monde contestataire qui s’ouvre à nous.
Il semblerait que Giovanni Mirabassi soit toujours engagé sur sa route révolutionnaire, celle qui eut pour point de départ : Avanti !
À présent, je suis happée par une voix cubaine, Hasta siempre, le pianiste poursuit son travail de mémoire autour des luttes collectives. S’enchaînent les chants au potentiel émancipateur : Le Déserteur, A luta continua…Tiens me voilà désormais transportée au Mozambique, je me souviens de la résistance aux guerres coloniales portugaises, une pensée pour mon père se débattant avec la dictature…
Un recueil de chansons révolutionnaires? Voici ce que nous propose le jazzman, enregistré où cela ? à Cuba et quand? le 1er mai. Bien évidemment n’allez y voir aucune coïncidence de temps et de lieu!
Sensible et investi, le pianiste retranscrit l’ état d’urgence et la capacité rassembleuse de ces chansons populaires.
Répertoire trivial? Ces interprétations contemporaines, nous prouve qu’il est possible d’allier protestation et exigence esthétique. Surtout, elles démontrent que la sensibilité artistique permet de saisir les éléments sonores les plus chargés de révolte dans le patrimoine musical commun. Souhaitant restituer et faire résonner au présent ces combats sociaux du passé, ce disque incite à réchauffer l’atmosphère de ces prochains jours de campagne électorale.
Rosa Ferreira
P.S. Dans le même ordre d’idées, signalons également le spectacle Désir rouge qui montre l’ami Bruno Boussagol en rocker!
www.brut-de-beton.net
Adelante, chez Discograph/Harmonia Mundi.
Valérie de Saint-Do @ 28 octobre 2011
Sur les pas de John Cage
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Puisque les oreilles n’ont pas de paupières…
Arrêtons de subir chaque jour les sons et les bruits de manière passive. En effet, il est facile de ne pas voir, plus difficile de ne pas entendre, à moins d’avoir bien solidement fixé sur nos oreilles un casque qui diffuse notre musique et nous isole, pour un instant, de celle de l’autre, des grondements de la ville, des tumultes de la vie. Ouvrons-nous au phénomène sonore, faisons ensemble, une expérimentation des propriétés du son, de sa fabrication, de ses possibles… Voici le genre d’expérience auquel se voue la Compagnie Inouïe depuis 1999, en proposant des productions scéniques tournées vers les oreilles du public. Un spectacle musical où les auditeurs méritent enfin cette appellation, puisqu’ils ne peuvent qu’adopter une écoute active étant donné que l’intention même de la manifestation est de saisir la genèse des sons, voire de les produire soi-même. En effet, bien des fois les actants (aussi appelés spectateurs) apportent une indispensable contribution. Qu’est ce qu’une telle initiative, nous, dit ? Et bien que l’ensemble des ondes qui chatouillent nos esgourdes, a le droit au chapitre. On abandonne la distinction entre soit disant sons musicaux (propres, polis, connus, bien de chez nous) et bruits (hirsutes, effrontés, inconnus, étrangers), le compositeur devient organisateur de sons, c’est ainsi que le souhaitait John Cage, auquel justement la dernière création de la Compagnie rend hommage : John Cage au creux de l’oreille.
Ne pas séparer l’art de la vie, est ce que voulait ce compositeur, redonner de l’importance aux bruits du quotidien, du corps, jusqu’aux battements de son propre cœur qui se sont imposés à lui, tandis qu’il recherchait le silence dans un caisson insonorisé. Une affirmation de la vie, c’est bien ainsi qu’il pensait le musical « pas une tentative de produire de l’ordre à partir du chaos. »
Deux soirées à l’auditorium Antonin Artaud à Ivry permettront une immersion dans l’inouï : on écoutera le piano préparé, l’eau dans tous ses états, les voix transfigurées…
De tout cela, nous retiendrons que tous les sons sont égaux, il n’est donc aucunement besoin d’une hiérarchie, de sons chefs et de sons sous-chefs, pour organiser le musical. Également que la musique est à portée de mains quelles qu’elles soient, façonnées par dix ans de conservatoire ou novices. Enfin, qu’il est possible d’imaginer et de créer des timbres, des résonances qui nous parlent et nous correspondent.
Rosa Ferreira
Thierry Balasse, Cie inouïe zoom – John Cage au creux de l’oreille : 3 novembre à 20h30 – 4 octobre à 18h30. Auditorium Antonin Artaud 152 avenue Danielle Casanova 94200 Ivry-sur-Seine.
Rosa Ferreira @ 3 novembre 2011
Artistophobie, ça suffit! Visite chez les défenseurs de la chrétienté
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Par Thomas Hahn
Ils brandissent des crucifix et des icônes. Ils agitent d’étranges drapeaux et scandent: « France catholique! » Leur prière de rue face au Théâtre de la Ville se fait au micro. Les haut-parleurs ciblent Roméo Castellucci et le public de sa pièce « Sul concetto di volto nel figlio di dio ».
La présence de CRS est impressionnante face à la cinquantaine de personnes qui s’est rassemblée ce dimanche, jour de la dernière au Théâtre de la Ville. Mais que se passe-t-il dans leurs têtes? Pour tenter d’y comprendre quelque chose, j’aborde un jeune manifestant au look Grandes Ecoles et lui demande s’il a vu le spectacle. Il dit que oui. Alors, qu’a-t-il à lui reprocher, puisqu’il s’agit d’une interrogation spirituelle sur l’homme face à sa fin et à dieu? « Mais alors », me répond-il, « que diriez-vous si quelqu’un vous jetait des excréments à la figure? » Je fais valoir qu’aucun spectateur n’est souillé et que c’est au contraire les intégristes qui ont aspergé le public d’œufs de d’huile de moteur. « Peut-être, » concède-t-il, « mais ce sont là quelques fous comme il y en a partout. » Lui-même, rien à voir! C’est vrai qu’il a l’air sage et je suis désolé d’avoir interrompu sa prière. Sa copine écoute attentivement notre dialogue. Et monsieur se met à parler de « christianophobie »: « Ici, on souille le Christ et en Egypte on assassine les Chrétiens! » Pourtant, premièrement, Castellucci fait passer tout son amour du « Salvator Mundi », se permettant simplement d’émettre un doute sur l’hypothèse que le monde ait été sauvé. Et deuxièmement, quel rapport entre son spectacle des assassinats en Egypte? « Si, il y en a un, partout on attaque le christianisme! » C’est donc entendu: Il n’y aurait pas de rapport entre les manifestants anti-Castellucci dans la rue et ceux qui, à cinquante mètres de là, attaquent les spectateurs et tentent d’empêcher les représentations en occupant le plateau. Mais en même temps Castellucci serait coresponsable des attaques contre les Coptes au Caire. Pour avoir tenté de comprendre leurs raisonnements, me voilà bien embrouillé.
La confrontation, …
« Alors, bon, » dit le chrétien modèle: « Arrêtons-nous aux grenades. Les enfants balancent des grenades sur le Christ et il y a de la matière fécale qui coule sur son visage ». Le monsieur s’excite, il est ému. Il semble avoir décidé d’emblée que ceci est une pièce de guerre. Les enfants s’amusent comme nous nous sommes tous amusés à défier une autorité, par exemple en lançant des boules de neige contre des portes ou des fenêtres. Ils sont là pour évoquer l’énergie vitale en quête de sens, en antithèse au vieux père incontinent. Puisque les uns arriveront un jour au stade de l’autre, le Christ se déchire et pleure. Sur son visage coulent les larmes, le sang et sans doute aussi les excréments de l’humanité. Castellucci fait sentir à tous ce qu’est un chemin de croix. Pour les humains autant que pour le fils de dieu. Car Castellucci est un homme croyant. Il ne le dit pas de façon explicite, pour ne pas biaiser la lecture de ses spectacles. Il ne répond pas à la question, par pudeur et parce que la foi n’est pas faite pour le jeu politicien, ni pour l’explication de texte qui enfreindrait la liberté du spectateur. En tant que créateur, Castellucci parle depuis une autre position que celle de l’homme qui va chez le boulanger ou aux toilettes. Les manifestants n’ont cure de cette différence, tout autant qu’il leur est impossible d’envisager qu’un acte représenté sur une scène et faisant partie d’une œuvre, est doté d’une valeur métaphorique et symbolique et ne peut être assimilé à un acte identique, exécuté par un citoyen dans la rue. Il ne suffit pas de voir une œuvre, il faut aussi vouloir la regarder en face. En l’occurrence, face au regard du Christ qui interroge. « Il s’agit d’invoquer Jésus de nouveau, parce qu’il est la personne qui a créé la religion occidentale et que nous voyons en lui son représentant. Mais la représentation de sa personne a disparu, et avec elle l’acte de se confronter à Jésus. Pour moi, cette absence prend une grande importance », déclara-t-il à la revue allemande Tanz pendant le processus de création de « Sul concetto di volto nel figlio di dio ». Est-ce ainsi que parle un « christianophobe »?
… une stratégie politique
Ici, c’est le « Salvator Mundi » qui vous regarde en face, dans l’immensité de sa compassion, sachant que votre existence est tissée de déchéance, de mortalité, de la peur de tout ça et de mille désirs inassouvis. Si la foi peut te consoler, tant mieux pour toi. Sinon, fais un effort, pour accepter. Va voir le travail des artistes, parce que ça peut soulager. Tant que les intégristes de tous poils le permettent. Car le décalage entre leur caricature de la pièce et sa portée spirituelle met en évidence qu’il s’agit d’une manipulation politique. Le travail des artistes est pris en otage par des groupuscules en quête de puissance et d’attention médiatique. Ce qui nous interdit ici de les citer. Leur stratégie est évidente. Elle vise à créer le chaos pour imposer un double « sauveur »: Dieu et un dictateur terrestre. Et quant aux religions, il faut aussi se demander si les défenseurs autoproclamés de l’intégrité physique du portrait du Christ n’iront pas dans la foulée s’en prendre à la religion d’en face, dont les fidèles ont, selon les dogmes du clergé auxquels ils veulent revenir, crucifié le Christ en chair et en os. Face à quoi, Castellucci, c’est du pipi de chat.
Photos : Thomas Hahn
PS. La scène se reproduit au 104, où est jouée la pièce cette fin de semaine. Mais dans le XIXème, quartier populaire, les habitants ne sont pas près à voir l’extrême droite les squatter. Les quelques tondus venus le soir de la première ont reçu les œufs qu’ils avaient l’habitude de lancer, et une contre-manifestation de gauche pour la liberté artistique a rassemblé quelques 150 personnes.
Valérie de Saint-Do @ 3 novembre 2011
[Vidéo] The End, l’erreur d’être en avance à un rendez-vous que l’on ne peut pas rater…
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The End, texte de Leila Toubel mis en scène par Ezzedine Gannoun, du théâtre El Hamra de Tunis, a inauguré le passionnant programme de la plateforme Al Wassl , aperçu du théâtre et de sa parole politique en Méditerranée, au Théâtre Jean-Vilar de Vitry sur-Seine.

The End, de et avec Leila Toubel (assise à droite)
Si un jour vous croisez la mort et que celle-ci vous donne rendez-vous dans une heure, ne verriez-vous pas tout d’un coup l’importance d’une multitude de choses à régler, de votre tenue jusqu’à l’annulation de toutes ces autres rencontres que vous ne pourrez plus que manquer ?
Voilà la situation dans laquelle se retrouve Nejma. Sans autres états d’âmes que ceux qui ont pavè sa vie jusqu’alors, cette femme mûre, pas encore vieille, mondaine, et pourtant si seule, fille, mais surtout pas mère, décide de mettre en scène elle-même sa sortie de scène. Avec une lucidité placide, elle accepte de clore toutes les conversations qui la relient encore à ceux qui l’entourent, qu’ils soient vivants ou morts. Sobriété du décor, finesse des lumières, grâce des mouvements, The End propose au spectateur un théâtre arabe résolument moderne, temporel et fantas(ti)que à la fois. À chaque personnage son animal totem que la gestuelle révèle, dans une mise en scène associant l’élégance des corps à l’absurde de l’être.
Le texte de Leila Toubel, ciselé, pointu, tranchant, porte l’estocade sur les points vitaux d’un monde standardisé, là où ça fait mal de se dire que la véritable vie nous a déjà été arrachée : médias de masse au misérabilisme aliénant (le voici votre populisme réel!), rêve de gloire avant la moindre victoire (que le hip-hop repose en paix…), religiosité sans fond, comme le trou d’une tombe où s’empilent à l’infini les corps de nos aïeux (c’est bien ça la tradition, n’est-ce pas?), aveuglement des enfants hérité de parents qui nous voulaient pas voir, démocratie fantoche qui remplace le choix par le désir, la politique par le spectacle…
Dans ce conte aux faux airs de théâtre de marionnettes, le destin ne peut être là où on l’attend. C’est à cela qu’on le reconnaît. Il est une tendance aujourd’hui à mettre en concurrence tous les artistes arabes pour en élire le plus prophétique. La démarche est biaisée. Si l’art parle de nous « ici et maintenant », il n’a que prouvé sa valeur lorsque le lendemain il a encore raison.
On ne peut que féliciter l’équipe du théâtre El Hamra pour son travail militant, exigeant et sincère depuis plus de vingt ans. Mais avant tout, on s’incline devant une pièce surprenante, humble et exigeante, profondément rebelle. A croire que les Printemps naissent au théâtre…
Et maintenant, que faire?
Le Printemps, il en fut question, justement dans le débat qui suivit ce spectacle et qui voyait des artistes et intellectuels s’interroger sur la place de l’art et de la culture dans les révolutions arabes. Et c’est une belle leçon de réflexion et d’humilité à nos éditocrates qu’ont donné Ezzedine Gannoun, Leila Toubel et les autres participants face à l’hystérie, l’inculture et l’arrogance qui ont caractérisé les commentaires politiques et médiatiques français avec la victoire – relative – du parti Ennadah.
Au cours de la révolution, Leila Toubel et Ezzedine Gannoun se sont refusé à la pose de l’artiste compagnon de route : « c’est en tant que citoyenne que je manifestais, pas en tant que comédienne », commente Leila. « et nous n’avons pas besoin de Juppé et de ceux qui ont soutenu la dictature pour nous dire que les barbus sont dangereux, nous le savons, merci ! » Et de démonter la mythologie qui veut, notamment, que la Tunisie de Ben Ali ait protégé le statut de la femme…
Le défi désormais pour les artistes se situe moins dans le rapport au gouvernement provisoire et au parti majoritaire – trop malin pour attaquer les libertés de front, constatent-ils en substance– que précisément dans leur place de citoyen et leur rapport au peuple. Depuis que la chape de plomb a sauté, l’incompréhension, voir l’attaque, peut venir de mon voisin », constate Ezzedine Gannoun. Ces voisins qu’ils côtoient au quotidien dans le quartier populaire de Tunis où se niche El Hamra, où ils ont parfois donné asile à des marchands ambulants. Ils ont du faire à l’incompréhension de ceux qui les voyaient reprendre leur métier après le 14 janvier : « ce n’est pas le moment !» comme si le fardeau des assemblées citoyennes et de la préparation de « l’après » devait reposer sur les seules épaules des artistes. « Interdirait-on à un boulanger de faire son travail » ? ironise Ezzedine, dont les paroles entrent en résonance troublantes avec celles si belles du Théâtre ambulant Chopalovitch(1)…
À cette injonction, leur réponse fut un sit-in de plusieurs jours au Théâtre el Hamra.
Désormais, à la question «Que faire ?», leur réponse est simple : ce qu’ils ont toujours fait, en tant qu’artistes et citoyens. Ils ne cèderont ni au surf facile sur la vague de l’opportunisme antigouvernemental, ni ne lâcheront un pouce d’une liberté qu’ils n’ont jamais abdiquée, et dont The End est un exemple magnifique. Et continueront à tendre à la société tunisienne, avec finesse et courage, un miroir où l’intime et le politique se reflètent, étroitement imbriqués.
Hédi Maaroufi et Valérie de Saint-Do
Le festival Al Wassl, Plateforme Arts en Méditerrannée se poursuit au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.
http://www.theatrejeanvilar.com/la-saison/detail/theme/theatre/fiche/al-wassl/
1. Le Théâtre ambulant Chopalovitch, superbe pièce de Lioubomir Simovitch e Théâtre ambulant Chopalovitch est l’histoire d’une troupe de théâtre qui, dans une ville sous l’occupation de l’Allemagne Nazie en 1941, débarque pour jouer Les Brigands de Schiller. Mais les habitants d’Oujitsé (en Serbie) sont dépassés par une réalité qui les maintient dans un état de terreur.
RETROUVEZ DES EXTRAITS CHOISIS DE LA SOIREE EN VIDEO :
(Réalisation Samuel Wahl)
Valérie de Saint-Do @ 14 novembre 2011
MAGIE NOIRE : PRESENCE CHARNELLE, SPIRITUELLE, SUBLIMEE
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Le théâtre de l’Épée de bois accueille actuellement la création Magie noire, une œuvre collective imaginée par des jeunes artistes brésiliens des favelas et orchestrée par Laurent Poncelet, directeur de la compagnie du théâtre-action Ophélia.
« C’est par le corps que nous sommes temps et lieu »
ZUMTHOR Paul : Introduction à la poésie orale.
Être enfin visibles ! Voici la préoccupation principale des jeunes artistes brésiliens des favelas. Exclus, relégués à la périphérie de la ville de Recife, personne ne s’aventure au-delà de cette limite, personne n’y risque, ne serait-ce qu’un coup d’œil. L’ignorance est totale, comme s’ils n’étaient pas une réalité du Brésil, comme si ce pays se limitait aux riches cariocas qui peuplent les plages de Copacabana et d’Ipanema, tortillant leurs corps refaits sur des airs de Bossa-nova.
Bénéficiant d’une collaboration artistique entre l’ONG Brésilienne Pé no chao et la Cie Ophélia, forts d’un savoir faire artistique et de l’écoute humaine dont ils ont bénéficié
, les jeunes artistes auxquels nous faisons face sont déterminés. Et la rencontre a lieu… Dans les couloirs du théâtre, dans les travées de la salle, les artistes viennent au contact, une main passée dans les cheveux, un enlacement bref, un petit tour de danse, tout cela dans des éclats de voix : interpellations et rires. Si nous pensions que la barrière serait maintenue entre la scène et la salle, et bien c’est une erreur. Nous ne venons pas voir un spectacle, nous venons faire l’expérience d’une histoire, d’une culture, de la vie des favelas. Une vie où la mort est par trop présente, elle rôde sans cesse, toujours dissimulée derrière une baraque, surgissant de tous côtés elle prend plusieurs visages, la drogue, l’homicide, la faim. La favela, c’est aussi des moments de partage, de discussions, de rêves, de tendresse parfois. Des moments…interrompus sans cesse par les règlements de compte, l’irruption des gangs, les descentes de police, les visites des dealers. La survie aussi, interrompt la contemplation, lorsqu’il s’agit de pister les voitures aux feux rouges pour quémander ou laver les vitres, se précipiter pour ramasser les ordures en espérant recycler des objets, récupérer ce qui peut encore servir. Toute cette réalité nous est déballée crûment, avec leurs mots, leur langage, mais attention ! Nous ne sommes pas dans un docu-fiction. Tout ce récit nous est narré à travers diverses expressions artistiques qui sont les leurs. Sur scène, les éléments culturels issus de la tradition africaine affirment l’identité noire. Transdisciplinaire, cette histoire est contée par les corps des danseurs, des musiciens des acteurs. Le corps, le mouvement, le souffle sont au cœur de la poïétique. Entre capoeira et danse afro-brésilienne, les danseurs revendiquent une esthétique qui leur est propre, une expression exigeante à laquelle ils ont façonnés leur corps. Leurs présences s’imposent par la voix, le rythme du corps, le rythme des instruments. À partir des rythmes du Maracatu et du candomblé, une nouvelle manière d’être au monde nous est donnée. L’énergie des Orixas, entre possession et pouvoir, exhale une transe et une puissance qui nous sont inconnues et desquelles nous avons certainement quelque chose à retenir. Ouverts sur les autres cultures, prêts à s’approprier, en faisant passer par leurs filtres, des formes d’art venues d’ailleurs, ces artistes parviennent à métisser la hip-hop, lui redonnant un souffle nouveau, réinvestissant cette danse de son potentiel contestataire.
À la fin de cette performance, un temps de discussion est prévu entre les artistes et le public pour échanger ses impressions, poser des questions. Tous savent qu’ils ont dorénavant franchis des étapes, que ceux sont des artistes qui souhaitent désormais vivre de leur art mais également le divulguer dans les favelas, mais aussi à travers le monde. Sans abandonner des revendications politiques, ils plaident pour une égalité qui n’est pas encore venue, le Parti des travailleurs ne s’est pas encore décidé à investir dans l’éducation et la santé. Ils veulent obtenir un autre regard que celui de la télévision qui ne reflète pas la complexité de leur vie, les réduits à quelques caractéristiques sensationnelles, les stigmatisent. Désormais il faudra compter avec eux, ils habitent l’espace, prennent la parole.
Rosa Ferreira
Ce soir et demain samedi 3 décembre à 21h, et du 7 au 10 décembre, même heure. Les dimanches 4 et 11 décembre à 16h, Théâtre de l’Épée de bois, La Cartoucherie, Route du champ de manœuvre.
Rosa Ferreira @ 2 décembre 2011
Soyons nombreux contre les demeurés de l’ordre moral!
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Valérie de Saint-Do @ 7 décembre 2011
La religion est une opinion moins que les autres
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Puisqu’on nous oblige à en parler, parlons-en. L’emprise de plusieurs religions sur le débat public augmente subrepticement au fil des années. Le bénitier est plein à ras bord. L’article de Cavanna dans « Le Monde » fait débat. Tant mieux. Débattons. Mais de quoi ?
La différence entre les croyants et les athées réside dans le simple fait que les athées ne cherchent pas à imposer leur athéisme aux autres. Ils ne sont pas organisés pour ça, et, pour tout dire, ils s’en foutent. Pourtant, il semble bien que le moment soit venu de défendre le droit d’être athée.
Reprenons au début.
L’univers comprendrait cent milliards de galaxies, chacune d’entre elles avec ses cent mil-liards d’étoiles (à quelques-unes près, ne chipotons pas…). La Terre, dans tout cela, est une chiure de mouche à l’extrémité d’une galaxie mineure, et, à sa surface, s’agitent de rares et improbables moisissures, dont nous autres humains formons une infime minorité, cet ensemble se trouvant à la merci du premier frisson cosmique venu.
Tout cela aurait été créé par un Dieu tout puissant dans l’unique dessein de faire émerger à la vie certaines des dites moisissures, (nous-mêmes, mes frères humains, vous l’aurez compris). Cet univers incommensurable serait à notre service exclusif, et aurait été créé pour nous assurer la vie éternelle après une vie terrestre de merde, si nous supportons le cœur léger la dite vie de merde et si nous adorons le dit Dieu tout puissant.
Soit.
J’ai toutefois quelque difficulté à croire que le créateur de cet univers surveillerait d’un regard sourcilleux ce qu’il y a dans mon assiette, s’intéresserait à ce que les femmes aient les cheveux couverts d’un foulard, ou bien prenne le temps de damner pour l’éternité ceux qui baisent dans une position ou avec un partenaire non autorisés. Cela me paraît bien présomptueux…
En définitive, qu’une telle (in)créature éprouve le curieux besoin d’être « adorée » par d’insignifiantes formes de vie qui rampent fébrilement sur un gravillon périphérique est un peu délicat à concevoir.
Le problème est que tout cela n’est guère discutable, puisque appuyé sur des textes « sacrés », des « révélations divines» qui, par leur nature même, ne sont pas ouvertes à la discussion, puisque c’est Dieu qui a parlé.
Autre problème : les dits textes « sacrés » sont légion. Ils ont beaucoup varié au fil des siècles, ils s’opposent entre eux, chacun promettant les foudres de l’enfer dans l’autre monde et, contradictoirement, la lapidation dans celui-ci, à ceux qui n’y croiraient pas ou qui croiraient autrement. Contradictoirement, puisque, si Dieu se charge de la punition, ça doit être autre chose que la pauvre punition humaine et contingente….
On est toujours l’hérétique, l’incroyant, bref, le damné de quelqu’un.
Que peut bien signifier, dans ces conditions, la demande de « respect » violemment énoncée par des organisations religieuses qui promettent, au mieux les flammes de l’enfer, au pire un lynchage crapuleux, à ceux qui n’y croient pas ? Où est leur « respect » ?
La question est donc posée de savoir si le fait qu’en république, chacun ait le droit de croire à ce qu’il veut et de rendre un culte aux diverses divinités de son choix et à leurs avatars, cela implique que la religion doit être, en tant que telle, un élément de la vie publique, du débat politique ? Par voie de conséquence, on est fondé à se demander si la vie publique doit s’organiser autour des prescriptions des différentes religions ?
Le débat politique s’articule d’abord autour de faits concrets, mesurable en termes de principes et d’objectifs énonçables concrètement.
En résumé, le but de l’organisation sociale humaine serait d’assurer à chacun la meilleure vie possible, et donc d’assurer une répartition la moins inéquitable possible des richesses produi-tes, l’accès de chacun à un certain nombre de bienfaits collectivement produits, dans la sécurité qu’elle est capable d’assumer.
Ces débats se déroulent autour de faits concrets, et doivent déterminer l’organisation sociale. Ils en sont la raison d’être.
Introduire dans ce débat public des notions totalement subjectives, fantasmées, aussi vagues que des « commandements divins », des révélations, des visions, des récits mythologiques, des fabulations délirantes, bref, toutes sortes d’élucubrations mystiques, est bien ici totalement hors de propos.
Une religion est une croyance pour laquelle notre vie réelle n’est qu’un long examen de passage vers une vie future, qui récompensera ou punira éternellement notre comportement actuel. Si chacun, encore une fois, est absolument libre de croire cela pour ce qui le concerne, on voit bien que cette problématique est totalement étrangère au débat politique qui ne concerne et ne peut concerner que le seul monde réel où nous vivons aujourd’hui.
Une croyance religieuse n’est pas une opinion, puisqu’elle n’est pas sujette à débat, qu’elle est une abdication partielle mais volontaire de la raison, une soumission plus ou moins assumée aux prescriptions d’un clergé, et surtout un classement implacable du genre humain entre croyants et incroyants, ou pire, croyant mal.
Dans l’histoire, à chaque fois qu’une religion a pu s’allier au pouvoir politique, ou qu’un pou-voir politique a eu besoin d’une religion pour établir son autorité, cette alliance a permis à la fois un régime autoritaire et une croyance obligatoire. Mais peut-on s’obliger à croire ?
Bien sûr et heureusement, il existe aujourd’hui un grand nombre de croyants modérés, probablement une large majorité d’entre eux, au moins en France, qui considèrent que cela ne regarde qu’eux, qui sont de sincères démocrates, qui ne cherchent pas à imposer leurs convictions ou leurs pratiques à l’espace public, et à qui il serait profondément injuste de faire porter l’histoire sanglante des hiérarchies religieuses du passé ou du présent. On aimerait juste les entendre un peu plus en ce moment…
En république, tout est discutable à tout instant. Contrairement à ce que pensent des op-presseurs intéressés, il n’y a pas de « sacré » en république. C’est juste un outil pour faire taire les opposants. Les opinions politiques que j’ai adoptées après réflexion et débat tout au long de ma vie sont quotidiennement moquées et insultées dans la presse, mais aussi parfois débattues, avec des arguments posés, auxquels je peux éventuellement répondre. Tout cela est bien la moin-dre des choses et il n’y a pas de quoi s’offusquer.
Sous quel prétexte de « sacré », les croyances, qui par surcroît ne sont fondées sur rien de concret et ne concernent pas le monde réel, devraient-elles être exemptes de critiques ou de moqueries ?
Le « sacré » peut et doit être interrogé, à proportion du degré auquel il veut s’introduire dans le débat public.
Qu’on se souvienne, lors de l’incendie du cinéma Saint-Michel qui projetait « la dernière tentation du Christ », par des skinheads en jupon , intégristes catholiques, que la compassion de Mgr Lustiger pour les victimes s’exprimait en ces termes délicats : « Quand on touche au sacré, on déchaîne le diable (sic !) », autrement dit en bon français, « bien fait pour leurs gueules ! ».
Il ne suffit pas qu’un individu déclare telle ou telle « croyance » sacrée, pour que nul ne puisse plus porter sur celle-ci un regard ou une plume critique, sinon, cela signifie la mort pro-grammée de tout débat public, la fin de la société humaine.
Le retour du délit de blasphème établi par les tribunaux français, la polémique imbécile lancée par des croyants autour de quelques dessins de presse, le dérapage consternant d’institutions qui assimilent ainsi bêtement race et religion, sont des signes extraordinairement inquiétants de régression intellectuelle et d’abêtissement social et politique.
Les manifestations contre des pièces de théâtre par des zozos intégristes qui ne les ont pas vues montre bien à quel point ils ne parlent pas du monde réel, pourtant le seul qui vaille. Ils font de leurs fantasmes une compétence, aurait peut-être dit Barthes (Barthèsse pour les mal-comprenants qui nous gouvernent).
Imaginons qu’une « révélation » m’impose une religion qui prescrive de fumer des petits cigares toscans bien puants au cinéma, par exemple. Cela me donnerait-il le droit de demander aux pouvoirs publics de financer des salles adéquates pour pratiquer ma croyance ?
Il existe une religion, les « Témoins de Jéhovah », qui interdit les transfusions sanguines. Les médecins confrontés à une urgence vitale, à ma connaissance, transfusent d’abord et discu-tent ensuite. Va-t-on le leur reprocher ?
Un certain Vladimir Illich disait il y a 90 ans : « Qui veut le pope paye le pope », ça semble normal, la religion n’est pas un service public.
Le dernier avatar de l’invasion religieuse dans l’espace public est le « laïcisme ». Ceux qui pensent que les religions n’ont rien à faire dans l’espace ou le débat public, ni ne doivent recevoir l’argent public, sont des « laïcards ». Ainsi tamponnés d’un vocable au sens vague, mais forcément infamant, les républicains seraient réduits au silence.
Pour ces envahisseurs et pour leurs amis qui nous dirigent, le prêtre vaut mieux que l’instituteur, nos « racines chrétiennes » valent mieux que la culture, le savoir et l’ouverture au monde, et, on le voit, les croyances les plus rigolotes, mieux que les délibérations démocratiques.
Ce serait, ce sont, quelques-uns des nombreux exemples de l’émergence du nouveau moyen-âge que nous vivons aujourd’hui, où le « Marché » est devenu le dernier Dieu inventé, les banquiers ses apôtres, et la Commission Européenne son synode. Et, là encore, nous sommes instamment enjoints de croire, de ne pas rire quand on nous dit qu’on va réguler le marché (mais peut-on réguler Dieu ?), de confesser nos fautes et de consommer à crédit.
Ainsi, mes frères humains, je vous le dis, en matière de religion, comme de finance, d’Europe, et de politique en général, je suis et me revendique laïc, laïciste, laïcard … et pas prêt à croire tout ce que des vautours, ou des corbeaux, intéressés, voudraient me faire avaler.
Michel Thion
P.S. Pour ceux qui trouveraient que j’exagère en parlant de nouveau moyen-âge, qu’ils lisent « vivre et penser comme des porcs » de Gilles Châtelet ou bien « punir les pauvres » de Loïc Wacquant, pour ne citer que ces deux ouvrages essentiels. Pour ce qui est du voile, je ne peux que conseiller « Bas les voiles » de Chahdortt Djavann, chronique d’une porteuse forcée du voile. Ça fait réfléchir. Enfin, pour finir sur une note optimiste, pour ce qui est du « vivre ensemble », voyez sans attendre le superbe film de Nadine Labaki : « Et maintenant, on va où ? ». Il y a de l’espoir là-dedans, même pour les croyants…
Deux liens pour poursuivre : http://www.youtube.com/watch?v=MeSSwKffj9o et http://brouillonsdeculture.wordpress.com/2011/08/07/a-tous-les-homophobes-citant-la-bible/
M. Thion @ 14 décembre 2011
Artémisia danse le « Mambo »!
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Le prix Artémisia 2012 de la bande dessinée féminine sera décerné à Claire Braud, pour Mambo, (l’Association), demain soir, 18h30, à la librairie La Hune, boulevard St-Germain à Paris. Quelques mots de Chantal Montellier, fondatrice du prix et dessinatrice elle-même (dont vous pouvez retrouver les dessins inédits dans le très beau N° 88 de Cassandre/Horschamp!)
Cette jeune auteure succède à Johanna Schipper, Tankxxx et Lisa Mandel, Laureline Mattiussi et Ulli Lust, respectivement lauréates en 2008, 2009, 2010 et 2011. Elle place le prix 2012 sous le signe de la fantaisie roborative.
Le Mambo est une danse originaire de l’île de Cuba. Les danseurs se font face car leurs pas sont réalisés en miroir et les deux partenaires sont généralement collés l’un à l’autre. Mais comment danser un Mambo quand on est toujours en train de courir, de crainte de devenir un “gros tubercule”? Et puis avec qui le danser? Surement pas avec le contrôleur fiscal (neutralisé d’un coup de poële à frire); ni avec le cavalier body buildé aux dents trop longues et pointues pour pouvoir embrasser, sans la blesser, sa partenaire; ni avec le chauffeur de bus au nez collé sur son volant… Sans compter que pour ne rien arranger les hommes ont des prénoms féminins! Alors, comment s’y retrouver? Autant continuer à courir en confiant la garde de la maison (et de l’huissier) à l’animal domestique habituel: un tigre de grande taille!Dans ce premier album plein de fantaisie et d’humour subtilement subversif, l’auteure porte un regard original sur les relations hommes-femmes et fait appel, de rebondissement en rebondissement, à ce que l’imaginaire féminin peut avoir de plus singulier, chose toujours trop rare dans le monde si masculin de la bande dessinée.
Côté graphisme, dessin et mouvement sont très dynamiques, les personnages bien caractérisés et le style, qui peut faire penser parfois à Roland Topor, est libre et léger. L’absence de cadre autour des cases accentue encore l’impression de liberté.
Bref, Claire Braud nous entraîne dans une danse sensuelle à la chorégraphie surréaliste, qui a donné à Artémisia envie de danser ce mambo avec elle. Pas à pas.
Chantal Montellier
Fondatrice du prix Artémisia.
Valérie de Saint-Do @ 9 janvier 2012
Œillets, jasmin, camélias ?
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Frank Castorf n’envoie pas de fleurs à une France qui trahit sa Révolution
Par Thomas Hahn

Jean-Damien Barbien et Jeanne Balibar dans La Dame aux Camélias
L’étonnement commence par le titre. Car cette Dame aux Camélias ne contient comme solde de tous comptes trois ou quatre fragments du roman, repris régulièrement, en guise de Leitmotiv. Et après toute la communication faite en amont qui nous disait que Castorf allait confronter Marguerite Gautier au parler cru de Georges Bataille, on se rend compte que le directeur de la Volksbühne a pris tout le monde à contrepied. Car c’est en fait à Heiner Müller qu’il confronte l’héroïne du roman, et plus précisément à La Mission, une pièce qui interroge les motifs d’un engagement révolutionnaire.
Le propos de Castorf n’est pas de raconter une histoire, ni deux. Mais de se servir des histoires, et de l’Histoire, pour dire ce qu’il a à dire. Autrement dit, pour pousser un énorme coup de gueule. Mais personne ne l’entend. La France continue d’attendre un spectacle sur la belle Gautier dont elle voudrait boire les paroles, et le cri de Castorf se perd… dans le titre.
Pourtant, Marguerite c’est Marianne. Et elle a été trahie. Castorf rappelle au peuple français que la Gautier, chez Dumas fils, est une courtisane qui réunit en une seule personne les deux fantasmes de l’homme sur la femme: la pute et la sainte. Dumas Fils descend ici sur le plateau pour rappeler à Duval et à la France qu’en transformant la Gautier en hectoplasme éthérique, et en oubliant sa vraie nature, la France s’est soumise à la vision bourgeoise et napoléonienne. Le monde est déçu par la France. Par celle, embourgeoisée, du 19e siècle et par celle d’aujourd’hui.
C’est ça que Castorf renvoie aux Français. Et comme pour mieux leur asséner son ironie féroce, il sort des oubliettes une vieille rengaine de Michel Sardou:
« Ne m’appelez plus jamais France! »
Mais ici, dans le contexte du spectacle, ce n’est pas un paquebot qui prend la parole, c’est la révolution qui fait son bras d’honneur.
Il y a quelque temps, la France possédait encore un triple A dans sa perception à l’étranger. Mais depuis que la politique française, y incluse la politique culturelle, tangue entre Star Academy et Starkozie, sa note est tombée au niveau de celle de la Grèce.
De Heiner Müller, qui épingle la trahison des idéaux, Castorf retient le discours cynique de Debuisson, propriétaire colonial et maître d’esclaves : « Elles ont roulé dans tous les ruisseaux, se sont vautrées dans tous les caniveaux du monde, traînées dans tous les bordels,
notre putain la liberté, notre putain l’égalité, notre putain la fraternité.
Maintenant je veux être assis là où l’on rit. Ta peau reste noire, Sasportas. Toi, Galloudec, tu restes un paysan. On rit de vous. Je ris de vous. Je ris du paysan. Je ris de cette imbécilité la fraternité moi, Debuisson, maître de quatre cents esclaves. /../ Je vais me découper, de la famine du monde, ma part du gâteau. Vous, vous n’avez pas de couteau. »
N’y a-t-il pas là de quoi nous rappeler quelqu’un qui avait promis une république irréprochable et qui est allé fêter sa victoire sur le yacht d’un maître d’esclaves ? Sasportas, Galloudec et Debuisson s’étaient pourtant jurés de franchir la mer ensemble, pour aller, ensemble, porter le message de la Révolution à la Jamaïque et de libérer les noirs de l’île. Mais aucun idéal ne résiste.
« Les traitres seront toujours trahis »
disait le Père Ubu. Eh bien, les révolutionnaires aussi! La révolution est une mise en scène, la république est une mise en scène et le théâtre, bien sûr en est une. Castorf le démontre et côté mise en scène, il ne se refuse rien. Il amène le trash, la débauche et l’anarchie dans le temple du théâtre contestataire parisien, pour faire constater ce qui en reste. Apparemment, il veut savoir: Ce théâtre qui était en ’68 un fief de la révolte, qu’est-il devenu? Supporte-t-il encore un discours radical? Et qu’est-ce qu’un théâtre ? Car aujourd’hui c’est le public qui fait un théâtre, depuis que les sondages décident de tout, depuis que le théâtre public est soumis au jugement de notations qui ne jurent que par le taux de remplissage et la comptabilité.
Dans cette logique, et intégré dans le discours de Castorf, un décor aussi coûteux que celui-ci, conçu par Aleksandar Denic, tient lieu de manifeste, d’autant plus qu’il remplace le salon bourgeois par une sorte de favela, surmontée d’un énorme panneau publicitaire, hautement ironique. Et le plateau tourne sa veste, dès que le vent change. De favela, il se transforme en dancing ou autre espace design et glamour. La seule chose qui ne change pas, est justement ce tourniquet publicitaire, envoyant son message dans tous les non-lieux du monde, comme si on était à la fois à Las Vegas et devant un restaurant d’autoroute. Avec cette inscription:
« Anus Mundi »
Le cul du monde! Voilà ce qui nous regarde, pendant tout le spectacle, exactement comme, il y a peu de temps, le portrait du « Salvator Mundi » chez Castellucci. Mais voyons-y plutôt le fait du hasard. Il est peu probable que Castorf ait voulu répondre directement à Castellucci.
Regardons plutôt la suite de la pub: « Anus Mundi – Global Network »: C’est donc le cul du monde, mondialisé. Nous l’avons dans le cul. Avec une photo, grande comme une affiche publicitaire, qui montre Berlusconi dans les bras de Ghaddafi. Comme il est bien connu que les deux fantasmaient sur les infirmières, tant qu’ils étaient en état de bander, Castorf utilise le cliché de l’accolade pour inscrire sous l’image: « Niagra: Forza Forever! » Et il nous sort une photo d’Hitler à côté de Franco, avec le slogan: « Europe sans frontières ».
« La France n’est plus une république! »
Cela aussi, on l’entend dans le texte de Heiner Müller. Mais attendez! Ce monsieur vient d’Allemagne de l’est, et donc, de quoi se mêle-t-il ? Le socialisme, ne s’est-il pas distingué comme le plus violent des traitres d’idéaux révolutionnaires? C’est exact, et c’est bien pour cette raison que Castorf amène Heiner Müller, lui aussi de Berlin-Est, qui a écrit La Mission en 1979 pour livrer, en parlant de la Révolution française, un message à propos de la triste réalité socialiste en Europe de l’est.
Et la France répond : Parlez-nous de Marguerite svp! Mais Castorf fait intervenir l’auteur sur le plateau pour le dire haut et fort à Armand Duval : Je vais te confier un secret : Marguerite était une putain! Pour dire plus tard:
« La France a besoin d’un bain de sang et le jour viendra! »
C’est bien sûr tiré de Heiner Müller, mais entre tant d’autres fragments qui renvoient au monde actuel, cette prophétie résonne tel un tremblement de terre.
Et puis, à part le talent pour le bricolage, il faut surtout saluer, dans ce gigantesque cabaret littéraire et politique, les comédiens qui jettent leur corps dans la bataille (et dans Georges Bataille!) comme s’ils étaient vraiment en train de se battre pour une révolution. Et par rapport au théâtre français habituel, il s’agit en effet d’un acte révolutionnaire. Aussi, ils passent par tous les états de corps et d’âme et par tous les lieux, des WC à une cage de poules, une chambre pourrie, etc., en assumant pleinement qu’il s’agit de parler de sexe et de prostitution. Ils sont sept, de Jeanne Balibar à Claire Sermonne, qui ne trahissent rien.
La Dame aux Camélias
D’Alexandre Dumas Fils, Heiner Müller et Georges Bataille
Adaptation et mise en scène Frank Castorf
Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 4 février
Valérie de Saint-Do @ 24 janvier 2012
Naissance de Horschamp télévision !
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Depuis novembre 1995, l’équipe passionnée de Cassandre/Horschamp explore avec une revue de plus en plus belle et qui est devenue peu à peu la référence en la matière, tous les territoires méconnus de l’action culturelle et artistique en France et dans le monde.
En plus de la revue papier et des informations que nous diffusons sur internet, c’est une véritable boîte à outils que nous construisons depuis aujourd’hui quinze ans et nous l’enrichissons au fur et à mesure de tous les outils disponibles.
Vous pouvez retrouver nos travaux sur un site : www.horschamp.org, un blog : MicroCassandre, plusieurs pages facebook dont celle de la revue, et nous organisons et participons à de nombreuses rencontres sur les relations art/culture/société.
Nous sommes maintenant en mesure de vous faire profiter également de documents filmés qui permettent de (re)voir et de (ré)entendre des paroles très importantes pour le combat culturel qu’avec d’autres nous menons.
Nicolas Roméas @ 5 février 2012
Pourquoi une revue ?
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vous convie
le Lundi 6 février 2012 à 19h30
au MOTIf
à Pourquoi une revue ?
Nicolas Roméas @ 6 février 2012
D’un poète à un autre, sur la Grèce
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Je vous livre ici les mots envoyés par notre ami Serge Pey, poète en action dont vous pouvez lire l’entretien passionnant dans le dernier Cassandre/Horschamp. Écrit au lendemain du vote du plan d’austérité (de mise à mort, devrait-on dire ) du Parlement Grec et de la manifestation à Athènes.
Notes écrites par quelques philosophes grecs
pour Mikis Theodorakis
Chef d’orchestre,
gazé à bout portant
par un policier anti émeute
hier soir devant l’Acropole
Mikis Théodorakis avait toujours pensé
qu’il était né dans une
ville qui inventa la démocratie
quand Solon annula les dettes des pauvres
envers les riches
il y a longtemps
Mikis Théodorakis avait toujours pensé
que l‘espérance était le songe
d’un homme éveillé
qu’il fallait tendre la main a ses amis
sans fermer les doigts
que cet enfant qui buvait
dans le creux de sa main
nous apprenait que nous conservions
encore du superflu
que sans l’espérance on ne trouve pas
l’inespéré qui est introuvable et inaccessible
Aujourd’hui Mikis Théodorakis pense
qu’il se souviendra
de cette citation d’Aristote
Dieu est trop parfait pour pouvoir
penser à autre chose qu’à lui-même
comme un marché financier
Mikis Théodorakis pense
qu’il dirige maintenant
un nuage de grenades lacrymogènes
devant un orchestre
de musiciens-policiers à Athènes
et que
Le plus bel arrangement
est semblable à un tas d’ordures
rassemblées au hasard
Mikis Théodorakis pense
qu’il a été gazé à bout portant
le 13 février par un policier anti émeute
que c’était hier soir
que de loin il voyait l’Acropole
et qu’on avait mis un masque à oxygène
à la musique pour respirer sur son lit d’Hôpital
–
Serge PEY
serge.pey@gmail.com
http://www.sergepey.com/
Valérie de Saint-Do @ 15 février 2012
Gallimard contre Hemingway : il n’y a plus de magie
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Hier, le web bruissait du conflit opposant François Bon, et son passionnant site publie.net, à Gallimard. Nous avons demandé à l’ami Laurent Grisel, écrivain et poète lui-même et animateur entre autre de remue.net, de faire le point sur cette affaire qui tend à montrer que le droit d’auteur, qui initialement, fut inventé pour faire valoir l’intérêt de l’auteur face à l’éditeur, est totalement dévoyé et « protège » désormais l’éditeur… contre les lecteurs.
Hier, vendredi 17 février 2012, à 13h14, un bref message de François Bon sur twitter :
Le motif : Gallimard détient les droits négociés avec la famille Hemingway, ceux-ci courent jusqu’en 2032, cette maison d’édition reste assise sur la traduction de Jean Dutourd.
La manière : spécialement malpolie et méprisante ; il faut lire sur la page de François Bon dédiée à cette histoire le message envoyé par un cadre de l’auguste maison aux distributeurs qui leur demande de retirer le fichier numérique de leur plate-forme. Le fait qu’il s’agit d’une nouvelle traduction réalisée par François Bon n’est même pas mentionné, on pourrait croire qu’il s’agit d’une numérisation pirate…
Réactions en chaîne, dizaines de messages d’indignation, de dénonciation, recherches sur les questions de droit, etc. Tapez François Bon + Hemingway + Gallimard sur un moteur de recherche,vous aurez une idée de la vague. L’équivalent d’une émeute mais dont tous les cris seraient articulés, dont tous les coups porteraient. Une masse si brusque et forte que la presse de bon ton qui ignore continument et consciencieusement les merveilles publiées semaine après semaine par publie.net se réveille et relate l’affaire.
Solidarité et révolte qui vont bien au-delà du fait initial.
Il y a eu pour commencer une réaction de défense car c’est publie.net qui est attaqué. Des textes de classiques, des textes contemporains, vifs, neufs, inventifs, c’est là que se fait la nouvelle littérature, des prix bas, une bonne ergonomie de lecture sur écran, liseuses, même les petits terminaux, un contrat d’édition qui distribue les recettes nettes à moitié entre auteur et éditeur… Et une complète autonomie : la fierté de dire le monde sans tutelle, sans commandement, sans gloriole, sans mensonges commerciaux.
L’alternative est là : c’est tout ce que nous pouvons souhaiter, et que nous devons aider à se développer, à devenir la plus simple norme.
Que le droit existant permette à Gallimard de se comporter en goujat n’a en rien calmé la colère. On le sait bien que ce droit existe et est tel. Mais justement. Ce qui est en cause c’est la durée des droits d’auteur au-delà de toute raison,une économie de rente , un abus d’héritage, finalement tous les mécanismes juridiques qui favorisent l’accumulation et la transmission de l’accumulation, donc son agrandissement infini de génération en génération, produisant des aristocraties et des aristocrates plus que nous ne pouvons en supporter. Laurent Margantin (écrivain, génial traducteur de Kafka, entre autres) propose un objectif : démolir Gallimard.
Cette maison d’édition a l’air bien étonnée. C’est le propre des puissants d’ignorer le discrédit dont ils font l’objet. Car c’est une des leçons de la furie déclenchée, de sa profondeur, de son étendue : il n’y a plus de magie, plus d’aura. Car ce sont eux qui se sont abîmés dans les trucs et astuces, dans la publication de textes médiocres lancés en fanfare. Du dedans on le sait : il n’y a de trimestres où de bons éditeurs, de ceux qui restaient, s’en vont et fondent de nouvelles maisons d’édition. Du dehors on le sait : tous ces livres qu’on laisse tomber à peine parcourus, toutes ces fabrications.
On ne croit plus à ce monde et il s’effondre sous nos yeux. Ils ont eux-mêmes manœuvré la pioche et la pelle et creusé le trou dans lequel ils basculent. Ce sont eux qui se sont alignés sur Walt Disney pour des droits d’auteur à 70 ans après la mort de l’auteur. Dès lors, quelle différence ?
Il arrive à cette maison d’édition et à toutes celles qui sont au même régime ce qui arrive en ce moment aux grands journaux qu’on consulte seulement pour connaître le dernier état de la propagande, aux télévisions de masse qui maigrissent inexorablement de mois en mois, aux éditorialistes qui pontifient dans le vide, aux économistes dont l’abjection et la violence des injonctions ne peut plus être cachée, aux agronomes qui n’ont plus aucun miracle à proposer…
Que faire ?
Dans l’immédiat, si ce n’est déjà fait, s’abonner à publie.net et lire et lire car ce ne sont pas les titres qui manquent, le catalogue est bellissime.
Ensuite, poursuivre les réflexions sur le droit d’auteur et aboutir à une formulation qui brise la création de positions dominantes et leur transmission.
Continuer de se moquer des puissants, écrire, écrire à plusieurs, lire, lire à voix haute, échanger avec les peintres, les musiciens, enquêter dans le présent comme dans le passé, reprendre et refaire les batailles pour l’égalité, témoigner, produire des récits du monde, changer de points de vue et les multiplier dans la fiction, écrire des épopées dont aucun individu n’occupe le centre, faire entendre les voix impersonnelles du commun, mettre au devant les existences effacées par le spectacle, continuer.
Laurent Grisel
Journal de la crise de 2006, 23007, 2008, d’avant et d’après
Avec L. L. de Mars :Les Misères et les malheurs de la guerre d’après Jacques callot, noble lorrain
NDLR: Un article de Laurent Grisel sur publie.net est paru dans Cassandre/Horschamp n° 83.
Valérie de Saint-Do @ 18 février 2012
Théâtre en banlieue: l’État sort le karcher
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Le Studio-théâtre de Stains, le Hublot de Colombes, le Centre dramatique de la Courneuve… autant de structures et d’équipes menacées par une politique malthusienne de l’État qui s’apparente fort à une arme de destruction massive. Et qui frappe de préférence dans les territoires déjà orphelins de la République.
Le Studio-théâtre de Stains et sa directrice sont ce que Cassandre/Horschamp pourrait appeler des compagnons de route. C’est en 1986 que Xavier Marcheschi et Marjorie Nakache, après avoir créé leur compagnie en 1984 ont choisi de travailler au cœur de la Seine-St-Denis dans une ville dont l’exemplaire cité-jardin ne doit pas masquer les difficultés économiques et sociales. Là, dans l’ancien – et fort beau – cinéma de quartier qu’ils ont investi en 1989, ils ont relevé le défi d’un théâtre de proximité sans démagogie. Lieu de spectacles, mais beaucoup plus que cela: un lieu de pratique ouvert aux collégiens, lycéens, amateurs au cours d’ateliers et de stages accompagnant les créations. Un lieu que les habitants, en 16 ans, se sont réellement appropriés. Ici, la démocratie culturelle ne se paye pas de mots. Lors de notre dernière visite, un après midi une vingtaine d’enfants et d’adolescents répétaient dans la grand hall aux allures de mini théâtre antique.
Depuis sa création, le Studio-Théâtre de Stains bénéficie d’une convention avec la ministère de la Culture – en l’occurrence la DRAC Ile-de-France. Non sans avoir vu, au fil de la dernière décennie, ses subventions baisser au mépris des affirmations de sanctuarisation du budget du spectacle vivant, pour atteindre 60000 euros annuels désormais. En ce début d’année 2012, le couperet vient de tomber: la DRAC ne renouvellera pas la convention. Le minimum syndical du respect juridique des textes font que le théâtre reste subventionné en 2012 mais verra ses subsides divisés par 2 en 2013 et supprimés fin 2014. Quand on sait que le label ministériel est souvent décisif pour les financements des collectivités territoriales, voilà qui ressemble à s’y méprendre à une condamnation à mort.
Muriel Genthon, directrice de la DRAC-Ile-de-France et exécutrice des basses œuvres du sarkozysme culturel, s’abrite frileusement derrière les recommandations d’un comité d’experts décrit comme « très élitiste – ce dont on ne doute pas, hélas. Soit. Vingt-six ans d’existence, et tout à coup, en 2012, le Studio théâtre, – qui invite des auteurs en résidence et dont le programme panache classique et contemporains– serait brutalement frappé d’ insuffisance artistique? Mais au delà des snobismes du moment de ceux qui détiennent les jetons de présence des comités d’experts, le rouleau compresseur est en marche. Pour Marjorie Nakache, «Il s’agit très clairement d’une décision politique. On estime que certains territoires, et certains habitants n’ont pas besoin de théâtre. On nous a dit : notre politique vise le niveau national. Stains n’est plus en France? » De là à penser que certaines populations sont moins françaises que d’autres comme le claironne quotidiennement l’extrême droite affichée ou plus ou moins masquée, il y un pas qu’elle franchit. Politique de civilisation…
On connait l’antienne, déjà ressassée par Jean-Jacques Aillagon avant ses pantouflages et aller-retours confortables entre public et privé*: «trop d’artistes, trop de compagnies». Surtout en banlieue? Le Hublot de Colombes est frappé par la même décision. Myopie malthusienne et phobie du «saupoudrage» (qui n’est pas le seul apanage de la droite, hélas! ) qui à force d’épandages toxiques sur les «mauvaises herbes» pratique la politique de la terre brûlée. De fait, le Studio-théâtre de Stains a refusé de céder à un chantage: on lui proposait, voici un an, de transférer la convention pour la compagnie en «aide au lieu». « Nous avons toujours revendiqué une présence artistique dans ce territoire. Pas question pour nous d’accepter qu’on ne finance que des murs! » s’insurge Marjorie Nakache. À raison: les lieux qui, comme le Centre dramatique de la Courneuve, sont passés sous ces fourches caudines s’en mordent les doigts. Alors, l’argument générationnel a fait surface: l’équipe actuelle serait là depuis trop longtemps, place aux jeunes! Nul n’est propriétaire d’un théâtre, encore qu’une courtoisie et reconnaissance élémentaire voudrait que l’on respecte les fondateurs d’une aventure. Mais le prétexte est totalement fallacieux: aucune jeune compagnie n’a bénéficié des conventions retirées aux « vieux »! L’État déshabille Pierre mais n’habille pas Paul.
À Stains, l’équipe ne se rendra pas sans combat. Face à l’inanité d’une décision qui engage un nouveau gouvernement, le maire de Stains Michel Beaumale, le président de Plaine commune, Patrick Braouezec, le vice-président du Conseil général Azzedine Taïbi et la députée Maire-Georges Buffet sont montés au créneau. Patrick Braouezec a beau jeu de rappeler que le Premier ministre s’est engagé à ses côtés pour faire de la Seine St-Denis un «territoire de la création». Cela commence mal, sauf à réduire la «création» aux bessonneries.*
Mais le soutien au Studio théâtre dépasse le clivage droite/ gauche. L’ancien préfet de Seine-St-Denis a apporté son soutien. Et aussi et surtout, les habitants de Stains n’entendent pas se laisser déposséder de leur outil. «Une habituée m’a dit: « on touche une partie de moi-même! » raconte Marjorie Nakache. Une pétition de soutien est en ligne sur le site du théâtre.
«Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés…»
Ce qui arrive au Studio-Théâtre, au Hublot , et à d’autres artistes en Seine St-Denis doit alerter à la fois les candidats à une alternative politique qu’une profession artistique peu encline , dans ses hautes sphères se mobiliser pour les lieux ou les équipes qu’elle qualifie parfois abusivement de « petits ». À Paris, le Lavoir Moderne Parisien a vu son directeur jeter l’éponge et Kazem Shahryari se débat pour l’Art studio théâtre, après s’être vu refuser lui aussi toute aide de la DRAC, et supprimer ses ateliers d’écriture en Seine St-Denis, au nom d’une absurde « rotation nécessaire » des artistes! Face à l’idéologie de la concurrence exacerbée, le Manifeste «L’Art est public » de l’UFISC et la Fédération des Arts de la rue résume très bien l’impératif: « Nous devons rompre avec les politiques publiques enfermées entre les dogmes du marché concurrentiel et de l’académisme administré. La culture est, avant tout, une affaire de personne, de dignité et d’humanité ». Si nous n’en somme pas tous conscients, dans la profession et au delà, nous risquons de voir s’accomplir à nouveau la prophétie de Martin Niemöller: « Quand ils sont venus chercher les communistes… »
* Je parle de Luc, pas d’Éric.
N.B. Une soirée de débats et de soutien est organisée le 6 mars, à 19 h. RV au Studio-Théâtre 19 rue Carnot, Stains. contact@sutdiotheatrestains.fr
Et à propos de banlieue, un message de François Bernheim :
Un nouveau mardi ça fait désordre à Créteil le 27 mars avec Stéphane Hessel
« La politique trop vieille pour les jeunes ?
Après « Si tu t’imagines » en juin 2011 en partenariat avec Cassandre/Horschamp, « 50 ans après le massacre des Algériens à paris » en Octobre numéro conçu par Michel Dréano, Mardi quitte l’espace Jemmapes. L’enjeu est de mobiliser en amont de la soirée et localement tous ceux qui auraient quelque chose à dire en travaillant régulièrement avec eux. Le partenariat engagé avec la mairie de Créteil et le centre socio culturel Madeleine Rébérioux permet de rentrer en contact avec les écoles, les associations et les groupes de travail du Centre ( théâtre, danse, slam, etc ). Les équipes de Reporter citoyen réaliseront des reportages vidéo mettant en avant la relation de la jeunesse à la politique et en particulier au mouvement des Indignés. Michel Butel qui lance un nouveau mensuel « L’impossible » le 14 Mars , Hamed Bouzzine conteur et une sociologue seront également invités.
Centre socio culturel Madeleine Rébérioux 27 av François Mitterrand Créteil – métro Créteil pointe du lac
27 mars 20h . Entrée libre.
Valérie de Saint-Do @ 21 février 2012
Ça bouge aussi en Belgique
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Lettre ouverte à Fadila Laanan, Ministre de la culture de la Communauté Wallonie-Bruxelles
Nicolas Roméas @ 26 février 2012
Un nouveau parti le P.A.P : Parti des Artistes et de leurs Publics !
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Le P.A.P, prononcer Pape
par Julien Blaine
Ainsi, cette campagne pour les élections présidentielles va s’axer essentiellement sur le social (à gauche) et autour des sociétés (à droite)…
On parlera un peu du nucléaire à gauche, de moins en moins
et un peu des notations des instituts américaines à droite, de moins en moins.
Pas un mot sur la culture et encore moins sur l’art et la littérature !
Nos candidats des partis anciens & traditionnels de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les centres ne savent plus ce que c’est.
Mais l’art, la littérature et la musique ce sont les maladies endémiques de la France, c’est sa force et c’est ce qui la fait rayonner intentionnellement
par l’import-export des artistes et de leurs créations
par l’import-export des écrivains et de leurs traductions
par l’import-export des musiciens et de leurs compositions
ARTISTES, POÈTES, MUSICIENS
DE TOUTE LA FRANCE UNISSEZ-VOUS !
SPECTATEURS, LECTEURS, AUDITEURS
DE TOUTE LA FRANCE REJOIGNEZ-NOUS !
.
* Un peuple au futur ?
Oui je crois qu’il existe un peuple multiple, un peuple de mutants, un peuple de potentialités qui apparaît et disparaît, s’incarne en faits sociaux, en faits littéraires, en faits musicaux. Il est courant qu’on m’accuse d’être exagérément, bêtement, stupidement optimiste, de ne pas voir la misère des peuples. Je peux la voir, mais… je ne sais pas, peut-être suis-je délirant, mais je pense que nous sommes dans une période de productivité, de prolifération, de création, de révolutions absolument fabuleuses du point de vue de l’émergence d’un peuple. [...]
Félix Guattari, 1982, in Félix GUATTARI, Suély ROELNIK, Micropolitiques, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2007, p. 11.
La littérature [...] a ce pouvoir exceptionnel de produire des écrivains qui peuvent raconter leurs propres souvenirs, mais comme ceux d’un peuple universel composé par les émigrés de tous les pays. …Précisément, ce n’est pas un peuple appelé à dominer le monde. C’est un peuple mineur, éternellement mineur, pris dans un devenir-révolutionnaire.
Gilles DELEUZE, Critique et clinique, Paris, Éditions de Minuit, 1993, p. 14.
Adhérez !
Renvoyez ce bulletin à :
P.A.P.
C/O Ventabren Art Contemporain
131 aire des Bonfils
13122 Ventabren
France
Samuel Wahl @ 7 mars 2012
Réfutations à une politique d’exclusion et de rejet
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Le cas de la talentueuse Katia Bouchoueva semble être provisoirement réglé (voir ici les dernières nouvelles), mais pour une actrice culturelle pugnace et efficacement soutenue par des amis qui connaissent ses grandes qualités, combien d’autres, moins bien armés, restent sur le carreau et vivent en silence le drame de l’expulsion !
Vivre en France avec des personnes de nationalités et de cultures différentes ne me fait pas peur et je ne supporte pas que les hommes et les femmes politiques s’adressent à moi, née en France, comme s’il était évident que j’aie des tendances à la xénophobie et que je considère les étrangers comme coupables de tous les maux de notre société…
Parce qu’il n’est pas vrai que les étrangers sont un poids pour l’économie nationale : selon une étude réalisée par une équipe d’économistes de Lille sous la direction de Xavier Chojnicki les migrants apportent plus de 12 milliards d’euros par an à l’État français (impôts taxes, visas, TVA…)
Parce qu’il n’est pas vrai que les étrangers sont vecteur de criminalité : leur surreprésentation statistique dans les prisons françaises (ils représentaient 17,6% des détenus en 2010) s’explique par le fait que, pour les mêmes crimes et délits les étrangers sont plus souvent condamnés à de la prison ferme que les Français. De plus, ils sont plus souvent interpellés.
Parce qu’il ne s’agit en aucun cas d’une invasion et s’il est vrai que les migrations vers les pays occidentaux ont augmenté, les migrations du Sud vers le Nord représentent moins des 40% des migrations internationales. De plus, seulement 1% des Africains vivent en Europe !
Parce qu’il n’est pas vrai que la France est un des pays où les immigrés sont les plus nombreux. Nous sommes très loin d’accueillir « toute la misère du monde » ! Si, en 2008, les immigrés représentaient 8,4% de la population française, aux États-Unis ils représentaient 13,7% de la population et en Espagne 14,1%. De plus, alors que la France compte 5,2 millions d’immigrés, ce sont près de 3 millions de Français qui vivent à l’étranger.
Parce que l’accueil des migrants est une question politique et non économique, pour preuve : 184 000 personnes en provenance de Lybie ont été accueillies en Tunisie en 2011, dont 40 000 enfants qui ont été scolarisés dans les écoles tunisiennes en 2011. Dans le même temps, ils n’ont été que 24 100 à arriver sur l’île italienne de Lampedusa pour tenter leur chance en Europe… mais plutôt que de les accueillir dignement, les autorités françaises et italiennes leur ont refusé l’hospitalité.
J’ai honte de la politique actuelle en matière de chasse aux étrangers, véritable déni démocratique !
Parce qu’il est intolérable que, pour le seul fait d’être arrivé en France sans papiers en règle, n’importe quel enfant étranger de moins de 13 ans peut être privé de liberté en zone d’attente. De plus, si théoriquement aucun mineur ne peut se voir notifier une mesure d’éloignement ni être enfermé en rétention, dans les faits des enfants étrangers parfois âgés de quelques mois sont enfermés régulièrement en rétention au prétexte qu’ils « accompagnent » leurs parents.
En 2010, 356 enfants ont été enfermés en centre de rétention en France métropolitaine et on estime que 6 000 environ sont passés par le centre de rétention de Mayotte.
Parce que le fait qu’un étranger en situation irrégulière puisse être retenu 5 jours sans être présenté devant un juge, et qu’il arrive trop souvent que l’administration l’expulse avant même qu’il ait pu voir un juge, est un déni de justice entérinant de fait l’exercice de lois d’exception visant les étrangers sans papiers qui, rappelons le, ne sont ni des assassins, ni des terroristes !
Parce qu’il est tout simplement indigne que, dans certaines préfectures, les étrangers doivent arriver la veille au soir et passer la nuit dehors pour pouvoir déposer une demande de titre de séjour le lendemain…. Aucun être humain ne devrait être humilié de la sorte dans une République !
Parce qu’il m’est insupportable de savoir que l’on arrête des innocents dans la rue, à la sortie des écoles, devant les préfectures ou dans le hall des hôpitaux
Parce que personne, en démocratie, ne devrait vivre comme une bête traquée, la peur au ventre, à chaque instant, de croiser un uniforme qui aura le pouvoir de l’arracher à la vie qu’il s’est construite ici.
J’ai honte de payer leur sale guerre contre les étrangers. Je ne veux pas que cette politique soit appliquée en mon nom !
Parce que je préfèrerais que mes impôts servent à l’éducation, la santé, la justice pour tous les résidents et contribuables de France qu’à alimenter le budget européen pour le contrôle des frontière qui, ces cinq dernières années, a augmenté de 154% passant de de 34 millions d’euros en 2007 à 86,4 en 2011. Frontex, l’agence privée qui assure cette « mission » est dotée d’hélicoptères et d’équipements de guerre vendus par les grands armuriers européens !
Parce que je préfèrerais que les 90 millions d’euros alloués par le gouvernement français en 2010 pour la lutte contre l’immigration irrégulière soient affectés à d’autres postes budgétaires.
Alors, parce qu’en cours d’économie, on m’a appris que la richesse naît de l’échange et que, depuis que j’ai quitté les bancs de l’école, la vie m’a prouvé qu’en bien d’autre domaine c’est encore plus vrai… Il faut se nourrir des mots, des saveurs, des traditions, des idées de ceux qui viennent d’ailleurs et nous offrent leur culture en partage…
Et puis il faut aller voter ! Impérativement ! Car nous sommes le peuple et nous ne sommes pas racistes.
Eugénie Barbezat
Il n’y a pas de portes dans la Zon-Mai (1) de Sidi Larbi Cherkaoui et Gilles Delmas à la cité nationale de l’histoire de l’immigration. « Sur les murs qui entourent la salle, sont représentées les valeurs du travail, de la justice ou de la liberté. » (2) C’est étrange : une maison littéralement retournée à l’envers, baignée dans la lumière par les projections à l’extérieur comme à l’intérieur. Les captations vidéos juxtaposées de cette installation exposent l’habitat de 21 danseurs, leur vécus identitaires et migratoires; ils sont chez eux, ils dansent, ils bougent, ils parlent. Nous, les visiteurs, ici à l’extérieur on peut se sentir enfermé.
Les frontières sont d’abord érigées dans nos esprits.
Les artistes sont les premiers citoyens du monde. Reconnus pour ce qu’ils apportent d’immatériel, d’universel, ils voyagent et partagent les valeurs humaines via l’esthétique de leur médium. Qu’ils contestent ou adhérent au système politique de leur pays, ils en sont produits. La syntaxe de leurs œuvres est imprégnée par ce langage, fût-il non verbal.
Ces dernières années la France se referme aux artistes étrangers, c’est un fait. C’est paradoxal, dans le mouvement frénétique de globalisation. Ceux qui font la politique culturelle perdent-ils la vision « globale » qu’ils prônent pourtant ?. Comment et au nom de quelle valeur humaine admettre l’assassinat social d’un individu qui a construit pendant des années sur le territoire français, un artiste ancré et formaté à la société française? C’est le cas de Katia Bouchoueva, poète, slameuse menacée d’expulsion après 9 ans d’efforts d’intégration dans la région de Grenoble. Le français c’est son choix, sa passion, elle commence à l’apprendre à l’âge de six ans. La France c’est son rêve, son chemin, à vingt ans elle y arrive pour étudier la linguistique, elle publie son recueil de poèmes aux éditions l’Harmattan intitulé « C’est qui le Capitaine? ». Aujourd’hui elle est menacée d’expulsion suite à la demande de changement de statut pour continuer à travailler en tant qu’animatrice culturelle en CDI préalablement soumis à la sélection compétitive par le pôle-emploi. La maison de la poésie de Rhône-Alpes la soutient malgré les difficultés rencontrées. Car sa place est bien ici, elle a relevé le relais de l’immense héritage poétique franco-russe, elle a choisit de vivre ses deux pays de manière qui correspond à ces envies et ses urgences de femme, d’amie, de poète. Peut-être en changeant de place ne pourra-t-elle le réaliser ce lien vital… La France a accueilli les ballets russes, faites la balance de ce qu’elle a perdu et gagné dans l’histoire de la danse. En temps de paix, la France a laissé le choix de rester ou de partir aux femmes de lettres russes Tsvetaïeva, Berberova, Akhmatova, Teffi; en temps de guerre chacune d’entre elles a fait le sien. Aujourd’hui, en temps de crise, la France n’offre à Katia d’autre choix que se battre, quel gaspillage de l’humain que cet état d’angoisse projeté sur elle et qui influence désormais son expression artistique.
Les étudiants visés par « la circulaire du 31 mai » ne sont pas tous artistes. Ils sont en train de partir, vont-ils se révolter contre les valeurs que la France a eu le temps et l’intelligence de leur transmettre? C’est la confusion générale : il ne s’agit pas d’un stage de perfectionnement pour un individu déjà construit et enraciné dans son pays d’origine qui va repartir au bout de deux ans enrichi et libéré d’un certain nombre de stéréotypes, il s’agit ici de l’éducation, d’acquisition de valeurs, d’écoles de pensées pour les jeunes gens au moment le plus constructif de leur vie où ils se trouvent contraints de briser les liens fondamentaux patiemment et passionnellement créés. L’amertume, l’incompréhension risque de modeler leur avenir. Pas égaux et pas libres, de quoi la France les arme pour continuer à croire à cette fraternité entre les peuples?
Katia, est menacée parce qu’il n’y a pas suffisamment de travail pour les français dans le secteur artistique, telle est la raison donnée par l’administration. La peur de perdre son statut social d’artiste est omniprésente et pesante. Mais la bonne matière créative n’as pas besoin de moyens pour exister, elle a besoin des moyens pour se faire entendre et elle a besoin de stimulus. Paris, ville-musée, capitale de l’industrie de la mode, c’est le tour à l’industrie de l’art. L’expression est d’usage depuis un certain temps, la rentabilité est un critère bien maîtrisé au niveau institutionnel, la « glocalisation » est en route. La cuisine internationale surgelée sera bientôt le modèle de l’art ! Pourtant la diversité de la proposition artistique, constitue la vraie valeur ajoutée de la France et elle s’amenuise au fur et à mesure qu’on se dirige vers l’uniformité et le mimétisme. L’art ne va pas disparaître, mais son visage risque devenir atone. De quoi sera-t-il fait l’avenir s’il n’y a pas de matière à assimiler?
Ludmilla Ivanovna
1 – « maison » en verlan
2 – Extrait du panneau explicatif de la salle d’exposition
http://www.katiaboutchou.fr
Nicolas Roméas @ 9 mars 2012
Marjorie Nakache, Stains et tous les autres
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Il y a d’un côté le Ministre qui vient de publier un livre auto-gratulant.
Il y a le Ministre qui dit que son budget spectacle vivant a été protégé en dépit de la crise et, de l’autre côté, il y a les basses œuvres.
On fauche, on coupe, on attaque, on abat, on ferme.

La mise à mort fonctionne sur le schéma suivant :
le directeur des affaires culturelles de la Région annonce à la compagnie que les avis des experts sont défavorables.
Le comité des experts se réunit à huis clos, ses membres sont au secret. Il n’y a aucun compte-rendu de publié.
Mais il y a des fuites. La vérité c’est qu’il y a souvent un seul membre du comité qui a vu la compagnie en question, or le membre en question est la plupart du temps un directeur de scène nationale, ou de Centre dramatique qui, dans son jugement, ne tient absolument pas compte de la relation au public, ou de la relation à un territoire, ou du travail d’action artistique effectué en milieu difficile par la compagnie.
On ne juge l’œuvre que sur des critères d’excellence très discutables.
Si la compagnie a joué au Rond-Point ou au Théâtre de la Colline, ou à Chaillot, elle est sauvée. Lieu repéré, lieu légitime. Si elle a un article dans Télérama ou Le Monde, elle est sauvée.
Le Ministère d’habitude n’ose pas s’attaquer aux UBM (Unité de Bruit médiatique ) car il craint les vagues. (cf Zingaro).
Le Ministère surveille de près « les grandes gueules », ceux qui émargent aux subventions mais qui ne se gênent pas pour critiquer.
Il n’y a pas que le Studio-théâtre de Stains qui est attaqué, il y a le Hublot de Colombes, l’Avant-rue de Paris, le Théatre de la Mezannine et plein d’autres. C’est une véritable éradication programmée qui est en route.
Le Ministère veut du prestige, il mise sur Bondy et Schiaretti, l’Opéra de Paris, Marseille ville européenne de la Culture.
Le Théatre de l’Unité vient de perdre 56 000 €. On nous explique que les avis sont défavorables et qu’il faut passer de la convention « compagnies » à « l’aide au lieu », mais dans les nomenclatures on nous dit que la catégorie « compagnie avec lieu », cela n’existe plus. On nous explique qu’il faut laisser un peu d’oxygène aux jeunes, sauf que les jeunes compagnies en question n’ont pas vu la couleur des 56 000 €…
Au moins, on ne pourra plus dire que le Minsitère de la culture n’a pas de politique, il en a une.
Elle se résume en « Place aux grosses institutions ».
Cela résume bien la méthode Sarkozy : « grande parade, effet d’annonce-rideau de fumée » et dans les coulisses on fait table rase, en espérant que cela ne fasse pas de bruit.
Jacques Livchine
Nicolas Roméas @ 11 mars 2012
POUR QUE VIVE LE THÉATRE PARIS-VILLETTE
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Après le Lavoir Moderne parisien, le Studio théâtre de Stains,et tant d’autres, le théâtre Paris -Villette est la dernière victime en date d’une politique d’État aussi bête que malthusienne, qui vise à éliminer progressivement l’ensemble des lieux et la majorité des compagnies indépendantes, au profit des seules institutions… et du théâtre privé. Le sinistre rapport sur le spectacle vivant, soigneusement camouflé en période électorale,annonce la couleur, qui entend supprimer toutes les aides inférieures à 15000 euros – soit tout ce qui entretient le foisonnement et la diversité culturelle de ce pays. Ajoutons qu’à Paris, ce projet entre en résonance avec une politique tout aussi peu compréhensive vis-à-vis des lieux « en marge », comme le montre la récente éviction du Carrosse, et l’absence totale de soutien au Paris -Villette.
Nous relayons donc bien volontiers la pétition pour le Théâtre Paris-Villette, à signer ici.
Nous publics, artistes, tous défenseurs de la création n’acceptons pas la disparition programmée du Théâtre Paris-Villette.
En effet, depuis 2008, les déclarations contradictoires de la Ville de Paris concernant l’avenir du Paris-Villette n’ont cessé de nous inquiéter.
A présent la menace se précise puisque la Ville de Paris, unique financeur, refuse de s’engager financièrement pour l’année 2013… tout en envisageant avec le Ministère de la Culture de remplacer cette scène de la création théâtrale par une salle de concert dédiée au jazz…
Cet « arrangement » sur le dos des artistes de la scène est inacceptable.
Non que les créateurs de jazz ne méritent pas un abri, mais pas au prix de l’éviction d’un occupant toujours bien vivant.
Après la suppression d’une première scène de théâtre sur le site de la Villette, officialisée il y a peu, on peut se poser la question de savoir si le théâtre aurait encore droit de cité à la Villette ?
Le Paris-Villette est une maison-théâtre dont l’orientation et l’esprit mériteraient que les politiques s’y intéressent de plus près.
Comme participant actif des nouvelles formes d’écritures, y compris dans son programme d’écriture numérique x-réseau, il est indispensable pour maintenir l’équilibre vital de ce qu’on pourrait appeler « l’éco-système de la création artistique ».
Maison car le temps de travail et l’accompagnement patient et singulier des artistes y est la marque de fabrique. Les moyens financiers y sont terriblement insuffisants mais la passion pour défendre la création est intense.
Il se trouve qu’un nombre considérable d’artistes y ont fait leurs premières armes. Tous, tellement différents, connus ou non du grand public, ont témoigné, encore récemment lors de la fête du 25e anniversaire, de l’ouverture et de l’écoute qu’ils ont rencontrées dans cette institution.
Ils y trouvent une manière d’accompagnement et de soutien, une liberté de temps et d’élaboration. Une maison consacrée aux artistes qui inventent pour un public chercheur lui aussi, découvreur, curieux de tout et pas seulement consommateur de théâtre.
Nous n’acceptons pas cette mort annoncée d’un deuxième théâtre sur le site de la Villette et mettrons toutes nos forces pour lutter contre cette décision politique désinvolte et donc irresponsable.
Valérie de Saint-Do @ 30 mars 2012
L’Avant Rue : disparition imminente ?
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L’Avant Rue, géré par la compagnie Friches Théâtre Urbain, est un lieu de résidence unique en son genre, dédié aux Arts de la Rue. Un outil précieux pour les Arts du Cirque aussi, et plus largement pour la création artistique en Ile-de-France. Il s’y porte une attention particulière aux projets de création in situ, en relation avec les spécificités du lieu, du quartier et de la population.
Par défaut de financement, cette fabrique d’art et de culture se verra peut-être bientôt contrainte à fermer ses portes…
Nous vous invitons à lire ci-dessous l’appel de ses deux directeurs Pascal LAURENT et Sarah HARPER,
et à vous joindre à une RENCONTRE PUBLIQUE sur place, au 134, rue de Tocqueville (Métro Villiers ou Wagram), le MERCREDI 30 MAI 2012 à 17H.
Situé dans le 17ème arrondissement de Paris, dans une friche industrielle de la fin du 19ème siècle, sous une verrière Eiffel, l’Avant-Rue dispose d’une hauteur de 13m sous plafond et d’une halle de répétition de 200m2, sonorisée, chauffée, modulable.
Nous sommes arrivés dans ce lieu en 1999, et par des travaux d’aménagement réalisés en 2001, nous en avons fait un outil destiné à la création artistique, un lieu de travail, une fabrique.
Nous y avons accueilli, depuis 10 ans, plus d’une centaine d’artistes et de compagnies de toutes disciplines. Pour la plupart, ces compagnies ont travaillé avec nos partenaires locaux pour mener des actions culturelles, permettant aux publics de rencontrer les artistes.
Nous ouvrons nos portes aux colloques et réunions publiques professionnelles, aux stages, aux associations locales, aux journées du patrimoine ou aux nuits blanches.
Nous sommes adhérents des réseaux Actes-If et Trans Europe Halles, collaborant à la circulation des artistes et des œuvres, avec 20 lieux intermédiaires en région parisienne et avec 70 autres friches culturelles en Europe.
Nous voulons insérer l’artistique dans le quotidien. L’Avant Rue est une des créations de notre compagnie et nous sommes fiers d’être les initiateurs d’une mission que nous pensons de service public, dont l’Etat, la Région et la Ville sont les partenaires.
Mais la DRAC dénonce, cette année, le conventionnement de notre compagnie et propose de réduire son aide à des financements au projet, ponctuels, annuels et limités.
Le financement projet par projet ne peut pas permettre de gérer un lieu de résidence de façon pérenne.
Nos partenaires n’ont pas ré-évalué leurs aides depuis 12 ans, tandis que le SMIC et les loyers augmentaient de 150 %. Ainsi, les apports financiers dont nous bénéficions ne représenteront plus que 41% de ce qu’ils étaient en 2000, pour un projet qui n’a cessé de se développer.
Le nouvel équilibre budgétaire que la compagnie doit chercher, impose donc de nouveaux choix, de nouvelles priorités.
Il n’est pas question pour nous de saborder nos autres projets artistiques en cours. Nous devrons donc quitter l’Avant Rue si nous ne pouvons plus en supporter les charges. Les partenaires qui nous soutiennent en tant que « compagnie gérant un lieu » pourraient alors remettre en question leur soutien.
Fini le partage, finis les accueils de compagnies, finie l’Avant Rue !
Les Arts de la Rue, les Arts du Cirque, la ville de Paris, le 17ème arrondissement, peuvent-ils abandonner ce lieu unique ?
Il est urgent que nos partenaires choisissent.
L’État se désengage de tous côtés et les collectivités locales, Régions, Départements et Villes, ne peuvent le remplacer partout où il fait défaut. … Les petites structures culturelles disparaissent.
- fermeture pure et simple de l’Avant Rue, au 30 juin 2012.
La ville de Paris et la Région Ile de France qui soutiennent notre projet, n’envisagent aucune « rallonge » en 2012. Jusqu’à présent, notre compagnie prenait sur ses fonds propres pour maintenir les résidences. Cela n’est plus possible.
Si aucune solution n’est trouvée, nous serons contraints de donner congé à notre propriétaire au 30 juin 2012, pour pouvoir rendre les clés au 31 décembre 2012.
- pérennisation du lieu et financement de son fonctionnement.
Le coût de fonctionnement de l’Avant Rue n’est qu’une goutte d’eau dans le financement de la politique culturelle en France. L’Avant Rue n’est pas un lieu de diffusion et n’a donc pas de billetterie, pas de bar, pas de ressources propres, mises à part quelques locations événementielles hypothétiques.
Avec des fonds supplémentaires suffisants, garantis par des conventions pluriannuelles, l’Avant Rue et la compagnie Friches Théâtre urbain qui le gère, pourront continuer à participer à la création des Arts de la Rue et du Cirque en Ile de France.
Samuel Wahl @ 23 avril 2012
La vraie fête, c’est maintenant!
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La « Fête du travail » est donc devenue la « Vraie fête du travail ». On aurait aussi bien pu garder la version initiale de l’affiche historique de Pétain, qui déjà en son temps avait voulu récupérer la « Fête internationale des travailleurs »…
par Thomas Hahn
A gauche, photomontage 2012 à partir d’une affiche originale de Philippe Pétain.
Il y a un vrai travail, et donc aussi un faux travail. En matière de faux travail, la droite sait de quoi elle parle. Au lieu de brandir la tricolore, pourquoi n’ont-ils pas brandi des photocopies des rapports bidon chèrement payés sous la Chiraquie et la Tibérie? Du vrai faux travail! Voilà qui aurait été digne de cette fausse vraie fête du travail, qui était la vraie fête du patronat, où l’agitation décervelée des drapeaux bleu-blanc-rouge rappelle celle des drapeaux rouges sous Staline. Les masses populaires sont donc venues acclamer l’anti-syndicalisme des champions de l‘emploi fictif.
Il faut aussi entendre l’injonction qui se cache derrière le slogan: « Faites du vrai travail ! », nous dit le super-PDG de l’entreprise France. C’est quoi, le « vrai travail »? Aux yeux des patrons, tout travail est faux travail, car nécessairement imparfait. L’auteur de ces lignes l’a vécu en direct. « Plus personne ne veut travailler dans ce pays », gémissait mon propre patron, pourtant « de gauche » et grand admirateur de Léo Ferré, alors que tout le monde se trainait au bureau, même malade, par pure dévotion. Manque de bol, mon cher patron a été éjecté de l’entreprise qu’il avait lui-même fondée, par ses nouveaux actionnaires américains. Une année plus tard, les mêmes décidèrent de me virer aussi, pour finalement mettre à la porte le grand manitou américain qui avait décidé de mon éviction. « Les traitres seront toujours trahis », disait le Père Ubu. Les maîtres seront toujours meurtris, pourrait-on rajouter.
A droite, photomontage 2012 à partir d’une affiche originale du gouvernement Vichyste.
Mais il faut encore se rendre compte de l’incroyable capacité du démagogue en chef de l’Elysée à transformer une bourde en charge contre le camp adverse. En l’occurrence il lui suffisait de déplacer légèrement l’épithète. La « Vraie fête du travail », donc. Ce qui veut dire que toutes les fêtes du travail, depuis 1890, auraient été de fausses fêtes du travail. Et d’appeler les syndicats à déposer le drapeau rouge pour se ranger sous le drapeau national. Comme s’il s’agissait d’aller se battre contre l’ennemi extérieur qui nous attaque avec ses (think-)tanks. Donc: Arrêtez de penser, tirez ! En présomption de légitime défense, bien sûr. Le vrai travail de la police peut commencer.
Certes, on n’avait pas compté sur Hollande pour rétorquer. Le déjà très désillusionnant futur « président normal », entièrement occupé à ne pas créer d’optimisme par rapport à son génie, avait choisi de se cacher, au point que même la presse « de gauche » s’est trouvée obligée à relater, du matin au soir, les diatribes de Sarkozy. La politique ne rend pas heureux, a déclaré Sarko très récemment à des journalistes. Sans préciser à quel point elle rend cynique. C’est certain, s’il perd le duel, l’amour propre du candidat sortant va prendre des coups. D’autant plus qu’il se verra battu par un candidat qui affiche une attitude tout sauf conquérante. Par contre, gare à son orgueil soudainement démultiplié, si jamais il obtenait une majorité, aussi infime soit-elle. Celui qui considère déjà le pays comme sa propriété matérielle, voire comme son appartement, finirait par la considérer aussi comme sa propriété intellectuelle.
Et sa messe totalitaire place du Trocadéro fut un uppercut tellement bien asséné que même les leaders syndicalistes l’ont encaissé sans broncher. Pas un pour dénoncer l’évidence totalitaire de la mise en scène, l’attaque frontale contre la digue syndicale qui tente d’empêcher un nouveau tsunami financier au profit des actionnaires, ou pour fustiger le subterfuge qui consiste à faire croire aux croyants que leur pays est en croisade contre le faux travail. Pas un pour rappeler à quel point la messe du Trocadéro en rappelle d’autres, chez Ghaddafi, Ben Ali etc. On parle de lepénisation de Sarkozy. Et s’il s’agissait de poutinisation? Les échanges cordiaux que Sarkozy s’accordait avec les vrais ou faux dictateurs de ce monde lui ont permis de gagner un certain savoir-faire en matière de manipulation. Enfin, le mari de Carla Bruni n’est qu’un faux président puisque ce n’est pas le vrai travail d’un président de mettre un pays à sac, au profit d’une infime minorité dont ce même président prétend qu’elle crée les richesses. Ces créateurs de leur propre richesse ne seront jamais aussi bien servis qu’après l’élimination des syndicats, suivant l’exemple de Thatcher.
Et puis, le 21 juin, quatre jours après le second second tour, vont-ils nous faire une « Fête de la vraie musique » avec majorettes et Petits chanteurs à la croix de bois, ou bien une « Vraie fête de la musique », chantant la Marseillaise et « Sarkozy, nous voilà » au Stade de France ?
Valérie de Saint-Do @ 2 mai 2012
« Le peuple inattendu »
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Canal Marches mène des ateliers d’éducation au regard, de réalisation, et de montage vidéo en lien étroit avec les habitant-e-s et les associations des quartiers populaires. Une étape poétique, politique, et artistique de ce long parcours, initié il y a bientôt 10 ans par Patrice Spadoni au cœur du mouvement européen des « sans », est célébrée en mai à la Maison des métallos : une opportunité de poursuivre et d’interroger in situ le processus d’émergence d’un discours public non-formaté, surprenant parfois, et toujours vif, sous forme « d’Université populaire audiovisuelle ».
C’est naturellement à la Maison des Métallos à Belleville, qui fut un haut-lieu de culture syndicale et ouvrière et reste ancrée dans un quartier multiculturel, que se déploie l’exposition-installation de Canal Marches : la richesse et la diversité humaine des quartiers populaires s’y donne à entendre et à voir en elle-même et par elle-même. Une mosaïque d’écrans de toutes tailles invite à un cheminer parmi une myriade de visages et de témoignages; le dispositif éclaire d’une subtile palette les expressions aux accents singuliers où s’articulent joies, colères, doléances, interrogations…
Autant de messages qui nous sont adressés pour exprimer les préoccupations quotidiennes, intimes ou publiques, qui traversent ces vies ; une invitation à reconsidérer une frange de la population occultée par le spectacle de la « télé-réalité ». Quel meilleur regard que celui des habitants eux-mêmes pour en révéler la diversité et les nuances?
Le dispositif sous forme de tableau vivant compose la toile de fond des rencontres et ateliers proposés pendant presque une semaine par l’équipe de Canal Marches. L’exposition se conçoit comme un prolongement des activités que mène l’association tout au long de l’année, où sont débattus et mis en pratique les enjeux et méthodes de réalisation collectives.
Après l’ouverture sous l’égide d’Annick Coupé (Sud-solidaires) et Annie Pourre (No-vox), la transmission sera aussi à l’œuvre lors de moments de projection communes : Jean-Pierre Thorn, pionnier du cinéma militant, ayant accepté de venir présenter son dernier film « 93, la belle rebelle » en compagnie de slammeurs. L’éveil au regard critique est aussi de mise; de cela on parlera lors d’une discussion animée par Eugénie Barbezat, journaliste à Radio Aligre, avec Richard Sovied (Télé Bocal), Audrey Lehout (Marianne Films), et Anne Toussaint (Les Yeux de l’ouïe).
Depuis trois ans que fonctionne l’Université populaire, la dynamique de pédagogie par l’action qu’elle revendique associe directement les habitants et les responsables des associations des quartiers concernés dans le choix des sujets et la fabrication des images. Il s’agit d’initier un mouvement qui vise à l’appropriation du langage audiovisuel et à l’autonomisation des pratiques de production. La détermination et la patience nécessaires pour engendrer ces expressions « à contre-pied » relèvent de choix mûris par l’expérience de la pratique : autour de Patrice Spadoni, initiateur de l’aventure, une poignée de jeunes professionnels de l’image, à l’écoute et au service de chacun, porte toute son attention à valoriser la dimension humaine et la relation dans ces espaces sensibles.
Les questions se posent tout au long du processus, par exemple pour les choix éthiques de montage, dans le respect de la parole donnée, et revêtent aussi parfois des aspects très pragmatiques : en amont, dans l’accompagnement pour l’acquisition d’équipements adaptés (la plus grosse caméra, en haute définition, n’a d’intérêt que si, à l’autre bout de la chaîne, l’ordinateur de montage a la puissance nécessaire pour traiter de lourds fichiers…) ; ou en aval, par des choix favorisant la circulation des œuvres dans un souci qualitatif : diffusion sous licence libre, hébergement sur serveur propre pour éviter le nivellement par le flux des plateformes à grande échelle…
Partis de Belleville ces ateliers tout-terrain innervent désormais toute l’Île-de-France, et le rhizome commence même à éclore au-delà, en province ou encore au Maroc. Les « paroles et mémoires » recueillies ont valeur d’archive contemporaine, dont un site dédié recense la collection. A terme, les habitants et les associations eux-mêmes doivent devenir les passeurs de ces expériences : sauront-ils transformer cet outil de construction de soi en une arme au service de l’expression venue « d’en bas » ?
A l’heure où les éditorialistes parisiens s’interrogent encore sur le sens que l’on doit conférer à l’expression citoyenne sortie des urnes, et où l’amorce d’un dialogue renoué entre les pouvoirs publics et les revendications de la société civile (comme à Notre-Dame-des-Landes par exemple), semble permettre un nouveau souffle , l’exergue de Michel Butel, en couverture du 2e numéro de son journal l’Impossible, résonne d’un écho particulier : « Il y a les experts, il y a les penseurs, et puis il y a le peuple. Le peuple inattendu. C’est-à-dire des voix et des pensées que personne, ou rien, ne laissait présager. »
UPOPA – UNIVERSITÉ POPULAIRE AUDIOVISUELLE
Du 9 au 13 mai à la Maison des métallos – 94 rue Jean-Pierre-Timbaud 75011 Paris
Programme, infos : www.upopa.org
Le site de l’association Canal Marches : www.canalmarches.org
Paroles et mémoires des quartiers populaires : www.paroles-et-memoires.org
HorschampTV s’associe à cette manifestation : retrouvez en avant-première sur le site http://tele.horschamp.org, un extrait du magazine vidéo de Canal Marches.
Samuel Wahl @ 8 mai 2012
Facebook : 900 millions d’utilisateurs, et si on constituait un « e-syndicat » ?
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L’entreprise Facebook entre aujourd’hui en bourse, évaluée par certains à plus de 100 milliards de dollars.
Ce record de levée de fonds, historique – entre 10 et 14 milliards – pour une première introduction sur les marchés financiers d’un acteur de l’économie de l’information, interroge sur la valeur substantielle de son service. Comment expliquer un tel montant ? Cette valorisation est-elle liée au logiciel et à l’infrastructure de l’entreprise ou aux informations que Facebook récolte et exploite avec ou sans le consentement de ses 900 millions d’usagers et contributeurs à travers le monde ?
A l’initiative de l’association Internet sans frontière, internautes contributeurs et citoyens, appellent à la constitution d’un syndicat électronique ayant pour objet la défense de nos droits sur les services en ligne.
Voici leurs arguments, qui seront exposés aujourd’hui même, vendredi 18 mai 2012 à 14h00 devant le siège parisien de la filiale de l’entreprise Facebook Inc situé au 28 rue de l’Amiral Hamelin 75116 PARIS
La gratuité du service de Facebook est apparente. La jurisprudence récente d’une Cour d’appel française soumet les conditions d’utilisation de Facebook au respect des lois et règlements nationaux. La Cour d’appel de Pau rappelle que la récolte, le traitement et l’exploitation des données sont « une source très importante du financement des activités de Facebook » . Le masque de philantropie de Facebook et la nature de la contrepartie réelle de sa valorisation sont une illusion entretenue par la firme de Palo Alto. En réalité, Facebook accumule les milliards en piétinant nos droits à la maîtrise, la gestion et l’administration de nos contributions. Et la valeur de l’entreprise est indexée sur son abus de notre droit au contrôle de nos données personnelles, de leur utilisation et de leur destination.
La différence entre « utilisateur » et « contributeur »
Les mots ont un sens : derrière le terme « utilisateur » se cache l’idée que l’internaute n’apporte rien à Facebook, et que son usage du service ne repose que sur des raisons strictement fonctionnelles ou de consommation. Or, le contenu de Facebook est le ciment qui maintient sa communauté. Si ce réseau est devenu incontournable, c’est d’abord parce que 900 millions de personnes s’y sont inscrites et qu’il s’agit pour une partie de la population d’un espace de socialisation indispensable. Ainsi, Facebook s’enrichit grâce aux contributions des internautes qui peuvent être de l’ordre de la création originale de la sélection d’information.
Facebook exploite les données personnelles de ses contributeurs
Nos carnets d’adresses sont entièrement scannés par Facebook à travers notre téléphone mobile ou notre webmail. L’identification biométrique par défaut permet à Facebook de reconnaître logos et visages sur les photos sans que le contributeur n’ait donné son autorisation explicite et préalable. La situation est plus qu’alarmante : l’intrusivité et la perte de contrôle du contributeur atteignent des niveaux dramatiques. Depuis 2005, l’entreprise fondée par Mark Zuckerberg n’a de cesse d’aller plus loin dans la récolte, l’analyse et l’exploitation commerciale de nos données avec un défaut total de transparence. Elle permet à certains services gouvernementaux d’interroger sans limite nos données personnelles et nos vies privées pour les besoins des enquêtes, et peut même les leur transmettre sans notre contrôle et en contradiction avec les lois d’application territoriale européennes qui les protègent. Facebook s’arroge des droits de propriétés quasi-exclusifs sur nos données personnelles, et ne nous permet d’en récupérer qu’un seul tiers, quand bien même elles sont générées sans notre consentement clair et explicite. Ce fonctionnement diminue gravement notre maitrise sur nos données et encourage le maintien d’un monopole dangereux pour nos libertés.
Une liberté d’expression très limitée
De nombreux cas de censure ont été constatés au cours des 5 dernières années, dont certains particulièrement préoccupants. La censure des premiers événements #occupywallstreet a par exemple été révélée ; la plus grande vigilance à cet égard est nécessaire. La censure politique de la part d’une société dont le siège social se trouve sur le territoire d’une nation démocratique est intolérable et injustifiable.
Un syndicat électronique pour organiser la mobilisation collective
Malgré de nombreuses réactions, notamment au niveau européen, aucune limite stricte ne permet aujourd’hui le respect des droits des contributeurs et de leurs données.
L’entrée en bourse spectaculaire de Facebook n’augure rien de bon pour les contributeurs. Le modèle économique de l’entreprise basé sur l’exploitation commerciale de la vie privée va pousser le service dans un sens encore plus intrusif et liberticide. Une collaboration accrue avec certaines autorités gouvernementales laisse craindre une mise sous surveillance permanente des citoyens.
Au moment où Facebook s’apprête à entrer en bourse, nous demandons à ce que nos droits passent avant les intérêts des actionnaires. Leurs bénéfices reposent sur nos contributions et nos données personnelles. La position monopolistique de Facebook et de son réseau social en font un espace de socialisation obligatoire pour toute une partie de la population. Nos données personnelles nous appartiennent, et Facebook doit associer très étroitement les contributeurs à ses choix stratégiques.
Nous appelons les contributeurs internautes à nous rejoindre pour constituer l’e-Syndicat an de défendre nos droits ! Seule la prise
de conscience, l’action collective, juridique et citoyenne d’un grand nombre de contributeurs pourront amorcer la construction d’un
contre-pouvoir capable de faire face à l’entreprise de Mark Zuckerberg.
Notre force ? Nous sommes 900 millions de contributeurs déjà en réseau sur Facebook. Notre nombre, notre poids économique et notre organisation feront le reste. Leur faiblesse ? Leur besoin vital de nos contributions et de nos données personnelles, le piège de la nécessité d’une croissance sans limite pour survivre.
Ne nous voilons pas la face pour autant : la valeur boursière que Facebook représente à travers son nombre d’inscrits, d’applications dédiées et de partenariats, est de loin supérieure aux moyens financiers dont nous disposons aujourd’hui en faveur de notre cause. La défense de nos droits ne sera possible que grâce à la mobilisation de tous. Que ce soit en relayant nos informations, en contribuant à nos actions, ou en nous finançant, chacun peut agir et faire fonctionner l’e-Syndicat. Ensemble, organisons-nous !
Samuel Wahl @ 18 mai 2012
Trous noirs et banlieues
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A la Cartoucherie (dite « de Vincennes »), deux créations creusent les questions autour des morts du passé et leurs fantômes qui hantent l’avenir.
Par Thomas Hahn
L’histoire ne s’écrit pas avec le cœur, elle s’écrit avec le sang. Elle se raconte à travers des stéréotypes, comme si le temps était un miroir grossissant. Il faut vouloir briser ce miroir ou simplement l’écarter, pour se regarder en face, et voir l’autre. C’est ce que nous dit Sedef Ecer dans Les Descendants.
On entre dans l’observatoire d’Anou, un astrophysicien qui ne lâche pas son télescope avec lequel il scrute les trous noirs, tout en refusant de regarder le passé. Il est rejoint par son amour d’antan, Dounia, qui arrache à la terre les secret sanglants d’un passé commun qui opposait leur parents dans l’horreur. Ecer raconte la genèse, l’oubli et la redécouverte d’un génocide fictif, qui englobe tous les pogroms et épurations ethniques réels. Faire la lumière sur les horreurs du passé, sans crier vengeance, voilà une nécessité pour pouvoir envisager la réconciliation. Mais la tâche est complexe. Aussi, Les Descendants se perd dans les méandres d’une narration errante entre la grande et la petite histoire, une histoire d’amour, les métaphores et les quatre langues maternelles des comédiens, auxquelles s’ajoute l’anglais. Car le spectacle est en plus chargé de l’histoire de sa production, avec ses comédiens allemands, arméniens, français et turcs. Au metteur en scène de se débrouiller dans ce capharnaüm. Mais comment travailler avec des interprètes de formations et de qualité aussi disparates?
Sur le plateau, on passe d’un trou noir à l’autre comme la production passait d’un pays à l’autre, au gré des résidences. Aussi Bruno Freyssinet tente d’épurer et de tirer l’ensemble vers un futurisme visionnaire. Le prix à payer est celui l’empathie. Plus de vraie humanité dans l’interprétation serait pourtant nécessaire pour alléger le poids des métaphores. Le grand mérite de ce spectacle est tout simplement d’exister. L’idée de travailler avec huit comédiens de quatre pays est cohérente, à condition de voir dans le spectacle final juste un élément parmi d’autres, dans le cadre d’un projet supranational, à condition de considérer que chemin compte autant que le résultat et le symbole autant que le plaisir théâtral.
L’autre manière de regarder le passé est de partir du réel, dans une démarche documentaire sur l’état actuel du monde. Dans Illumination(s) d’Ahmed Madani, il s’agit également d’affronter le passé qui remonte à la surface. Il s’agit là aussi de surmonter la question des origines et d’interroger la possibilité d’un vivre-ensemble. Sauf qu’on n’est pas dans un espace métaphorique, mais dans la réalité des banlieues françaises qui défile sur les écrans autant que sur le plateau.
Terres arbitraires, tel est le titre d’une installation vidéo signée Nicolas Clauss. Elle s’intègre dans la mise en scène de Madani, mais peut aussi se visiter séparément. L’approche documentaire de la caméra, proche d’une série de portraits photographiques, souligne la confrontation entre le discours médiatique, honteusement racoleur, et les comédiens. Statiques devant la caméra, ils viennent sur le plateau pour jouer la réalité de leur vie en banlieue. Et la bagarre éclate, parmi les spectateurs quand ceux-ci occupent encore le plateau, plongeant dans les images en noir et blanc. Par leur simple présence, par leur homogénéité dans la diversité et par leur énergie collective, les neuf garçons incarnent tous les déchirements et tout le potentiel des ghettos actuels que la France réserve à l’héritage vivant et visible de ses mésaventures coloniales. Le « cadavre qui parle » de ce spectacle appartient à toutes les époques, il représente la double peine, subie hier et aujourd’hui, par les communautés auxquelles la France avait promis le bonheur. La guerre d’Algérie ressurgit tel un fantôme et se superpose aux bagarres entre les jeunes habitants des barres de HLM. Aussi, Madani conserve les unités de la tragédie tout en invitant sur le plateau d’autres époques et conflits.
Au scénario éclaté des Descendants répond ici une fabuleuse concentration de véracité et de bonheur théâtral. Certes, les stéréotypes sur le présent de la banlieue ont la vie dure jusque dans ces Illumination(s), mais disons que c’est pour mieux les illuminer par les cauchemars de la guerre et les rêves d’avenir. En attendant que le même travail se fasse aussi sur la vie des filles dans nos banlieues…
Les Descendants, de Sedef Ecer, mise en scène Bruyno Freyssinet
Théâtre de l’Aquarium, jusqu’au 27 mai
http://www.theatredelaquarium.net/Les-descendants
Illumination(s) (spectacle-performance) d’Ahmed Madani et Terres arbitraires (installation vidéo) de Nicolas Clauss
Théâtre de l’Epée de bois, jusqu’au 3 juin
www.epeedebois.com
Samuel Wahl @ 23 mai 2012
Jack Ralite – Propositions poïélitiques de Cassandre/Horschamp
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Le 18 avril 2012, quelques jours avant l’élection présidentielle, Jack Ralite nous offrait un discours à l’occasion d’un des grands rendez-vous de Cassandre/Horschamp, « Propositions poïélitiques de dernière minute » au Théâtre Monfort.
En voici le texte, en guise d’introduction à l’entretien réalisé le 20 avril 2012 à la mairie d’Aubervilliers par Samuel Wahl, « Il faudra culbuter les fatalistes », disponible dans le numéro d’été de la revue Cassandre/Horschamp n°90. Une version filmée de cet entretien sera bientôt visible sur http://tele.horschamp.org
Chacune, chacun d’entre vous,
Monsieur Sarkozy, le grand cliveur, en covoiturage avec Madame Parisot et la haute finance sans rivage n’aime pas la culture, encore moins la création artistique.
C’est un décivilisateur qui dès les premiers jours de la mise en spectacle de son « carnaval des apparences » comme dirait Georges Balandier, trace l’incroyable consigne impérative que voici au ministère des affaires culturelles :
1°) Donner en matière d’art à la population ce qu’elle demande,
2°) Donner aux artistes des obligations de résultats,
3)°) Donner aux subventions un caractère aléatoire,
4°) Donner l’autorisation à des expériences de ventes d’œuvres du patrimoine,
5°) Donner la possibilité de casser les rentes en matière de droit d’auteur,
6°) Donner aux industries culturelles les meilleures chances de se développer,
7°) Donner au Chef de l’Etat une équivalence avec chef d’entreprise,
8°) Donner au capital humain un traitement économique.
C’est ainsi qu’il nous inflige des désirs qui nous affligent, qu’il tend à privatiser l’Etat providence, qu’il a rêvé d’un peuple somnambule. Il est vrai qu’un temps il n’y eut pour réponse que l’impuissance démissionnaire. Aujourd’hui on perçoit le grondement des révoltes de créations, d’expressions, de scrutins, de rues qui commencent à composer une résistance offensive. L’improbable n’est jamais impossible surtout si l’espérance n’est pas solitaire. Les regards des femmes et des hommes conversent, leurs paroles s’échangent, leurs expériences se mêlent, leurs espoirs se croisent. Et ce que nous entendons sont des mots utiles comme des inventions refusant le freinage de toute pensée, de cette pensée dont les patrons financiarisés veulent alléger les travailleurs et le gouvernement au cœur métallisé veut rabougrir la dimension dans les professions intellectuelles.
Oui, « quand un peuple abandonne son imaginaire aux grandes affaires, il se condamne à des libertés précaires » avait raison de déclarer les Etats généraux de la culture dès juin 1987.
NOUS DISONS NON,
à la maladie du travail qui casse les métiers, provoque des malaises chez ceux qui s’entêtent à travailler correctement et récusent la contrainte du ni fait ni à faire et abime les êtres jusqu’à les priver de possibilités de rencontrer l’art.
NOUS DISONS NON,
au management guerrier qui domine les travailleurs.
NOUS DISONS NON,
au malmenage arrogant de la dignité des femmes et des hommes au travail et dans l’ensemble de leur vie.
NOUS DISONS NON,
au chiffrage de tout jusqu’à l’intime, au point de classer parmi les quadrupèdes comme disait Musil les chaises, les chiens, les tables et les équations du quatrième degré.
NOUS DISONS NON,
à cette époque étrange où existe une « culture » -vous entendez les guillemets- qui ignore et combat l’humanité.
NON, NON, ET NON A L’INACCEPTABLE STRATEGIE DU BLOC DU POUVOIR ETAT/FINANCE. LA TACHE EST INOUIE POUR EN VENIR A BOUT.
C’est ce que le Front de Gauche a engagé, ce pourquoi il s’est assemblé, avec les premiers beaux, je dis bien beaux résultats que l’on sait.
Face au chiffrage de la vie nous sommes le déchiffrage des rêves. J’aime à penser que nous sommes des « lucioles ». Nous voulons courageusement donner un avenir à nos origines.
Alors pour continuer à continuer à continuer même et surtout avec impertinence, écoutons ce gazier-électricien qui fréquente les œuvres de la CCAS : « J’ai compris que la culture est un droit et un bonheur. La culture pour moi c’est ce qui t’élève au-dessus de toi, au-dessus du lieu où tu es né, de l’époque où tu vis. Tu te sens partie prenante du Monde entier et de toute l’Humanité ».
Cet ouvrier dit parfaitement que sa rencontre avec la création l’a augmenté, il y a trouvé une mêlée du sens et de la sensibilité, il y a découvert l’émancipation qui n’est ni illusion du consensus, ni monde séparé, tout autre chose que « les indices de bonheur ou de qualité de vie en complément des indicateurs économiques » comme osent dire les initiateurs ministériels de l’annuel Forum d’Avignon.
On est loin de l’opposition stérile entre populaire et élitiste. On est dans la vie qui a besoin de la mêlée des « experts » écoutant éperdument et des « experts du quotidien » avec leurs « connaissances en actes ».
Encore faut-il des créateurs libres, souffleurs de conscience, avec les œuvres de qui on respire, on jubile leur intime, qu’ils offrent à un intime à l’instant devenu.
Pierre Soulages : « L’art donne forme à l’inachevé ».
Christa Wolf : « Le sentiment éprouvé dans l’expérience artistique nous permet d’imaginer ce que nous pourrions devenir ».
Aragon : « En écoutant chanter Fougères, j’apprends, j’apprends à perte d’âme ».
Apollinaire : « Quand l’homme a voulu imiter la marche il a inventé la roue qui ne ressemble pas à une jambe ».
C’est comme pour les noms de l’« Affiche Rouge », à prononcer c’est difficile, mais c’est ainsi, et les métaphores poétiques sont tellement mieux que la sorte de Nostradamus que nous ne voulons plus à l’Elysée, emporté qu’il est dans une espèce de bafouillage inexplicable et grandiose entre ce qu’il a voulu faire, ce qu’il a renoncé à faire, ce qu’il a cru faire, ce qu’il a fait et ce qu’a fait ce qu’il a fait.
Allons, je termine en pensant à Sarajevo, aux Têtes Raides et à Péguy.
A Sarajevo, Predrag Matvejevic a dit : « Nous avons tous un héritage et nous devons le défendre, mais dans un même mouvement nous devons nous en défendre, autrement nous aurions des retards d’avenir. Nous serions inaccomplis ». En France, René Char a écrit : « L’inaccompli bourdonne d’essentiel ».
Les Têtes Raides quand ils jouent magnifiquement tout en chantant « Ginette », le musicien-chanteur fait se balancer une lampe qui tantôt éclaire la salle, tantôt la scène, c’est-à-dire l’ensemble, ne laissant personne dans l’ombre et affirmant la solidarité et que « l’histoire est ce qu’on y fait, une chose qu’on agit et non pas qu’on subit ».
Péguy : « Je n’aime pas les gens qui réclament la victoire et qui ne font rien pour l’obtenir, je les trouve impolis ».
Je salue la politesse de votre assemblée et je vous dis ce que j’ai dans le cœur et dans l’esprit : « Ayez des excès de courtoisie ».
> Écoutez la version sonore de ce discours en cliquant ICI.
Samuel Wahl @ 3 juillet 2012
Woland et Staline
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Et les murs du Palais s’effondrent
L’ouverture du Festival Avignon montre qu’on y sait encore rompre avec les traditions.
Le soir de l’ouverture, Vincent Baudriller et Aurélie Filipetti montent les marches de la Cour d’honneur, et il n’y a (pour une fois?) pas de sifflets à l’encontre d’un Ministre de la culture. Au contraire, Filipetti reçoit des applaudissements (certes timides, mais tout de même). Plus de trois heures plus tard, les murs du Palais des Papes se sont effondrés, par deux fois. Le diable est passé par là, en la personne de Woland, grand perturbateur de la vie des humains selon la volonté de Mikhaïl Boulgakov. Et si la Cour d’honneur est la principale icône du monde du théâtre, Mc Burney est désormais son icono-ecclésiaste le plus tourbillonnant. Pour la première fois, la Cour d’honneur semble presque trop petite pour les ambitions d’un metteur en scène. L’artiste associé de l’édition 2012, fondateur du Théâtre de Complicité (qui s’appelle aujourd’hui simplement Complicité – mais quelle boîte de communicaton est passée par là?) revisite LE roman russe du vingtième siècle par le cinéma de l’époque de la guerre froide, voire le dernier cri du film à super-héros. Et pourtant, le Gestus scénique est plutôt brechtien. La tâche est monumentale. Il s’agit de résumer, de superposer et d’agiter deux-mille ans d’histoire, voire d’histoire du théâtre, dans une cour qui n’en a même pas vécu la moitié.
Pour mieux enfoncer le clou, Mc Burney ne renonce pas aux projections, souvent vertigineuses. C’est à la vitesse de la lumière que l’action rebondit entre le Golgotha et Moscou. Le plan de Moscou tourne en vrille sur l’immense façade de fond. Mc Burney projette sur Le Maître et Marguerite l’effroyable histoire du XXe siècle, face à l’espérance chrétienne. L’enfer, c’est le Gulag. Ceux qui l’ont enduré sont sanctifiés, les artistes avant tout. Ponce Pilate fait son procès en même temps au prophète qui prône un monde sans pouvoir (alors que les Romains scandent la gloire de César) qu’à l’écrivain (Maître), auteur d’un roman sur Ponce Pilate.
(c) Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon
Woland et Staline
Les sujets de Staline sont sans cesse hantés par la question de la dangerosité de cet insond(i)able Woland (apparemment un Allemand) qui se joue des distances entre Yalta et le Théâtre des Variétés de Moscou. Mc Burney jubile à nous précipiter dans ce monde qui tourne de plus en plus vite, comme si on entrait dans le tambour d’une machine à laver. Il transforme le roman ironique et poétique de Boulgakov en film d’action et, plus encore, en film d’espionnage. Qui est cet homme aux pouvoirs surnaturels qui s’appelle Woland? La police s’agite, les récits traversent le temps et les fils se renouent à la clinique psychiatrique. La question finale s’adresse aux spectateurs: Est-ce bien Woland qui projette ces énormes fissures sur les murs du Palais des Papes? Ou bien sommes-nous projetés dans un temple commercial de Jérusalem? Les pierres tombent comme si un tremblement de terre secouait Avignon. Et quand tout n’est plus qu’un énorme tas de débris, l’ouverture est totale. L’illusion aussi. On croit traverser l’univers dans un vaisseau spatial.
(c) Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon
Ponce Pilate et Staline
Pour rajouter à la confusion, Margarite ressemble ici à Liz Taylor comme Cléopâtre et Ponce Pilate, dans un autre registre, à Staline dont on voit le portrait, de temps à autre, s’incruster sur la façade du Palais de Papes. Le procureur romain se fait appeler Hégémone. Chaque fois qu’il sort son Kärcher verbal contre l’agitateur anarcho-chrétien Yashua Ha-Nostri pour le faire crucifier, les alcôves de trente mètres de haut côté jardin sont illuminées par une photo du désert. Plus tard, on voit des soldats américains en Irak assassiner un enfant. La charge de Mc Burney vise les locataires du XXIe siècle, ces pseudo-citoyens qui n’ont rien appris en deux millénaires (pour parler en ses préceptes), ainsi que l’hégémonie des superpuissances. Sait-il qu’il attaque Boulgakov avec une charge visuelle digne du retour actuel aux films à super-héros qui sauvent le monde, des X-Men à Batman et tant d’autres? Au négatif, certes. Ou plutôt, avec un super-super (et pourtant anti-)héros qui brouille les pistes à chaque apparition. Mais la moralité finale, mielleuse et didactique, correspond parfaitement aux modèles hégémoniques de l’industrie du cinéma. Tant pis pour Brecht, et tant mieux pour notre nouvelle Ministre de la culture, puisqu’elle prend ici toute la mesure de la liberté artistique balayant les frontières entre théâtre et cinéma, entre histoire et avenir. Et en sortant de la « salle », on se frotte les yeux: Mais non, ce Palais des Papes, il est toujours debout. Et finalement, tout peut recommencer demain. Braves gens (et ministres), reconstruisez, mais mieux qu’avant!
Thomas Hahn
Nicolas Roméas @ 9 juillet 2012
Thomas Hahn est à Avignon !
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Avignon 2012 – Mes coups de cœur du Off
Par Thomas Hahn
Copi : L’Uruguayen
Roman épistolaire au destinataire inexistant, « L’Uruguayen » est un fantasme ethnologique sous forme de bande dessinée, sans dessins. Les mots seuls font office de crayon. Plutôt discrète sur les obsessions sexuelles, la farce est avant tout surréaliste. Voilà un humour inattendu à une époque où les metteurs en scène abusent de Copi en le réduisant à son exubérance. « L’Uruguayen » est un chef-d’œuvre à la croisée du roman colonial, de Jarry, de Tintin, du Petit Prince et d’un humour russe qui défia Staline.
Ce mélange, aussi complexe que jouissif, jette une lumière nouvelle sur l’œuvre dramatique de l’Argentin exilé, mort du sida. Roberto Platé, un des grands compagnons de route de Copi et metteur en scène de cette création qui a vu le jour à Buenos Aires tout juste avant de débarquer à Avignon, fait évoluer un personnage au style colonial autour d’un minaret scintillant. D’aucuns voudraient y voir un phare, voire une émanation phallique… Pas notre explorateur à l’élégance désuète (car parfaite).
Il est bien trop occupé par l’étude de cette population étrange de Montevideo, de sa culture et ses habitudes. Sans oublier ses baignades avec le président de la république, parfois sous les bombes, ou les nuits passées avec le pape. Il lui suffit de redessiner ce qu’il avait précédemment effacé de sa propre écriture photographique. La comédienne Claire Ruppli ajoute au surréalisme à la Dali une dose de Chaplin et un brin de Feydeau. Polyglotte, elle maîtrise à la perfection cette langue appelée film muet, autant avec les mots qu’avec son corps. Et tous ceux qui projettent de monter une pièce de Copi devraient d’abord voir « L’Uruguayen », pour comprendre que rencontrer l’écriture de Copi, c’est accepter de se faire exploser, avant de renaître. Pas le temps alors pour verser dans la caricature de « pédé » ou de trans en délire.
22h, Théâtre des Halles
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Multi-X : Clear Life?+
Chaque année, le gouvernement taïwanais sélectionne plusieurs productions présentées au Théâtre de la Condition des Soies. La danseuse, comédienne et artiste visuelle Vera Chen interprète une bande dessinée dont elle est l’anti-héroïne, une adolescente moderne qui ne sait plus où donner de la tête pour être dans le coup. Vélo dernier cri, cours de yoga, aliments augmentés, réseaux d’exhibition sur internet, remise en forme, produits de beauté…
Le tourbillon incessant donne le vertige. Chen est immergée dans des projections de style manga, reflets humoristiques de l’accélération de la vie au quotidien. Sous le déluge des incantations, elle se prend des coups. Avec une finesse chirurgicale jouissive, Chen dresse un portrait de la vie contemporaine, augmenté par la qualité incisive de son humour.
Si vous pensiez que les jeunes Asiatiques étaient à l’aise, voire heureux dans la gestion de mille informations par minute, leurs artistes nous révèlent qu’ils sont aussi dépassés que nous quand il faut sans cesse se conformer aux stéréotypes publicitaires.
Théâtre de la Condition des Soies, 11h10
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Amélie Nothomb : Stupeur et tremblements
À Tokyo, dans une tour avec vue sur la ville, l’employée comptable Amélie Nothomb (Ameli-san) vit un conflit intestinal avec sa supérieure, une certaine Fubuki. Cette description des habitudes et états d’âmes d’une assemblée de Salary (Wo)men japonais n’est pas seulement autobiographique, c’est aussi un exercice littéraire de haut vol de la part de la narratrice. L’adaptation, la mise en scène et l’interprétation par Layla Metssitane réinventent cette aporie japonaise entre le fond et la façade. Le début et la fin sonnent tel un rituel, dans une gestuelle investie d’un ailleurs mystérieux. Aussi, l’analyse acerbe de la condition de la femme japonaise traverse le Nô moderne pour devenir universelle.
Stupeur et tremblements
Photo Nicolas DERNE
En passant à l’étude de cas, Metssitane change de registre, interprétant le quotidien au travail dans la section comptabilité avec un humour si délicatement parfumé qu’il restitue toute la fascination et l’incrédulité de Nothomb, premier témoin de scènes proprement stupéfiantes. Le résultat est un millefeuille de sensations et d’empathie. A juste titre, ce récit japonais d’une écrivaine française, sublimé dans une vision qui interroge également les tremblements des femmes musulmanes, tourne sur plusieurs continents.
Théâtre de l’Alizé, 20h
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Marie-Anne Dalem: Femmes de fermes
Et si, après Tokyo, on regardait du côté de la Franche-Comté? Comparer un business tower nippon avec une ferme laitière française est-il possible? Quand on est une femme, oui. Les codes, les contraintes et les atavismes changent, mais leur poids reste le même. Que « Femmes de fermes » se joue sur le même plateau, directement après « Stupeurs et tremblements », n’en est pourtant pas une pièce à conviction, mais juste un indice. Et surtout une occasion d’en faire l’expérience. On vous l’explique bien, les fermes aussi sont désormais soumises à la toute-puissance de l’informatique. Sauf que ça ne chasse pas les mouches. Que faire? Succéder à son père et pour gérer la ferme, tout en se sentant mourir? Ou bien se déraciner, mais pour quelle illusion? A la ferme, avoir un mari, ce sera comme avoir un confère au conseil d’administration. Enfin, ce sera comme à Tokyo, et un peu comme partout dans le monde. La parole authentique des femmes fermières en Franche-Comté a été recueille par Marie-Anne Dalem, la maman du metteur en scène Henri Dalem. Les trois comédiennes peuvent porter des demi-masques de la commedia dell’arte ou bien parler dans un micro. C’est tout à l’image de cette entreprise (en partie familiale) de la Compagnie Paradoxe qui donne la parole à une catégorie de citoyennes particulièrement inconnues. Car si les signes extérieures peuvent changer avec l‘air du temps, les mentalités ne suivent que très lentement. Ce spectacle n’est pas seulement une manière de rendre justice ou de sortir de l’ombre des personnes qui vivent un déchirement insoupçonné. Pas juste une manière de permettre aux Parisiens d’en savoir plus sur d’autres citoyennes de la même république et dont la voix compte autant. C’est l’occasion d’ouvrir un dialogue et un débat de fond: Que représente la campagne pour les centres urbains, et inversement? Ce spectacle est républicain, parce que celles qui s’y expriment sont considérées et dépeintes comme des citoyennes et des femmes, tout simplement. Et si ça marche, c’est qu’on écoute du début à la fin. Et si on écoute, c’est que l’équipe artistique est excellente et qu’elle touche à un point ultra-sensible. La parole de ces femmes fermières interroge chacun d’entre nous, tout en nous captivant, sans oublier de nous amuser.
Théâtre de l’Alizé, 21 :45
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Voilà pour une première livraison Off. Mais j’écris ces lignes en rentrant de l’hommage à Jean Vilar rendu par la compagnie Komplex Kapharnaüm face au Palais des Papes. Dans les documents, interviews et micros-trottoirs projetés sur les murs historiques, une question revint régulièrement: Pourquoi allez-vous au théâtre? Dommage que personne ne répondit: Pour mieux me connaître. Que ce soit à travers Montevideo, Tokyo, Taïwan ou le Franche-Comté, ou bien à travers notre voisin de palier, le théâtre permet toujours d’aborder un territoire inconnu et de s’interroger sur soi-même. Ces quatre propositions dans le Off d’Avignon en témoignent.
Thomas Hahn
Nicolas Roméas @ 16 juillet 2012
Thomas Hahn est (encore) à Avignon !
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Avignon Absurde
Par Thomas Hahn
L’angle mort – l’interprète n’est pas nul
Dans la belle salle du théâtre de la Condition des soies, « L’angle mort », un solo de danse imaginé par Camille Olagnier : Un personnage psychédélique, sans doute un ado atteint d’une crise de mélancolie, sur des airs de rock très inspirés. Longiligne, calme, grave, le danseur Nans Martin montre ce que « interpréter » veut dire. A la sortie je tente de lui adresser un compliment. Lui : « C’est au chorégraphe qu’il faut parler, je ne suis que l’interprète. » Surprise plus tard, en feuilletant la feuille de salle. Je lis la note d’intention du chorégraphe: « Il devient gênant que les noms des danseurs contemporains n’apparaissent jamais. Rendons-leur le mérite qui leur appartient. » Faudrait en parler à l’interprète, mais pas trop. La modestie est garante de qualité.
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Wondermart – le supermarché pour les nuls
L’idée vient de Brighton (UK). Silvia Mercuriali et Ant Hampton proposent une expérience originale. Un duo dans un supermarché dont vous êtes vous-mêmes les interprètes! En effet, les superproductions londoniennes qui marchent le mieux à l’heure actuelle sont celles où le spectateur devient la vedette. Ici votre participation est secrète, plus invisible encore que le théâtre invisible de feu Augusto Boal dans le métro parisien. Le chassé-croisé clandestin autour du charriot vous dévoile comment un supermarché manipule vos envies et vos actes d’achat.
« Wondermart » subvertit donc à la fois les codes de la société de consommation et ceux de la société du spectacle, version ultra-narcissique. En théorie. Ou bien en Angleterre. L’adaptation avignonnaise est moins poignante. Dans une ville où il y a cent fois plus de théâtres que de supermarchés, le rayon le plus inutile n’est pas le rayon surgelés d’un supermarché qui assume son rôle, mais la rue de la République, artère principale du « plus grand théâtre du monde ». Les Champs-Elysées d’Avignon ont pris des airs de carnaval où les parades se limitent à un racolage bas de gamme pour des spectacles aux titres du genre « Le sexe pour les nuls ». Hôtesses! Vous qui tractez pour McComedy, dites-vous bien que si le chaland passe par là, son objectif est de profiter des soldes! Face à ce racolage décomplexé, un supermarché apparaît comme un lieu de résistance culturelle où les produits proposés subissent encore un contrôle de qualité. L’autre paradoxe est que vous vous rendez donc à La Manufacture, point de départ de l’aventure « Wondermart » et qu’on vous lâche dans les rues, munis de deux lecteurs MP3. Il vous faut juste marcher pendant un quart d’heure pour atteindre le lieu de votre immersion subversive. Ensuite, prévoyez un petit quart d’heure pour mettre en place l’indispensable synchronisation des lecteurs pour lancer le jeu. Suivez les instructions conspiratives telles : « Quand vous croisez votre partenaire, faites comme si vous ne le connaissiez pas… faites-vous plaisir, prenez ce qui vous donne envie. » Et quelques minutes plus tard : « Regardez dans votre caddie: Avez-vous pris quelque chose d’utile? » Bien sûr que non.
Quant à nous expliquer que les produits laitiers sont toujours placés au fond pour nous obliger à passer devant un maximum d’autres choses, le consommateur français en a vu d’autres, et surtout le festivalier qui répond à une petite annonce cachée dans le programme de La Manufacture. Mais le comble, c’est que l’opération se déroule dans le plus vaste supermarché d’Avignon, qui est en même temps celui qui compte le moins de clients. Situé extra muros, il est délaissé par les festivaliers. Aussi, nous pouvions y faire nos pirouettes avec le caddie et retourner les produits dans les rayons sans perturber qui que ce soit.
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Carrière Boulbon – la navette dans le cul
Chaque année la Carrière de Boulbon voit au moins une création. En 2012, c’est « Puz/zle » de Sidi Larbi Cherkaoui. Non dépourvue de beauté naturelle, la carrière est située à 20 min de car du centre-ville. Impossible d’y accéder à pied. Sa beauté tient aussi à cela. La vue est magnifique, pas l’ombre d’une cité de banlieue à l’horizon. Et pourtant!
Mais commençons par le début. Pour y voir un spectacle, on n’achète pas seulement son billet mais aussi un ticket à quatre euros pour emprunter une des navettes spéciales du festival. Retour compris. Mauvaise surprise après le spectacle, vers minuit et demi, après vingt minutes dans la file d’attente: Il y a un contrôle des tickets en montant à bord! Mais où est donc passé ce ticket, un simple talon édité sur un papier de fortune par ailleurs, entre les dizaines de dossiers et autres flys dans le sac? Impossible de convaincre les agents d’accueil en t-shirt rouge de ma bonne foi. Je n’ai même pas le droit de m’asseoir dans le bus pour chercher mon ticket dans un endroit propre et éclairé. Pour le retrouver enfin, je suis obligé de vider mon sac avec ses innombrables papiers et dossiers à genoux, dans la poussière, entre deux cars. Commentaires cyniques : « Prenez-vous l’avion Monsieur? Quand vous prenez l’avion, vous avez un billet! Quand vous prenez le tram, vous avez un ticket! » Peut-on s’attendre à ce qu’après un spectacle si loin de toute urbanisation, on sera considéré comme un criminel potentiel s’ayant fait parachuter en pleine campagne dans le but d’obtenir frauduleusement un transport pour Avignon?
Pour me contrer, un agent du festival se félicite d’avoir vendu trois tickets à des gens qui étaient venus en voiture avec des amis et sont rentrés en navette. Pour gagner quelques euros de plus, le festival traite donc des milliers de personnes comme des fraudeurs potentiels. Même pas sûr que l’argent ainsi recouvré couvre les frais de personnel engagés pour implémenter le super-plan anti-fraude. Sans parler du temps consommé par la procédure qui retarde d’autant le retour de centaines de personnes. Inutile de préciser qu’à l’aller, grâce à un contrôle rigoureux, personne ne monte dans la navette sans avoir déboursé ses quatre euros et que personne ne vous avertit de la nécessité de conserver le ticket pour avoir droit au retour. Sans oublier qu’à l’origine les navettes étaient gratuites, ce qui était plutôt logique puisque c’est le festival qui choisit de présenter des spectacles hors les remparts, et pas toujours dans des lieux aussi pittoresques que la Carrière Boulbon. En règle général, le public est acheminé vers des hangars de banlieue, bien souvent pour faire la queue pendant de mauvais quarts d’heure sous un cagnard qui cogne.
Est-ce une consolation d’apprendre, par un confrère journaliste témoin de la scène, que même la star new-yorkaise, le chanteur-compositeur Rufus Wainwright, s’est vu refuser l’accès à la navette du fait qu’il ne retrouva pas son ticket? Il y a deux mois, il publia son septième album, « Out of the game ». Quant à la navette avignonnaise, le titre sonne comme une prémonition. « Alors qu’à New York il a toujours son chauffeur personnel » se marre mon confrère. On attend de voir François Hollande, président « normal », subir le même traitement. Allez, camarade, l’année prochaine tu achètes ton ticket, comme tout le monde.
Conclusion? Un dérapage de ce genre est avant tout une confirmation de la pression financière sur les structures culturelles. Pour l’illusion de gagner quelques euros, le festival (alors qu’en réalité il en perd, à moins que les contrôleurs de tickets soient des stagiaires non rémunérés) est prêt à dégrader son image auprès du public, son assurance-vie.
Thomas Hahn
Nicolas Roméas @ 19 juillet 2012
Thomas Hahn s’incruste à Avignon !
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Dans le Off Off Off de l’Europe de Schengen
Fanny Bouyagui offre l’asile aux migrants forçats
Par Thomas Hahn
Au Festival d’Avignon, quand on a dit « In » ou « Off », on n’a encore rien dit. Il y a un « In du Off », où les compagnies sont invitées par un Conseil régional et peuvent même demander des jours de relâche supplémentaires. Il y a le « Off du In du Off », à savoir des lieux subventionnés qui ne demandent pas de profit maximum garanti et fonctionnent sur simple partage des recettes. Ca existe encore!
Mais il y a aussi le « Off du In » puisqu’il passe un peu inaperçu. Ce statut sied bien à Fanny Bouyagui et son installation monumentalement militante. « Soyez les bienvenus », au titre on ne peut plus sarcastique, donne la parole aux immigrés sans-papiers venus d’Afrique pour échouer en Italie du sud. Le dispositif pèse un poids-lourd. Mais contrairement à ce que suggère son titre, on ne l’a pas installé devant la gare. Il faut au contraire passer sous la voie ferrée et marcher un petit quart d’heure pour arriver au Gymnase Paul Giéra. Dans un premier temps, sous le toit en tôle, la chaleur est familiale. Bouyagui expose son album photo personnel, depuis l’arrivée de son propre père à Marseille et son mariage. Une réussite. Et ils eurent beaucoup d’enfants, comme on dit. Aussi, le cliché central montre Fanny avec ses frères et sœurs, une sorte de Jackson-Five pétants de bonheur. Par la suite, il s’agit de montrer à quoi leur père a échappé. Car aujourd’hui, la tentative de s’installer en Europe se paye au prix fort. En milliers d’euros d’abord pour la traversée du désert, et puis celle de la mer. Chacune des deux peut coûter la vie. « Mais s’il n’y a qu’une chance sur mille d’arriver en Europe, je la tente », se disent-ils. Ensuite, la survie sur la durée, dans une précarité dégradante. On est à Castel Volturno, en Italie du sud. Bouyagui est allée à la rencontre de ceux qui ont trop peu pour vivre et trop peu pour mourir. Les interviews réalisées révèlent une face cachée de l’Europe, où les migrants subissent la triple peine de déracinement, promiscuité et exploitation dans une sorte d’enfer dantesque. « Si seulement j’en avais les moyens, je retournerais au pays plutôt aujourd’hui que demain » disent-ils, comme en chœur.
Comme métaphore de leurs errances, Bouyagui a créé un labyrinthe dont les murs sont faits de cette presse qui est censée révéler le sort des migrants et qui, sauf rares exceptions (documentées), fait exactement le contraire. Ainsi sorti du faux-semblant du vrai monde extérieur, on plonge dans un monde référentiel et artificiel qui permet de se confronter à la face de l’Europe que celle-ci s’efforce de ne pas regarder. Mais c’est ici qu’elle joue son avenir. La négation des valeurs humaines se retournera contre elle, depuis son intérieur. Sous peu.
« Soyez les bienvenus », Gymnase Paul Giéra. 1, rue Paul Achard (av. Du Général Eisenhower) De 14h à 19h, jusqu’au 28 juillet
Nicolas Roméas @ 20 juillet 2012
Thomas Hahn va bien bientôt cesser de nous parler d’Avignon…
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Etienne Chouard/Cécile Canal : La démocratie expliquée à mon député!
Une standardiste du Ministère de l’intérieur peut-elle expliquer à son député de quoi nos « démocraties » représentatives sont malades? Au théâtre, c’est possible. Cécile Canal, Avignonnaise, a adapté la célèbre conférence d’Etienne Chouard, où l’économiste et politologue prône un retour aux sources de la démocratie à l’athénienne: tirage au sort des députés au lieu de légitimer par la croix sur le bulletin une caste qui fait fonctionner l’état selon ses propres règles et à son profit.
Le personnage incarné par Canal est le même que dans son spectacle précédent, « Le travail expliqué à mon chef! ». Un brin surréaliste, effets comiques garantis. Cette standardiste invente-t-elle ses propos sur le champ ou se souvient-elle d’une conférence récemment écoutée? Face à sa vraie-fausse naïveté, les défenseurs de l’oligarchie se prennent une claque symbolique. Ne sous-estimez plus les standardistes au nom d’une prétendue compétence supérieure des élus! Entretemps, l’idée de Chouard fait son chemin. Le soir de la première de « Un ennemi du peuple » (Henrik Ibsen, mise en scène Thomas Ostermeier), quand le désormais célèbre quart d’heure de débat sur l’état de nos sociétés fut lancé, un spectateur, très applaudi, prit la parole pour rappeler les principes défendus par Chouard. Etait-il passé par la petite cave voûtée dans laquelle Canal reproduit la conférence devant une vingtaine de personnes? Ambiance conspirative garantie, autant que de des échanges très animés après le spectacle, autour d’un coup de rouge (bio).
Ateliers d’Amphoux, 20h20, jours pairs. Jours impairs : Le travail expliqué à mon chef
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Aleksandre Kollatos : Vive la crise!
Voilà du théâtre à l’image d’un pays qui se désintègre. Au début, le chaos sur le plateau est presque parfait. Dans une sorte d’asile psychiatrique, Merkel, Sarkozy et autres Lagarde se payent la tête de leur bouc émissaire, la Grèce. Mais rapidement, l’ébullition insolente de la jeune troupe est traversée par un rappel des traumatismes récents qui ont secoué la société grecque. Manifestations, morts, lettres d’adieu de ceux qui se sont suicidés en place publique.
Et pourtant: « Vive la crise », puisqu’elle nous permet de reconstruire! Voilà ce que dit ce théâtre rebelle qui fait sauter les codes de la bienséance dramatique. Les discours télévisés de Papandreou, en ordre chronologique, repris mot par mot, censés encourager la population, se révèlent comme ce qu’ils sont: une propagande pathétique et minable qui fait pitié. Traitée en accéléré, la crise financière dévoile toute son imposture. Cette troupe de comédiens internationaux, dont bien sûr plusieurs Grecs, oppose aux discours gouvernementaux une ironie désarmante, doublée de la force de la tragédie grecque, toujours selon le principe d’une bonne caricature politique: Elle nous ouvre les yeux. Papandreou en cours de gym et au jogging, plus américain que grec, c’est un résumé hilarant de son décalage avec la réalité vécue dans le pays. Sur scène, les manifestants le huent et les Erynnies le tabassent. « Le fait est extraordinaire, les membres du gouvernement grec ne peuvent plus se promener dans la rue », constate Kollatos. « Vive la crise! » revisite la descente aux enfers financiers de la Grèce et documente les effets de l’austérité sur le quotidien de la population. Pour chaque situation ou contexte, ils trouvent une métaphore surprenante, simple, directe, drolatique et théâtralement efficace. C’est souvent digne des grandes troupes de théâtre militant comme le Bread & Puppet ou l’Odin.
L’Albatros, 22h30
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Darina Al Joundi : Ma Marseillaise
Plus rayonnante que jamais, Al Joundi, mise en scène par Alain Timar, tente depuis des années d’obtenir la nationalité française. Ses mésaventures avec l’administration font partie d’un combat qu’elle met en perspective à travers les luttes de féministes historiques du monde arabe ou de femmes musulmanes inconnues dont la vie est un enfer puisqu’elles subissent la violence des lois et des rites des hommes. Son deuxième solo mélange récits autobiographiques, retours sur l’histoire et réflexions révoltées. Moins spectaculaire que le célèbre « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter », il fait verser moins d’adrénaline. Mais il nous rapproche d’autant plus de la personne d’Al Joundi, telle qu’elle se définit aujourd’hui: Une artiste qui a su se réinventer et qui continue son combat, cherchant les chemins qui permettront d’améliorer le statut des femmes musulmanes dans le réel d’aujourd’hui. A la façon d’un Martin Luther King elle lance: « Je rêve qu’un jour, les femmes… » Beyrouth et la vie sous les bombes ne sont plus qu’un lointain souvenir. Et pourtant, le traumatisme persiste, de façon subliminale. Mais désormais, quand Darina se souvient des obus, elle s’en amuse, histoire d’éliminer tout risque que son histoire continue à être abordée comme un fait divers. Elle a tourné la page et « Ma Marseillaise » annonce déjà qu’un éventuel troisième spectacle pourra se construire dans une liberté totale.
Théâtre des Halles, 11h
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Christiane Singer : Derniers fragments d’un long voyage
Un jour son médecin annonça à Christiane Singer qu’elle n’avait plus que quelques mois à vivre. Entre douleurs nocturnes et adieux aux amis, la romancière ne trouva que d’autant plus de lumière et de liberté. Et plus que jamais, Singer écrivit, sublimant l’amour de l’autre et du présent sans mélancolie ni racolage spirituel. Dans son journal intime couvrant les six mois supposés être ses derniers, elle rend hommage à la vie, dans un langage aussi limpide que lucide, avec des mots lumineux qui percent la pénombre.

La voix de la comédienne Jézabel D’Alexis construit une musique hors solfège, libre et délicate, qui prend autant d’importance que le sens des mots. Dans la mise en scène de Céline Marrou, les lumières créées par Pascal Burgat participent d’une réflexion partagée autour de la représentabilité, du retrait et de la disparition. Ce sont les mêmes préoccupations que celles qui guident actuellement Romeo Castellucci dans ses créations pour le festival In (en 2012 « The Four Seasons Restaurant »). Développées sans recherche du spectaculaire et autour d’un cas concret, elles résonnent ici avec d’autant plus d’acuité.
La Petite Caserne, 17h30
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Marion Collé : Blue
Marcher sur un fil est une manière de trouver la liberté à travers la contrainte, la douleur et l’effort. Comme dit Marion Collé : « Je ne sais pas marcher sur les nuages. » Donc elle invite les nuages à se réunir autour de son désir d’équilibre entre le dedans et le dehors, un chemin et son but.

« Blue » réunit marche sur le fil, poésie et arts visuels. Et plus encore. Alexis Auffray a développé un dispositif de captation sonore lié au fil de fer. Chaque frottement du pied de la fil-de-fériste est ainsi amplifié et transformé jusqu’à résonner telle une musique intérieure, captée à l’endroit mystérieux où corps et âme se frottent comme deux plaques tectoniques. Ce voyage sonore répond aux pensées du poète Guillevic qui renverse les perspectives: « Le futur, pour vous, a-t-il un plafond? » Et sur l’écran de fond, c’est l’ombre de Marion Collé qui traverse l’écho visuel de paysages ou de nuages. Ceux-ci peuvent défiler à grande vitesse pendant que la couleur bleu rajoute une immersion chromatique à la plongée dans l’âme, alors que Marion Collé vrille autour du fil ou se frotte à des pierres comme à des falaises symboliques. Fort de sa dimension chorégraphique, « Blue » est le plus petit spectacle total qu’on puisse imaginer, et aussi le plus sensible.
La Caserne des Pompiers, 12h30
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Cie Scalène/Manuel Chabanis: point de vue
L’éviction du paradis est un mythe dont l’occident n’est pas prêt de se débarrasser. La perte de la protection dans le ventre maternel se raconte sans cesse et sous des formes toujours renouvelées. Ici, elle se danse, un I-phone à la main. « point de vue » décrit comment la dépendance médiale détruit le lien avec les autres et avec soi-même. Mais la compagnie de Youtci Erdos et Manuel Chabanis n’a pas pour projet de culpabiliser ou moraliser, ni de verser dans la nostalgie. C’est par un langage chorégraphique dépouillé et contemporain à souhait que les quatre interprètes évoquent un état apaisé, cosy, léger. En un mot: Poétique! C’est zen sans passer par la moindre évocation spirituelle.
Un certain Cherkaoui, qui ne aime à nous racoler avec un bouddhisme dansé au rabais, pourrait y prendre quelques leçons. Dans « point de vue », tout point de vue est multiple. Quatre caméras sont disposées au sol et envoient les images des danseurs sur un écran départagé, histoire de montrer que la vie avec les moyens technologiques actuels ne conduit pas obligatoirement à l’aliénation. Celle-ci ne se produit que quand le smartphone devient un fétiche, quand chacun se filme pour apparaître à l’écran, quand la relation à l’objet remplace le rapport aux autres. La compagnie Scalène a trouvé un langage chorégraphique très à propos qui illustre le glissement d’un lien social véritable à son faux-semblant. Chacun se croit heureux. Et pourtant un unisson comme on le voit au début est désormais impensable. Le fil est rompu, le bonheur d’exister a cédé la place à une agitation qui est une fin en soi. Mais, comme dans chaque création chorégraphique réussie, l’adhésion du spectateur se produit avant tout grâce à la qualité de mouvement et à la pertinence intrinsèque du geste. Le corps, support et surface à la fois, émet un message qui s’adresse, sans hiérarchie aucune, aux deux hémisphères du cerveau.
Théâtre de l’Oulle, 12h30
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Rabah Mehdaoui
Et puis, si vous vous baladez dans la cité des (sous-)Papes, cherchez la compagnie des arbres! Vous pourriez y voir surgir une voix mystérieuse, puissante, vibrante qui semble venir de nulle part. Sans crier gare, elle vous secoue de l’intérieur en récitant Aimé Césaire: « A force de regarder les arbres, je suis devenu un arbre… » Est-ce un humain qui parle ou est-ce l’arbre? Tomber sur Rabah Mehdaoui est une sorte de révélation. C’est rencontrer celui qui, à force de dire de la poésie, est devenu poésie. Et on comprend: C’est en pensant à lui, ou à quelqu’un comme lui, que les poètes ont trouvé leur sève.
De l’arbre, son corps est le tronc, sa voix est le feuillage et sa démarche est la racine. Des poètes, il est la vie, l’avenir, la force et la fragilité. Libre comme le vent, son souffle traverse Avignon. Et le séisme poétique surgit tel un troll du sud, un djinn du nord, un golem de l’ouest. Et heureusement, ce n’est pas fini pour cet été! Du 21 au 25 août, on le verra au Festival d’Aurillac dans « Pleine forêt sensible » de la compagnie Les Souffleurs. Espérons qu’il y trouvera encore l’énergie de faire résonner, comme à Avignon, ses poètes favoris, au gré de ses envies, aux terrasses des cafés.
Thomas Hahn
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Une dernière suggestion : On peut aussi écouter quelques interviews plus exhaustives des artistes du Off présentés ici dans Tempête sur les planches sur Radio Libertaire (émission du 22 juillet 2012) en suivant ce lien:
http://media.radio-libertaire.org/backup/29/dimanche/dimanche_1400/dimanche_1400.mp3
Nicolas Roméas @ 23 juillet 2012
Il n’y a pas qu’Avignon dans la vie! Mais aussi Châlon…
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4 jours ponctués de beaux moments qu’on préfère arrosés au Bourgogne qu’à la pluie…
Le théâtre a SON festival d’Avignon qui masque une forêt de festivals intéressants. Les arts de la rue ont deux temps fort en été: Chalon-sur-Saône et Aurillac. On ne se risquera pas ici à de vaines comparaisons, sinon pour constater, à peine arrivée, que le punk à chien omniprésent à Avignon est une espèce rare à Chalon dans la rue. « On est en Bourgogne ici, madame! »(1)
Plutôt (trop?) bon enfant que frénétique: c’est la première impression qui traverse l’esprit. Non que la ville ne boude son festival, bien au contraire: il essaime partout et le public est là, enthousiaste (trop?) dans une programmation qui – comme cela devrait être la règle– se découvre souvent au hasard des rues, in et off confondus (le programme officiel qu’on croirait parfois sponsorisé par des maisons d’optique invite à musarder plutôt qu’à se tailler un emploi du temps au cordeau). Et ça musarde, ça file de cirque en danse, entre in et off avec une bienveillance agréable, forcément, mais qui peut frôler la complaisance, pire écueil de la rue. (2)
Ce n’est pas le moindre mérite de Chalon que d’avoir brisé la barrière symbolique qui sépare ailleurs l’aristocratie du In de la plèbe du Off. C’est dans le Off qu’on voyait la dernière création de Kumulus, compagnie des plus reconnues à juste titre des arts de la rue! et maints noms du In cette années furent off les années précédentes. Ni la maison du festival, ni les débats n’entretiennent ce clivage artificiel – encore que bien réel pour les conditions d’accueil des compagnies. Bien sûr, les grands noms existent et attirent, de Carabosse à Komplex Kapharnaum ou CIA. Déçoivent, aussi, parfois. Tandis que de quasi inconnus des arts de la rue révèlent de belles surprises. Comme dans tout festival!
Quand le spectaculaire vampirise le propos…

Parlons de Komplex Kapharnaum, justement. Compagnie dont on a aimé plusieurs créations, d’Opéra pagaï à SquarE. Figures libres, la dernière, démarre fort, avec ce qui est leur marque de fabrique: le culot d’aller jouer dans un quartier périphérique, loin du confort du vieux Chalon, la fulgurance du travail plastique : superbes portraits projetés sur les immeubles, fragile voix de femme en fil d’Ariane brouillée par la musique, moment de grâce quand une femme suspendue descend lentement le long d’un immeuble… Déluge d’images et de sons sensibles, que l’on perçoit par fragment: invitation du je à se faire nous, invitation à bouger, invention d’une manif sans objet.
Sans objet, précisément. Et c’est là que tout se gâte. Ce qui a failli devenir explosion dyonisiaque ou cri de colère se transforme e une pseudo manif cucul-la-praline (quelle intérêt de séparer les hommes des femmes sans mot d’ordre autre que les clichés?) Faute de propos et de propositions fortes, toute la force sensorielle se délite vers la vacuité. Cela se voudrait politique, ce n’est que vaguement humanitaire. et surtout la force poétique du départ en prend en coup, jusqu’à s’étirer interminablement au fil d’une trop longue déambulation et d’une texte pénible de banalité. Noyé de technique, le propos devient brouillage, si ce n’est bouillie. Figures libres se rode – le spectacle n’en était qu’à sa quatrième représentation – et évolue. Se débarrassera -t-il de ses scories envahissantes? Et, surtout, peut-il porter un propos? Il est frappant que l’avalanche d’images de mobilisations, magnifique, soient toutes datés, alors que le contemporain est renvoyé à sa solitude et à la vacuité du ‘je’ qui semble empiler les statuts Facebook. Impuissance au collectif contemporain, overdose de technique, n’est-ce pas complaisant envers ce qu’on prétend dénoncer?
Images à découvrir ici (Seuls des professionnels peuvent rendre hommage à la beaué visuelle des projections de nuit)
C’est devenu une constante que de découvrir dans les festivals de rue de petits bijoux… enfermés dans des écrins de quelques mètres carrés. Le Begat Théâtre(3) a marqué les esprits avec ses merveilleuses Demeurées d’après le texte de Jeanne Benameur, vues à Aurillac, Chalon et Villeneuve les Avignon entre autres, en caravane. Là, dans le In , c’est la Khta compagnie qui reprenait « Je suis une personne » vu au Théâtre Monfort, proposition fine et sensible en container. Dans le off, on découvrait La Veillée: une caravane pour huit personne et deux acteurs, qui se transforme en vaisseau fantôme pour évoquer la balade d’un vieux marin… Juste et intéressant.
La ville pour matériau
Une tarte à la crème du théâtre de rue, me direz vous. Ce qui n’empêche pas les trouvailles ingénieuses bien qu’un brin potache. On se régale à voir Thé à la rue vendre Chalon-sur Saône aux enchères, préfigurant l’avenir radieux où l’on en finira avec la gestion obsolète d’édiles élus pour confier sagement la ville à des multinationales gestionnaires. On se prend au jeu de Streetwalker, qui transforme la rue la plus banale en centre d’art contemporain à ciel ouvet, avec un discours qu’Art Press pourrait reprendre pour sien (d’ailleurs, c’est le sien). Dignes héritiers de Filliou et Duchamp, voire des surréalistes belges pour l’humour, les zélateurs de Manzoni et Mondrian du collectif slovène LJUD ont compris que l’art était aujourd’hui dans son autoproclamation. D’autres mettaient des moustaches à la Joconde, eux, banalistes en diable, vous font surgir un Picasso ou un Klee d’une fenêtre poussiéreuse ou d’un mur. Une (vraie) leçon d’art contemporain façon DIY, révélant en chaque spectateur une vocation sinon d’artiste, du moins de critique d’art contemporain.

"À vendre"! Compagnie Thé à la rue
Avec « Les fils de l’homme« , de François Rascalou, on ne rit plus. Mais ce spectacle est LA révélation du festival. François Rascalou danse et conte, conte « sa » guerre d’Algérie de fils d’appelé, et toutes les guerres d’Algérie des fils d’appelés, des fils de pied noir, des fils du FLN, des fils de harki. Les non dits, les colères, les cris tus trop longtemps remontent à la surface. et se font chair. Ce mur du silence, c’est avec son corps qui l’affronte, corps encombré d’un cube rouge pour tout accessoire, boulet autant que boîte à secret. Corps qui se heurte aux encoignures, qui se faufile entre les passants, qui interpelle, qui sans cesse en déséquilibre reprend son appui, qui ose arracher l’espace public à sa routine, à l’entrée des magasins, dans le camion d’un forain. Une voix, un corps, un cube, et la tragédie est là: Rascalou, qui jouait en plein marché, interrompt les flux de marchandises et de passant, les conversations, provoque, interpelle nos propres silences.

François Rascalou, Le fils de l'homme
Et c’est bouleversant. Lors des « heures entre parenthèses » orchestrées par l’ubiquiste Pascal Le Brun Cordier, chaque spectateur y allait de son témoignage: ce vieux marchand algérien qui vient silencieusement serrer la main du danseur à la fin du récit, ce jeune happé à la sortie du supermarché qui ne décolle plus les yeux de la danse. Ce récit de mémoires incarné suspend le temps, défie l’indifférence, arrache la ville et ses habitants à leurs « affaires ». Retenez ce nom et surveillez ses passages dans vos villes!
Le phalanstère s’amuse
Bel hommage à Fourier que celui de la Franc-comtoise de rue. Douze compagnies franc-comptoises – dont l’inévitable patriarche Livchine se sont réunies pour inviter à ce banquet fouriériste, festin de fantaisie qui au delà de la saucisse de morteau donne aussi à penser. Pourquoi cette série d’étapess dinatoires minutieusement chorégraphiées nous fait-elle autant de bien? S’asseoir au tour d’une table et s’ingénier à fabriquer du plaisir et de l’intelligence: pourquoi ne le fait-on pas, si c’est si (apparemment!) facile? Pourquoi est ce que cela nous manque tant? La tarte à la crème du « vivre ensemble » perd toute sa mièvrerie au parfum de la cancoillote et au rythme des rituels? Et s’il fallait nous inventer chaque jour des règles pour vivre cet idéal communiste-libertaire? De bons ingrédients, d’ingénieux alchimistes, l’oubli momentané des accessoires du temps, l’envie de transformer la banalité en danse et la volonté commune et affirmée d’y prendre plaisir: que demander de plus à l’utopie?

Le phalanstère de la Franc comtoise de rue s'amuse
Ce qu’on loupe et qu’on regrette
La pierre de touche d’un festival bien vécu, c’est le sacrifice et la frustration. On regrettera donc de ne pas avoir vu Silence encombrant de Kumulus, Ma mort n’est la faute de personne de Nadège Prugnard interprété par Marie Do Fréval, Abcisse de Jordi Gali parmi tant d’autres dont on disait du bien. De n’avoir qu’entraperçu la danse de rue de Ex Nihilo et d’avoir vu sa visite des surprenantes baraques foraines des Soeurs Langlais, inquiétants cabinets de curiosités, interrompue par une pluie malicieuse. Ça fait partie du jeu. Comme de se demander si certaines installations dans la ville relèvent de la performance ou du réel…

HOmmage (involontaire) de la ville de Chalon à la franc-comtoise de rue?

À la sortie de la gare de Chalon...
1. Et non en Champagne, autre terre d’accueil du théâtre de rue et du cirque, à Châlons (avec le « s » et l’accent). Signalons que je mettais les pieds dans ce festival pour la première fois, en raison de la coïncidence des dates avec l’omnipotent Avignon.
2. L’ami Jacques Livchine vient de pondre un texte à ce sujet.
3. Le Begat est de retour, avec « Histoires croisées », qui sera présenté à Chamarande le 29 juillet.
Valérie de Saint-Do @ 24 juillet 2012
Non,Thomas Hahn ne décroche toujours pas !
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De l’art de l’hommage
L’hommage à Jean Vilar, orchestré le 14 juillet sur le parvis du Palais de Papes par la compagnie KompleXKapharnaüM, a été l’un des points d’orgue du 66e Festival d’Avignon. Mais un hommage peut en cacher un autre.
Par Thomas Hahn
Rendre hommage, voilà qui n’est pas monnaie courante. L’hommage est peut-être la seule chose qu’on rend sans l’avoir reçue. Et ce qu’on a reçu, on ne peut pas le rendre puisque, en règle générale, la personne à laquelle on rend hommage n’est plus. Bien souvent, les hommages publics concernent une personne qu’on admirait et qu’on n’a jamais pu rencontrer. Ou bien elle nous a été arrachée brutalement. L’hommage peut être rendu collectivement ou à titre personnel, mais jamais de façon anonyme. Il n’est jamais innocent. Et comme la personne qui en fait l’objet n’a plus là pour s’en défendre, l’hommage en dit plus long sur son expéditeur que sur le destinataire.
Ceci dit, la chose la plus incongrue semble être de commander un hommage à des artistes qui n’y songeaient même pas. Et pourtant, ça marche! Le 14 juillet, tout juste après 23h, la compagnie KompleXKapharnaüM a enflammé le parvis du Palais des Papes à 360° degrés. Sur commande du festival, Ils sont venus projeter sur les murs concrets ce que les murs symboliques tentent d’enfermer: le théâtre. Affiches, répétitions, interviews, captations et graphismes ont visuellement et acoustiquement incendié la place. Mais ils n’ont pas transformé Vilar en icône. En racontant son histoire, Vilar a été confronté à sa réalité actuelle. Où en est l’art dramatique aujourd’hui, dans son rapport à la population et au monde? « Si l’on ne peut plus imaginer une éducation qui ne soit pas nationale, je ne peux imaginer un théâtre contemporain qui ne soit pas populaire », pouvait-on lire Vilar dans le texte sur l’énorme façade extérieure du Palais de Papes.

La parole a été donnée à Jack Ralite, aux « djeuns » et même au public, en direct: « Trouvez-vous juste de célébrer le centenaire de Vilar un 14 juillet?» Ensuite les murs ont vibré sous les images des répétitions de Béjart ou les voix des acteurs. Confier cet hommage à une troupe qui se déploie exclusivement dans l’espace public a été le garant d’une distance nécessaire, qui évite toute nostalgie. Dès le début, le rapport des générations nées après Vilar a été affiché : « Il était une fois… » Oui, c’est presque un conte de fées. Et le public était libre de saisir les idées, les images ou le simple plaisir de cet assaut visuel et acoustique contre les murailles. Mais « Place Public » (c’est le titre de cette unique représentation donnée) a versé dans le spectaculaire d’une manière tellement décomplexée qu’on ne peut que s’interroger sur les chemins que prendront KompleXKapharnaüM à l’avenir. Ils ont surgi dans le paysage artistique en critiquant les média et en donnant la parole aux citoyens sans voix, en reconstruisant le rapport de l’artiste à la population.
Et aujourd’hui ? Ne sont-ils pas en train de devenir ce que même le Groupe F, pourtant monumental dans ses cérémonies pyrotechniques, n’a jamais approché, à savoir la succession à Philippe Decouflé comme maître des cérémonies officieux de la République? Alors, hommage à Jean Vilar, certes. Mais aussi à une tradition de la Ve République dans le rapport entre le gouvernement et les artistes.
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Hommage à un jeune suicidé (mais a-t-il jamais existé ?)
Cette utilisation des média rapproche « Place Public» d’un autre hommage, pourtant très intimiste, qui concerne un jeune militant laïque, voire anarchiste libanais qui s’est suicidé en 2011. Et pourtant, son nom (Diyaa Yamout) n’est inscrit sur aucun document ni mentionné dans la moindre interview donnée par Linah Saneh ou Rabih Mroué, les deux artistes libanais ayant conçu cette performance dans laquelle on ne voit, une heure durant, pas une seule personne humaine sue le plateau. Le nom de Yamout n’est mentionné qu’en creux, pendant que le public suit les messages sur le répondeur de celui qui a mis fin à ses jours devant une webcam. Ses amis lui envoient aussi des sms, et les « amis » sur Facebook se déchirent autour de sa décision. A-t-on le droit de se suicider? Est-ce un acte de courage ou de fuite? Cet hommage prend donc une distance maximale, et s’adresse probablement à quelqu’un qui n’a jamais existé. Il pourrait s’agir d’une fiction, inspirée d’un militant au parcours similaire, qui s’est effectivement suicidé en 2011. Il s’appelait Nour Merheb. Mais il n’était apparemment pas artiste, comme le personnage absent de « 33 tours et quelques secondes ». Sur ce compte fictif de Facebook, quelqu’un donne à voir un extrait vidéo d’une performance qu’aurait créé Yamout. Aussi, il pourrait s’agir d’un alter ego de Saneh et Mroué. A travers l’évocation du suicide de Diyaa Yamout, ils nous permettent d’entrer dans la complexité de la société libanaise, où les convictions religieuses et politiques, sociales ou morales se nouent librement, d’un individu à l’autre. Aussi, il s’agit avant tout à un hommage à la liberté de pensée et d’expression. L’absence humaine sur le plateau n’est autre que le reflet du vide soudain, laissé par quelqu’un qui se battait pour une société ouverte. Et si cet hommage est à c point réussi, c’est qu’il joue pleinement les tensions entre le vide et le trop-plein, avec le déluge médiatique et le creux ou les fermetures qui se manifestent à travers les débats télévisés consacrés au suicide de Yamout. Jusqu’où va la fiction? Tout sonne si juste qu’il faut du temps pour se dire que ces artistes-là sont trop malins pour se laisse piéger par la lourdeur d’un hommage sans creux ni vide. Pourquoi « 33 tours » ? Ca commence par un 33 tours qui tourne : « A mon dernier repas » de Jacques Brel, formidable bras d’honneur à la société bourgeoise :
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Hommage à Mumia Abu Jamal
Un hommage doit aussi s’inscrire dans l’ici et maintenant, pour échapper au piège de la nostalgie. On a pu voir, dans le Off d’Avignon, le contre-exemple parfait. « La Dernière Scène » d’Alain Foix, mis en scène par l’auteur. Ici, Mumia Abu Jamal, dans le couloir de la mort, discute avec Martin Luther King et son épouse, Coretta Scott King. Ce dialogue imaginaire inclut des textes écrits par King et Abu Jamal. L’incarnation des deux par un acteur ne permet aucune prise de distance. Ils sont érigés en icônes, en statues vivantes et en héros lumineux à la manière d’un hommage officiel dans un pays socialiste aux héros de sa révolution. C’est un tract politique, enveloppé de vieux théâtre qui approuve les codes du temps de Jean Vilar en nous parlant de volonté de libération. Ni l’excellent Assane Timbo ni sa partenaire congéniale à la belle voix soul, Marianne Mathéus ne peuvent alléger cet hommage étouffant qui tente de compenser l’absence des héros vénérés.
Comme le théâtre est un art qui s’accomplit dans la distance, voir dans la distanciation (il n’y a pas plus théâtral que Brecht ou bien le masque). La prosternation n’est pas hommage. Mumia Abu-Jamal sera heureux d’apprendre que cette pièce lui a été consacrée. Mais a-t-on besoin d’une pièce de théâtre pour marteler un message connu de tous ? « La Dernière Scène » montre quel type d’hommage à Vilar nous aurait été servi par les gens de théâtre de bonne foi s’il avait eu lieu de l’autre côté des murs, dans la Cour d’honneur. (Théâtre de l’Albatros, 10h45)
Nicolas Roméas @ 24 juillet 2012
L’humanité, un monstre?
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« Monstre d’humanité » de la Compagnie Numéro 8 arrive à Aurillac. SI leurs gros billets sont des faux, la peinture, elle, est vraie.
Par Thomas Hahn
Les représentants des industries qui règnent sur la planète se réunissent autour de quelques bouteilles de champagne. La finance, l’armement, la chimie, le pétrole… On porte l’uniforme du grand business : costumes gris ou bleutés, dans des tons clairs qui annoncent une ambiance détendue. On rit et on se charme. Une chose pourtant se démarque de la réalité : la presque parité hommes-femmes sur les sept présents. Ce ne sont donc pas de vrais capitaines de l’industrie!
« Monstre d’humanité » au festival Furies à Châlons-en-Champagne. © Thomas Hahn
Quelques friandises en mousse annoncent une régression imminente. Et voilà que les masques tombent. La sauvagerie si savamment dissimulée saute à la figure des uns et des autres sous forme de jets de peinture. Chacun s’éclate en imbibant les costumes, les visages et les cheveux de ses pairs. Mais ils ne sont pas venus pour rigoler. Du jeu enfantin naissent des monstres féroces. Après avoir provoqué un nuage de poussière, là où ils s’étaient réunis pour trinquer à la gloire de leur puissance, tout ce panthéon se rue maintenant sur le public, comme pour déchirer les spectateurs, les uns après les autres.

« Monstre d’humanité » au festival Furies à Châlons-en-Champagne. © Thomas Hahn
Un peu simple, ce scénario? Simpliste, même? Soit. Alors, abordons ce « Monstre d’humanité » d’abord comme une pièce de danse, donnée à même le bitume, se frottant au public et aux pavés avec la même férocité que celle des multinationales quand il s’agit accroître leur shareholder value. Ils sont là, comme s(‘ils avaient échappé à des émeutes, et pourtant ils ne pensent qu’à ça : l’argent! Et quand l’un d’entre eux perd son I-Phone, c’est le drame! Un psychodrame même. Ils courent, ils s’arrêtent, ils se battent. Et finissent ensanglantés, mais trouvent toujours quelque art des billets de 500 € pour s’en mettre plein les poches. Dans la représentation de ce qu’on appelle la part animale dans l’homme, leur engagement est total et impressionne jusqu’au bout. Reste deux questions. Primo, pourquoi ce titre? L’humanité est-elle un monstre, toute l’humanité? Et secundo, avons-nous appris quelque chose? Sur quoi nous a-t-on ouvert les yeux que nous ne savions déjà?
Compagnie Numéro 8, « Monstre d’humanité » : Du 22 au 25 août 2012 au Festival d’Aurillac, les 8 et 9 septembre au festival « Coup de Chauffe » à Cognac.
http://www.compagnienumero8.com
Valérie de Saint-Do @ 21 août 2012
Les jeunes insurgés, le vieux chat* et Rosa
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Armand Gatti vient de présenter sa dernière création, Rosa Collective, avec une de jeunes comédiens inspirés, travail sur la mémoire et l’urgence révolutionnaire, d’une confondante actualité La dernière est ce soir. Foncez-y!
Valérie de Saint-Do
On pense, irrésistiblement, à La Commune de Peter Watkins. Un plateau télé très « cutltureux/socdem » , où certains sont invités, et d’autres s’invitent, pour évoquer la figure de Rosa Luxemburg et de tous les fantômes d’une semaine spartakiste si comparable à la semaine sanglante. Et dans cette convocation autour de la figure d’une grande dame assassinée, n s’engueule sur les cadavres refroidis que l’on tente de ressusciter, on s’écharpe pour les reliques de la « vraie » Révolution…
La flamme, qui la passe et comment la passer? C’est autour de cette question centrale que joutent (littéralement, en figures d’arts martiaux et bâtons à la main) les jeunes gens incarnant qui les spartakistes, qui les étudiants, qui les réactionnaires, qui les indignés frayant leur propre voie vers la transformation. À coup d’hypothèses et de propositions chantées: rien moins que Janis Joplin, Guy Debord, John Lennon (Working Class hero) bien sûr, Dominique Grange , l’Hymne des femmes et la chanson de la Commune, les slogans des Black Panthers et A las barricadas ne sont convoquées. Ah oui, ça branle dans le manche, dans cette quête effrénée de « la permanence du combat des humbles ». Le texte manipule une subtilité infinie de degrés: du danger spectaculaire qui vise toute icône, à celle des anathèmes que se lancent « réalistes » au bord du cynisme et tenants de la pureté, orthodoxe, marxistes et anarchistes, gardiens de la mémoire et explorateurs de leur propre voie…
Ressusciter les morts, transmettre la flamme. C’est au coeur de l’œuvre de Gatti qui n’a au de cesse de convoquer des figures, de Rosa Luxembourg à Angela Davis, en passant par tant d’autres, célèbres ou anonymes. Derrière la figure de Rosa Luxembourg et les porteurs de roses blanches se profile aussi l’ombre de Sophie Scholl… Télescopages de mémoires et de révoltes où l’érudition historique la plus précise croise une vraie fausse ingénuité révolutionnaire aux paroles si actuelles et la critique du spectacle si chère aux années 70 t qu’il est plus que temps de ressusciter. Nous mêmes convoquons, outre le fllm de Watkins, ces images d’insurgés de Tunis, de Wall Street, de la Puerta del Sol ou de la place Tahrir. Il nous a bien eus, le vieux chat**. Car ces textes que l’on croirait nés de l’atelier, issus de la flamboyante énergie des jeunes engagés et enragés de ce spectacle– tous formidables– , datent, pour la plupart, de 1970. Insurrections en échos infinis, miroirs de cette mémoire des humbles toujours recommencée, et toujours, cette invitation à pour suivre le chemin, sans maître ni prophète. Ce n’est qu’un combat, continuons le début!
À la Parole errante,7_9 rue François-Debergue à Montreuil, dernière représentation ce soir, 20h30.
http://armand-gatti.org/index.php?art=568
* Dans un océan de précisions historiques autour de Rosa Luxembourg et des spartakistes, j’ai appris entre autres cette anecdote qui me ravit: Rosa Luxemburg, qui eut à se défendre ardemment contre son propre camp, se voyait reprocher, entre autres, un « attachement excessif pour son chat Mimi » (défaut qui a toute ma sympathie, et je pense, toute celle de Gatti, patronyme oblige)
Valérie de Saint-Do @ 1 septembre 2012
Nous n’avons pas exactement voté pour ça
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Nicolas Roméas @ 7 septembre 2012
Les poètes vivent toujours d’autre chose
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À un responsable de festival qui m’avait gentiment invité, je demandais pourquoi les poètes n’étaient pas payés alors que les musiciens l’étaient.
La gentille personne m’a répondu cet aphorisme terrassant, « Les poètes vivent tous d’autre chose… » et ajoutant l’ignorance crasse à l’inconscience brutale, elle ajoutait : les musiciens, eux, ne peuvent pas vivre d’autre chose, ils doivent travailler leur musique.
Chacun le sait, un poète possède une muse, perchée sur son épaule, qui fait des « gloung gloung… » avec sa lyre et lui dicte ses poèmes.
Pour les responsables de ce festival, il ne saurait être question de travail d’écriture, de temps de recherche, d’élaboration, de travail sur la langue, etc… l’idée qu’un poète puisse souhaiter vivre de son écriture est un fantasme ignorant des réalités économiques.
Je ne cite pas ce festival en particulier, subventionné par un conseil général, un conseil régional, parce qu’au fond, il n’est pas pire que bien des lieux accueillant des poètes. Il est de respectables institutions, des « maisons de la poésie » vivant d’argent public, avec locaux et personnel dûment payés (c’est normal, d’ailleurs), des bibliothèques publiques vivant à 100% d’argent public, qui pratiquent la même exploitation sauvage.
Je pense à cette bibliothécaire du Rhône qui me disait, la bouche en cœur, « vous comprenez, les comédiens qui font des lectures, on les paye, parce que c’est normal, mais les auteurs, on ne les paye pas, parce que ça les aide (sic !). »
Il en est aussi d’autres, de minuscules festivals, de toutes petites associations, très peu ou pas subventionnés, qui payent les poètes au tarif de la charte, en s’excusant de ne pouvoir faire mieux. Comment font-ils ? Par quel miracle arrivent-ils à se dire que, pour défendre la poésie il faut que les poètes en vivent, même partiellement et que le début de toute défense de la poésie passe par là.
Souvent, nous allons lire sans être payés, dans un café, dans un lieu marginal, pour rencontrer des amis de la poésie, pour aider quelqu’un à démarrer une activité poétique, pour le plaisir, mais on choisit, ce sont des lieux pauvres, sans aide publique, et, pour un repas, pour un coup à boire, nous y manifestons la vie de la poésie malgré tout.
Alors cette consternante affirmation, assénée avec un sourire satisfait, aura été la goutte de vinaigre en trop.
Je choisis mon militantisme, je continuerai à aller lire à l’œil chez des amis, chez de jeunes associations, qui lancent des initiatives poétiques, pour le plaisir, pour la vie.
J’ai, durant 25 ans, dirigé des lieux culturels subventionnés et jamais je n’ai invité un artiste sans le payer, ni même « à la recette », conscient du fait que, dans ces lieux, ordinaires, pas de grand lieu, pas de grand théâtre, on arrive à peine à consacrer 20 à 25 % du budget aux rémunérations des artistes, et que c’est déjà, en soi, un scandale .
Encore aujourd’hui, dans la situation actuelle bien connue de la culture, au fond d’une province du sud, notre association au budget qui tient sur un timbre-poste, organise régulièrement des soi-rées où les poètes sont accueillis et payés normalement.
Je n’irai donc plus lire gratuitement dans des lieux, des festivals, des maisons subventionnées, des bibliothèques, vivant d’argent public, employant des personnels, fonctionnaires titulaires, ou en CDI, payés chaque mois pour défendre un art pauvre, précaire, en grande difficulté, ignoré de la presse « littéraire » et qui le font en pressurant de plus pauvres qu’eux.
Et pour un peu, il faudrait qu’on les plaigne !
Ça suffit, ça suffit vraiment, et j’invite mes amis poètes à boycotter ces lieux qui, avec leurs sourires sympathiques, leurs lamentations sur le peu de moyens qu’ils ont, la complicité intéressée qu’ils cherchent à établir avec les poètes, en deviennent de lamentables mouroirs de la poésie.
Michel Thion
M. Thion @ 8 septembre 2012
Éducation populaire, le retour
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Né officiellement en France après la Libération comme l’une des missions importantes de l’État, sous l’impulsion d’une pensée portée par le Conseil National de la Résistance et dont le cheminement remonte au moins à Condorcet, ce grand mouvement continue aujourd’hui à porter l’idéal d’un art et d’une culture pour (et par) tous. Il prend parfois d’autres noms, invente d’autres formes, mais en une période où le néolibéralisme fait rage et répand dans le monde le poison d’une marchandisation universelle, ce qui est en son cœur continue de nous animer comme l’un des plus précieux outils pour réaffirmer la part créative de chaque être et ce que le psychanalyste Roland Gori appelle l’humanité dans l’Homme.
Voici un livre de référence qui retrace, grâce en particulier au précieux travail de Franck Lepage, l’épopée de magnifiques utopistes qui firent entrer leurs rêves dans le réel. Cet ouvrage a d’abord vocation de transmettre une histoire extraordinaire et méconnue, mais il veut aussi donner courage et force à tous ceux qui ne se résignent pas à la réduction des pratiques culturelles et artistiques à la production d’objets marchands ou de signes de distinction pour une élite.
Ceux qui sont conscients du fait que l’art et la culture sont des outils de civilisation aussi essentiels à l’avenir de l’humanité que la préservation de la Terre, savent qu’il nous faut puiser dans ce passé la force d’imaginer et de construire un avenir vraiment humain.
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Nicolas Roméas @ 6 octobre 2012
Lettre ouverte à M. Vincent Peillon
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Lettre ouverte à M. Vincent Peillon
Ministre de l’Éducation Nationale
Monsieur le Ministre,
J’imagine que vous êtes un homme très occupé et que les dernières nouvelles ne vous parviennent qu’à travers le filtre d’une administration et d’un groupe de conseillers pressés, votre « cabinet », obnubilés par un quotidien envahissant et pleins du sentiment qu’ils savent ce qui est vraiment important, et sans doute pénétrés du sentiment de leur propre importance.
J’imagine donc, Monsieur le Ministre, que la nouvelle que je vais vous apprendre, pour surprenante qu’elle soit, n’est pas encore parvenue à vos oreilles. Et le fût-elle, peut-être n’y auriez-vous pas attaché toute l’attention qu’elle mérite.
Voici donc : Il existe des poètes et ils sont vivants.
J’imagine, Monsieur le Ministre que l’existence de la poésie vous est connue. Elle fait même partie, me direz-vous, des programmes officiels du Ministère dont vous avez la charge. On étudie, dans les établissements scolaires quelques poètes. Ils sont bien un peu noyés dans la quantité des auteurs au programme, mais surtout, pour la quasi-totalité des poètes étudiés, ils ont une caractéristique particulière : Ils sont morts !
Or, voici donc, il existe encore des poètes et ils sont vivants !
J’imagine, Monsieur le Ministre, que vous seriez aussi surpris que je le fus, rencontrant des élèves de lycée, étudiants en filière « littéraire » découvrant avec un ahurissement rafraîchissant, qu’on peut écrire de la poésie qui ne soit pas en vers réguliers et dûment rimés. Mais peut-être êtes-vous surpris vous-même par cette découverte ?
C’est que la poésie est un organisme vivant. Elle évolue, se ramifie, cherche sans cesse la lumière au sein de l’obscurité des temps, et à ceux qui voudraient la figer dans une forme ancienne, la mouler sous plastique, elle rit au nez.
Voici donc, Monsieur le Ministre, partout, en tous lieux et en tous temps, les humains ont créé des poèmes, se sont abandonnés à l’émotion poétique. C’est la poésie qui fait vivre la langue, notre langue, toutes nos langues, ces langues dont vous êtes chargé d’assurer l’enseignement à tous.
Ces langues ne sont pas des codes, des modes d’emploi d’un réel asséché par la marchandise, ces langues vivantes qui ne disent pas tout, mais suggèrent tout, qui font appel à la sensibilité autant qu’à l’intelligence, font de nous des humains. La langue est la porte d’entrée dans l’humanité.
C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, la poésie vivante est si importante, c’est pourquoi sa connaissance, sa pratique, son exploration, sont vitales pour les jeunes dans le temps où vous en avez la charge.
Or voici : Il existe des poètes et ils sont vivants.
Je vais vous apprendre une autre nouvelle : il y a des enseignants convaincus de ce que je viens de vous exposer et ils invitent des poètes à rencontrer leurs élèves, ces enfants, ces jeunes, en compagnie d’un poète vivant, lisent, disent, découvrent et écrivent la poésie vivante.
Un petit exemple, au cas où vous douteriez, écrit par un élève de CM2 :
Dans la campagne
C’est l’amour
Qui se bat contre l’orage.
(Akim)
Votre Ministère consacre des sommes à ces actions. Des sommes tellement absurdes qu’on a honte de les mentionner. Un exemple, parmi d’autres : Pour un atelier hebdomadaire par un poète dans un grand lycée, où les élèves rencontrent d’autres poètes, plusieurs poètes, et créent un spectacle poétique en fin d’année durant lequel ils disent leurs textes, les mettent en scène, les mettent en partage, pour cet atelier sur un an donc, pour sa préparation, son suivi, son animation, la création du spectacle, votre Ministère alloue la somme mirifique de 720 €.
C’est trop, Monsieur le Ministre. Les poètes, c’est bien connu, ont tous les vices. Rimbaud nous apprend que « on arrive à l’inconnu par un dérèglement de tous les sens ». Ils vont le boire, ou pire, le fumer, cet argent durement extrait des vos caisses si profondes et obscures et si bien verrouillées.
Mais je plaisante, Monsieur le Ministre. Demandez seulement à Albert Jacquard à quel point les scientifiques les plus pointus ont besoin de poésie pour rêver leurs découvertes avant de les chercher.
Je vous écris cette lettre aujourd’hui, Monsieur le ministre, alors que je la porte en moi depuis bien longtemps. C’est votre récente décision de diviser par deux la subvention du « Printemps des poètes » qui m’a décidé à vous dire : il y a des poètes et ils sont vivants.
Votre décision ne tuera pas la poésie. Je suis désolé de vous le dire mais c’est bien au-delà des capacités d’un Ministre, aussi déterminé soit-il à éradiquer un genre littéraire bien dérangeant. Les poètes continueront d’écrire, de partager leurs travaux avec les autres humains. L’histoire nous l’apprend, la création artistique résiste à tout.
Simplement, quelques centaines de milliers de jeunes et de moins jeunes, auront, pour un instant, plus de difficultés à accéder à cette littérature vitale, à explorer les infinies possibilités de leur langue, de notre langue.
Le budget de la culture, disait le Président de la République lorsqu’il ne l’était pas encore, doit être « sanctuarisé ». Mais le budget de la culture, ce n’est pas seulement celui du Ministère de la culture, qui en guise de sanctuarisation, a vu sa dotation diminuée de 4%. Le budget de la culture c’est aussi les très maigres sommes que votre administration concède aux actions culturelles. C’est aussi la subvention que vous accordiez au « Printemps des poètes ». Peut-on dire que vous la sanctuarisez par deux ? Ce n’est plus un sanctuaire, Monsieur le Ministre, c’est un enterrement de deuxième classe, c’est le corbillard des pauvres que vous offrez aux poètes.
Nous nous en remettrons, Monsieur le Ministre, nous irons dire nos poèmes à la sortie des écoles, sur les places publiques, sans autorisation et sans subventions. Nous continuerons d’écrire et de dire, comme partout, comme toujours, avec ou sans vous.
Victor Hugo disait devant l’Assemblée Nationale le 10 novembre 1848 ceci : « On pourvoit à l’éclairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral et qu’il faut allumer des flambeaux pour les esprits. » C’était pour refuser de voter les diminutions du budget des Arts, des Lettres et des Sciences proposé par un gouverne-ment trop pressé de faire des économies, déjà… Il montrait à quel point une économie ridicule provoquerait un dommage considérable.
Voici donc l’alternative qui s’ouvre devant vous, Monsieur le Ministre : Soit vous faîtes l’effort intellectuel de comprendre l’importance de la poésie aujourd’hui, et vous trouvez les tout petits moyens de l’aider à exister publiquement, soit vous économisez quelques rogatons de chandelles, au prix d’un renoncement qui en dirait long sur une conception brutalement utilitariste, et si je puis me permettre, bien peu subtile, du rôle d’une Éducation Nationale.
Il n’y a pas ici que les poètes et la poésie, il y a les amis de la poésie, de la langue, vivante et bouillonnante.
En serez-vous ?
Dans cet espoir un peu fou, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression.
Michel Thion
Poète à plein temps
M. Thion @ 11 octobre 2012
Démesure et miniature, centre et périphérie
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[ NDLR : Les lecteurs de ce blog ont pu suivre cet été les chroniques à chaud du festival d'Avignon par Thomas Hahn. Notre publication, à l'instar de sa grande sœur, la belle revue Cassandre/Horschamp, qui se définit comme une agora de papier, aime les regards croisés. Myriam Blœdé, aussi présente au festival, a arpenté la Cité des papes, dont elle nous livre ici quelques impressions a posteriori. ]
De quelques choses vues au festival d’Avignon… et des réflexions (décousues) qu’elles suscitent.

Par exemple, dans la cartographie d’un festival, faut-il considérer la distance par rapport au centre comme un critère d’évaluation des artistes et des œuvres, et réciproquement ? Doit-on considérer le format, la durée, l’étendue de la scène comme un gage de qualité ? Et peut-on voir dans l’usage actuel de la vidéo comme élément de composition le symptôme d’une (nouvelle ?) forme d’art « documentaire » ?
La périphérie n’est pas seulement une donnée spatiale et elle n’a pas toujours la même valeur. Ainsi, malgré sa distance par rapport à Avignon intra-muros, la carrière Boulbon reste un lieu central pour le festival, à la fois parce qu’il s’agit d’un site préservé, protégé, qui bénéficie déjà d’une histoire, presqu’une tradition théâtrale, et parce qu’elle s’offre comme un extraordinaire décor naturel. Le long voyage pour y parvenir à la nuit tombante devient préparation au cérémonial spectaculaire qui va suivre, lequel bénéficie a priori de l’espace imposant qui l’accueille, mais doit soutenir la comparaison. Pari tenu pour Camille qui y a fait étape le 15 juillet, au cours d’une longue tournée entreprise en septembre 2011, à l’occasion de la parution de Ilo Veyou, son dernier album. Accompagnée par Martin Gamet à la contrebasse, Christelle Lassort au violon et Clément Ducol à la guitare et au piano – trois musiciens aussi virtuoses et touche-à-tout qu’elle l’est elle-même – et dans une mise en espace de Robyn Orlin, la chanteuse a réussi à intégrer tous les aléas du plein air, en l’occurrence du plein vent, panne d’électricité comprise, dans un concert d’une heure et demi d’une poésie et d’une générosité totales.
Versatilité des images
Moins excentré et pourtant beaucoup moins central, l’Auditorium du Grand Avignon-Le Pontet (un ancien quartier péri-urbain qui a pris son autonomie il y a un peu moins d’un siècle) accueillait du 11 au 18 juillet le Mapa Teatro de Bogotá, de Heidi et Rolf Abderhalden. C’est à la marge donc (selon une logique peut-être vaguement ethnocentriste…) qu’on a pu découvrir Los Santos Innocentes (Les Saints Innocents), premier volet d’un triptyque intitulé Anatomie de la violence en Colombie où, dans l’ombre tutélaire d’Heiner Müller, l’histoire contemporaine et l’expérience individuelle du même coup sont données à voir et à comprendre dans leur articulation au mythe. En l’occurrence, le mythe se focalise à Guapi – une petite ville d’un accès difficile au sud-ouest du pays, perdue dans la forêt entre la cordillière des Andes et la côte Pacifique. Autour de cette bourgade dont la population est en majorité noire, convergent et rayonnent trois temporalités, trois récits, trois « matériaux » distincts. Chaque année, le 28 décembre, Guapi célèbre sur un mode syncrétique le Jour des Innocents : à la lointaine évocation de l’épisode du massacre des Innocents par Hérode se mêle une coutume selon laquelle, ce jour-là, les esclaves sont autorisés à revêtir les vêtements et l’autorité de leurs maîtres. Concrètement, des hommes se travestissent en femmes et fouettent tous ceux qui passent à leur portée, précisément « parce qu’ils sont innocents ». Or, comme elle le raconte en ouverture de la pièce, Heidi Abderhalden est née un 28 décembre. Et, en 2009, elle a décidé d’aller fêter son anniversaire à Guapi, en compagnie d’un ami comédien, pour y découvrir et y filmer cette pratique carnavalesque qui fonctionne aussi comme un rituel d’exorcisme. Il se trouve, par ailleurs, que quelques mois auparavant, en mars 2009, un certain Herbert Veloza, dit HH ou El Diablo, avait été extradé vers les États-Unis. Chef paramilitaire et narcotrafiquant, cet homme qui sévissait dans la région de Guapi au cours des années 1990 et s’y était rendu coupable du meurtre de plus de 3 000 personnes soupçonnées de sympathie pour la gauche, avait en 2008 reconnu fort cyniquement ses exactions lors d’une émission télévisée : « Il y a eu plus d’innocents que de coupables tués, déclarait-il, mais c’est la guerre qui veut ça. »
Une fête d’anniversaire, la tradition de los Santos Innocentes à Guapi et les crimes commis par Veloza – ces trois situations, ces trois événements sont actualisés sur scène par le jeu, la narration et la présence du comédien qui participa au voyage à Guapi fin 2009 et de Genaro Torres, un musicien local. Ils sont aussi attestés, « documentés », par la projection sur différents supports des images filmées sur place par Heidi Abderhalden et d’extraits du témoignage télévisé de Veloza, et ils se nouent, s’entrechoquent, dans un spectacle foisonnant, mais dont le propos souffre symétriquement d’un certain défaut de lisibilité.
Si, dans Los Santos Innocentes, la réalité des faits relatés est « avérée » par l’insert de projections, ce procédé apporte, paradoxalement, un surcroît de doute et d’irréalité à l’exposition présentée par Sophie Calle dans l’église des Célestins. Dans un espace (pour le moins central !) « resacralisé » par son sujet même, Rachel, Monique – prénoms de la mère de l’artiste – a pour argument l’agonie et la mort de celle-ci, ce qu’elle a laissé en héritage et allusivement sa vie. Entre stèles gravées, marbre, porcelaine, plomb et cheveux, variations sur les mots « souci » – qui serait l’ultime parole de la défunte – et « mother », entre sanctification de la mère morte par sa représentation en gisante miniature et colorée, et girafe empaillée en guise de substitut maternel trivial ou drôlatique (1), entre photographies, reliques et fragments de récits, le film est à la fois le cœur et le point d’origine de l’exposition : comme l’explique Sophie Calle, « j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence, alors que je voulais être là ». Accompagnées d’un panneau qui prie le spectateur de ne pas filmer ni photographier, et projetées en boucle dans une chapelle isolée par une sorte de voile nuptial ou marial en dentelle, ces images muettes d’une « mother » inerte, qui semble déjà morte, achèvent, par leur sujet, leur contenu, leur inclusion au sein d’un enchaînement d’indices et de preuves, et leur titre, Pas pu saisir la mort (qui est aussi celui de la gisante en porcelaine), de faire basculer l’ensemble de l’exposition dans le trouble et l’incertitude, ce que Jacques Scherer appelait une « dramaturgie du vrai-faux ». On se souvient alors que, dans l’un des textes qui composent ses Explorateurs de l’abîme, Enrique Vila-Matas se présentant lui-même comme vrai faux témoin involontaire, mais tenu à distance, de cette agonie maternelle, écrivait que « Sophie Calle était dans le royaume de l’imagination verbale et l’une des meilleures romancières du moment (2) ».
Mais, évidemment, comme Vila-Matas dans la nouvelle qu’il lui consacre, c’est Sophie Calle elle-même qui s’expose dans cet hommage filial. Et elle le fait d’autant mieux, à Avignon, que pour la circonstance elle a décidé de lire en public et « pour la première fois » les journaux intimes que sa mère lui avait transmis peu avant sa mort. Jour après jour, elle s’est donc assise (et sanctifiée) dans une sorte de niche, avec pour attributs, outre les carnets maternels, du vin, des soucis et des roses…
Retour à la périphérie, un gymnase situé dans un triste faubourg de la ville – et seul un mauvais esprit attribuerait cette relégation au moindre degré de notoriété de l’artiste ou d’intérêt accordé au sujet qu’elle traite… Avec Soyez les bienvenus, Fanny Bouyagui emprunte une démarche parallèle à celle de Rolf et Heidi Abderhalden, elle se situe également dans une perspective documentaire et recourt à la vidéo, mais, tout en se fondant sur son histoire personnelle, elle procède à l’inverse de Sophie Calle puisqu’il s’agit d’abord pour elle de donner la parole à ceux « que l’on n’écoute jamais ». Ainsi, les conditions d’arrivée en France, en 1957, de son père, Baré Bouyagui, originaire du Sénégal, puis son intégration réussie constituent le prologue de l’exposition : « Mon père, lui, était le bienvenu, accueilli à bras ouverts. Il a très vite trouvé du travail, s’est marié à une Française. Les choses sont bien différentes aujourd’hui… », explique-t-elle. Cependant, à cette expérience que le passage du temps et le roman familial ont sans doute en partie idéalisée, Fanny Bouyagui oppose la situation actuelle des candidats africains à l’immigration., en se penchant sur leurs motivations, leurs efforts, les obstacles qu’ils rencontrent, les impasses dans lesquelles ils se trouvent. Elle s’est d’abord rendue à Agadez au Niger, « point de départ de toutes les migrations africaines », où elle a rencontré des hommes et des femmes provenant du Ghana, du Togo, du Nigéria, du Burkina Faso ou du Sénégal. Elle les a photographiés, a filmé leurs témoignages et recueilli toute sorte d’objets et documents liés à leur périple – tickets de cars ou réservoirs d’eau… Un an plus tard, partie à la recherche de certains d’entre eux, elle arrive dans cette zone de non-droit qu’est Castel Volturno, au Sud de l’Italie, l’une des étapes, ultime parfois, dans le parcours des migrants. Et, là encore, elle photographie, filme, collecte toute une documentation sur le sort de ces sans-papiers échoués au seuil de l’Europe, sans espoir de retour ni d’avancée. Déployé dans un espace labyrinthique où sont disséminés les visages et les paroles de ceux qu’elle a rencontrés, un espace qui, dans son versant italien, devient monumental et écrasant – murailles de papier compressé, entassement de sacs poubelles –, Soyez les bienvenus entraîne le visiteur à la suite de Fanny Bouyagui et de ceux qu’elle a rencontrés dans leur itinéraire d’Agadez à Castel Volturno, en un parcours qui non seulement rend sensible le déracinement et la misère, le regret, l’ironie, la honte parfois, mais pointe aussi toute l’économie maffieuse qui s’est élaborée sur le dos de ces personnes déplacées.
Vacillement vs effondrement
Plus distant que Le Pontet en kilomètres, mais plus rapidement accessible, Saze compense son éloignement d’Avignon par son charme de petit village cerné par les vignes et écrasé par le soleil. La première série de représentations d’Atem (le souffle), la création de Josef Nadj, avait lieu dans la salle des fêtes locale et, là encore, le chemin à faire pour y parvenir pouvait être perçu comme une préparation, le passage nécessaire vers un lieu aux repères bouleversés, mais saturé de signes. Véritable théâtre dans le théâtre, le dispositif imaginé par Nadj conjoint scène et salle dans un espace dont l’exiguïté est le premier enjeu, la première donnée dramaturgique. La jauge restreinte à une soixantaine de spectateurs et le plateau réduit de 4 x 4 mètres d’ouverture par 3 de profondeur instaurent d’emblée une double relation d’intimité – entre les deux interprètes, Anne-Sophie Lancelin et Josef Nadj, et entre ceux-ci et le public. La tension et l’intensité créées par l’espace sont renforcées par la qualité de l’architecture sonore – une composition d’Alain Mahé en collaboration avec Pascal Seixas, interprétée en direct, où le son de la mer et du vent, du feu, du métal, de la cire se heurtent et se fondent aux notes sombres d’une unique contrebasse. De plus, l’ensemble du dispositif est plongé dans une obscurité presque totale – décor noir, rideau de velours noir, costumes sombres pour l’essentiel –, des bougies constituant la seule source d’éclairage de la scène. Cette lumière, sa qualité, sa couleur, son vacillement, ainsi que l’exposition des corps, la succession des images scéniques, la lenteur qui domine le mouvement (gestuel et musical), la charge de signification accordée à chaque détail contribuent à souligner le caractère pictural d’une pièce dont l’une des sources principales est, avec la poésie de Paul Celan, une gravure de Dürer, Melencolia I (1514), que Nadj a découverte lorsqu’il avait 14 ans. Cette gravure, qui elle-même fourmille de détails, représente une femme et un enfant ou « un petit homme » ailés, assis devant une maison, un chien couché à leurs pieds, et cernés par toute sorte d’éléments, une échelle, des outils, un polyèdre et une sphère, des chiffres, une balance, une cloche et un sablier, un arc-en-ciel au lointain et les rayons d’un soleil (couchant). Source de multiples interprétations, cette gravure qui, avec un saint Jérôme dans sa cellule (1513) et Le Chevalier, la mort et le diable (1514) – dont certains éléments, le lion de saint Jérôme, le heaume du Chevalier, apparaissent aussi dans Atem –, constitue un triptyque, dégage un profond sentiment d’attente, de suspens. De fait, au-delà de la figure du couple ou du double que Nadj a abordée de manière très diverse dans ses créations antérieures, la question du temps, elle aussi récurrente dans son œuvre – un temps ici étiré voire gelé, diffracté, paradoxal et sans repère –, s’impose comme le sujet principal de la pièce.

Nouage et concurrence des temps encore, autre tentative de relier l’histoire au mythe en plein cœur d’Avignon, c’est-à-dire dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, le lieu originel et emblématique de la manifestation qui, cette année, célébrait en Jean Vilar son fondateur. Là, jusqu’à la mi-temps du festival, le metteur en scène britannique Simon Mc Burney, « artiste associé » de cette édition 2012, portait à la scène Le Maître et Marguerite, l’œuvre testamentaire de Mikhaïl Boulgakov. Lointaine variation sur le Faust de Gœthe, ce roman extraordinaire, politique et métaphysique, fantastique et tragi-comique, fut pour son auteur, qui lui consacra plus de dix ans de sa vie, un acte de résistance artistique et politique : comment, sous la terreur, survivre par et dans l’écriture ? Car « le Maître » du titre, qui sombre dans la folie à cause de l’incompréhension et du rejet que suscitent ses écrits dans le milieu médiocre de la littérature d’État, semble une sorte de double de l’auteur. Rappelons que, malgré ses premiers succès, Boulgakov eut très tôt affaire à la censure et à la « critique prolétarienne » – il ne fut, par conséquent, que fort peu publié de son vivant (3). La médiocrité en général, celle qui caractérise les tenants du pouvoir et les coteries culturelles, est donc l’un des axes de ce roman dans lequel le Moscou de Staline se laisse infiltrer par la Jérusalem de Ponce Pilate – où, soit dit en passant, un autre « maître », Yeshoua ha-Nazri, doit lui aussi faire face à l’incompréhension.
À ces deux temporalités, Mc Burney combine notre « bel aujourd’hui », l’ici et maintenant de la représentation, redoublé par des images des acteurs et du public, filmées en temps réel et projetées en fond de scène, mais aussi l’époque contemporaine relayée par certains choix musicaux, ainsi que des images de la guerre en Irak. Moyen de diffraction et d’amplification de l’espace et du temps, le recours aux technologies de l’image favorise également ici la restitution de l’atmosphère chaotique du roman, sa profusion, sa vivacité, son mouvement incessant. Elle est aussi, pour le metteur en scène qui peut ainsi investir la Cour d’honneur dans sa totalité, une manière remarquablement efficace de répondre au défi que représente pour les artistes qui s’y confrontent cet espace physiquement et symboliquement écrasant. Elle est enfin et surtout une manière de fendre et renvoyer dos à dos le réel, c’est-à-dire de supposées preuves du réel, et l’illusion.

Selon Simon Mc Burney, le théâtre « crée des réalités » et cependant il « n’existe que dans l’imagination du spectateur ». Mais s’il est « l’endroit où l’on voit, on comprend, on débat », s’il est « une façon d’exprimer le monde », quelle prise effective donne-t-il sur le monde ? Ajout au roman de Boulgakov, l’impressionnante séquence finale de ce Maître et Marguerite montre et donne à entendre l’effondrement de la muraille du Palais des Papes, qui constitue le fond de la scène, « décor » réel / virtuel et écran de projection, sur lequel s’appuie la mise en scène. Comme si, profitant de la première occasion qui lui était donnée de se trouver au point le plus central d’Avignon et de rendre, du même coup, hommage à Jean Vilar, se situant, autrement dit, à l’intérieur même du « Théâtre », Mc Burney torpillait le théâtre pour le rouvrir sur le monde.
Myriam Blœdé
Photos : Christophe Raynaud de Lage
www.festival-avignon.com
1. Substitut maternel ou objet transactionnel, cette girafe pourrait aussi bien faire référence à Sophie la girafe, ce sympathique jouet en « plastique 100% naturel » qui vit le jour en 1961. En effet : « Lors des premières poussées dentaires, bébé ne pleure plus grâce à Sophie la girafe ! »
2. Enrique Vila-Matas, « Parce qu’elle ne me l’a pas demandé », in Explorateurs de l’abîme, Paris, Bourgois, 2008, p. 241.
3. La version intégrale du Maître et Marguerite n’a été publiée en URSS qu’en 1973, plus de 30 ans après la mort de son auteur.
Samuel Wahl @ 5 octobre 2012
« Hommes Racines » : Les peuples dits autochtones aujourd’hui
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Livre/exposition
Par Thomas Hahn
Ces images en noir et blanc nous parviennent comme depuis un autre monde. Photographe militant, grand reporteur et infatigable voyageur, Pierre de Vallombreuse est un défenseur des peuples, connus ou inconnus, nomades ou sédentaires, qui vivent selon les traditions ancestrales, en fusion avec sols, eaux et animaux. Du plus chaud au plus froid, des Maori aux Inuits, des Hadzabe en Tanzanie aux Gwitchin du Canada avec leurs Caribous. Chasseurs et pourchassés par l’urbanisation, ils nous rappellent nos origines culturelles, notre condition humaine fondamentale dont on nie aujourd’hui la raison d’exister. Terres pillées et populations empoisonnées, discriminées ou obligées à devenir des clowns pour touristes occidentaux. Mais dans l’âpreté de ce quotidien, une part de grâce résiste. Dans « Hommes Racines », les images ne sont ni « belles » ni voyeuristes ou catastrophistes. Elles sont justes.
Voilà donc dix cultures autochtones sous le regard d’un même photographe. Celui-ci ne se définit pas comme ethnologue ou anthropologue, mais comme un passionné. C’est pourquoi, justement, il nous livre un aperçu de la réalité, au-delà des rites. Ni fausse innocence, ni folklore. Juste des humains. Ce qui nous lie à eux est plus important que ce qui nous sépare. Il ne s’agit pas de nous dire que les Aymara en Bolivie ou les Rabari du Rajastan vivent plus heureux que les citadins. L’urbanisation ne menace pas un musée, mais une réalité aussi sèche que la nôtre. Et si elle est oubliée et irremplaçable, ce n’est pas de Vallombreuse qui demande aux derniers autochtones de nous confier les clés d’un paradis présumé. Pas de romantisme donc, ni de vampirisme pseudo-spirituel, mais une conscience en diapason avec le chef peau-rouge Seattle, cité par Pierre Rhabi dans sa préface : « La terre ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons. » Citation visionnaire s’il en est, datant de 1854, tout de même.
Au fil des 220 pages au poids considérable, l’immensité des paysages est souvent rendue avec un grain qui leur confère un mystère presque surréel, comme s’ils étaient en train se de consumer sous nos yeux. Le réel de la vie au quotidien, dans le combat pour la survie qui constitue la culture même des peuples. Mais aussi la réalité sociétale, expliquée par des légendes concises et précises, expliquant non seulement l’image mais son contexte. Fils de résistants, de Vallombreuse est un maquisard de l’objectif. Et chaque voyage photographique est éclairé par la plume d’un(e) spécialiste.
Edition de la Martinière
224 pages, 160 photographies, 45 €
www .editionsdelamartiniere.fr
En même temps, une exposition à la Galerie ORENDA, jusqu’au 10 novembre
Harmonies en noir et blanc :
Pierre de Vallombreuse – photographies : « Des âmes libres »
Maria Papa – sculptures
54, rue de Verneuil, Paris 7e
www.orenda-art.com
Thomas Hahn @ 3 novembre 2012
Éducation populaire, une utopie d’avenir
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Nicolas Roméas @ 26 novembre 2012
La caricature, c’est la liberté !
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A la Maison des Métallos, « Cartooning for Peace » fédère les caricaturistes de toutes les rives de la Méditerranée.
Par Thomas Hahn
Le « Printemps arabe » est loin d’avoir créé des paradis sur terre. Mais il a ouvert les portes à quelques nouveautés dans les pays arabes. Une d’entre elles est la caricature politique libre. Son émergence réverbère sur l’ensemble du Maghreb. L’exposition « Cartooning for Peace » sous l’égide de Plantu témoigne de la vivacité et de l’esprit partagé entre les caricaturistes tout autour du bassin méditerranéen. « Nous formons une communauté. Chaque fois que l’un d’entre nous est agressé, les confrères de tous les pays se solidarisent avec lui en publiant des dessins en son honneur, » dit Plantu. « Quand Ali Ferzat, le Syrien qui d’abord dessinait en faveur de Bacher Al Assad, puisque aucune autre presse n’existait, s’est solidarisé avec la rébellion et a commencé à dessiner contre Assad, des hommes cagoulés et armés lui ont fracassé les deux mains. Il vit aujourd’hui à l’étranger. Mais il a recommencé à dessiner. La caricature se passe d’abord dans la tête, » souligne-t-il.

Venus pour l’ouverture de leur exposition commune à la Maison des Métallos, Dilem (Algérie), Nadia Khiari (la créatrice de Willis from Tunis), Elchicotriste (Espagne), Kichka (Israël) et Plantu ont débattu de leur métier et de ce qui les meut.
Bien sûr, les révoltes dans le monde arabe sont au cœur des dessins exposés par « Cartooning for Peace » qui témoigne des bouleversements survenus et de la confrontation des activistes laïques avec les « barbus ». Prenez ce salafiste, une batte de baseball à la main, qui s’apprête à quitter la maison et dit à sa femme: « Je vais voir une expo! » (dessin de René Pétillon). S’il est vrai que la liberté d’expression des artistes tunisiens est dans le collimateur des intégristes, le conflit a désormais le mérite d’être visible, comme le souligne Khiari: « Sous Ben Ali le dessin politique n’existait pas. Point. » Aussi, le rôle de la caricature dans la presse arabe est doublement important. D’abord comme symbole de liberté, ensuite parce que les journaux publient en arabe classique et leur lecture est donc réservée à une minorité.

Willis from Tunis, ce chat au regard malin car prétendument naïf, va plus loin encore. L’alter ego de Nadia Khiari, professeure de beaux-arts, explore le quotidien de sa ville. Ses commentaires dessinés apparaissent sur Facebook et souvent il s’exprime directement dans la rue, sur murs et palissades, sans passer par les pages d’un journal. En Israël et en Espagne, le pouvoir politico-religieux dans les sociétés arabes est tout autant épinglé, vu qu’il remet en cause la liberté d’expression à l’échelle mondiale.

Aussi, il n’y a pas d’affrontements entre dessinateurs Israéliens et Maghrébins autour de la religion. Pas question de heurter les sensibilités. La caricature, au sens noble, est faite pour éclairer et détendre, pas pour chauffer les esprits. C’est une question d’indépendance. Le dessin de propagande est un dessin instrumentalisé, alors que le vrai caricaturiste est un franc-tireur qui se bat en premier lieu pour la liberté de circulation des idées. Quand il s’attaque au pouvoir, il le déstabilise en rendant évident des contextes politiques complexes. La classe dirigeante est démasquée, à un endroit où elle ne s’y attendait pas. Chez le lecteur cette révélation déclenche un rire libérateur qui donne à David l’énergie et le courage de poursuivre sa lutte contre Goliath. L’ennemi ne paraît plus invulnérable. Ce processus peut se passer d’insultes.

Les caricaturistes sont avant tout de fins analystes de la situation politique et des rapports de pouvoir, l’esprit vif et tranchant, toujours à l’affût. Les idées fusent de façon instantanée. « Nous travaillons dans un esprit de synthèse, et il y a une grande part d’inconscient, » confirment-ils. Mais le lien direct entre le dessin et l’actualité veut que la caricature soit un art plutôt éphémère. Dessiner pour un site internet ou dans la rue ne fait que renforcer cette qualité. Quand un jour (inch’allah!) les attaques intégristes contre les œuvres d’artistes à Tunis ou ailleurs ne seront plus qu’un lointain souvenir, (comment) pourra-t-on alors comprendre la batte de baseball dans la main du salafiste? Est-ce vraiment pertinent de faire tourner une exposition de caricatures politiques? Oui, ça l’est, puisque malgré le rapport organique à l’actualité, les caricaturistes s’attaquent aussi à des questions de fond et produisent parfois des chefs-d’œuvre intemporels.
« Des dessins pour la paix », voilà tout de même un drôle d’intitulé, vu qu’on ne dessine ni pour ni contre la guerre ou la paix, mais pour libérer les esprits. Contre la guerre, on manifeste. Pour la paix, le citoyen prie, chante ou écrit des poèmes, c’est selon. Parfois il est même obligé de se battre. De fait, le titre de l’exposition renvoie à l’année 2006 quand Plantu et Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations (si mal) unies ont lancé une initiative pour fédérer les caricaturistes du monde entier et créer un symbole d’unité planétaire. Pas mal vu, vu que l’ONU a tendance à s’autocaricaturer sans contribuer à la paix. Ca vaut bien un déluge de dessins, et même une expo.
Cartooning for Peace
jusqu’au 16 décembre
Maison des Métallos. 94, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
www.maisondesmetallos.fr
Thomas Hahn @ 3 décembre 2012
Magistral Mon Général
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L'affiche qui a déplu...
C’est un superbe texte de Marcel Zang que met en scène Kazem Shahryari en ce moment à l’Art Studio théâtre. Superbe à bien des égards, parce qu’outre la vivacité de l’interprétation, la qualité de la mise en scène, il y a le texte de Marcel Zang, passionnant voire dérangeant.
Mon général, c’est l’histoire, dans les années 70, d’un vieil Africain de Paris, Augustin dit Gus, amoureux, littéralement, de l’icône de Gaulle, et de ses relations complexes, conflictuelles, avec un entourage à la fois complice – Saïd, le Maghrébin, compagnon des travaux pénibles que réserve la France aux ressortissants de ses anciennes colonies, parfois un peu voyou et exploiteur – Dillinger et Suzy, la prostituée – mais demandeur d’échanges – parfois financiers – et de beuveries…
Qu’est ce qui provoque cette idolâtrie de Gus pour la figure du Général? Pourquoi est-il devenu l’exutoire d’une solitude et d’une forme invisibilité à laquelle sont condamnés ces Africains de Paris? Délicatement, Marcel Zang explore les failles qui séparent l’Histoire des histoires, le politique de l’intime. Pour Saïd, la France gaulliste est la puissance colonisatrice et oppressante. pour Gus, avec tous ses paradoxes, elle fut libératrice… L’objet de l’idolâtrie de GUS reste en tout cas intouchable: la mairie de Paris a refusé l’affiche…
Mais au delà de cette figure centrale, il y a ces échanges vivaces, ces existence d’invisibles, raccrochés qui à ses combines, qui à l’alcool, qui à ses rêves- figure tutélaire du général ou silhouette fugace de Marlène Dietrich qui traverse la pièce. Ce texte qui respire la vie, à l’émotion à fleur de peau, l’humour affleurant superbement incarné. Quoi, il existait à Paris tout un vivier de formidables comédiens africains, qu’on voit trop rarement sur scène? Tous méritent d’être cités: Alain Dzuam, Lélé Matelo, Basile Siékoua, Paul Soka, Tadie Tuene, auxquels il faut ajouter l’excellente Odile Roig.
Jusqu’au 21 décembre 2012. Art Studio Théâtre, 120 bis, rue Haxo 75019 PARIS (M° Télégraphe) loc. 01 42 45 73 25
Valérie de Saint-Do @ 5 décembre 2012
Le souffle d’Anna
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Invitée pour la première fois à Paris en 2004 (à l’âge de 84 ans), célébrée depuis, notamment par plusieurs films et une exposition rétrospective au Musée d’art contemporain de Lyon1, l’infatigable Anna Halprin reste pourtant largement méconnue de ce côté-ci de l’Atlantique.
Le film de Ruedi Gerber, Anna Halprin, le souffle de la danse, qui sort dans les salles françaises ce mercredi 12 décembre, contribuera sans doute à porter au grand jour la personnalité attachante et l’humanité de cette dame de 92 ans, et à donner la mesure des innovations qu’elle a introduite dans cet art « vital » qu’est selon elle la danse.
« Breath made visible », « le souffle rendu visible », voilà ce qu’est la danse pour Anna Halprin, non pas seulement un art, mais une expression « valable » pour tous les âges et qui peut s’étendre à presque tous les domaines de la vie « puisque lorsqu’on arrête de respirer, il n’y a plus de mouvement ». Breath made visible, c’est le titre originel d’Anna Halprin, le souffle de la danse2, le long métrage que Ruedi Gerber consacre à celle qu’il désigne comme une « légende vivante ». Merce Cunningham y fait une très brève apparition pour témoigner du rôle joué sur la côte Ouest des États-Unis par cette danseuse, chorégraphe et pédagogue américaine (née en 1920) qui, comme lui et à la même époque, mais en suivant une voie totalement différente, va très tôt se dégager de l’influence de la modern dance à laquelle elle a été formée, pour rechercher de nouveaux modes d’appréhension du mouvement.
Installée en Californie à la fin des années 1940 – un éloignement physique du « foyer » de la création chorégraphique et, plus largement, artistique d’alors, qui, d’une certaine manière, favorisa sa prise de distance intellectuelle et esthétique –, elle y fonde la Dance Cooperative qui prendra, en 1955, le nom de San Francisco Dancers’Workshop (SFDW). Sa « base », son espace de travail, est la plateau de danse à ciel ouvert que son mari Lawrence Halprin, architecte paysagiste, a construit pour elle au milieu des arbres, à côté de leur maison. Dans ce laboratoire d’expérimentation pluridisciplinaire qui accueille des plasticiens (Bob Morris), des musiciens (La Monte Young, Terry Riley, Morton Subotnik, Meredith Monk) et, bien sûr, de nombreux danseurs parmi lesquels le butoka Tanaka Min, Eiko et Koma, mais aussi Trisha Brown, Simone Forti ou Yvonne Rainer qui allaient devenir des figures majeures de la postmodern dance3, Anna Halprin commence à travailler à partir d’improvisations, élabore le concept de « tâche » (task) qui consiste à réinvestir des actions simples de la vie quotidienne (marcher, se vêtir, porter des objets) et rompt avec nombre de conventions : ainsi, elle refuse tout mimétisme (entre les danseurs et le chorégraphe, les élèves et le maître), opte pour des lieux alternatifs, l’utilisation de vêtements de tous les jours… et elle sera l’une des premières à introduire la nudité en danse – ce qui, on s’en doute, dans l’Amérique puritaine des années 1960, lui vaudra quelques démêlés avec la censure.
Par ailleurs chez Halprin, l’engagement social et politique n’est jamais dissocié de la recherche artistique. Ainsi, au lendemain des émeutes du ghetto de Watts à Los Angeles, en 1965, elle met en place un travail de recherche avec des habitants noirs de ce quartier et un groupe de blancs de San Francisco, qu’elle réunira pour la création de Ceremony of Us – Right on ! À la suite de cette expérience, elle crée la première compagnie de danse multiraciale aux États-Unis. Et, pendant la guerre au Viêt-nam, elle intervient dans l’espace public avec des « actions de protestation théâtrales ».
Au milieu des années 1970, sa guérison d’un cancer l’amène à travailler avec des personnes atteintes du cancer et du sida : « On ne peut pas empêcher les événements d’arriver, aussi désagréables ou menaçants soient-ils. Mais chacun peut utiliser l’art comme une aide pour supporter ces événements. » « Avant mon cancer, dit-elle encore, je vivais pour mon art, après l’ art est devenu pour moi un moyen de vivre. » Elle s’éloigne un peu plus encore des lieux de spectacle traditionnels, commence à envisager la dimension rituelle de la danse et, en 1978, avec sa fille Daria Halprin, elle crée le Tamalpa Institute, institution pionnière en matière d’art-thérapie. « Je ne suis pas une thérapeute, insiste-t-elle. Ce que je cherche, c’est à saisir les relations entre la vie et l’art. »
Ruedi Gerber, dans son film, s’est davantage attaché à transmettre cet aspect du parcours d’Anna Halprin, c’est-à-dire la manière dont sa vision de la danse est étroitement nouée aux événements de sa vie, ainsi que l’importance qu’elle accorde à la nature et aux éléments, que le rôle déterminant qu’elle a joué dans l’émergence de la postmodern dance ou l’influence qu’elle exerce, aujourd’hui encore, sur nombre de chorégraphes et danseurs, partout dans le monde.
Projet au long cours, Anna Halprin, le souffle de la danse, se compose de nombreux entretiens avec Anna Halprin, son mari Lawrence, leurs deux filles, Daria et Rana qui racontent leur enfance dans cette bulle un peu étrange, voire « anormale » qu’était leur famille élargie au nombreux hôtes de passage, ainsi que John Graham et A.A. Leath, les deux danseurs avec lesquels, au sein du San Fransico Dancers’ Workshop, Halprin a collaboré, expérimenté, « abattu des barrières » pendant près de 20 ans. Nourri de nombreux documents, extraits de films, photographies, archives de presse, le film s’appuie plus particulièrement sur Returning Home (2003), un film d’Andy Abraham Wilson dans lequel Anna Halprin danse seule, en contact avec la nature, et From 5 to 110, une autobiographie dansée qu’elle a présentée à New York en 2002, dans laquelle elle se raconte et se projette : « À 5 ans, j’ai commencé à danser (…). À 40 ans,j’ai dansé pour la justice sociale et pour la paix (…). À 100 ans, je danserai l’essence des choses (…). Et à 110 ans, je danserai les choses telles qu’elles sont. »
Myriam Bloedé
1. Ainsi, au-delà des reprises de pièces d’Halprin et de l’exposition « À l’origine de la performance », organisée à Lyon par Jacqueline Caux, le film d’Alain Buffard, My lunch with Anna (2005), et ceux de Jacqueline Caux, Out of boundaries (2004) et Who says I have to dance in a theater (2006), ont été largement diffusés depuis leur sortie, en dehors cependant du circuit commercial.
2. Un titre qui, en explicitant son sujet, l’identité du moins de celui-ci, perd beaucoup de sens sur la nature de son sujet…
3. Ce courant qui émerge dans les années 1960 et auquel se rattachent également Steve Paxton et Lucinda Childs, doit beaucoup aux recherches d’Anna Halprin.
Samuel Wahl @ 12 décembre 2012
Plus court, toujours plus court ? !!
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En janvier 2013, les dix ans du festival 30’30’’ à Bordeaux – interview
Le festival 30’30’’ propose, à Bordeaux, des formes brèves en musique, danse, théâtre, cirque, performance, marionnettes et mélanges transdisciplinaires. Créé par le metteur en scène Jean-Luc Terrade (on lui doit le sulfureux et légendaire « Le Modèle de Molinier »), le festival reste fidèle à un concept unique.
Jean-Luc Terrade, pourquoi avez-vous décidé, il y a dix ans, de consacrer un festival pluridisciplinaire à la forme brève ?
Je voulais présenter en Aquitaine des artistes qui n’avaient pas la possibilité. Il y a dix ans, la région était encore plus conservatrice et frileuse qu’aujourd’hui. Une autre raison, plus personnelle, était que je voulais, en tant que metteur en scène, travailler sur les dramaticules de Beckett. Et je m’étais rendu compte qu’il n’y avait aucune possibilité de diffusion pour des formes courtes. Des solos de danse de trente minutes avaient droit de cité, mais pas la forme dramatique brève. Et je voulais donner aux comédiens de ma compagnie la possibilité de créer une mise scène brève et le la présenter au public.
On constate en danse et en performance, que la durée moyenne des pièces est en constante diminution. C’est dû, entre autres, au problème des coûts de production.
Absolument. Et je suis par ailleurs contraint, par l’aspect financier, de programmer un grand nombre de solos. Et il est vrai que les formes courtes sont dominées par le solo, pour des raisons financières. Des solos avec cinq ou six comédiens, essayez donc d’en trouver !
Il est vrai que les festivals de danse proposent de plus en plus de soirées partagées, les fameux « double bill » ou « triple bill ». Mais le concept d’un festival entièrement consacré aux brèves n’a pas fait d’émule.
Par contre, pour un festival, l’organisation est tout aussi lourde, que les vingt-cinq propositions soient courtes ou longues. Il faut loger tout le monde et les techniciens ont autant de travail. En même temps il n’y a pas encore beaucoup de metteurs en scène de théâtre qui s’attaquent à des formes courtes.
Il leur faudrait aussi des pièces. Et écrire une forme brève pour le théâtre est peut-être encore considéré comme dévalorisant par les dramaturges ?
Mais il y a la nouvelle en littérature qui est un genre très valorisant. Au théâtre on peut penser à Thomas Bernardt, Beckett ou autre qui ont écrit des formes brèves, mais il est vrai que ce n’est pas très visible. Mais les metteurs en scène vont aussi se demander où ils pourront diffuser ces pièces.
Il y a les pièces en un acte de Tchekhov, souvent montées par de jeunes compagnies, mais il est vrai que ça fait un peu poussiéreux aujourd’hui.
Un-peu, ouaais, un-peu…
Et il n’est pas d’usage, au théâtre, de proposer des soirées de deux auteurs différents.
C’est vrai, le théâtre reste dans des schémas assez classiques. Mais j’ai été invité à programmer des soirées de formes brèves au festival Translatines de Jean-Marie Broucaret, et aussi au festival de Blaye, et les gens ont adoré la formule.
Aujourd’hui, un spectacle d’une heure et quart peut déjà paraître long. Se peut-il que la capacité de concentration chez le spectateur diminue aussi ? Le zapping rentre dans les habitudes, dans tous les domaines de la vie, jusque dans la durée de vie des couples, par ailleurs. Au moins, un spectacle court a moins de chances d’ennuyer.
Pas du tout ! On y trouve les mêmes schémas. Je me dis souvent que si on coupait cinq minutes sur les vingt-cinq, la pièce serait meilleure. Et même sur une forme courte, le rythme est important.
Au moins le programmateur passe moins de temps à visionner les cinquante DVD qu’il reçoit par semaine…
Oui, oui… (rires)
Vous proposez des soirées avec film, concert, spectacles de danse, théâtre ou performance et autres. Est-ce que ça ne correspond pas à la tendance dans le commerce de mélanger les genres, du style concept store, ou même de one-stop-shopping, où le consommateur veut trouver tout ce qu’il lui faut sous un même toit ?
Il est que la formule avec plusieurs genres au cours d’une soirée composée de quatre ou cinq propositions plaît beaucoup, et que je dois faire attention à ne pas tomber dans le piège de la consommation. Il est important de laisser un temps de latence et de respiration après chaque proposition pour permettre d ‘échanger à propos de ce qu’on vient de voir. Et il est tout aussi important de rassembler des propositions qui se répondent, en investissant une ligne partagée ou bien en s’entrechoquant.
Propos recueillis par Thomas Hahn
Du 17 au 26 janvier 2013
www.marchesdelete.com
Thomas Hahn @ 1 janvier 2013
L’art comme principe actif (Pour Cassandre/horschamp)
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Il existe dans le monde francophone une publication qui, depuis plus de dix-sept ans, traite exclusivement des relations entre ce que l’on nomme le geste artistique et la réalité politique des sociétés contemporaines. Elle le fait autant en termes de pensée que d’action, en s’efforçant de montrer l’importance et la valeur de pratiques peu spectaculaires mais essentielles, qui souvent s’inventent ou prennent place dans des lieux de relégation.
Cette revue combative et exploratrice répond au nom de Cassandre/Horschamp.
Francis Jeanson, Arthur Miller, Giorgio Strehler, Jean Duvignaud, Hubert Gignoux, Pierre Bourdieu, Édouard Glissant, Danielle Mitterrand, Philippe Avron, Jean Oury, Elias Khoury, Alain Rey, Armand Gatti, Tony Gatlif, Rodrigo Garcia, Aminata Traoré, Edward Bond, Maguy Marin, Patrick Chamoiseau, Yves Clot, René Scherer, Florence Dupont, Albert Jacquard, Régis Debray, Robin Orlyn, Jean Jourdheuil, La Ribot, Peter Schumann, Ariane Mnouchkine, Henri Bauchau, Jack Ralite, Fernando Arrabal, Jean-Paul Wenzel, Josette Baïz, Jo Ann Endicott, Christian Boltanski, Jean-Paul Wenzel, Emmanuelle Laborit, Fadhel Jaïbi, Benjamin Stora, Robert Abirached, Paul Jorion, Annie Lebrun, Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, Pierre Rabhi, Paul Ariès, Olivier Perrier, Serge Pey, Monique et Michel Pinçon-Charlot, Breyten Breytenbach, Raoul Vaneigem, Peter Brook et de nombreux autres, largement reconnus ou moins visibles mais extrêmement actifs, s’y sont exprimés depuis 1995.
On ne peut évidemment pas les citer tous ici, mais, plus récemment, un certain nombre d’autres acteurs ou militants culturels, artistes et chercheurs marquants de notre époque – en philosophie, histoire, économie, psychanalyse, sociologie ou anthropologie -, parmi lesquels nos premiers membres d’honneur (indiqués en bas de ce texte), y ont trouvé un porte-voix en direction des fervents défenseurs d’un art relié à la collectivité humaine.
Depuis quelques années, son lectorat s’est ouvert à ceux, de plus en plus nombreux, qui considèrent que pour l’essentiel de ce qui constitue nos existences, la valeur symbolique (au sens fort de ce mot) doit l’emporter sur les cotations marchandes et autres évaluations quantitatives. C’est le combat auquel nous nous attachons.
Ce combat de civilisation rappelle celui que menèrent en leur temps les pionniers de l’écologie qui eurent tant de mal à être entendus et ne le furent qu’à la «faveur» d’un certain nombre de catastrophes et de menaces sur notre environnement naturel – et au prix d’une opiniâtreté sans faille. Mais les catastrophes et les menaces qui planent actuellement sur nos sociétés touchent directement l’être humain. C’est ce dont il a toujours été question dans cette revue : la défense de ces outils symboliques qui servent à créer des langages pour la construction de l’humain, que le système néolibéral cherche par tous les moyens à affaiblir ou à détruire. Il n’y a pas aujourd’hui dans le monde francophone d’autre publication exclusivement consacrée à ce sujet que nous considérons comme brûlant dans la période très inquiétante que nous traversons. Ce n’est peut-être pas exactement le moment qu’elle disparaisse.
Mais le paradoxe de l’époque n’est plus à démontrer : plus la marchandisation générale s’accélère dans nos sociétés, plus les outils culturels qui permettent de lutter contre ce phénomène deviennent indispensables et plus on assiste à l’amenuisement de leurs possibilités d’existence. Pour ce qui concerne les publications de ce type, qui n’ont aucune vocation mercantile, les problèmes de visibilité et de diffusion sont évidemment cruciaux. Comment faire pour être visible lorsqu’on se refuse à la tyrannie du vedettariat et, surtout, lorsqu’on ne dispose pas des moyens de passer par les gros diffuseurs centralisés qui exigent des quantités démesurées d’exemplaires imprimés, ruineuses pour des structures non-commerciales ?
C’est le problème majeur que nous rencontrons.
Et, comme d’autres, nous n’avons pas trouvé la réponse, parce qu’aujourd’hui cette réponse n’existe pas.
Notre situation financière ne nous permettant pas de continuer sans soutiens accrus, le moment est donc venu de poser publiquement la question. Avant de nous résoudre à saborder cette frêle et précieuse embarcation construite en novembre 1995, il nous reste à essayer de savoir s’il existe dans ce pays – et peut-être ailleurs dans le monde – suffisamment de volontés actives de soutenir un travail de valorisation des actions artistiques peu visibles, en lien avec les préoccupations des peuples. En un mot, un espace de défense du symbolique face aux écrasantes armées du chiffre en marche dans le monde, qui nous menacent à moyen terme d’une déshumanisation de l’humain. Alors il faut nous adresser à vous.
C’est ce que nous faisons aujourd’hui avec la création de l’Association des amis de Cassandre/Horschamp. Le président d’honneur depuis sa création est Stéphane Hessel, qui vient de nous quitter. Et vous trouverez à la suite de ce texte les noms des premiers membres d’honneur. Si vous pensez que la cause en vaut la peine, adhérez, à votre mesure, selon vos moyens et votre motivation. Les membres de cette association seront régulièrement convoqués pour donner leur avis sur les thèmes et orientations de la revue et participer à nos futures Agoras des Hors-champs de l’art.
Si une volonté suffisamment forte de nous permettre de continuer ces activités de publications et de rencontres se manifeste, nous poursuivrons avec joie ce chemin et ce combat.
Merci à vous.
(Adch [at] horschamp.org)
Président d’honneur Stéphane Hessel †
Président Nicolas Frize (compositeur, musicien, auteur)
Premiers membres d’honneur à ce jour
Roland Gori, Professeur de psychopathologie clinique, initiateur de l’Appel des appels, psychanalyste, auteur, philosophe.
Marie-José Mondzain, Directrice de recherche au CNRS, philosophe, directrice de recherche à l’EHESS.
Robin Renucci, Comédien, directeur des Tréteaux de France et de l’Aria.
Bernard Stiegler, Directeur de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), fondateur de Ars Industrialis (Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit), philosophe.
Patrick Bouchain, Architecte, inventeur, pionnier du réaménagement de lieux industriels en espaces culturels.
Thierry Pariente, Directeur de l’ENSATT à Lyon.
Armand Gatti, Poète, dramaturge, cinéaste, écrivain.
Olivier Neveux, Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre – Université Lyon 2.
Emmanuel Wallon, Professeur de sociologie politique – Université Paris X – Nanterre.
Isabelle Royer, Présidente de la Maison de la culture du Havre.
Charles Silvestre, Auteur, journaliste, secrétaire général des Amis de l’Humanité.
Annie Collovald, Professeur de sociologie à l’Université de Nantes, directrice du CENS.
Jean-Claude Amara, Chanteur, musicien, co-fondateur de Droit au Logement et de Droits Devant !!!
Julien Blaine, Poète, éditeur, fondateur entre autres de la revue internationale Doc(k)s, des rencontres internationales de poésie de Tarascon, du Centre international de Poésie de Marseille.
Sylvie Crossman, Co-fondatrice et directrice de Indigène éditions.
Mohamed Rouabhi, Acteur, metteur en scène, auteur (Cie les Acharnés).
Bernard Lubat, Musicien, amusicien, parleur, inventeur d’Uzeste musical.
Christian Jehanin, Comédien, metteur en scène, fondateur et directeur de l’EDT 91.
Laurent Grisel, Poète, écrivain, chercheur.
Laurent Schuh, comédien, metteur en scène (Les Arts et Mouvants, cie à l’endroit des mondes allant vers).
Renaud Lescuyer, Europe et Cie (Rencontres théâtrales Lyon, Rhône-Alpes)
Denis Tricot, Plasticien en mouvement
Jean-François Labouverie, Écrivain, co-fondateur de l’International Visual Theater.
Le groupe 129h, Slam.
Fabrice Lévy-Hadida, Compagnie Les mille et une vies (Lille).
Mimi Barthélémy, conteuse.
Paul Biot, Théâtre action (Bruxelles-Grenoble).
Marc Lacreuse, Collectif Éducation populaire et transformation sociale.
Delia et Alexandre Romanès, Cirque tzigane Romanès.
Alain Hayot, Délégué national à la culture du Pcf.
Jack Ralite, Ancien maire d’Aubervilliers, ancien ministre, créateur et animateur des États généraux de la culture.
Jean-Damien Barbin, comédien.
William Petit, Danseur, chorégraphe (Compagnie Rialto fabrik/nomade).
Emmanuel Éthis, Président de l’Université d’Avignon.
Serge Pey, Poète, chercheur.
Nicolas Roméas @ 15 janvier 2013
De l’art de recycler
Publié dans Agit'prop, Culture, MicroCassandre | Commentaires (0)
Un sac en plastique est un sac en plastique, est une œuvre d’art, est autre chose. Pour revoir vos sachets dans une vague géante et leur permettre de devenir « Air de l’Océan », déposez-les à La Générale !
Quatre mille sacs apportés par les habitants de Paris vont traverser l’immense halle de La Générale (14, av. Parmentier, 75011) à partir du 28 février. Vous avez encore jusqu’au 18 février pour apporter ainsi votre grain à une installation qui surgira du rien, telle une vague maritime avec son énergie, sa forme et sa soudaine disparition. Mais l’énergie de la vague se propage, dans le sable, sous l’eau ou ailleurs.
Antoine Onzgi, peintre et architecte d’origine suisse, devient ici plasticien du plastique… et de l’air. « Air de l’Océan » va se déployer dans le hall de La Générale pour méduser et interpeller en même temps. Ce tsunami de plastique atteindra une hauteur de dix mètres et selon l’angle de vue, la densité ressentie changera. Sur l’ordinateur d’Onzgi, tout est déjà modélisé. « L’espace maritime et l’espace industriel, habituellement bien séparés, vont s’entremêler. »
Il s’agit maintenant de passer à l’acte. Pour lancer la collecte, Onzgi a mis ses affiches dans le quartier et ailleurs, discuté avec des concierges, s’est rendu dans les bibliothèques etc. Mais il lui mange encore des milliers de sacs. Sacs blancs, verts, bleus, oranges, rouges, noirs, comme vous voulez, mais sans inscriptions! Pas question de permettre à la pub de polluer une œuvre d’art. Le plastique pollue déjà un peu partout dans le monde et en particulier les océans où se crée le « sixième continent » (ou septième ou huitième, c’est selon), cet énorme vortex de déchets toxiques dans le Pacifique nord, constitué de matières non dégradables.
Antoine Onzgi devant La Générale: « Déposez vos sacs en plastique ici! »
Le projet se réalise à budget zéro, grâce à ceux qui apportent leurs sachets et grâce à La Générale qui accueille « Air de l’Océan ». Onzgi veut « créer quelque chose d’inquiétant et de joyeux à la fois » et indiquer un usage meilleur de nos déchets. « L’œuvre se déploie à travers le temps en trois phases : la collecte, l’installation et le recyclage. » Après le démontage de la vague, les sacs seront traités par les ateliers d’associations actives dans le développement de l’artisanat de récupération. « Ils iront à une association qui les transforme en accessoires, en petits sacs à main, faits par des femmes travaillent ici et au Burkina Faso. »
« Air de l’Océan » allie des réflexions sur l’architecture, le vide et l’environnement : « Venant de l’architecture, j’ai commencé par concevoir l’espace en tant que qualité environnementale. Mais rapidement je me suis heurté à la contradiction entre l’espace et le vide, communément traité comme le positif et le négatif d’une même réalité. C’est en me détachant des contraintes constructives et fonctionnelles de l’architecture, et en travaillant avec des matières trouvées ou éphémères, que j’ai obtenu les conditions me permettant d’aller voir au-delà de ce binôme. Je me suis intéressé à un vide qui n’était pas lié à l’absence. Un état brut du vide, dépourvu de sens et de signification, une présence insaisissable innée à l’espace. »
Et puisque la dimension temporelle et spatiale déborde du cadre de l’installation, nous suivrons le cours des sacs sur chacune des étapes.
Thomas Hahn
Antoine Onzgi : « Air de l’Océan »
Installation à La Générale, 14 avenue Parmentier, 75011 Paris
Vernissage 28 février, 18h
Exposition 1 – 3 mars, 12-22h
Thomas Hahn @ 8 février 2013








































































